Ensemble castral de Vesvre

château à Neuvy-Deux-Clochers (Cher)
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L'ensemble castral de Vesvre (ou de Vèvre) est un ensemble d'aménagements fortifiés dans la commune de Neuvy-Deux-Clochers, dans le département français du Cher, en région centre-Val de Loire. Il occupe une position centrale dans la région naturelle berrichonne du Pays-Fort.

Ensemble castral de Vesvre
Image illustrative de l’article Ensemble castral de Vesvre
La Tour de Vesvre, face septentrionale.
Nom local Ensemble castral de Vèvre
Début construction XIIe siècle
Fin construction XVIIIe siècle
Propriétaire actuel Commune de Neuvy-Deux-Clochers
Protection Logo monument historique Inscrit MH (1991)
Logo monument historique Classé MH (2008)
Coordonnées 47° 17′ 16″ nord, 2° 43′ 24″ est
Pays Drapeau de la France France
Région historique Berry
Région Centre-Val de Loire
Département Cher
Commune Neuvy-Deux-Clochers
Géolocalisation sur la carte : Cher
(Voir situation sur carte : Cher)
Ensemble castral de Vesvre
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Ensemble castral de Vesvre

Il est construit en plusieurs phases et modifié à de multiples reprises entre le IXe et le XVIe siècle, et même jusqu'au XVIIIe siècle en tenant comte compte des bâtiments d'une ferme qui s'y est greffée tardivement ; il est habité de façon continue jusqu'à la Révolution française. Son histoire et son architecture témoignent de la volonté de l'élite à qui il appartient de contrôler les voies stratégiques de circulation qui le bordent ainsi que le territoire dont il est le centre.

Il se compose d'une motte castrale, de deux basses-cours, d'une plateforme surélevée et d'un ensemble de dispositifs défensifs (fossé et talus). L'élément le plus marquant en est toutefois une tour mesurant 21 × 15 m pour une hauteur de 27 m, construite au tournant des XIIe et XIIIe siècles sur la plateforme. L'ensemble est restauré en plusieurs étapes depuis la fin du XXe siècle, ce qui est l'occasion de l'étudier plus en détail (sondages et fouilles archéologiques, étude du bâti) et présenté au public. Ses vestiges sont protégés au titre des monuments historiques en 1991 et en 2008.

Contextes géographique, géologique et écologique

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Site stratégique sur un axe de communication

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Le site de Vesvre se trouve implanté dans le bassin de la Grande Sauldre, à la limite des communes de Crézancy-en-Sancerre et de Neuvy-Deux-Clochers, à environ km au nord-est du chef-lieu communal de cette dernière.

Il n'est pas, comme c'est généralement le cas, édifié sur une hauteur. Construit à l'altitude moyenne de 250 m dans le fond humide de la vallée du ruisseau de la Tour, affluent de la Sauldre, il n'est pas visible depuis la route moderne de Bourges à Sancerre par Les Aix-d'Angillon. Toutefois, l'ensemble castral est étroitement lié au passage de cet axe ainsi qu'à la proximité de la limite entre les terres de la châtellenie des Aix et celles de la seigneurie puis du comté de Sancerre[C 1]. Avant la construction de l'ensemble castral, des indices suggèrent la présence d'une voie traversant le site, peut-être un premier tracé de cet itinéraire[M 1]. Dans cette hypothèse, le site de Vesvre serait construit à un emplacement lui permettant un contrôle efficace de la circulation[M 2].

Géologie locale largement exploitée

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Coupe géologique simplifiée.

Vesvre, dans la région naturelle du Pays-Fort, occupe un replat entre deux cuestas d'orientation générale nord-nord-est - sud-sud-ouest au droit du site : à l'ouest, la cuesta crétacée et à l'est la cuesta kimméridgienne (Jurassique supérieur) dote la crête est ponctuellement recouverte de limons éoliens récents (fin du Pliocène ou Pléistocène) ; la formation de ces deux cuestas est une consquence du soulèvement, à l'Aquitanien, de la partie nord du Berry[M 3]. Le substrat géologique est composé des « marnes de Saint-Doulchard » datées du Kimméridgien supérieur reposant sur un socle oxfordien[1],[M 4].

