Ephrem Fidèle Yalike Ngonzo, dit Ephrem Yalike ou Ephrem Yalike-Ngonzo, est un journaliste et lanceur d'alerte centrafricain, ancien agent de la propagande russe en Afrique.

Ephrem Yalike
Nom de naissance Ephrem Fidèle Yalike Ngonzo
Nationalité Centrafricaine
Diplômé de Université de Bangui
Autres activités Propagandiste pour le Groupe Wagner (2019-2022)

Entre 2019 et 2022, il est employé par une société proche du Groupe Wagner pour produire des contenus de propagande sur les activités de la Russie au Sahel et en Afrique subsaharienne. Il devient ensuite lanceur d'alerte et travaille avec Forbidden Stories jusqu'à la publication, en 2024, d'une enquête sur la désinformation russe.

Menacé, il fuit la Centrafrique, où il est considéré comme un traître par les autorités.

Biographie

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Jeunesse, formation et débuts journalistiques

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Né en République centrafricaine en 1994 ou 1995[1], Ephrem Fidèle Yalike Ngonzo est d'abord destiné à devenir prêtre et entre au séminaire de Bangui[2]. Il suit ensuite des études de droit et de relations internationales à l'université de Bangui, tout en travaillant pour plusieurs journaux afin de financer ses études. Il couvre pour la première fois les activités des forces paramilitaires russes en Centrafrique en janvier 2018 pour le journal local Le Citoyen. Il accueille alors favorablement l'arrivée de la Russie, pensant comme de nombreux habitants « qu'il y aurait bientôt la paix dans le pays » grâce à sa présence[3].

Parcours

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Travail pour la propagande russe

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En novembre 2019, alors qu'il s'apprête à devenir parent, Ephrem Yalike rencontre un agent russe, Mikhaïl Proudnikov, dit « Micha »[2], qui lui propose de publier des contenus favorables aux forces russes. Le salaire est de 30 000 francs CFA par article, soit environ 45 euros, une somme importante en République centrafricaine[3]. Il publie de fausses informations, relaie des éléments de propagande russe et fait la promotion de manifestations anti-occidentales[4]. Il travaille pour Politology, un réseau de désinformation supervisé par le Service des renseignements extérieurs de la fédération de Russie (SVR)[5].

Ephrem Yalike devient chargé des relations entre le Groupe Wagner et les organes de presse locaux[1]. Il prend progressivement conscience de l'ampleur de l'opération de propagande russe organisée par le Groupe Wagner. Il doit écrire des articles contraires à la réalité, comme lorsqu'il affirme que des bergers peuls gravement blessés ont été secourus par les Russes alors que ces derniers les ont attaqués accidentellement. Lorsque la véritable version de l'accident est révélée, ses contacts russes le soupçonnent d'avoir trahi ses engagements. Sous la menace d'une arme, ils le conduisent dans une forêt à l'écart de Bangui pour l'interroger[3]. Le journaliste survit[6].

Lanceur d'alerte et fuite de Centrafrique

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Ephrem Yalike prend conscience du danger représenté par les mercenaires pour ceux qui s'opposent à leur influence[4]. Il fait défection et devient lanceur d'alerte. En 2022, il entre en contact avec les journalistes d'investigation de Forbidden Stories alors qu'il se trouve à Johannesbourg[4] et coopère avec eux pour une enquête publiée le sur les méthodes de propagande des structures liées à la Russie en Afrique[3],[7]. Il contacte aussi la rédaction du Monde[1]. La publication reçoit un large écho[4] et donne lieu à des sanctions de l'Union européenne contre Mikhaïl Proudnikov, considéré comme responsable de réseaux de désinformation russes en Centrafrique[8].

La nouvelle de son témoignage à visage découvert se diffuse avant la publication et Ephrem Yalike reçoit des menaces de mort. Il continue alors à jouer le rôle d'un journaliste fidèle à ses employeurs russes[5]. En février 2024, il tente de quitter la République centrafricaine avec sa famille depuis l'aéroport international de Bangui, avec l'accord de la France. Il est arrêté avant d'embarquer, tandis que sa compagne et son enfant parviennent à rejoindre la France[9]. La police confisque ses papiers d'identité et le convoque le lendemain[8]. Il se cache puis quitte le pays alors que la police le recherche. Après avoir traversé l'Oubangui, il entre clandestinement en république démocratique du Congo (RDC). La Plateforme de protection des lanceurs d'alerte en Afrique (PPLAAF) l'aide à se mettre en sécurité en RDC[3]. Il passe près de cinq mois caché dans un couvent à Kinshasa[9].

