Enfants d'Horus
Les enfants d'Horus (Hor-mesout) sont un groupe de quatre dieux dans la mythologie égyptienne[1]. Il réunit Amset, Hâpi, Douamoutef et Kébehsénouf, quatre divinités funéraires[1]. Le groupe apparaît déjà dans les Textes des pyramides de l'Ancien Empire ; il réapparaît dans les Textes des sarcophages du Moyen Empire et dans le Livre des morts du Nouvel Empire[2],[3],[4].
| Enfants d'Horus | |
| Divinité égyptienne | |
|---|---|
Amset, Douamoutef, Hâpi et Kébehsénouf | |
| Caractéristiques | |
| Représentation | vases canopes |
| Culte | |
| Région de culte | Égypte antique |
| Temple(s) | Bouto |
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|

Momiformes, debout ou accroupis, les Enfants d'Horus sont différenciés par leurs têtes. Protecteurs des viscères momifiés, ils peuvent prendre la forme de vases canopes, dont les couvercles, disques plats à l'Ancien Empire, reproduisent par la suite, soit une tête humaine, soit, à partir du Nouvel Empire (environ 2e moitié), les quatre têtes différentes des Fils d'Horus[5],[6],[7].
Les quatre fils d'Horus représentés sur les vases canopes :
Ce sont quatre génies divins, gardiens des organes vitaux momifiés du défunt, associés aux quatre pleureuses divines[6],[8] :
- Imsety, ou Amset, protège le foie, avec Isis, associé au Sud[6] ;
- Hâpi, protège les poumons, avec Nephtys, associé au Nord[6] ;
- Douamoutef, protège l'estomac, avec Neith, associé à l'Est[6] ;
- Kébehsénouf, protège l'intestin, avec Serket, associé à l'Ouest[6].
Aucun texte n'indique le sort d'autres organes (reins par exemple). Le cerveau était, quant à lui, détruit lors de son extraction de la boîte crânienne par les narines.
Leur culte est probablement originaire de Bouto (delta du Nil), sans pour autant avoir eu de sanctuaire propre, mais vénérés comme une forme des âmes.
Dans les ensembles de vases canopes, les quatre dieux protégeaient les organes retirés lors de la momification ; le Livre des morts leur attribue également la protection et la reconstitution du corps, rituellement identifié à Osiris[9],[10]. Les quatre dieux furent en outre associés à quatre déesses protectrices, aux points cardinaux et à certains groupes d'étoiles du ciel nocturne. Le lien avec les organes internes, souvent considéré comme leur fonction principale, semble s'être développé après celui avec les quatre angles de l'univers et les quatre supports du ciel[8],[11].
Identité
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À partir du Nouvel Empire, la tête devint le principal élément distinctif de chacun des quatre enfants d'Horus : Amset conserva une tête humaine, Hâpi prit une tête de babouin, Douamoutef une tête de canidé et Kébehsénouf une tête de faucon[6]. Auparavant, les quatre dieux étaient le plus souvent représentés comme des momies à tête humaine et, plus rarement, à tête de faucon ; les quatre têtes distinctes commencèrent à apparaître au début de la XVIIIe dynastie[7]. Il existe également des images dans lesquelles tous les quatre conservent une apparence humaine[13].
Noms et écritures hiéroglyphiques
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Le chapitre 112 du Livre des morts réunit les noms des quatre divinités[4] :
Chaque nom apparaît sous plusieurs graphies hiéroglyphiques ; une forme normalisée est donnée ici pour chacun d'eux[15],[16],[17],[18]. Le nom de Hâpi ne doit pas être confondu avec celui de la divinité homonyme Hâpy, personnification de la crue du Nil[19].
