Ersilio Ambrogi
Ersilio Ambrogi, né le 16 mars 1883 à Castagneto Carducci et mort le 11 avril 1964[1] à Venturina Terme, est un avocat et homme politique communiste italien.
| Député XXVIe législature du royaume d'Italie | |
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| Maire de Cecina | |
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| Naissance | |
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| Décès | |
| Nom de naissance |
Ersilio Paolo Giuseppe Ambrogi |
| Nationalité |
Italien |
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| Parti politique |
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Personnage ambiguë, il a été, selon l'historien Mimmo Franzinelli, « tour à tour défini comme partisan permanent de la révolution trotskiste, persécuteur stalinien des hétérodoxes, confident de la police mussolinienne, agent double des services fascistes et du Guépéou soviétique »[2].
Biographie
modifierOrigines et formation politique (1883-1919)
modifierErsilio Ambrogi naît en mars 1883 à Castagneto Carducci, dans la province de Livourne, d'Antonio Ambrogi et de Corinna Belli[3],[4]. Son père, médecin de campagne, lui donne une éducation catholique modérée dont il se détache très tôt, attiré par les idées révolutionnaires[3],[4].
À l'âge de 18 ans, en 1901, il adhère au Parti socialiste italien (PSI), et, en parallèle de ses études de droit à Pise, rejoint dès 1904 un groupe révolutionnaire et antimilitariste où il côtoie Alfredo Polledro, Ugo Nanni, Cesare Marangoni et Domenico Zavattero[3],[4]. La même année, lors d'une grève générale déclenchée après que la police a ouvert le feu sur la foule à Sestri Ponente/Sestri Levante (Gênes) pendant un meeting socialiste, il prend la tête du mouvement de contestation et est condamné à onze mois de prison[1],[3],[4].
Une fois libéré, il entame une série de séjours en Suisse, en France (où il participe en 1906 aux manifestations de la CGT) et en Allemagne, fréquentant activement les milieux anarchistes[1],[3]. Rentré à Castagneto Carducci dans le courant de l'année 1911, il contribue en octobre 1911 à la fondation du groupe anarchiste local « Pietro Gori », composé d'une trentaine de membres[3],[4].
L'année suivante, il reprend ses études et obtient son diplôme de droit à l'Université de Bologne, diplôme lui permettant d'exercer comme avocat[1],[3],[4]. Installé à Milan, il est mobilisé au début de la Première Guerre mondiale mais est emprisonné à plusieurs reprises pour « propagande défaitiste et antimilitariste »[3],[4].
Engagement socialiste puis communiste (1919-1921)
modifierÀ la fin du conflit, il abandonne l'anarchisme et milite de nouveau dans les rangs du Parti socialiste italien (PSI), où il s'impose comme une figure de la tendance « maximaliste »[1],[3]. Élu député en novembre 1919 dans la circonscription de Livourne-Pise[1],[3],[4], il est également élu maire de Cecina en 1920, puis président de l'administration provinciale de Pise[3],[4].
Le 21 janvier 1921, lors lors du Congrès de Livourne, il vote la motion Bordiga-Terracini et participe à la fondation du Parti communiste d'Italie (PCd'I)[3],[4]. Il doit également, alors que le squadrisme fasciste se développe, défendre sa municipalité contre une incursion en février 1921[3],[4]. La même année, il est finalement destitué de son mandat de maire par le préfet pour avoir fait retirer les portraits royaux et la plaque de la Victoire des bureaux municipaux[3],[4]. Arrêté peu après par les autorités pour « tentative d'homicide » puis pour « homicide » à la suite de la mort du fasciste Dini Leoni lors des affrontements (l'« eccidio di Cecina »), il est détenu à Volterra puis à Lucques puis recouvre la liberté en mai 1921 grâce à son élection comme député communiste[3],[4]. Il sera condamné par contumace en 1924 par la Cour d'assises de Livourne à 21 ans, 10 mois et 18 jours de réclusion pour cette affaire[4].
Émigration, Komintern et rupture avec la ligne du PCI (1922-1929)
modifierAlors que la répression fasciste s'accentue à l'encontre des militants communistes, Ambrogi est contraint à l'exil. Il se rend d'abord en Allemagne où il collabore étroitement avec le Parti communiste d'Allemagne (KPD) et, entre 1922-1923, est délégué du parti à Moscou aux côtés d'Antonio Gramsci, puis devient émissaire de l'Internationale communiste pour l'Europe occidentale[1],[3],[2],[4].
Durant cette période, il est en correspondance suivie avec les représentants du Parti communiste italien (PCI), Terrarcini, Grieco et Togliatti, et se rapproche progressivement des positions défendues par Amadeo Bordiga[3],[4]. Lors du VIe Plenum élargi de l'Internationale communiste (Moscou, 17 février-14 mars 1926), alors que les tensions entre Bordiga et Staline éclatent, un rapport de Palmiro Togliatti à la direction du parti cite Ambrogi, aux côtés de Virgilio Verdaro, Arnaldo Silva et Mario De Leone, parmi les proches de Bordiga[3]. Un document en russe de février 1929 conservé au fonds Ambrogi de la BDIC (Nanterre) évoque justement les « affaires des camarades Ambrogi, Verdaro et Silva ». Ces évolutions valent à Ambrogi d'être exclu du PCI en 1929[1],[3],[2],[4].
