Ville au confluent de la Sambre et de la Meuse dominé par la montagne du Champeau, constituée par un promontoire étroit, Namur est habitée depuis le Néolithique. Les traces de fortification datant de cette époque à la citadelle restent toutefois incertaines. De même, rien n'indique que la montagne du Champion soit l'oppidum des Aduatuques gaulois assiégés par Jules César[1].
Lors du Bas-Empire romain aux IIIeetIVesiècles, le Champeau acquiert sa première occupation militaire réellement attestée, en raison de la menace des incursions germaniques. Un mur est édifié au sommet de l’éperon et un petit creux naturel est approfondi, 250 m au sud-ouest de la pointe de l'éperon. Le fossé deviendra plus tard celui du donjon de la citadelle, emprunté par la Route Merveilleuse[1]. À l’époque mérovingienne, Namur est un centre de commerce[2].
La ville a connu, au rythme de l'accroissement de sa population, quatre enceintes successives.
Avec l'installation à Namur de Robert Ier de Namur, premier comte de Namur qui fait de Namur sa capitale, apparaissent au Grognon les premières fortifications médiévales en l'an Mil. Probablement un débarcadère progressivement fortifié, une première muraille protège la pointe du Grognon des éventuelles attaques venues du fleuve, et des assauts du fleuve lui-même. Avant la canalisation, en effet, le cours majeur des fleuves et des rivières pouvait être dévastateur au moment des crues. Une enceintre très limitée avec probablement un mur en terre et un fossé est établie sur la rive gauche de la Meuse pour protéger le pont qui permet la communication du Grognon avec l'autre rive[3].
La deuxième enceinte en dur, apparue au cours du XIesiècle entre la Sambre et l'actuelle place d'Armes et se limite précisément au bord de l'actuelle place Maurice Servais.
Plan de Namur au milieu du XVIesiècle édité par Braun et Hogenberg. On y voit encore le tracé de la troisième enceinte quasiment intacte avec ses fossés toujours sous eau alors que la quatrième enceinte se dessine déjà, avec des fossés qui n'ont pas encore laissé la place aux bastions du siècle suivant.
La troisième enceinte, construite à la fin du XIVesiècle, réunit le noyau de la ville et le quartier du chapitre de Saint-Aubain. Une déviation du Houyoux, un ruisseau s'écoulant du nord au sud, vers la Meuse, assurait la mise en eau des fossés. Trois tours sont conservées dans le paysage de la ville aujourd'hui, aux abords de la place d'Armes et dans la rue Basse-Marcelle. C'est probablement à cette époque que le pont de Meuse est doté d'une tour-porte (dite "Beauregard") sur l'une de ses piles, car Jambes ne relève pas du comté de Namur. Au XVesiècle, Philippe le Bon fait établir une tête de pont côté Jambes: le boulevard (au sens ancien) du pont de Meuse, entouré par le fleuve, défendu et relié à la rive par un ouvrage en bois. Dans l'axe du pont se trouve une porte vers la plante et un mur d'enceinte qui monte à l'assaut de la citadelle, jusqu'à rejoindre les fortifications du château, en passant par la tour César (ou tour "sur la Rochette"), toujours présente aujourd'hui.
Vue à vol d'oiseau de Namur tirée de l'ouvrage de Louis Guichardin, Description de Touts les Pais-Bas, autrement appellés la Germanie Inferieure, ou Basse Allemagne, Anvers, C. Plantin, 1582
À partir de la seconde moitié du XIVesiècle, les fortifications de la ville comme du Château doivent s’adapter à l'amélioration de l’artillerie en particulier en raison de l’apparition des boulets en fonte en remplacement de ceux en pierre[2]. Cette nécessité s'affirme en raison du siège en 1488 de Maximilien d'Autriche contre les Namurois révoltés. Maximilien reprend la place à l’issue d’un siège appuyé par l’artillerie[1]. À la fin du XVesiècle, la tête de pont Jamboise est renforcée et entourée d'une seconde ceinture de fossés secs. Au Grognon, les reconstructions successives du rempart suivront le même schéma. L'espace vital ne s'en trouvera pas vraiment élargi, puisque la roche et l'eau enserrent le quartier.
La quatrième enceinte, dite de Charles Quint, construite à partir de 1522 élargit le périmètre de la ville (appelé «corbeille») sous les actuels boulevards périphériques. Ce nouveau rempart voit l'adaptation des fortifications à la puissance destructrice des canons. Les structures défensives enterrées sont privilégiées par rapport à celles en hauteur et des orifices de tir spécifiquement construits pour cette nouvelle arme apparaissent[3].