Les marnes de Saint-Doulchard entrent ponctuellement dans la composition des maçonneries de la tour[C 2] et dans l'édification du terre-plein qui la supporte ; elle servent aussi d'amendement agricole. D'autres formations géologiques proches, datées du Crétacé, ont également fourni des matériaux de construction des infrastructures du site : grès ferrugineux (construction), sables (verrerie), argiles (céramique) et calcaires (construction)[M 5].

Faune et flore révélatrices des conditions de vie à Vesvre

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L'environnement forestier est caractérisé par une grande diversité diversité d'espèces, parmi lesquelles dominent le chêne et le noisetier, qui ont été, au fil des temps, exploitées à des fins probablement variées, bois d'œuvre, de chauffage, d'ébénisterie, etc.[M 6]. À proximité du site, où le défrichement est plus intense, doivent alterner des cultures céréalières ou sarclées et des prairies, selon la nature du terrain et son exposition ; les zones les plus humides sont occupées par des roselières[M 7]

La faune sauvage, oiseaux et mammifères, semble être commune dans ce type d'environnement forestier à tendance humide. Toutefois, la présence de scutelles (plaques osseuses dermiques) d'esturgeons et de coquilles d'huîtres est inhabituelle : ces animaux n'étant pas endémiques à la région ; ils ont donc été apportés à la suite d'échanges commerciaux, à des fins d'alimentation, ce qui témoigne du statut social élevé des consommateurs[M 8].

Toponymie

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Le toponyme « Vesvre » est une évolution de vaivre, lui-même d'origine gauloise. Très répandu dans un vaste secteur du centre-est de la France, il désigne des terres incultes ou des broussailles[2]. À Neuvy-Deux-Clochers, il témoigne certainement du couvert végétal naturel du site avant les premiers défrichements médiévaux, ce que confirment les études de terrain[M 9].

Le nom de la commune, Neuvy-Deux-Clochers, pourrait provenir d'une dualité d'édifices religieux dans la paroisse : l'église Saint-Jean-Baptiste dans le bourg et la chapelle Saint-Julien mal localisée sur le site de Vesvre, peut-être fréquentée par les habitants du hameau voisin ; l'hypothèse, bien que difficile à vérifier, est très plausible. Une autre possibilité évoque la présence à un moment donné, sur l'église Saint-Jean-Baptiste, de deux clochers, le second, plus récent, construit avant que le premier ne soit abattu ; aucun indice ne permet toutefois d'accréditer cette thèse[3].

Historique

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Chronologie du site

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Le site présente un intérêt exceptionnel par sa continuité d'occupation du Haut-Moyen-Âge jusqu'à la Révolution. Pendant cette période, il est l'objet de multiples phases d'agrandissement et de modification, pour la plupart bien documentées et assez précisément datées, à quelques décades près.

Les premiers indices d'occupation remontent à la fin du IXe siècle ; cette occupation, dont la localisation précise est inconnue, est le fait du maître d'ouvrage ; des ateliers d'artisans et une exploitation des terres à des fins agricoles sont attestées. Cette activité génère des déchets qui sont entassés puis repris pour être remployés dans les phases successives d'aménagement[C 3],[4].

Une plate-forme, dont les contours sont mal définis mais qui nécessite au moins 3 000 m3 de remblais, est constituée de couches d'argiles, de débris végétaux issus de défrichements et de déchets entassés provenant des activités antérieures ; elle est occupée pendant trois siècles. Ce projet d'aménagement comprend peut-être, dès son origine, la motte castrale et la basse-cour, bien que la contemporanéité de ces structures ne puisse être démontrée[C 4], la construction de la motte pouvant également précéder celle de la plateforme, ou bien lui succéder[M 10]. Son accès se fait probablement par le nord[M 11].

Les fouilles réalisées en 2004 témoignent que la tour a été construite sur les vestiges d'une demeure bien plus ancienne. Les érudits du XIXe siècle ont attribué sa construction à Hugues II de Vesvre, mais les récentes recherches historiques s'ajoutant aux découvertes archéologiques remettent en cause cette hypothèse : Hugues II a pu initier la construction avant sa mort, à la fin du XIIe siècle, mais la tour n'est achevée qu'au début du XIIIe siècle[C 5].

De multiples modifications affectent le site aux XVe et XVIe siècles avec la refonte des espaces intérieurs de la tour et la construction de la basse-cour orientale, de son enceinte et du colombier ; ce dernier ensemble constitue le nouvel accès au terre-plein central[C 6].

