Enveloppement humide
Les enveloppements humides thérapeutiques (ou wet wrap therapy en anglais) sont une technique clinique d'hydrothérapie, utilisée en psychiatrie et en dermatologie avec des protocoles différents :
- en psychiatrie, la technique souvent dite packing, consiste à appliquer des linges humides (essorés) et froids sur la peau, recouverts d'une seconde couche sèche, pour traiter ou réduire certaines formes de stress ou de crise dans le contexte de la psychiatrie. Elle a été controversée et en France interdite pour le traitement d'enfants handicapés ;
- en dermatologie, les linges sont tièdes et visent à réduire l'inflammation, le prurit et les troubles de la barrière cutanée dans le cas des traitements dermatologiques.
Principe
modifierLa technique repose sur l'application :
- d'une première couche de draps ou bandages (propres) ou de vêtements spéciaux (textiles nano-tissés en polyester ou en viscose) ; imbibés d'eau froide dans le contexte de la psychiatrie ; ou d'eau tiède dans le contexte dermatologique et alors parfois associés à un émollient ou à un corticostéroïde topique ;
- d'une seconde couche sèche destinée à maintenir l'humidité et la température.
Le traitement est plus court en psychiatrie (45 mn) qu'en dermatologie (plusieurs heures).
En psychiatrie
modifierHistoire
modifierLes enveloppements humides thérapeutiques ou (packings) sont une pratique psychocorporelle de médiation corporelle héritière des traditions hydrothérapeutiques du XIXe siècle et notamment d'une technique ancienne de balnéation « (malade complètement déshabillé, sur son lit, frotté par une éponge d'eau froide, puis recouvert d'un drap et de couvertures, enveloppé une à deux heures pour produire une « abondante diaphorèse » »[1].
Elle prolonge les méthodes d'« emmaillotement humide » décrites par Henri Dagonet (1850) et les protocoles de « choc hydrothérapique » proposés par Valentin Magnan à la fin du XIXe siècle[2].
L'une des origines citées de cette thérapie est, en 1834, l'observation par un paysan tchèque (Vincenz Priessnitz) du comportement d'un chevreuil blessé qui trempait sa blessure dans l'eau froide. Il utilise ensuite l'effet antalgique du froid via de premiers enveloppements humides, en enveloppant le patient dans un drap froid et tordu, parfois associé à des frictions vigoureuses, avant d'en recouvrir le corps de couvertures jusqu'à l'apparition d'une sudation abondante, suivie d'une douche ou d'un bain froid[2].
Dans les années 1850, la méthode est reprise et systématisée par le médecin français L. Fleury, tandis que les Annales médico‑psychologiques publient la première description psychiatrique de l'« emmaillotement humide » sous la plume d'Henri Dagonet, dont le protocole associe des frictions à l'eau froide, un enveloppement prolongé et une forte transpiration[2].
À la fin du XIXe siècle, la technique est diffusée dans les milieux asiliaires, décrite dans les manuels d'hydrothérapie et justifiée par des auteurs comme Esquirol, Morel ou Magnan, qui y voient un moyen de stimuler ou calmer certains patients, d'apaiser la manie ou de produire un effet vasomoteur bénéfique ; Krafft‑Ebing en recommande l'usage pour ses effets hypnotiques. La méthode d'enveloppement humide devient alors une alternative aux moyens de contention traditionnels, comme l'illustre un article du British Medical Journal (1878) relatif à un delirium tremens ainsi traité. Au début du XXe siècle, selon A. Adler une large majorité de patients en tire un effet apaisant. En 1921 la revue JAMA décrit des enfants agités ou agressifs calmés par des enveloppements, humides (et moins bien par des enveloppements secs)[2].
Ces usages déclinent en France dans la première moitié du XXe siècle, alors que la psychanalyse et des approches biologiques se développent, puis réapparaît dans les années 1950 avec P. Sivadon, qui réhabilite les médiations corporelles. En 1966, le psychanalyste américain M. Woodbury relance les enveloppements humides en Europe, avec P.-C. Racamier, en développant les « enveloppements anaclitiques » destinés à contenir les crises psychotiques aiguës tout en maintenant une relation soignante continue ; Woodbury rapporte un taux d'efficacité de 87 % sans recours aux médicaments, et Racamier souligne l'importance d'une équipe soignante permettant une relation transférentielle triangulaire[2].
À partir des années 1980, les enveloppements humides sont réévalués comme technique de sédation et de relaxation : selon une étude publiée en 1988, 80 % des patients hospitalisés en psychiatrie ont estimé en avoir retiré un bénéfice, et qu'un quart d'entre eux ont demandé à renouveler les séances pour leur effet apaisant[2].
Devenu une médiation corporelle d'intégration sensori‑motrice, ce traitement est alors proposés à des patients difficiles, notamment ceux présentant des troubles limites, certains troubles du spectre de l'autisme, des états catatoniques ou des conduites auto‑agressives[2].
