Eugène Ricklin

personnalité politique française

Eugène Ricklin, surnommé le « Lion du Sundgau » (D'r Sundgauer Leeb en alsacien)[1], né le à Dannemarie (Haut-Rhin) et mort le dans la même commune, est un médecin et homme politique allemand puis français.

Eugène Ricklin
Illustration.
Eugène Ricklin vers 1915.
Fonctions
Conseiller général du Haut-Rhin

(6 ans et 1 mois)
Élection 21 octobre 1928
Circonscription Canton de Dannemarie
Prédécesseur Albert Centlivre
Successeur Marcel Stürmel
Député français

(5 mois et 7 jours)
Élection 29 avril 1928
Circonscription Haut-Rhin
Législature XIVe (Troisième République)
Prédécesseur Circonscription créée
Successeur Marcel Stürmel
Président du Landtag d'Alsace-Lorraine

(7 ans, 10 mois et 11 jours)
Député au Reichstag

(15 ans)
Maire de Dannemarie

(7 ans)
Biographie
Nom de naissance Georges Eugène Ricklin
Date de naissance
Lieu de naissance Dannemarie (Haut-Rhin, France)
Date de décès (à 73 ans)
Lieu de décès Dannemarie (Haut-Rhin, France)
Nationalité Française
Allemande
Parti politique Centre alsacien-lorrain et UPR
Diplômé de Fribourg-en-Brisgau, Munich et Erlangen
Profession Médecin
Religion Catholicisme

Biographie

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Il nait français à Dannemarie (Dammerkirch), dans le Sundgau, en 1862, fils de l'aubergiste et propriétaire Georges Ricklin et de son épouse Catherine Kayser, qui vivent dans une maison de la "route du marché". Ses parents choisissent de rester en Alsace après la guerre de 1870 et le rattachement de l'Alsace-Moselle à l'Empire allemand[2].

Après ses études primaires à Dannemarie, il poursuit sa scolarité dans un collège de Belfort où il apprend le français, puis aux lycées d'Altkirch et de Colmar. Se tournant vers la médecine, il fit ses études supérieures en Allemagne, à Ratisbonne, Fribourg-en-Brisgau, Munich et finalement Erlangen, où il obtient son titre de docteur en médecine en 1888. Il revient exercer en Alsace et commence sa carrière médicale d'abord dans sa ville natale où il reste jusqu'en 1910, puis à Carspach.

Il se tourne rapidement vers la politique: après être devenu conseiller municipal en 1891, il est élu maire de Dannemarie cinq ans plus tard. La même année, il devient membre du Bezirkstag (équivalent du conseil général actuel) de Haute-Alsace. En 1900, le Bezirkstag le choisit comme représentant au Landesausschuß (délégation d'Alsace-Lorraine) qui siège à Strasbourg. Ricklin se fera vite remarquer pour son franc parler et ses prises de positions radicales en faveur de l'autonomie du Reichsland, ce qui n'était pas du goût des autorités militaires... Une plainte pour "offense au Kaiser" sera même déposée à son encontre, ce qui amènera à sa révocation de son poste de maire, en 1902. Il continuera néanmoins à siéger au conseil municipal de Dannemarie jusqu'en 1908[3]. Ses relations tendues avec les autorités ne l'empêcheront cependant pas d'être élu député au Reichstag en 1903, pour la circonscription de Thann-Altkirch. Après l'octroi à l'Alsace-Lorraine par Berlin d'un important statut d'autonomie et d'une constitution en 1911, Ricklin devint président de la seconde chambre du Landtag (parlement régional). Profondément pacifiste, il participe en 1913 et 1914 aux conférences interparlementaires pour la paix, à Berne et à Bâle en compagnie de l'abbé Xavier Haegy et il y rencontre des députés pacifistes français, comme Albert Thomas ou encore Jean Jaurès, avec lequel il se lie d'amitié[4].

Pendant la Première Guerre mondiale, il s'engage comme médecin militaire dans l'armée allemande. Il n'a de cesse de défendre les Alsaciens-Lorrains contre les abus de pouvoirs des autorités militaires en écrivant une lettre de protestation à l'empereur en 1914, en témoignant à décharge au procès de Médard Brogly en 1915 ou en rendant hommage en 1917 au francophile Jacques Preiss, mort en détention l'année précédente.

Durant les rares permissions qui lui sont accordées, il est autorisé à présider, en uniforme, les séances du Landtag. Il y fait plusieurs déclarations de fidélité à l'Allemagne, notamment le : « le peuple alsacien-lorrain souhaite mener à terme les développements de sa situation constitutionnelle dans le cadre du Reich allemand [...]. Si les vaillants fils de notre pays, qui sont notre orgueil et notre espoir, luttent et meurent sur les champs de bataille, ce n’est pas seulement pour la sauvegarde et l’existence du Reich allemand, c’est aussi pour un but qui leur est propre : acquérir de haute lutte pour leur pays natal l’égalité des droits et l’assimilation au statut d’État fédéral allemand »[5].

En novembre 1918, le gouvernement et l'administration allemandes s'effondrent: Guillaume II abdique et une vague insurrectionnelle partie de Kiel gagne toute l'Allemagne. A Strasbourg, des soldats et ouvriers réunis en Conseil proclament une "république sociale d'Alsace-Lorraine", tandis que le gouvernement régional légal constitué de Rudolf Schwander et Karl Hauss ne parvient pas à rétablir l'ordre. Au milieu de cette confusion, Ricklin de son côté tente d'ériger le parlement régional qu'il préside en conseil national (Nationalrat) qui aurait pour but d'ériger l'Alsace-Lorraine en Etat souverain et neutre à l'instar de la Suisse, mais l'entrée des troupes françaises quelques jours plus tard mettront fin à ses espoirs. Il tentera encore de négocier avec les français la tenue d'un référendum sur l'avenir de la région, en vain[6].

