Ermold le Noir
Ermold le Noir (en latin Ermoldus Nigellus) est un chanoine de l'époque carolingienne, clerc de la maison de Pépin Ier d'Aquitaine, auteur d'un poème en l'honneur de Louis le Pieux, source de premier ordre de l'histoire de cet empereur.
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Carmen in honorem Hludovici christianissimi Caesaris Augusti (d) |
Biographie
modifierLire les élégies de ce poète livre des indications qu'il donne de temps à autre sur lui-même dans ses écrits. L'ensemble reste fragmentaire.
Les débats sur la carrière d'Ermold le Noir
modifierDes chercheurs ont supposé qu'Ermold le Noir était un moine parce qu'il savait lire et écrire. Mais il ne s'agit que d'une supposition[1]. Une autre explication pour sa capacité à écrire de tels textes pourrait être due aux écoles que Charlemagne avait mises en place pour les enfants de la noblesse, il aurait donc simplement été un membre de la noblesse éduquée[2]. McKitterick explique qu'il est faux de supposer que "l'éducation et l'apprentissage étaient réservés aux clercs", car il était courant que des laïcs soient également envoyés à l'école[3]. Fleiner explique qu'Ermold le Noir aurait pu être confondu avec de nombreuses autres figures de la même époque, en particulier un abbé nommé Hermoldus que Louis a envoyé à la cour de Pépin Ier d'Aquitaine en 834, ainsi qu'un chancelier de la cour de ce dernier aussi nommé Hermoldus[2]. L'association d'Ermold le Noir avec ces deux contemporains a conduit à l'interprétation erronée selon laquelle il était un clerc et le chancelier de Pépin. On ne sait pas s'il s'agit bien de la même personne que les deux autres Hermoldus, mais d'autres preuves dans ses poèmes suggèrent le contraire[réf. nécessaire].
Un autre fait sur lui-même qu'Ermold le Noir révèle dans ses poèmes est qu'il était soldat dans l'armée de Pépin lors de sa deuxième campagne en Bretagne. Bien qu'il fût soldat, Ermold avoue qu'il n'était pas doué, et il cite le roi Pépin lui disant de se consacrer à l'écriture plutôt que de poursuivre le combat à l'épée, qui était inutile contre les Bretons[4]. Ce fait pose problème aux chercheurs qui pensent qu'Ermold était un moine, puisque les moines ne portaient généralement pas d'armes ou ne se battaient pas[5]. Il aurait pu être abbé, puisque l'on attendait d'eux qui fassent servent militairement, mais il semble plus probable qu'il fasse partie des "lettrés de cour", des hommes instruits qui servaient à la cour en tant que chefs militaires, envoyés et enseignants[6].
Exil
modifierEn 824, il accompagne Pépin, roi d'Aquitaine depuis 814, au cours d'une campagne contre les Bretons. Les causes de son exil sont restées longtemps inconnues ; selon la thèse de Jehanne Roul, c'est le soulèvement des Goths en Aquitaine en 826 qui est à l'origine de l'exil du poète[7].
Exilé à Strasbourg auprès de l'évêque Bernold, il entreprend de regagner la faveur de l'empereur en écrivant un poème qui retrace le règne du prince de 781 à 826. La présence d'un Ermold chancelier de Pépin emissus de Louis le Pieux atteste du retour en grâce du poète[8].
Retour à la cour et fin de vie
modifierLa fin de vie d'Ermold le Noir est inconnue. Il aurait pu être réintégré à la cour, mais nous n'avons que peu de preuves pour le confirmer. La seule suggestion de son retour à la cour est la possibilité qu'il ait pu être l'un des chanceliers de Pépin Ier d'Aquitaine (Hermoldus), tel que documenté dans trois des chartes de Pépin émises au milieu des années 830[9]. Il n'a produit aucun ouvrage survivant et il n'y a aucune référence à son sujet dans la littérature de cette période.
Œuvres
modifierErmold était un homme cultivé, connaissant les poètes latins.
Carmen in honorem Hludovici
modifierErmold a composé lors de son exil un poème en distiques élégiaques en quatre livres, Carmen in honorem Hludovici christianissimi Caesaris Augusti, dont la préface est un poème en acrostiche de 35 vers : chaque vers commence et finit par la même lettre, les 35 initiales et finales formant deux fois la phrase de 35 lettres ERMOLDUS CECINIT HLUDOICI CAESARIS ARMA[10], c'est-à-dire « Ermold a chanté les (faits d') armes de Louis César » : cette phrase démarque probablement le début de l'Enéide : « Arma virumque cano » (« Je chante les (faits d') armes et l'homme »)[11].
Les quatre livres traitent des exploits de l'empereur entre 781 et 826. Ils exposent des pratiques de l'époque comme la commendatio. Le dernier livre, où l'on trouve une description du palais impérial d'Ingelheim, quelques décennies après sa construction (en 826-828), culmine avec le récit de la visite du chef dane Heriold (=Harald Klak), que Louis avait appelé à l'aide, et qui se fit baptiser avec toute sa suite. D'après diverses annales, il semble que les tractations tenues au palais d'Ingelheim aient été difficiles, les ennemis d'Heriold ayant dépêché eux aussi une ambassade auprès du roi. Le baptême n'aurait pas eu lieu à Ingelheim, faute d'une église, mais plutôt à Mayence. La couverture panégyrique des événements tend à présenter le baptême du chef déchu Heriold comme le terme de décennies de pillages par les Normands.
Poèmes à Pépin
modifierEdition de ses œuvres
modifierLes deux manuscrits dont on dispose sont du Xe siècle (Vienne, Bibliothèque nationale autrichienne) et du XVe siècle (Londres, British Museum).