Signification des noms
modifierDwꜣ-mw.t=f associe le verbe dwꜣ, « louer ou « adorer », au substantif mw.t, « mère », suivi d'un pronom masculin singulier ; le nom signifie littéralement « celui qui loue sa mère »[17]. Certains traducteurs l'interprètent dans le sens opposé, « celui que sa mère vénère »[20]. Dans Qbḥ-sn.w=f, en revanche, le verbe qbḥ, « verser une libation », est suivi du substantif sn, « frère », et du même type de pronom[18].
La signification des deux autres noms est moins assurée. Jms.t ressemble fortement à mjs.t, « foie », et cette ressemblance pourrait expliquer pourquoi Amset est constamment associé à cet organe. Le nom égyptien de l'intestin signifie lui aussi littéralement « ce qui est dans le ventre », ce qui rendrait compte de la place prééminente de Kébehsénouf dans le groupe[21].
Autres désignations
modifierDans les Textes des pyramides, le groupe n'est pas seulement désigné comme les enfants d'Horus. On y rencontre également des expressions telles que « les Quatre Dieux », « les Quatre Adolescents », « les Quatre connus du roi », « les Quatre Esprits des Domaines » et « les Quatre Émanations , ainsi que « enfants d'Atoum », « enfants de Geb » et « enfants de Nout »[1]. Le terme égyptien ms.w désigne proprement les enfants, et non les fils, pour lesquels on attendrait s3.w[1].
Généalogie et relations divines
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Le chapitre 112 du Livre des morts, dérivé de la formule 157 des Textes des sarcophages, désigne Horus comme le père des quatre dieux et Isis comme leur mère[4]. L'Horus dont il est question n'est pas le fils d'Isis et d'Osiris, mais Horus l'Ancien, considéré comme la forme funéraire du dieu créateur et donc d'Osiris lui-même[2],[7].
La paternité n'est toutefois pas univoque : certains passages des Textes des pyramides les appellent enfants d'Atoum, de Geb ou de Nout[2]. Dans le chapitre 151 du Livre des morts, Kébehsénouf et Amset s'adressent à Osiris en l'appelant père, tandis que Douamoutef se présente comme son fils Horus[10].
Le même chapitre 112 relie Amset et Hâpi à Pé, l'ancienne Bouto : les âmes de Pé sont Horus, Amset et Hâpi[4]. Le chapitre suivant, le 113, concerne au contraire les âmes de Nekhen, où Horus demande à avoir auprès de lui Douamoutef et Kébehsénouf[23]. Les deux couples furent ainsi rapprochés des Âmes de Pé et de Nekhen, respectivement au nord et au sud, selon une association déjà présente dans les formules 157 et 158 des Textes des sarcophages ; dans les représentations plus tardives, Amset et Hâpi portent la couronne rouge de la Basse-Égypte, tandis que Douamoutef et Kébehsénouf portent la couronne blanche de la Haute-Égypte[24].
Attestations et évolution
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Textes des pyramides
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Dans les Textes des pyramides, les quatre noms apparaissent déjà ensemble, mais rien n'y fait encore allusion aux quatre têtes distinctes[1]. Dans le rituel de résurrection d'Ounas, les bras du souverain sont identifiés à Hâpi et Douamoutef lorsqu'il demande à monter au ciel, et ses jambes à Amset et Kébehsénouf lorsqu'il demande à descendre[27]. Dans la récitation 148 des textes funéraires de Téti, les mêmes dieux éloignent du souverain la faim qui se trouve dans son ventre et la soif qui se trouve sur ses lèvres[28]. Aucun des deux passages ne mentionne de vases ni de coffres canopes[21].
D'autres tâches envers le défunt sont attribuées aux quatre dieux : lui laver le visage, le soutenir et le soulever, se placer deux d'un côté et deux de l'autre de son corps, et attacher pour lui une échelle de corde lui permettant de monter au ciel[29],[30],[31],[32]. Dans une formule, ils reçoivent en offrande les parties d'un taureau sacrificiel : la cuisse revient à Douamoutef, les côtes à Kébehsénouf et le contenu du ventre à Amset[33]. Ils ont été définis comme les quatre dieux représentant les points cardinaux[34] et, dans les Textes des sarcophages, ils en viennent à représenter les quatre piliers qui soutiennent la voûte céleste[32].