Exil en France et demande d'asile

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Grâce à l'intervention de l'Élysée, il reçoit un laissez-passer exceptionnel pour se rendre en France[10], où il retrouve sa famille et s'installe avec eux dans un lieu tenu secret[9]. Il dépose une demande d'asile, rejetée en mars 2026 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), décision rendue publique en juillet 2026[11]. Selon Politis, il lui est reproché d'avoir participé au système qu'il dénonce en organisant, dans le cadre de son travail avec Wagner, des manifestations anti-occidentales à Bangui[12],[10]. Une note blanche de l'administration française lui reproche d'avoir continué à participer à la propagande russe avant sa fuite[5]. La PPLAAF dénonce une « décision parfaitement incompréhensible » et son avocat critique un « signal extrêmement négatif » envoyé à ceux qui « veulent lutter contre la propagande russe »[10]. L'organisation dépose un recours devant la Cour nationale du droit d'asile, normalement suspensif[8],[13].

Ephrem Yalike reste recherché en Centrafrique, dont le gouvernement considère qu'il a « trahi son pays »[3]. Ses proches restés dans le pays sont interrogés par les autorités centrafricaines et les forces russes[10]. Une expulsion vers son pays d'origine l'exposerait à des représailles des forces russes, qui peuvent aller jusqu'à la décapitation de personnes capturées[non neutre][5].

Notes et références

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  1. 1 2 3 Morgane Le Cam, « Les confessions d’un agent repenti de la « désinformation » et des « messages haineux » de Wagner en Centrafrique », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
  2. 1 2 « Désinformation russe en Centrafrique : Ephrem Yalike, le repenti de l’Oubangui », sur RFI, (consulté le )
  3. 1 2 3 4 5 6 (en) Plateforme de protection des lanceurs d'alerte en Afrique, « Ephrem Yalike-Ngonzo – PPLAAF », sur pplaaf.org (consulté le )
  4. 1 2 3 4 « Propaganda Machine : plongée au cœur de l’influence russe en Afrique », sur Forbidden Stories, (consulté le )
  5. 1 2 3 4 « Demande d’asile de Ephrem Yalike-Ngonzo rejetée : quelle crédibilité de la France dans la bataille informationnelle contre la Russie ? », sur Investigations with Impact, (consulté le )
  6. Léa Peruchon, « J'étais devenu le relais de Wagner », sur Society, (consulté le )
  7. « « Je ne le fais pas seulement pour moi » : les révélations d’un ex-propagandiste sur les secrets de la désinformation russe en Centrafrique », sur Forbidden Stories, (consulté le )
  8. 1 2 3 « France : la demande d’asile du lanceur d’alerte centrafricain Ephrem Yalike a été rejetée », sur RFI, (consulté le )
  9. 1 2 3 Maria Malagardis, « « Je ne me sens en sécurité nulle part » : le journaliste centrafricain Ephrem Yalike-Ngonzo, du cœur de la propagande russe à l’exil forcé », Libération, (lire en ligne)
  10. 1 2 3 4 « Un lanceur d'alerte qui a dénoncé les agissements du groupe Wagner en Centrafrique se voit refuser l'asile en France », sur France Info, (consulté le )
  11. Christophe Châtelot, « Un lanceur d’alerte à l’origine de révélations sur la machine de propagande russe en Centrafrique se voit refuser l’asile en France », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
  12. Guillaume Deleurence, « Droit d’asile : la France dit non au lanceur d’alerte Ephrem Yalike-Ngonzo », sur Politis, (consulté le )
  13. « Centrafrique : Ephrem Yalike, lanceur d’alerte, bientôt expulsé de France ? », sur Jeune Afrique (consulté le )

Voir aussi

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