Berlin, le retour en URSS et la fuite (1930-1935)
modifierDésormais sans parti, Ambrogi se réinstalle à Berlin entre 1930 et 1932, en grandes difficultés économiques, tout en restant surveillé par le Guépéou (dont il avait lui-même fait partie) et en continuant d'entretenir des rapports avec les services secrets soviétiques[3],[4]. Sur place, il est surveillé par les les services secrets fascistes, dont le le préfet de Livourne, Guido Farello, qui, dans un rapport de 1929 au ministère de l'Intérieur, voit dans Ambrogi une possible carte de « retournement »[4].
Deux ans plus tard, en mars 1934, il adresse une lettre aux autorités du parti à Moscou demandant sa réintégration, reniant son passé de dissident et louant les résultats de la politique stalinienne[3]. Cependant, sa situation reste aux yeux de certains assez trouble comme pour Dante Corneli qui le décrira plus tard comme un « agent stalinien et espion fasciste ayant fourni à la police italienne d'importantes informations sur l'activité clandestine du parti en Italie »[3],[2],[4]. Gino De Marchi, autre communiste italien capturé par la police secrète soviétique, le dénoncera pour sa part comme membre d'une « organisation d'espionnage bordiguiste-trotskiste » infiltrée parmi les exilés antifascistes à Moscou[3].
Après un bref séjour en URSS lors duquel il est réintégré au parti, Ambrogi bascule à nouveau dans l'opposition et échappe de justesse aux grandes purges staliniennes en 1935, sauvé grâce à l'intervention de l'ambassade d'Italie à Moscou, qui organise sa fuite vers Bruxelles[1],[3],[4].
Bruxelles : les tractations avec les autorités fascistes (1936-1939)
modifierDès 1936, il entre en contacts suivis avec les services secrets du régime fasciste. Dans une lettre datée du 19 février 1936, depuis Moscou, dans une lettre à son fils Ellenio, Ambrogi relate ses démarches auprès du commissaire De Stefani à l'ambassade d'Italie pour obtenir un passeport, où il apprend être soupçonné de travailler pour le Guépéou parmi les émigrés italiens (Lettre du 19/2/1936). Après avoir quitté la Russie, il s'installe à Bruxelles chez un dénommé Morelli et poursuit ses démarches administratives avec l'ambassade (juillet-octobre 1936) (Lettres du 1/7 et du 5/10/1936).
Un long télégramme daté du 31 juillet 1936 de l'ambassade de Bruxelles à Rome résume les intentions déclarées d'Ambrogi :
« J'ai l'honneur de rendre compte de la rencontre qui a eu lieu à Bruxelles avec le célèbre ex-député communiste, Me AMBROGI Ersilio. Pour justifier l'attitude qu'il adopte aujourd'hui, il a tenu à me raconter toute l'histoire de sa carrière politique depuis son expulsion du parti communiste italien, survenue en 1924, jusqu'au moment où, le mois dernier, il a quitté l'URSS. Celle-ci est déjà connue, dans ses grandes lignes, à travers les rapports de la Real Ambassade à Moscou […]
Son programme est de lutter contre la IIIe Internationale, sans merci et par tous les moyens, une lutte qu'il entend mener avec un « acharnement que nous, fascistes, ne pouvons même pas imaginer », acharnement né de la haine profonde qu'il ressent envers ceux qui ont trahi l'idée communiste et pour les torts qu'il a subis. Il s'agit pour lui, dit-il, également d'une question d'amour-propre ; ceux qui sont aujourd'hui à la tête du PCI sont les derniers arrivés, qu'il n'estime ni sur le plan moral ni sur le plan des capacités. Lui, après avoir représenté quelque chose, ne peut renoncer à 30 années de vie politique. Ambrogi expose — et il le fera consigner par écrit — le projet de publier et de diriger un journal ou une revue dans laquelle, dans la mesure compatible avec les dispositions en vigueur, on pourrait étudier les rapports entre le communisme et le fascisme, revoir toutes les positions, les clarifier […] Le journal ou la revue devrait précisément avoir cette tâche : ouvrir les yeux des aveugles, convaincre les incrédules, décider les indécis.
Sa position devrait être nette et précise : il est communiste et entend le rester, mais dès lors que la Charte du travail — il en porte une copie sur lui — se rapproche des postulats communistes et les dépasse même sur certains points, et puisque les discours du Chef du Gouvernement, notamment là où ils concernent l'organisation du commerce extérieur et le contrôle de la production, l'ont profondément ébranlé, il voudrait écrire et discuter de tout cela, bien entendu sans caractère d'opposition. Il est même disposé à avoir à ses côtés un journaliste fasciste, quitte à ce que celui-ci censure ses écrits […] Son journal ne devrait pas être dirigé contre le communisme, mais contre la IIIe Internationale [...] Parallèlement à cette propagande de presse, il entendrait entrer dans le champ antifasciste et organiser toutes les forces antifascistes contre la IIIe Internationale [...]