Textes des sarcophages
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La formule 157 des Textes des sarcophages, reprise dans le chapitre 112 du Livre des morts, présente Amset, Hâpi, Douamoutef et Kébehsénouf comme les enfants d'Horus et d'Isis[2],[4]. Une autre composition, la formule 335, fut reprise dans le chapitre 17 du Livre des morts, où le groupe appartient à la suite d'Osiris[3].
Sur les sarcophages du Moyen Empire, les colonnes de texte placées le long des angles des deux longues parois nomment régulièrement les quatre dieux, et leur position reflète celle des membres du défunt : Amset et Hâpi près de la tête, Douamoutef et Kébehsénouf près des pieds, Amset étant associé au bras gauche et Douamoutef à la jambe gauche[36].
Livre des morts
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Dans le chapitre 112 du Livre des morts, les quatre dieux ont Horus pour père, et les âmes de Pé sont identifiées à Horus, Amset et Hâpi[4]. Le chapitre 113 est consacré aux âmes de Nekhen et y fait apparaître Douamoutef et Kébehsénouf[23].
Le chapitre 17 les appelle le conseil qui se tient autour d'Osiris et les place derrière la Grande Ourse, dans le ciel septentrional ; un peu plus loin, il les nomme avec trois autres divinités, formant un groupe de sept[3]. Le chapitre 137 s'adresse à eux comme aux enfants d'Horus et les appelle par leur nom[38].
Le chapitre 151 décrit la tente d'embaumement et la protection du corps, rituellement identifié à Osiris ; dans la vignette, les quatre dieux entourent le lit funéraire sur lequel Anubis agit comme embaumeur divin, avec des têtes de faucon, de singe, de canidé et d'homme correspondant, dans cet ordre, à Kébehsénouf, Hâpi, Douamoutef et Amset[39].
Fonctions funéraires
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Protection du corps et rapports avec Osiris
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Dans le chapitre 151 du Livre des morts, chacun des quatre dieux prononce une formule. Kébehsénouf rassemble les os et les membres du défunt et replace son cœur dans son corps ; Hâpi fixe sa tête et ses membres et abat ses ennemis ; Douamoutef déclare être venu sauver son père Osiris de ceux qui lui avaient fait du mal ; Amset maintient sa demeure solidement établie[10].
Les quatre dieux sont de préférence disposés avec Amset et Hâpi de part et d'autre de la tête et Douamoutef et Kébehsénouf aux pieds, selon une organisation suggérant un corps orienté la tête vers le nord[41].
Protection des organes et associations
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Le lien avec les organes ne peut pas être démontré dans les Textes des pyramides, bien qu'il soit probable, mais il est clairement attesté dans les ensembles canopes : Amset protège le foie, Hâpi les poumons, Douamoutef l'estomac et Kébehsénouf les intestins[21],[6]. À partir du Nouvel Empire, les formules inscrites sur les vases associent en outre chaque dieu à une déesse protectrice et à un point cardinal[6].
| Divinité | Organe | Aspect de la tête | Déesse protectrice | Point cardinal |
|---|---|---|---|---|
| Amset | foie | humaine | Isis | Sud |
| Hâpi | poumons | babouin | Nephtys | Nord |
| Douamoutef | estomac | canidé | Neith | Est |
| Kébehsénouf | intestins | faucon | Serket | Ouest |
Ce schéma doit toutefois être considéré avec prudence, car les exceptions sont nombreuses : dans une momie étudiée en 1837, Amset était associé à l'estomac et au côlon, Hâpi à l'intestin grêle, Douamoutef au cœur et aux poumons, et Kébehsénouf au foie et à la vésicule biliaire[43]. Selon une autre reconstitution fondée sur les sources postérieures aux Textes des pyramides, Hâpi recevait les poumons et les bronches, parfois la rate, tandis que Douamoutef recevait la rate et, seulement dans certains cas, les poumons ou l'estomac[21].