Vers la fin du XVIIIe siècle, la tour est une nouvelle fois réaménagée et des bâtiments de ferme sont construits dans la basse-cour[C 7].

Le logis est l'objet de nombreuses modifications aux XIXe et XXe siècles ; inoccupé après la Seconde Guerre mondiale, il se dégrade progressivement pour être abattu au milieu des années 1970. D'autre part, une seule pièce de la tour sommairement réaménagée est habitée jusqu'en 1961[C 7].

Après une première inscription de 1976 (façades et toitures de la tour et du colombier) annulée, l'ensemble fait l’objet d'une inscription depuis le (motte, tour et terre-plein, ruines du logis, guérite, sols de la basse-cour et du terre-plein) et d’un classement au titre des monuments historiques depuis le (terre-plein et ses bâtiments, basse-cour orientale et ses bâtiments)[5],[C 8].

Quelques dates de l'histoire de l'ensemble castral de Vesvre.


Histoire de la France et du Berry - Histoire religieuse et civile - Épisode de construction - Épisode de destruction

Sauf mention explicite, les fourchettes de dates sont données à titre indicatif.

Mentions historiques, fouilles et mise en valeur

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L'histoire du site de Vesvre est toutefois mal documentée ; l'un des raisons principales en est l'incendie du bâtiment des archives départementales du Cher, dans la nuit du 13 au , qui occasionne la destruction de précieux cartulaires des abbayes de ce département[6]. Il est certain en tout cas que, jusqu'à la fin du Xe siècle, l'ensemble castral occupe une position stratégique à la limite des zones d'influence du domaine royal et des comtés de Blois et d'Anjou ; les seigneurs de Vesvre se rallient à l'une ou l'autre cause selon les opportunités du moment et les alliances de circonstance[M 12].

Traditions et sources anciennes

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Une tradition, retranscrite dans une source écrite en 1566[7], fait remonter la fondation des sites de Vesvre et de Bourges au Ve siècle (époque d'Attila). Une autre, gravée sur un mur de la tour mais disparue, indique que cette tour est élevée par « Gondobal » en l'an 503 (règne de Clovis). Toutes deux sont démenties par les données archéologiques qui montrent une histoire beaucoup moins ancienne[M 13].

La première mention du terme « Vesvre » intervient en 1034 quand Ébard et Godefroy se revendiquent de Vabra ; leurs suzerains, appartenant alors à la famille de Sully, sont châtelains des Aix-d'Angillon. La famille de Vesvre est fréquemment citée pour avoir fourni des témoins dans des affaires de l'archevêché ou des abbayes locales. Ses membres semblent résider sur ou à côté d'une motte[M 14].

Au milieu du XIIe siècle, deux frères, Eudes et Hugues II sont seigneurs de Vesvre. Au début du siècle suivant, deux enfants de Hugues II semblent se partager le domaine, la la tour pour Hugues III et la motte pour Eudes II[M 15]. À cette époque, la famille de Vesvre semble disposer de biens répartis sur un territoire allant de La Chapelle-d'Angillon à La Charité-sur-Loire d'ouest en est et de Sancerre à Menetou-Couture du nord au sud (45 × 35 km environ) mais il n'est pas possible de déterminer si la famille a fait du site de Vesvre sa seule résidence[M 16].

Un document de 1344 cite « la motte et hôtel ancien du Bois de Vèvre » et, en 1363-1365, une « tour de Vesvre » est évoquée mais, faute de localisation géographique précise, il peut s'agir de celle de Germigny-l'Exempt dans la Nièvre[8],[M 17].

Au XVe siècle, les sources font clairement état de deux seigneuries distinctes à Vesvre, celle de « la Motte » et celle de « la Tour »[M 18].

Reprise documentaire aux XIXe et XXe siècles

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Compilant la documentation existante, Hippolyte Boyer publie en 1878, dans les Mémoires de la Société historique, littéraire et scientifique du Cher, une « Monographie de la tour de Vèvre »[M 13],[9]. En 1992, Martial Jouanin consacre son mémoire de maîtrise en histoire à la seigneurie de Vesvre[10].