Durant le XVIesiècle, l’enceinte de la ville est adaptée, avec la construction d’un premier bastion en 1577. Ce n’est que le début d’une lente mutation des défenses urbaines, qui se prolongera quasiment durant le siècle suivant, réalisant un périmètre bastionné. Des redoutes et des forts détachés, comme en Marlagne à l’ouest, ainsi que sur les hauteurs de Bouge et de Jambes, viennent compléter le dispositif défensif de la ville et du Château.
À partir des XVIeetXVIIesiècles, l'importance de la fonction militaire de Namur s'accroît en raison de sa position stratégique au confluent de deux voies d'eau importantes. Plusieurs projets visent également à bastionner la rive droite de la Meuse, mais aucun ne sera réalisé avant le siège de 1692. Trois grandes campagnes de travaux s’étalent entre 1630 et 1690, le système défensif de Namur étant amélioré en 1690 et 1691 par Menno van Coehoorn, ingénieur militaire des Provinces-Unies. Deux bastions sont accolés à la muraille médiévale, les fossés sont élargis et de nouvelles portes d’entrée sont érigées. De celles-ci, seule subsiste la Porte de Bordial, sur la rive droite de la Sambre, caractérisée par son bossage baroque[2].
Un premier siège de Namur a lieu en 1692 par Vauban. L'artillerie mobile de Louis XIV, avec ses canons posés sur affuts pouvant être tractés par des chevaux répond à l'artillerie de défense fixe et décuple la portée des armes des assaillants. Les collines au nord et au sud de la ville deviennent des lieux de choix pour y positionner ces batteries de siège. Ces préparatifs lui permettent de prendre la ville en 1692. Vauban apporte ensuite des améliorations pour en faire la place forte la plus importante des Pays-Bas méridionaux et l'une des 10 places fortes les plus convoitées d'Europe[4]. Soucieux de pallier la faiblesses dont son armée a profité, Vauban fait donc ériger durant les trois années qu'ils occupent la ville des forts sur ces collines et répare les remparts de la ville. S'ils ont totalement disparu aujourd'hui, leurs noms - Balart, Coquelet (initialement une modeste ferme fortifiée, dotée d'une tour d'observation), Saint-Fiacre, Piednoir / Lespinois ou Saint-Antoine (le moins élevé et le seul dont subsiste quelques fondations visibles, entre les rues Artois en et et Nanon) - se perpétue dans celui des rues qui rejoignent ces lunettes. Si Vauban est passé maître dans l'art des fortifications, ses forts du nord présentent un inconvénient: d'accès aisé depuis la ville, ils ne surplombent pas vraiment les plaines avoisinantes, montrant rapidement leurs limites lors de la reprise de la ville par les Hollandais en 1695.
Lors du siège de Namur en 1695, van Coehoorn prend sa revanche, le maréchal de Boufflers étant forcé de capituler après un dur siège de deux mois. Les Hollandais, sous la direction de van Coehoorn, renforcent alors Coquelet, créent un nouveau fort devant Saint-Antoine et au nord des carrières et ajoutent des fossés bastionnés devant les quatre forts de Vauban, formant une ligne entre les deux nouveaux ouvrages et ponctuée par les vallons d'Arquet et celui formant l'actuelle rue des Carrières. Par ailleurs, si Vauban n'aura pas le temps de concrétiser ses projets pour Jambes, van Coehoorn fera construire une nouvelle ceinture bastionnée autour de la tête de pont de Jambes, rasant au passage l'église Sainte-Calixthe qui bordait l'édifice préexistant. En 1701, la France reprend le contrôle de Namur et Vauban fait construire un fort (dit Bivouac) face à la porte Saint-Nicolas, sur la rive droite, afin de défendre cette dernière.
Le traité d'Aix-la-Chapelle met fin en 1748 aux guerres entre la France et les Provinces-Unies en instituant les Pays-Bas autrichiens comme état tampon, héritier des Pays-Bas espagnols. L'empereur Joseph II décrète le démantèlement de la place fortifiée de Namur et met en vente les forts, ainsi que les bastions qui entourent les murailles de la ville. La déconstruction effective vise d'abord le fort d'Orange et l'enceinte bastillonnée, si bien que les armées révolutionnaires françaises trouvent en 1792 une ville moins bien protégée que celle que leurs prédécesseurs monarchistes avaient été obligés de quitter quelques décennies plus tôt, qui plus est avec une population acquise à leur cause à la suite de la révolution brabançonne. La garnison, sous commandement autrichien, se rend donc aux Français sous la pression de sa propre population[1].