Les points cardinaux obéissent eux aussi à deux systèmes différents et contradictoires. Dans l'un, les quatre dieux occupent les angles des sarcophages et des coffres canopes, Amset au nord-est, Hâpi au nord-ouest, Douamoutef au sud-est et Kébehsénouf au sud-ouest ; au Nouvel Empire, les deux couples échangent leur place. Dans l'autre, ils sont répartis sur les quatre parois, Amset au sud, Hâpi au nord, Douamoutef à l'est et Kébehsénouf à l'ouest, tandis que les angles sont occupés par les quatre déesses. Les notions d'angles de l'univers et de points cardinaux n'étaient manifestement pas nettement distinguées[8].
Les quatre déesses forment des couples fixes avec les quatre dieux, mais avec des variations et des confusions au cours du temps ; à l'origine, Neith et Serket pouvaient être remplacées par d'autres déesses[44]. Dans l'ensemble funéraire de Sithathoriounet, de la XIIe dynastie, les quatre vases ont tous des couvercles à tête humaine et les organes suivent la répartition habituelle, mais les inscriptions invoquent Neith à la fois avec Amset et avec Douamoutef, Nephtys avec Hâpi et Serket avec Kébehsénouf, sans aucune mention d'Isis[45],[46],[47],[48]. Sur un vase du Nouvel Empire ayant appartenu à Seniseneb, Amset est au contraire invoqué avec Isis comme protecteur du foie[49]. Dans l'ensemble canope de Toutânkhamon, les couples figurant sur le coffre et ceux figurant sur le sanctuaire ne coïncident pas[50].
Dimension céleste
modifierAu Nouvel Empire, les quatre dieux furent considérés comme des étoiles protégeant Osiris, ou comme des oiseaux volant vers les quatre angles du cosmos, et ils furent identifiés aux quatre supports de la voûte céleste : dans cette fonction, ils reliaient le ciel et la terre et pouvaient aider d'autres êtres à monter au ciel[36]. Le lien avec les organes internes, souvent considéré comme leur fonction principale, est probablement secondaire par rapport à celui avec les quatre angles de l'univers[8].
Ils furent également mis en correspondance avec des groupes d'étoiles, dans le ciel méridional comme dans le ciel septentrional[11]. Au sud, le groupe de trois étoiles formant la ceinture d'Orion apparaît entouré de quatre autres : on y reconnut Osiris protégé par les quatre dieux, identifiés à Bételgeuse, Bellatrix, Saïph et Rigel[11]. Au nord, le chapitre 17 du Livre des morts les place derrière la Grande Ourse ; Osiris n'y est pas visible et trois autres dieux s'ajoutent aux quatre, formant un groupe de sept[3],[51].
L'ordre des quatre noms semble lui aussi avoir une signification : la séquence Hâpi, Douamoutef, Amset, Kébehsénouf pourrait correspondre aux étoiles entourant la ceinture d'Orion, tandis que la séquence Amset, Hâpi, Douamoutef, Kébehsénouf pourrait correspondre au quadrilatère de la Grande Ourse, formé par Megrez, Phecda, Merak et Dubhe[52].
Iconographie
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Formes humaines et animales
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Au Nouvel Empire, Amset conserva une apparence humaine, ou anthropomorphe ; Hâpi, Douamoutef et Kébehsénouf furent au contraire représentés surtout avec des têtes animales, ou zoomorphes[6]. L'iconographie ne fut toutefois jamais rigide et, dans la tombe d'Aÿ, les quatre ont une apparence humaine[13]. Ils y sont disposés selon un axe nord-sud : Douamoutef et Kébehsénouf portent la couronne blanche, tandis qu'Amset et Hâpi portent la couronne rouge[32],[24].