Fouilles et études récentes

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Après le mort, en 1961, du dernier occupant de la tour de Vesvre, la municipalité de Neuvy-Deux-Clochers engage un programme d'acquisition des parcelles du site ; en 2012 elle est propriétaire des parcelles supportant la motte, la tour, la ferme et ses dépendances[C 8].

Les premières investigations architecturales sont menées sur la tour en 1998 sous la direction de Victorine Mataouchek (Inrap - UMR 7324 CITERES-LAT[a]) avant la réfection de la charpente et de la toiture de l'édifice. Vient ensuite, en 2004-2006, une fouille préventive en préalable à la reprise des fondations des murs de refend et à la consolidation des murs extérieurs de la tour. Ces études font l'objet d'un rapport de fouille rédigé en 2009[M 19].

Depuis cette date, les études, fouilles et sondages se succèdent sur différentes parties du site, notamment toutes celles qui font progressivement l'objet de travaux de restauration ; c'est le cas de la grange en 2010 et 2011 puis du colombier en 2013 et 2014[C 9].

D'autre part, la parcelle où est installée la motte est acquise par la commune en 2012[C 10]. C'est également en 2012 qu'est mis en place le projet collectif de recherche « Naissance et évolution de l'ensemble castral de Vesvre » ; il regroupe vingt-chercheurs, archéologues, archivistes et historiens[M 20].

Une monographie, faisant la synthèse des résultats, est rédigée ; la première partie est publiée en 2025[M 21].

Le site est géré et animé par l'Association des amis de la tour de Vesvre[12].

Description

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Plan intemporel de l'ensemble castral[b].

Le site se compose de plusieurs éléments géographiquement distincts et non contemporains : la motte et la basse-cour médiévale (Xe – XIe siècle) ; le terre-plein et son enceinte, la tour (fin XIIe, début XIIIe siècle), le logis et leurs dépendances ; la basse-cour orientale et son enceinte, le colombier et la ferme (fin XVe, début XVIe siècle). L'ensemble, circonscrit par un fossé extérieurement doublé d'un talus, occupe une superficie d'environ 6,5 ha le long d'un axe nord-est - sud-ouest[M 10].

Une chapelle dédiée à saint Julien et située « près des fossés de la tour de Vèvre » est mentionnée dans des textes du XVIIe siècle[13] mais n'est pas localisée précisément ; elle se trouvait peut-être dans la basse-cour médiévale[14] ou sur le terre-plein, accolée à la face nord de la tour et communiquant avec celle-ci[C 11].

Défenses périphériques : fossé, talus et tertre

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L'ensemble du site est circonscrit par un fossé large de m dont le tracé apparaît encore par endroits[C 12]. La motte est également, pour sa part, entourée d'un fossé raccordé à celui de la basse-cour, ce que les prospections géophysiques ont révélé[C 13]. Ce fossé paraît, au moins par endroits et dans un premier temps, créé par la surélévation des structures qui le bordent comme le feraient des digues, sans être lui-même véritablement creusé[M 22].

L'ensemble castral, au-delà du fossé, est protégé par un talus défensif (ou merlon). À une quinzaine de mètres du fossé, du moins du côté nord, une courte portion de ce rempart en terre est encore visible mais il semble se développer sur la presque totalité du périmètre. Au sud et à l'est, ce talus est beaucoup plus éloigné du fossé et la moderne « route de Vesvre » paraît souligner extérieurement son tracé. Cette route est d'ailleurs la voie reliant Sancerre à Bourges, détournée lors de la mise en place du site[M 10] alors qu'elle le traversait auparavant[M 23].

Au nord du site, un tertre artificiel, jusque là passé inaperçu, est mis en évidence grâce à l'observation du cadastre et les prospections, aérienne et au sol. Mesurant environ 10 × 7,50 m, il paraît composé de pierres, de cailloux et de terre. Légèrement surélevé d'un peu plus de deux mètres par rapport au fossé, il semble servir de culée à un dispositif disparu, peut-être une passerelle en bois, permettant de franchir le fossé dont la largeur est réduite en ce point. L'ensemble constitue un accès septentrional au terre-plein et le talus périphérique s'interrompt à ce niveau, sans doute pour laisser la place à un chemin aboutissant au tertre[M 11].