Il assure, et ajoute être homme à tenir parole, comme il l'a toujours fait, que dès que sa compagne et son fils, que le Komintern retient aujourd'hui en otages, seront en sécurité, il mettra à notre disposition tout ce qu'il sait sur l'action menée par la Guépéou [...] Il a conclu qu'il n'a plus qu'une aspiration : lutter contre la IIIe Internationale. Lutte non pas anticommuniste mais anti-Komintern, puisqu'aujourd'hui on ne parle plus de lutte anticapitaliste, « mais de lutte contre le Fascisme ». »[5]
Son offre de renseignements sur les méthodes du Guépéou soviétique ne tient ainsi qu'à une seule condition : ne rien révéler tant que sa femme Liubov Kaïmotchnikova et leur fils Foresto, retenus en URSS, ne seront pas en sécurité.
Ainsi, ces contacts suivis avec la police politique du régime fasciste répondent à des intérêts croisés : tandis que la police mussolinienne cherche des renseignements, Ambrogi cherche un appui politique. Le régime va même jusqu'à lui promettre une radiation du Casellario politique centrale et de la liste des « subversifs capables d'actes terroristes »[4]. Un télégramme du préfet de Livourne du 29 novembre 1937 note qu'Ambrogi se déclare alors « favorable aux trotskistes et désireux de combattre davantage le communisme que le fascisme italien »[4].
Fin des tractations avec l'Italie : un bilan décevant
modifierLe bilan de trois années de tractations est cependant décevant pour Rome. Ainsi, une note ministérielle du 27 mars 1939 dresse un constat d'échec : les démarches de l'ambassade pour faire sortir la femme et le fils d'Ambrogi d'URSS ont échoué, les révélations promises n'ont jamais eu lieu, le projet de journal n'a jamais été approuvé, et ses articles sont jugés trop marqués par les points de vue communistes/socialistes français et belges.
Un mois plus tard (7 avril 1939) l'ambassadeur Lojacono note une évolution politique d'Ambrogi (éloignement du communisme sans ralliement au fascisme) et propose de l'utiliser pour contrer un projet de recrutement des antifascistes italiens de Belgique dans l'armée française en cas de conflit avec l'Italie. Le 22 juin 1939, le Ministère décide de ne pas rompre brutalement mais réduit son allocation à 641 lires mensuelles, avec cessation totale des contacts programmée au 31 décembre 1939. Les historiens s'accordent à noter qu'Ambrogi évita finalement de basculer du côté du régime.
Guerre, arrestation, déportation (1940-1945)
modifierAprès l'invasion de la Belgique par l'Allemagne en mai 1940, Ambrogi est arrêté par les Allemands, brièvement relâché, puis à nouveau capturé et extradé vers l'Italie[3],[2],[4]. Le télégramme de Guido Leto du 15 octobre 1940 confirme que cette arrestation fut en réalité provoquée par le ministère italien lui-même, dans le but d'« éliminer [les subversifs] de leur champ d'action à l'étranger »[4]. La même année, selon plusieurs sources, dans une publication italienne ou belge, Ambrogi semble avoir fait « l’éloge du fascisme mussolinien »[1].
Assigné au confino pour un an[3],[2],[4], il s'y trouve encore le 8 septembre 1943 et tente d'y organiser une résistance locale contre les forces nazies-fascistes. Capturé, il est déporté en Allemagne, où il survit près de deux ans de captivité avant de recouvrer la liberté à la fin de la guerre[3],[2],[4].
Retour en Italie et fin de vie (1945-1964)
modifierDe retour en Italie, Ambrogi s'installe dans la région de Livourne et reprend son activité d'avocat, se tenant désormais éloigné de l'activité politique[3],[2],[4]. bien que ayant tenté à plusieurs reprises de réintégrer le Parti communiste italien (PCI), démarches qui aboutissent en 1957[3],[2],[4].
Il meurt en avril 1964 à Venturina Terme et sa figure est saluée par L'Unità du 16 avril 1964 dans un article intitulé « Uno dei fondatori del PCI: La morte del compagno Ersilio Ambrogi »[1]. .
Notes et références
modifier- (it) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en italien intitulé « Ersilio Ambrogi » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 « Ambrogi Ersilio, Paolo, Giuseppe », sur maitron.fr (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Mimmo Franzinelli, I tentacoli dell'OVRA. Agenti, collaboratori e vittime della polizia politica fascista, Bollati Boringhieri,
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 Franco Bertolucci, « AMBROGI, Ersilio », sur Bibliocteca Franco Serantini
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 Federico Creatini, Istoreco Livorno, « Ersilio Ambrogi: antifascista o informatore dell’OVRA? », ToscanaNovecento, . (lire en ligne)
- ↑ « 747: Ambrogi Ersilio Paolo Giuseppe (1905 - 1942) (p.366-371) », sur Archivio Centrale dello Stato
Liens externes
modifier- Inventaire du fonds d'archives d'Ersilio Ambrogi conservé à La contemporaine.
- Archives conservées par : La Contemporaine (#details?id=FileId-1529)
- Ressources relatives à la vie publique :