Selon Nathalie Arribes-Aubree (2018), aujourd'hui, les enveloppements humides ne sont plus conçus comme un moyen de contention, mais comme une technique de soins sensoriels visant à restaurer un apaisement corporel et relationnel lorsque la communication verbale est entravée ou pour le traitement de troubles psychosomatiques du Moi-Peau[2].
Protocole
modifierLa technique consiste à envelopper temporairement un patient (allongé, autrefois nu et aujourd'hui en maillot de bain) dans des linges froids (humides et essorés) puis dans des couvertures, pour une séance d'environ 45 minutes, la séance étant répétée plusieurs fois par semaine, sous surveillance médicale[1].
Initialement utilisés chez des adultes psychotiques puis chez des enfants présentant un trouble du développement et/ou des « trauma complexes » (« traumatisme non pas unique à l'âge adulte mais répété dans l'enfance par un proche sensé protéger l'enfant »)[3]. ils trouvent encore leurs indications pour le spectre de l'autisme (chez des personnes percevant mal leur enveloppe corporelle par exemple) ou le fonctionnement limite[1].
En dermatologie
modifierEn dermatologie, cette méthode est principalement utilisée dans la prise en charge des formes modérées à sévères de dermatite atopique, notamment chez l'enfant, mais elle peut également être employée dans d'autres affections dermatologiques.
Dans ce cas, les enveloppements sont généralement laissés en place plusieurs heures ou toute une nuit, et répétés sur quelques jours pour obtenir un soulagement rapide des symptômes.
Indications en dermatologie
modifierLes enveloppements humides sont principalement utilisés pour :
- les poussées aiguës de dermatite atopique modérée à sévère ;
- le prurit intense résistant aux traitements topiques classiques ;
- la restauration rapide de la barrière cutanée ;
- les situations pédiatriques nécessitant un contrôle rapide des symptômes.
Ils peuvent également être utilisés, de manière plus marginale, dans certaines formes de dermatite de contact, de psoriasis ou d'ichtyose.
En dermatologie pédiatrique, l'enveloppement humide est notamment utilisé pour les formes sévères d'eczéma. Les parents peuvent être formés à la réaliser à domicile, sous contrôle médical. Les études montrent une amélioration rapide des symptômes et de la qualité de vie.
En gériatrie, La WWT semble pouvoir améliorer la qualité de vie de patients sévèrement touchés par la maladie d'Alzheimer (option thérapeutique efficace pendant au moins 4 semaines)[4].
Mécanismes d'action
modifierPlusieurs mécanismes expliquent leur efficacité :
- amélioration de l'hydratation cutanée ;
- effet occlusif augmentant la pénétration des traitements topiques ;
- effet rafraîchissant réduisant l'inflammation et le prurit ;
- protection mécanique contre le grattage.
Efficacité
modifierLes études cliniques[Lesquelles ?] rapportent généralement :
- une diminution rapide du prurit, de l'érythème et de la sécheresse cutanée ;
- une amélioration du sommeil, notamment chez les enfants ;
- un effet bénéfique à court terme (quelques jours à quelques semaines).
Les données sur l'efficacité à long terme restent limitées, et les protocoles varient selon les établissements.
Risques et limites
modifierLes enveloppements humides sont considérés comme sûrs lorsqu'ils sont réalisés sous supervision médicale, mais peuvent entraîner :
- macération cutanée ;
- risque accru d'infection secondaire ;
- augmentation de l'absorption des corticostéroïdes topiques ;
- sensation de froid ou inconfort, surtout chez les jeunes enfants chez qui ils sont recommandés pour des périodes plus courtes.
Histoire
modifierL'usage de bandages humides en dermatologie remonte au XIXe siècle, mais les protocoles modernes d'enveloppements humides thérapeutiques ont été développés à la fin du XXe siècle, surtout dans des services pédiatriques spécialisés. La méthode s'est ensuite diffusée internationalement, avec des variations selon les pratiques locales.
Références
modifier- 1 2 3 Yoann Loisel et Thomas Munoz, « L'intérêt de l'enveloppement humide thérapeutique pour l'adolescent état limite : sur le fil du « courant tendre » », L'Information psychiatrique, vol. 101, no 5, , p. 299–304 (ISSN 0020-0204, DOI 10.1684/ipe.2025.2883, lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 « Histoire des enveloppements humides - Origine des hydrothérapies », sur 123dok.net (consulté le ).
- ↑ Christophe Chaperot, Lise Turdéanu et Yann Auxéméry, « Traumatismes complexes et thérapeutique par la méthode des enveloppements humides (« packing »). Étude psychopathologique à partir de trois cas », L'Évolution Psychiatrique, vol. 82, no 2, , p. 323–338 (DOI 10.1016/j.evopsy.2016.09.007, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (en) Sherief R. Janmohamed, « The proactive wet-wrap method with diluted corticosteroids versus emollients in children with atopic dermatitis: A prospective, randomized, double-blind, placebo-controlled trial », Journal of the American Academy of Dermatology, vol. 70, no 6, juin 2014, p. 1076-1082.