Motte et basse cour médiévale

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Le motte castrale se présente sous la forme d'un tertre tronconique d'une cinquantaine de mètres de diamètre à sa base pour une hauteur d'environ 10 m ; son édification a pu nécessiter l'apport de 5 000 m3 de remblais[15]. Ceux-ci sont constitués pour partie des déchets générés par l'occupation liée au défrichement du site[M 24]. Son revêt l'aspect d'une plateforme de 20 m de diamètre à son sommet dans la partie nord de laquelle les vestiges d'un bâtiment, peut-être maçonné et d'une dimension globale estimée à 7,7 m au carré selon les données de la prospection géophysique, sont discernables par prospection géophysique[C 13]. La fonction de ce bâtiment n'est pas identifiable et sa datation non précisée, peut-être au début du XIIIe siècle mais l'hypothèse est très fragile[M 16] ; sa position très excentrée sur le sommet de la motte suggère que d'autres structures, non encore découvertes, occupaient tout ou partie de l'espace vide, plus au sud[M 25].

Image externe
La motte sur le site des Amis de la tour de Vesvre.

La position de la motte dans un ensemble castral est la plupart du temps conditionnée par un impératif militaire, la défense ou l'obstacle à l'avancée ennemie[16]. À Vesvre, elle est implantée du côté où les attaques sont les plus probables, au point le plus vulnérable de la basse-cour, à l'angle sud-ouest de cette dernière : à cet endroit en effet, le sol extérieur à l'enceinte devient de plus en plus élevé. Malgré tout, l'incertitude relative à la date de sa construction comme l'ignorance du contexte géopolitique dans lequel elle trouve place ne permet pas de trancher définitivement sur sa fonction précise[M 26].

Basse-cour médiévale

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Elle est de forme ovale et surélevée d'environ un mètre par rapport au sol extérieur. Son grand axe est d'environ 150 m et sa largeur atteint approximativement 100 m[C 12]. Dans ces conditions, il a sans doute fallu 21 000 m3 de matériaux pour la construire[17].

À l'intérieur de cet enclos, des anomalies révélées par la prospection géophysique suggèrent la présence de bâtiments ; par ailleurs, en 1274, est citée « la ville de Vesvre » (du latin villa qui, au XIIe siècle signifie exploitation agricole). Une chapelle placée sous le vocable de Saint-Julien est également mentionnée au XIIe siècle, mais elle prend peut-être place près de la tour, en-dehors de la basse-cour[C 11].

Tout le secteur nord de cette basse-cour a été remblayé. Seule subsiste une légère dénivellation qui se remplit d'eau d'hiver. Cette modification du tracé s'est opérée avant le XVIIe siècle car à cette date, seule la partie sud des fossés est encore représentée sur un ancien plan.

Terre-plein et ses aménagements

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Terre-plein

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La partie nord-est de l'ensemble castral est occupée par un terre-plein. Il est séparé du reste du site par un fossé, large mais peu profond  dans la première moitié du XVIe siècle, Jean Chaumeau évoque des « doubles fossez »[18]  et il est en légère surélévation par rapport aux terrains environnants. Affectant la forme d'un carré d'environ 40 m de côté, il était probablement clos d'une enceinte flanquée de tours dont seuls subsistent le mur qui borde le fossé au sud et une guérite dans l'angle sud-est. Des niveaux d'occupation anciens suggérant des activités artisanales sont liés à l'aménagement de cette plateforme qui a lieu vers le début du Xe siècle[19] ; son remblai est composé de couches d'argile et de débris végétaux ainsi que de volumineuses pièces de bois dont la fonction reste à préciser[20] mais qui pourraient jouer le rôle d'armatures dans ce milieu très humide[21]. Ce terre-plein est aménagé vers la fin du XIIe siècle, juste avant le début de construction de la tour, par ajout de remblais sur une plateforme déjà constituée[M 27]. Son accès se faisait à l'origine par le nord, puis est transféré au sud, où la basse-cour orientale joue le rôle d'un sas.

De la fin du IXe siècle jusqu'au XIIe siècle, des ateliers de forge sont aménagés sur ce terre-plein, sous l'emprise de la tour. Ils sont modifiés, reconstruits, déplacés à plusieurs reprises dans cette longue période mais l'activité sidérurgique ne cesse jamais véritablement. Il est possible que ces ateliers exploitent des gisements de grès ferrugineux proches de Vesvre (« grès de Morogues ») mais les indices manquent pour l'affirmer ; les fouilles n'ont en effet pas livré beaucoup de scories pouvant renseigner sur l'origine du minerai car ces déchets semblent évacués et peut-être réutilisés comme matériau de remblai[M 28].