Sur les amulettes, le corps pouvait être enveloppé comme une momie sous une forme momiforme, tandis que la tête permettait d'identifier chaque divinité[55]. Une amulette en verre de la période ptolémaïque, conservée au Metropolitan Museum of Art, représente Douamoutef avec le corps enveloppé comme une momie, une tête de chacal et une longue bande de lin employée dans le rite de momification[55].
Pendant la Troisième Période intermédiaire et la Basse époque, leurs figures continuèrent à apparaître sur les sarcophages et les coffres. Sur les sarcophages à montants d'angle, la disposition traditionnelle le long des parois fut maintenue, tandis que sur les sarcophages momiformes les quatre figures se concentrèrent dans la région de l'abdomen, signe que le lien avec les viscères prenait le pas sur l'ancien rôle cosmique[24].
Évolution des couvercles canopes
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Le mobilier canope apparaît à partir de la IVe dynastie dans les sépultures de membres de la famille royale, sous deux formes principales : un coffre divisé en quatre compartiments et fermé par un couvercle plat, ou quatre vases à couvercle plat ; les deux solutions pouvaient être combinées, les vases étant déposés dans le coffre[5]. Le plus ancien contenant canope attribué avec certitude à une personne est le coffre rectangulaire en calcite de la reine Hétep-Hérès Ire, daté du XXVIe siècle av. J.-C. et divisé en quatre compartiments, dont trois contenaient encore des paquets viscéraux lors de sa découverte[57]. La tombe, légèrement postérieure, de la reine Mérésânkh III est la première à avoir livré un ensemble de quatre vases distincts[44].
Les vases les plus anciens ont un couvercle plat ou bombé ; les reconstitutions divergent quant à la date d'apparition du couvercle à tête humaine, entre la Première Période intermédiaire et les débuts du Moyen Empire[6],[44]. Les inscriptions portant les noms des différents enfants d'Horus commencent avec les couvercles anthropomorphes, ce qui suggère que le vase et son contenu étaient identifiés à la divinité correspondante[44]. Au Nouvel Empire s'imposèrent les têtes humaine, de babouin, de canidé et de faucon[6]. Les quatre vases de Sithathoriounet, datés approximativement de 1887-1813 av. J.-C., ont tous conservé un couvercle à tête humaine[46]. La tête humaine continua d'être utilisée au Nouvel Empire, comme le montrent les canopes provenant de la tombe de Nebiri (QV30), dans la Vallée des Reines, et conservés au Museo Egizio de Turin[42]. Sous la XVIIIe dynastie apparut un troisième type de contenant : de petits masques faciaux appliqués sur les paquets de viscères, ou de petits sarcophages destinés à les recevoir[5].
Figurines de cire et remise des viscères dans le corps
modifierL'habitude de replacer les organes dans la cavité corporelle commença sous la XXe dynastie : dans la momie de Ramsès V, ils furent déposés en vrac dans la cavité avec de la sciure de bois[58]. La pratique se développa sous la XXIe dynastie et cessa presque entièrement après la XXIIe[58]. Les organes étaient d'abord traités au sel, puis saupoudrés de sciure de bois aromatique et enveloppés en quatre paquets séparés ; chacun était souvent enroulé autour d'une figurine de cire du dieu correspondant avant d'être replacé dans le corps[58]. Une fois refermée l'incision pratiquée pour extraire les viscères, celle-ci était recouverte d'une plaque de cire ou de métal, généralement gravée de l'œil oudjat[59].
Les figurines étaient le plus souvent en cire d'abeille, mais on en connaît également en résine, en argile revêtue de cire, en céramique et en faïence égyptienne[58]. Au moins dix-huit des cent cinquante-trois momies de prêtres d'Amon découvertes à Bab el-Gasus, près de Deir el-Bahari, en étaient pourvues[58]. L'intestin grêle était replié plusieurs fois jusqu'à former un paquet allongé, à l'intérieur duquel on plaçait habituellement une figurine de Kébehsénouf ; le foie était roulé pour former un tube creux, dans lequel on disposait habituellement une figurine d'Amset[58].
