Yeux bridés
Les yeux bridés sont dus à un épicanthus ou pli épicanthique, est un pli de peau vertical situé de chaque côté du nez, recouvrant parfois le canthus interne de l'œil, un repli vertical de la peau qui s'étend de la paupière supérieure au bord du nez, une paupière sans pli. Son origine est encore en grande partie inconnue, et bien que beaucoup de théories tentent de la rendre moins obscure, aucune preuve irréfutable n'est venue s'imposer dans le milieu scientifique.

Ces yeux peuvent être présents de façon physiologique, avec des probabilités différentes selon l'origine ethnique. Ils sont également plus souvent présents chez les personnes porteuses de syndromes génétiques tels que la trisomie 21, le syndrome de Williams et beaucoup d'autres ou ayant subi une exposition prénatale à l'alcool.

En Asie, selon la plupart des théories génétiques actuelles, les yeux bridés seraient issus de l'adaptation du corps humain au climat, des ancêtres de Sibérie orientale dont le pli protégeait l'œil de la forte réverbération du soleil sur la neige et la banquise, ainsi que du puissant blizzard soufflant alors sur ces plaines[1]. Cela est cependant discuté par de sérieuses sources[2]. L'anthropologue Alain Froment avance plutôt que la seule hypothèse évolutive actuelle n'implique pas les avantages biologiques de la sélection naturelle mais la sélection sexuelle du fait des jugements esthétiques portés pour des raisons culturelles, rendant le caractère et sa diffusion plus présents de façon durable[2].
L'origine de ce pli épicanthique pourrait directement aussi être liée au concept de gènes pléiotropes.
Chronologie historique
modifier- 1795 – Johann Friedrich Blumenbach : Première description systématique de l'axe palpébral. Dans le cadre de l'étude de sa collection morphologique de crânes, Blumenbach postule que les yeux est-asiatiques se caractérisent par une fente palpébrale rétrécie et un angle externe orienté vers le haut (« oculorum palpebris conniventibus et in cantho externo sursum ductis »). Afin d'apporter une clarification, il introduit par la suite l'expression en français de « yeux bridés ». Cette formulation pose les bases théoriques sur lesquelles les anthropologues ultérieurs classifieront ce trait comme un caractère racial collectif[3].
- 1828 – Matthias Joseph Schön : Première mention descriptive de cette structure de tissu mou dans la littérature médicale germanophone. Schön en propose une interprétation fonctionnelle et la qualifie de « quatrième paupière »[4].
- 1831 – Friedrich August von Ammon : Introduction du terme technique « épicanthus ». Ammon définit ce pli comme une anomalie congénitale de la fente palpébrale, causée par un excès local de peau au niveau de la racine du nez[5].
- 1851 – Frédéric Jules Sichel : Introduction du terme dans la littérature spécialisée française. Sichel établit un lien avec les théories taxonomiques raciales de l'époque et interprète cette structure comme un trait anatomique de transition entre la « race caucasienne » et la « race mongole »[6].
- 1874 – Ilia Metchnikov : Introduction des concepts de « pli mongol » et de « véritable œil mongol ». Il formule l'hypothèse d'un arrêt de développement macro-évolutionnaire, s'apparentant à la persistance d'un état fœtal[7].
Canthométrie
modifierLa canthométrie (du grec ancien kanthos, « angle de l'œil », et metron, « mesure ») est une sous-discipline de l'anthropologie physique, de la biométrie informatisée et de la chirurgie oculoplastique. Elle est destinée à l'analyse quantitative, à la classification morphologique et à la mesure de la géométrie de la fente palpébrale et des angles de l'œil[8].
Dans le cadre de la classification morphologique et de l'évaluation quantitative de la géométrie périorbitaire, la structure des tissus est différenciée de manière topographique à l'aide d'axes de mesure anatomiques standardisés et de zones de tissus mous bien définies :
- Canthus maior et canthus minor : Les principaux axes de mesure canthométriques se divisent entre le canthus maior nasal (angle interne de l'œil ou angulus oculi medialis) et le canthus minor temporal (angle externe de l'œil ou angulus oculi lateralis). Le canthus maior sert de point de référence central pour évaluer les anomalies des plis palpébraux dans la région de la caroncule lacrymale (caruncula lacrimalis).
- Intercilium : L'sub-zone de l'intercilium décrit la zone cutanée d'affaissement ou l'espace de tissu mou situé entre le sourcil (supercilium) et le sillon palpébral supérieur (sulcus palpebralis superior). L'expression phénotypique et la plénitude tissulaire de cette zone sont classées sur une échelle continue allant d'un aspect totalement creux et sec (intercilium inanissimo) à un aspect fortement rembourré ou infantile (intercilium plenissimo).
- Hypocanthus : Antonyme canthométrique direct de l'épicanthus, l'hypocanthus définit l'absence totale de recouvrement cutané ou vertical par les tissus mous. Au niveau de l'angle interne (canthus maior), la papille lacrymale (papilla lacrimalis) repose à plat contre la caroncule lacrymale, sans former de pli cutané. Au niveau de l'angle externe (canthus minor), ce terme désigne un angle palpébral totalement dégagé et exposé.
- Hétérocanthie (heterocanthia) : Ce terme désigne l'asymétrie morphologique ou la combinaison inégale de types de plis et d'angles entre les deux côtés du visage d'un même individu. Elle documente l'écart bilatéral des rapports de longueur ou de courbure (par exemple, la présence simultanée et asymétrique d'un angle épicanthique sur un œil et d'un angle hypocanthique sur l'autre)[8].
Répartition géographique
modifierLes yeux bridés sont courants en Asie de l'Est, en Asie du Sud-Est, en Asie centrale, et représentés dans une moindre proportion dans les différentes autres populations. Ils existent en Europe du Nord, centrale et de l'Est, dans le monde slave et germanique, ainsi que chez des individus d'ascendance celte, mais il n'y a pas systématiquement de repli au coin interne de l'œil. Ils sont également présents parmi les peuples originaires d'Amérique (Autochtones) et d'Arctique (tels que les Inuits).
Certains habitants de Madagascar présentent également ce trait, héritage de l'ascendance austronésienne d'une partie de la population. Enfin, on l'observe aussi chez les San d'Afrique du Sud.
Notes et références
modifier- ↑ Philippe Vandel, « Pourquoi les Chinois ont-ils les yeux bridés ? », sur franceinfo.fr,
- 1 2 « Pourquoi certaines populations ont-elles les yeux bridés ? », sur Science et avenir,
- ↑ (la) Johann Friedrich Blumenbach, De generis humani varietate nativa. Ed. III., apud Vandenhoek et Ruprecht, (lire en ligne)
- ↑ (de) Johann Matthias Albrecht Schön, Handbuch der pathologischen Anatomie des menschlichen Auges, Hoffmann und Campe, (lire en ligne)
- ↑ (de) Zeitschrift für die Ophthalmologie, Groos, (lire en ligne)
- ↑ Annales d'oculistique, Tircher, (lire en ligne)
- ↑ (de) R. Hartmann Oxford University, Zeitschrift für Ethnologie und ihre Hülfswissenschaften als Lehre vom Menschen in seinen ..., (lire en ligne)
- 1 2 (ru) Maxime Sowine, Canthométrie, Forum for Anthropology and Culture (lire en ligne)
Annexes
modifier- Détail
- Jeune femme asiatique