Durant les périodes françaises et hollandaises du début du XIXesiècle, les traces évoquant l'état des défenses de la ville sont contradictoires. Dans le cadre du projet de la barrière Wellington, l'enceinte bastillonnée et la citadelle de Namur sont relevés et reconstruits par des ingénieurs néerlandais. Les Hollandais développent le tracé de Charles Quint en épaississant de plusieurs centaines de mètres le système défensif de la ville. La forteresse tient compte des progrès de l'art défensif: canons sous casemate, forts détachés à l'épreuve des bombes, casernes casematées[5].
Les premières cartes d'état major de la jeune Belgique indépendante mentionnent encore certains forts, sans qu'il soit établi s'il s'agit de fondations ou de ruines plus ou moins importantes[5]. À partir de 1860, les remparts du centre-ville sont progressivement détruits et la citadelle déclassée à la fin du XIXesiècle pour être remplacés par des grands boulevards[6].
Position fortifiée de Namur (XIXesiècle-XXesiècle)
Le nouveau pouvoir belge, tenu à la neutralité, donne aux villes mosanes de Liège et Namur un rôle de barrage contre toute velléités de la Prusse ou de la France de s'envahir mutuellement. La portée des canons et la puissance de leurs projectiles continuant à croître, il n'est plus question d'enceintes urbaines mais de ceintures de forts enterrés et détachés sur un périmètre de 40 km entourant la ville . La position fortifiée de Namur est construite par l'armée belge de 1889 à 1892 (9 forts entourant Namur). Pendant la Première Guerre mondiale, les forts de la position fortifiée de Namur sont déjà dépassés par l'évolution de l'artillerie lourde. Leurs blindages ne peuvent résister longtemps et les forts sont obligés de capituler après quelques jours. Dans les années 1930, 7 des 9 forts entourant Namur sont réarmés avec des coupoles ramenées d'autres forts désaffectés. Les travaux consistent à améliorer la viabilité de la garnison et à mettre à niveau l'armement et le blindage pour faire face à un retour offensif allemand. Ces renforcements seront inopérants lors de la Seconde Guerre mondiale, l'action de l'artillerie étant complétée par le bombardement aérien.
Tour Baduelle ou de la Monnaie (XIVesiècle): fait partie de la 3eenceinte (rue Basse-Marcelle).
Beffroi de Namur ou tour Saint-Jacques (vers 1388): fait partie de la 3eenceinte édifiée sur les plans de l’architecte Godefroid de Boufiaule à la demande du Guillaume Ier comte de Namur[2].
Porte Dessus Bordial (milieu du XVIIesiècle): située au bas de la citadelle de Namur.
Porte Sambre-et-Meuse (XVIIIesiècle): fait partie de la 2e enceinte (en bord de Sambre face au grognon). Portail baroque en calcaire dessiné en 1728 par l’architecte namurois Denis-Georges Bayar[7].
Plan d'un fort Brialmont de la position fortifiée de Namur construit autour de Namur.Pont d'accès à la porte de Bruxelles (début XIXesiècle): donnait accès à l'enceinte hollandaise (parc Louise-Marie).
9 forts bétonnés et semi-enterrés de la position fortifiée de Namur.
1234Jean-Louis Giot, Jean Leurquin et André d'Ocquier, «Histoire de la citadelle», dans Le citadelle de Namur de la géologie à l'histoire, Ave-et-Auffe, Daniel Tyteca,
12Michel de Waha, «L'enceinte, gouffre ou fleuron de nos villes», dans Les cahiers de l'urbanisme, Namur, Mardaga, (lire en ligne), p.8-15
↑Maurice Culot, Éric Hennaut, Marie Demanet, Caroline Mierop: Le Bombardement de Bruxelles par Louis XIV et la reconstruction qui s’ensuivit 1695 – 1700, éditions Archives d’architecture Moderne, Bruxelles, août 1992, 294 p., (ISBN2-87143-079-9)
12Marc Ronvaux: Les forts détachés du nord de Namur (XVIIe – XIXesiècles)
↑Nicolas Rochet, Namur, Charleroi et Liège patrimoine urbain de villes fortifiées et participation citoyenne pour une valorisation du cadre de vie de demain, Namur, Mardaga, (lire en ligne), p.25
Bragard P., Bruch V., Chainiaux J., David E., Douette D., François D., Furnémont A., Liévain B., Marchal J., Namur et ses enceintes. Une fortification urbaine du Moyen Âge à nos jours, Namur, 2009.
P. Bragard, V. Bruch, J. Chainiaux, D. Francois, J. Marchal, Namur en état de siège. De Jules César au Général Hodges, Bouge, 2004.
D. Dessy, Namur militaire - La Citadelle, les forts, Namur, 1976.