Avec cette pratique, les ensembles de vases canopes devinrent moins fréquents et, lorsqu'ils apparaissent, ils sont vides et portent des formules d'offrande à la place des formules de protection habituelles[59]. L'usage des figurines de cire pourrait avoir commencé dès la fin de la XXe dynastie ; après la XXIe, il devient rare, avec quelques cas dans la nécropole du Ramesseum, dans des tombes réutilisées sous la XXIIe dynastie, et une attestation exceptionnelle sous la XXVe dynastie, dans la momie d'Irtyrou, où les figurines étaient enveloppées dans les bandelettes[59].
Canopes factices
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Pendant la Troisième Période intermédiaire, les organes momifiés étaient replacés dans la cavité corporelle ou enveloppés dans un unique paquet allongé déposé entre les jambes. Les sépultures de haut rang pouvaient néanmoins comprendre des récipients pleins, dépourvus de cavité interne : les canopes dits factices, ou faux canopes, employés pour la protection rituelle[6]. Un groupe en calcaire, daté de la même période (Cat. 3307/01-04), est conservé au Museo Egizio de Turin[60]. Sous les XXVIe et XXVIIe dynastie, les canopes recommencèrent à contenir les organes ; pendant la période ptolémaïque, les vases ne figurent plus dans les ensembles archéologiques[6].
- Canope factice en calcaire, Troisième Période intermédiaire, 1076-722 av. J.-C. ; Museo Egizio de Turin (Cat. 3307/02)[60].
- Canope factice en calcaire, Troisième Période intermédiaire, 1076-722 av. J.-C. ; Museo Egizio de Turin (Cat. 3307/03)[60].
- Canope factice en calcaire, Troisième Période intermédiaire, 1076-722 av. J.-C. ; Museo Egizio de Turin (Cat. 3307/04)[60].
Confusion des attributs
modifierLa correspondance entre le dieu nommé dans l'inscription et la tête sculptée sur le couvercle ne fut pas toujours respectée. Le catalogue des canopes inscrits conservés dans les collections tchèques recense six cas de discordance : des vases nommant Hâpi mais portant une tête de canidé, des vases nommant Douamoutef mais portant une tête de faucon, et d'autres combinaisons analogues[61]. Pour une série de la XXVIe dynastie, il a été possible d'établir que l'échange s'était produit dans l'Antiquité, car les couvercles étaient collés aux vases avec la résine employée pour la momification des organes[61].
Des échanges du même type s'observent également dans les séries de figurines de cire, où il arrive que deux des quatre dieux aient tous deux une tête humaine ou tous deux une tête de canidé, très probablement à la suite d'une erreur des embaumeurs[59]. Plus généralement, l'attribution d'un organe à chaque dieu ne fut jamais une règle rigide : Hâpi et Douamoutef échangent parfois leurs rôles, et Douamoutef et Kébehsénouf échangent dans certains cas leurs têtes, surtout pendant la Troisième Période intermédiaire[7].
Témoignages matériels
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Les images et les noms des quatre dieux apparaissent sur des vases, des coffres canopes, des sarcophages, des papyrus, des amulettes et des revêtements de momies[63],[64],[62].
Vases et coffres canopes
modifierLes vases contenaient séparément les organes momifiés, et un coffre pouvait réunir l'ensemble des quatre récipients ; celui de Gua, au British Museum, renfermait quatre vases de calcite à couvercles de bois peints en forme de tête humaine, dont trois conservent des paquets de lin[5],[65]. L'ensemble de Psamtek, conservé dans le même musée, comprend au contraire des récipients en faïence égyptienne, avec des couvercles en forme de tête du dieu associé à chaque vase[66].