Les études archéologiques ont permis de mettre en évidence dix périodes caractérisées par des constructions, des remaniements ou des destructions à l'emplacement de la tour ; ces événements se déroulent de la fin du IXe au XVIIIe siècle[M 29]. La tour, dont la construction remonte à la charnière des XIIe et XIIIe siècles, est au XXIe siècle l'élément le plus marquant du site. Elle mesure 21 × 15 m, pour une hauteur totale de 27 m au sommet de la toiture[20]. Construite en moellons de grès avec des murs extérieurs épais de 2,50 m, elle présente au XXIe siècle, à l'issue de multiples remaniements, quatre niveaux. L'une de ces phases de modifications, datable du XVIe siècle, est l'occasion d'une reprise totale des aménagements internes et, sans, doute, de la construction de la charpente actuelle[C 2]. Cette tour est couronnée, à un moment donné de son histoire, par un chemin de ronde pourvu de créneaux[C 11].

Il ne subsiste que des ruines du logis accolé au nord et à l'ouest de la tour. Ce bâtiment succède à une structure plus ancienne, peut-être contemporaine de cette tour. Au XVIe siècle il doit accueillir les appartements privés et leurs dépendances installés jusque là dans la tour à laquelle il est relié par de nombreuses ouvertures. Il est lui aussi l'objet de multiples modifications et agrandissements vers le nord et l'est, absorbant une tour d'enceinte et une portion de la courtine[C 14] ; il accueille sans doute des pièces de service, comme une cuisine, avant d'être transformé en bâtiment de ferme, prélude à sa ruine et à sa démolition dans les années 1970[C 7].

Son rôle dans le dispositif castral est toutefois important car il semble s'ouvrir sur l'esplanade depuis laquelle, en franchissant le fossé nord depuis l'avancée du tertre, il est possible d'accéder au terre-plein.

Autres constructions

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Outre la tour, le logis et l'enceinte, une description de 1683 mentionne la présence sur le terre-plein d'une chapelle (peut-être Saint-Julien) et d'un colombier[22].

Basse-cour orientale, colombier et ferme

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Bien que la basse-cour orientale soit peut-être créée en même temps que la tour, sa fortification semble ne dater que du XVIe siècle. Cette mise en défense comprend une enceinte aboutissant au fossé du terre-plein et percée au sud-ouest d'une porte flanquée de deux tourelles dont l'une est conservée en élévation ; elle intègre aussi le colombier[C 2]. Cette basse-cour occupe l'espace compris entre le fossé sud et le talus.

Image externe
Bouche à feu, vue depuis l'intérieur du colombier sur Archéopages.

Le colombier de plan circulaire fait partie, au même titre que l'enceinte de la basse-cour, des modifications attribuables à la fin du XVIe siècle. Signe de la richesse de son propriétaire, ses parois internes sont creusées du haut en bas de presque 1 000 boulins[23]. Il présente une particularité architecturale unique : trois bouches à feu, accessibles depuis le sol intérieur du bâtiment, s'intercalent entre les boulins pour s'ouvrir vers l'extérieur de l'enceinte. Sa double fonction, colombiculture et défense, est ainsi attestée. Si des colombiers intégrés à des enceintes défensives existent par ailleurs, ceux qui ont une double fonction sont plus rares et celui de Vesvre est unique dans la mesure où les deux fonctions se partagent le même espace ; plus généralement, les bouches à feu sont au rez-de-chaussée et les boulins en hauteur[24]. À Vesvre, le rôle véritable de ces bouches à feu reste à préciser, aménagement strictement fonctionnel ou symbole de la puissance du seigneur[25].

La ferme est la construction la plus tardive du site, puisqu'elle date probablement du XVIIIe siècle. Les bâtiments agricoles qui la composent, bergerie ou porcherie, étable, grange, prennent appui sur l'enceinte de la basse-cour orientale, courtine ou tourelles. Une ancienne mare est identifiée dans sa cour[C 15].

Notes et références

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  1. Le LAT (Laboratoire Archéologie et Territoires) est l'une des équipes de l'unité mixte de recherche 7324 CITERES[11].
  2. Ce plan ne reflète pas la configuration du site à une époque donnée ; il compile, sur un fond de carte du XXIe siècle, l'essentiel des vestiges et structures existants ou mis au jour à l'occasion des prospections, sondages et fouilles, quelle que soit leur datation.