Une première édition est réalisée en 1726 par Ludovic Muratori. Plusieurs éditions sont réalisées au cours du XIXe siècle : en Allemagne par George Heinrich Pertz en 1829 ; en France par Jacques Paul Migne dans la Patrologia Latina en 1844 ; de nouveau en Allemagne par Ernst Dümmler dans Poetae Latini aevi Carolini en 1884.
Dès 1824, une traduction est publiée en France dans la Collection des mémoires relatifs à l'histoire de France de François Guizot, qui présente l'auteur et l'œuvre dans une introduction.
- Manuscrits
- Vienne, Bibliothèque nationale autrichienne : Codex vindobonensis 614 (voir catalogue)
- Londres, British Museum : Codex Harleianus 3685
- Éditions et traductions du XIXe siècle
- Ermoldi Nigelli carmina, dans Georg Heinrich Pertz et autres (éd.): Scriptores (in Folio) 2: Scriptores rerum Sangallensium. Annales, chronica et historiae aevi Carolini, Hanovre, 1829, pages 464–523 (Monumenta Germaniae Historica, disponible en ligne).
- Jacques Paul Migne, Patrologia latina, tome 105, Paris, 1844.
- Ermoldi Nigelli carmina, dans Poetae Latini medii aevi 2: Poetae Latini aevi Carolini (II), édition d'Ernst Dümmler, Berlin, 1884, pages 1–93.
- Ermold le Noir, Faits et gestes de Louis le Pieux, poème dans François Guizot, Collection des mémoires relatifs à l'histoire de France, Librairie Brière, Paris, 1824 (disponible en ligne)
- Publication récentes
- Ermold le Noir, Poème au roi Louis le Pieux suivi de Epîtres au roi Pépin (édition d'Edmond Faral), Les Belles Lettres, Paris, 1964
- Ermold le Noir, La Succession de Charlemagne : la vie de Louis le Pieux, Paleo, Clermont-Ferrand, 2001[12]
Notes et références
modifierNotes
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Ermoldus Nigellus » (voir la liste des auteurs).
Références
modifier- ↑ Dolores Carey Fleiner, « In Honor of Louis the Pious, a Verse Biography by Ermoldus Nigellus (826): An Annotated Translation », Ann Arbor: ProQuest, , p. 13 (lire en ligne)
- 1 2 Dolores Carey Fleiner, « In Honor of Louis the Pious, a Verse Biography by Ermoldus Nigellus (826): An Annotated Translation », Ann Arbor: ProQuest, , p. 14 (lire en ligne)
- ↑ Rosamond McKitterick, The Carolingians and the written word, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-511-58359-9), p. 222
- ↑ Dolores Carey Fleiner, « In Honor of Louis the Pious, a Verse Biography by Ermoldus Nigellus (826): An Annotated Translation », Ann Arbor: ProQuest, , p. 17
- ↑ Donna Lee Boutelle, « Louis the Pious and Ermoldus Nigellus: An Inquiry into the Historical Reliability of "in Honorem Hludowici" », Ann Arbor: ProQuest, , p. 18 (lire en ligne)
- ↑ Donna Lee Boutelle, « Louis the Pious and Ermoldus Nigellus: An Inquiry Into the Historical Reliability of "In Honorem Hludowici" », Ann Arbor: ProQuest, , p. 19 (lire en ligne)
- ↑ Roul 2024, p. Chap. 2. La disgrâce impériale et les causes de l'exil 94-110.
- ↑ Roul 2024.
- ↑ Shane Bobrycki, « Nigellus, Ausulus: Self-Promotion, Self-Suppression and Carolingian Ideology in the Poetry of Ermold », www.academia.edu, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Texte latin du poème », sur documentacatholicaomnia.eu.
- ↑ Christiane Veyrard-Cosme, « La poésie de circonstance à l'époque carolingienne. Ermold le Noir et le poème sur Louis le Pieux », dans La Muse de l'éphémère. Formes de la poésie de circonstance de l'Antiquité à la Renaissance, éd. Aurélie Delattre et Adeline Lionetto, Paris, Classiques Garnier (Colloques, congrès et conférences sur la Renaissance européenne, 84 ; Lectures de la Renaissance latine, 5), 2014, p. 223-240.
- ↑ données de WorldCat
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- * Anne-Marie Turca, « Ermold Le Noir », dans : Robert Bossuat, Louis Pichard et Guy Raynaud de Lage (dir.), Dictionnaire des lettres françaises, t. 1 : Moyen Âge, éd. entièrement revue et mise à jour sous la dir. de Geneviève Hasenohr et Michel Zink, Paris, Fayard, 1992, p. 413-414.
- (en) Peter Godman, « Louis "the Pious" and his poets », dans Frühmittelalterliche Studien, n° 19, 1985, p. 239–289.
- (en) Shane Bobrycki, « Nigellus, Ausulus: self-promotion, self-suppression and Carolingian ideology in the poetry of Ermold », dans Ego Trouble: Authors and Their Identities in the Early Middle Ages, Vienne, Verlag der Österreichischen Akademie der Wissenschaften (Forschungen zur Geschichte des Mittelalters, 15), 2010, p. 161-173.
- Jean Favier, Charlemagne, Paris, Fayard, 1999, p. 598.
- (de) W. O. Henkel, Über den historischen Werth der Gedichte des Ermoldus Nigellus, Eilenbourg, Schrader, 1876
- [Roul 2024] Jehanne Roul, Le Poème en l’honneur de Louis le Pieux d’Ermold le Noir, Champ Vallon, , 608 p. (ISBN 979-10-267-1258-9)
Liens externes
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