Les inscriptions portées par les récipients identifiaient le dieu chargé d'en protéger le contenu : sur le vase de Manhata conservé au Metropolitan Museum of Art, le texte place l'organe sous la protection de Douamoutef[67].
Sarcophages et papyrus
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Les sarcophages et les papyrus représentent les enfants d'Horus dans différentes scènes et formules funéraires. Dans l'ensemble funéraire de Henettawy, de la XXIe dynastie, le couvercle extérieur les montre derrière des autels chargés d'offrandes ; sur le second, les figures occupent une série de chapelles avec d'autres divinités[63]. Les bandes peintes sur le sarcophage intermédiaire de Kha, de la XVIIIe dynastie, portent au contraire des formules et des prières qui invoquent leur protection sur le corps du défunt[69]. Leurs figures furent également gravées, dans certains cas, sur les plaques destinées à couvrir l'incision d'embaumement, comme sur la plaque d'or de la reine Henettawy[7].
Dans le papyrus funéraire d'Iouefânkh, conservé au Museo Egizio de Turin, une vignette montre les quatre dieux, représentés sous la forme de vases canopes, autour d'un coffre à tête humaine[70]. Dans la tombe de Néfertari, la scène 4 de la paroi nord place au contraire deux couples d'enfants d'Horus auprès d'un coffre canope surmonté d'Anubis[25].
Amulettes, résilles et enveloppes de momie
modifierLes figures des enfants d'Horus étaient fixées aux bandelettes ou aux résilles de perles qui recouvraient la momie[71],[62]. Sur un groupe de la Troisième Période intermédiaire conservé au British Museum, trois séries de trous pratiqués au revers de chaque amulette permettaient de la coudre sans rendre visibles les points[64]. La momie d'Ameniryirt, datée de la XXVe dynastie et conservée au British Museum, est enveloppée d'une résille de perles en faïence égyptienne ; quatre figures des enfants d'Horus, en fine argile cuite et disposées en rang vers la gauche, sont cousues sur les bandelettes dans la partie inférieure de l'abdomen[72].
Le Museo Egizio de Turin conserve quatre fragments d'une enveloppe de momie de la Basse époque, un pour chacun des enfants d'Horus[73]. La résille S. 5291, provenant de la Vallée des Reines et datée de la XXVe dynastie, porte sur la poitrine un scarabée ailé et les images des quatre enfants d'Horus[62]. La même nécropole a également livré des amulettes en faïence égyptienne d'Amset, Hâpi, Douamoutef et Kébehsénouf, datées de 722-332 av. J.-C.[74],[75],[76],[77]
- Amulette en faïence égyptienne de Douamoutef, 722-332 av. J.-C., provenant de la Vallée des Reines ; Museo Egizio de Turin (S. 5353)[76].
- Amulette en faïence égyptienne de Kébehsénouf, 722-332 av. J.-C., provenant de la Vallée des Reines ; Museo Egizio de Turin (S. 5357/02)[77].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 Mathieu 2008, p. 8
- 1 2 3 4 Mathieu 2008, p. 9
- 1 2 3 4 Allen 1974, p. 29
- 1 2 3 4 5 6 Allen 1974, p. 91
- 1 2 3 4 Onderka 2022, p. 149
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 Onderka 2022, p. 151
- 1 2 3 4 5 Enany 2021, p. 73
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Bibliographie
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- (en) Edith W. Watts, The Art of Ancient Egypt: A Resource for Educators, New York, The Metropolitan Museum of Art, (lire en ligne)
- (en) Richard H. Wilkinson, « Anthropomorphic Deities », UCLA Encyclopedia of Egyptology, , p. 1-9 (lire en ligne)
Articles connexes
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modifierLiens externes
modifier- Ressource relative aux beaux-arts :
- (en) « Canopic jars »,
- (de) « Thesaurus Linguae Aegyptiae »
- « Collections en ligne », sur Museo Egizio