Références

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  • Le site de Vesvre, Neuvy-Deux-Clochers (Cher) : enquête pluri-disciplinaire sur un site archéologique, Ministère de la Culture et de la Communication, 2016 :
  1. Victorine Mataouchek, « Présentation du site : un site aux composantes multiples », p. 15.
  2. 1 2 3 Victorine Mataouchek, « Présentation du site : un site aux composantes multiples », p. 19.
  3. Victorine Mataouchek, « Histoire du site : un site au rare potentiel », p. 25.
  4. Victorine Mataouchek, « Histoire du site : un site au rare potentiel », p. 25-28.
  5. Victorine Mataouchek, « Histoire du site : un site au rare potentiel », p. 29-30.
  6. Victorine Mataouchek, « Histoire du site : un site au rare potentiel », p. 33-34.
  7. 1 2 3 Victorine Mataouchek, « Histoire du site : un site au rare potentiel », p. 35.
  8. 1 2 Nathalie Arbaret et Anne-Isabelle Berchon, « Conserver, protéger, restaurer, étudier : conjuguer les démarches », p. 5-6.
  9. Nathalie Arbaret et Anne-Isabelle Berchon, « Conserver, protéger, restaurer, étudier : conjuguer les démarches », p. 10-11.
  10. Nathalie Arbaret et Anne-Isabelle Berchon, « Conserver, protéger, restaurer, étudier : conjuguer les démarches », p. 6.
  11. 1 2 3 Victorine Mataouchek, « Histoire du site : un site au rare potentiel », p. 31.
  12. 1 2 Victorine Mataouchek, « Présentation du site : un site aux composantes multiples », p. 18.
  13. 1 2 Victorine Mataouchek, « Présentation du site : un site aux composantes multiples », p. 16.
  14. Victorine Mataouchek, « Présentation du site : un site aux composantes multiples », p. 21.
  15. Victorine Mataouchek, « Présentation du site : un site aux composantes multiples », p. 23.
  • Naissance et évolution de l'ensemble castral de Vesvre, du IXe au XIIe siècle, à Neuvy-Deux-Clochers (Cher), Presses universitaires de Caen, 2025 :
  1. Mataouchek 2025, « Les données archéologiques : structures et stratigraphie », p. 72.
  2. Mataouchek 2025, « Conclusion générale », p. 411.
  3. Mataouchek 2025, « Le contexte environnemental », p. 15-19.
  4. Mataouchek 2025, « Le contexte environnemental », p. 19.
  5. Mataouchek 2025, « Le contexte environnemental », p. 22.
  6. Mataouchek 2025, « Le contexte environnemental », p. 28-29.
  7. Mataouchek 2025, « Le contexte environnemental », p. 46.
  8. Mataouchek 2025, « Le contexte environnemental », p. 39-40.
  9. Mataouchek 2025, « Les donnés archéologiques : structure et stratigraphie », p. 121.
  10. 1 2 3 Mataouchek 2025, « Naissance et évolution d’un site élitaire », p. 408.
  11. 1 2 Mataouchek 2025, « Naissance et évolution d’un site élitaire », p. 405-407.
  12. Mataouchek 2025, « La famille des Vesvre et le contexte historique », p. 49.
  13. 1 2 Mataouchek 2025, « Introduction », p. 11-12.
  14. Mataouchek 2025, « La famille des Vesvre et le contexte historique », p. 52-53.
  15. Mataouchek 2025, « La famille des Vesvre et le contexte historique », p. 50-53.
  16. 1 2 Mataouchek 2025, « La famille des Vesvre et le contexte historique », p. 55.
  17. Mataouchek 2025, « La famille des Vesvre et le contexte historique », p. 61.
  18. Mataouchek 2025, « Introduction », p. 11.
  19. Mataouchek 2025, « Introduction », p. 12-13.
  20. Mataouchek 2025, « Introduction », p. 13.
  21. Mataouchek 2025, « Introduction », p. 12.
  22. Mataouchek 2025, « Les données archéologiques : structures et stratigraphie », p. 79.
  23. Mataouchek 2025, « Les données archéologiques : structures et stratigraphie », p. 73.
  24. Mataouchek 2025, « Témoins de la vie quotidienne sur le site », p. 237.
  25. Mataouchek 2025, « Naissance et évolution d’un site élitaire », p. 403.
  26. Mataouchek 2025, « Naissance et évolution d’un site élitaire », p. 408-409.
  27. Mataouchek 2025, « Naissance et évolution d'un site élitaire », p. 398.
  28. Mataouchek 2025, « L'artisanat », p. 365-366.
  29. Mataouchek 2025, « Les données archéologiques : structures et stratigraphie », p. 63.
  • Autres références :
  1. Gérard Lablanche et Marie-Chantal Maugenest, Sancerre, BRGM, coll. « Carte géologique au 1:50000 » (no 0493), , 40 p. (lire en ligne [PDF]), p. 12.
  2. Ernest Nègre, Toponymie générale de la France : étymologie de 35 000 noms de lieux, vol. 1 : Formations préceltiques, celtiques, romanes, Genève, Librairie Droz, coll. « Publications romanes et françaises » (no 193), , 1869 p. (ISBN 978-2-600-02884-4, lire en ligne).
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  5. Notice no PA00096855, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  6. « 1856 : le premier archiviste paléographe du Cher », sur Archives départementales et patrimoine du Cher (consulté le ).
  7. Jean Chaumeau, Histoire de Berry (...), Lyon, A. Gryphe, , p. 78.
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  9. Boyer 1878.
  10. Jouanin 1992.
  11. « Équipe Laboratoire Archéologie et Territoires (LAT) », sur UMR CItés, TERritoires, Environnement et Sociétés (consulté le ).
  12. Site de l'Association des Amis de la Tour de Vesvre
  13. Boyer 1878, p. 373.
  14. « Le site de Vesvre - la tour de Vesvre » [PDF], sur inrap.fr, (consulté le ).
  15. Mataouchek 2012, al. 16.
  16. Jean-François Maréchal, « Fonction et place des mottes féodales dans l'architecture militaire », Revue archéologique Sites, no 13, , p. 3-10.
  17. Mataouchek 2012, al. 17.
  18. Boyer 1878, p. 334.
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  20. 1 2 « À la découverte de la tour de Vesvre », sur le site de l'Inrap, (consulté le ).
  21. Mataouchek 2012, al. 12-13.
  22. Boyer 1878, p. 335.
  23. Mataouchek 2014, al. 1 et 3.
  24. Mataouchek 2014, al. 2 et 4.
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Voir aussi

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Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie

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Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Hippolyte Boyer, « Monographie de la tour de Vèvre », Mémoires de la Société historique, littéraire et scientifique du Cher, vol. 1, série 3, , p. 333-395 (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Sylvie Le Clech (dir.), Le site de Vesvre, Neuvy-Deux-Clochers (Cher) : enquête pluri-disciplinaire sur un site archéologique, Ministère de la Culture et de la Communication, coll. « Patrimoines en région Centre-Val de Loire », , 45 p. (lire en ligne [PDF]). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Martial Jouanin, Une seigneurie en Haut-Berry : la terre de Vèvre du début du XIe à la fin du XIIIe siècle. [Cher] : mémoire de maîtrise en histoire, Paris I,
  • Victorine Mataouchek, « Neuvy-Deux-Clochers (Cher). Tour de Vesvre », Archéologie médiévale, no 34, (DOI 10.4000/archeomed.52828)
  • Victorine Mataouchek, « Aménagement d’un site de fond de vallée. Le site de Vesvre à Neuvy-Deux-Clochers », Archéopages, no 33, (DOI 10.4000/archeopages.17363). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Victorine Mataouchek, « Un programme original de colombier », Archéopages, no 39, (DOI 10.4000/archeopages.575). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Victorine Mataouchek, « Neuvy-les-Deux-Clochers – Tour de Vesvre », ADLFI. Archéologie de la France - Informations, (lire en ligne)
  • Victorine Mataouchek (dir.), Naissance et évolution de l'ensemble castral de Vesvre, du IXe au XIIe siècle siècle, à Neuvy-Deux-Clochers (Cher), Presses universitaires de Caen, coll. « Publications du Centre de recherches archéologiques et historiques anciennes et médiévales », , 447 p. (ISBN 978-2-3818-5252-2). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Articles connexes

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Liens externes

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