En , jugé peu sûr et germanophile, il est convoqué devant une commission de triage, et le commissaire de la république du Haut-Rhin l'interdit de séjour en Alsace-Lorraine puis le place en résidence forcée à Kehl, une ville allemande occupée par l'armée française. Dès le , une lettre de protestation, signée par 46 maires et curés du Sundgau, est envoyée au président du conseil, Georges Clémenceau, mais restera plus ou moins lettre morte[7]. Il pourra finalement rentrer en Alsace l'année suivante, mais ses positions politiques ne cesseront de lui causer divers tourments, ainsi il sera rejeté du Syndicat des médecins de Mulhouse le .

Ricklin jouera un rôle clé dans la restructuration des partis autonomistes dans les années 20, il sera notamment l'un des rédacteurs du manifeste du Heimatbund puis président de ce mouvement réclamant l'autonomie institutionnelle de l'Alsace dans le cadre de la France[8], en . Ricklin, qui est déjà un personnage suspect aux yeux de Paris, n'arrange pas son cas lorsque dans une lettre datée du , il écrit à un certain Riehl, un agent de la police infiltré dans les cercles autonomistes: "le cadre de la France n'est qu'une façade que nous serons bien obligés de démolir le moment venu." Mêmes ses proches amis autonomistes comme Jean Keppi lui demanderont des excuses publiques pour ces propos radicaux, ce à quoi Ricklin répondit que la phrase en question avait été sortie de son contexte et que, de toutes façons, il avait déjà déclaré plusieurs fois auparavant qu'il souhaitait voir l'Alsace demeurer dans le cadre français[9].

Finalement, à partir du mois de , une gigantesque vague d'arrestations frappe la mouvance autonomiste. Eugène Ricklin n'y échappe pas: il est arrêté le , et les gendarmes le promènent menotté et privé de brettelles dans les rues de Mulhouse, pour l'humilier. Il est élu député d'Altkirch en alors qu'il est en détention dans l'attente de son procès qui se tient à partir du suivant à Colmar. Il est condamné en cour d'assises pour atteinte à la sûreté de l'État à une année de prison et cinq années d'interdiction de séjour, malgré l'insuffisance des preuves réunies contre lui. Cette condamnation, purement politique, provoque un tollé en Alsace. Il est gracié dès le , mais la Chambre des députés vote la déchéance de son mandat de député le , considérant que la grâce présidentielle ne lui a pas rendu la plénitude de ses droits civiques. Il est élu conseiller général du canton de Dannemarie en , mais l'élection est elle aussi invalidée par le Conseil d'État le . A l'été 1928, dans le journal ardennais "La Défense républicaine", le député socialiste Henri Philippoteaux écrivit que Ricklin, durant la guerre où il était médecin major dans l'armée allemande, se serait livré à des atrocités à l'égard des habitants de Sedan et Mouzon. Le c'est cette fois-ci le journal "La Croix des Ardennes" qui écrit que Ricklin s'est comporté comme "une bête sauvage" à Carignan. Toutes ces allégations mensongères furent démenties par le parquet des Ardennes[10].

Ricklin est vainqueur lors d'un nouveau scrutin le suivant, cette fois sans que son élection ne soit contestée. Malade, il se retire de la vie politique en à la fin de son mandat.

Il décède l'année suivante, à l'âge de 73 ans et est inhumé au cimetière de Dannemarie[11].

Notes et références

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  1. Ce surnom est attesté par François Roth dans Alsace-Lorraine: Histoire d'un pays perdu
  2. Archives d'Alsace, registre de naissances 1796-1862 de la commune de Dannemarie, vue 546: https://archives68.alsace.eu/ark:/46858/w3pxz5c9dm40/04757022-7f34-4c3c-a5de-1f9c0427188a
  3. Michel Krempper, Aux sources de l'autonomisme alsacien-mosellan, Fouesnant, Yoran Embanner, , 386 p. (ISBN 978-2-36747-020-7), p. 51
  4. Michel Krempper, Aux sources de l'autonomisme alsacien-mosellan, Fouesnant, Yoran Embanner, , 386 p. (ISBN 978-2-36747-020-7), p. 52
  5. Christian Baechler, Le parti catholique alsacien 1890-1939, du Reichsland à la République jacobine., Paris, Editions Ophrys, , p. 223
  6. Michel Krempper, Aux sources de l'autonomisme alsacien-mosellan, Fouesnant, Yoran Embanner, , 386 p. (ISBN 978-2-36747-020-7), p. 58-65
  7. Bernard Wittmann, Une épuration ethnique à la française : Alsace-Moselle 1918-1922, Fouesnant, Yoran Embanner, , 221 p. (ISBN 978-2-36747-026-9), p. 160-161
  8. Les rédacteurs de ce manifeste ont d'abord hésité à insérer la mention "d'autonomie dans le cadre de la France", mais Ricklin insista afin d'éviter des poursuites pour "séparatisme" à l'encontre des signataires, ainsi il aurait déclaré (propos rapportés par Michel Krempper op.cit): "Nous risquons de nous faire traduire en cour d'assises si nous laissons de côté ces termes. [...] étant donné la partialité des tribunaux français en cette matière, nous serons envoyés au bagne à Cayenne". Mais cela n'empêchera nullement les poursuites ultérieures.
  9. Bernard Wittmann, Jean Keppi, 1888-1967 : Une histoire de l'autonomisme alsacien, Fouesnant, Yoran Embanner, , 439 p. (ISBN 978-2-36747-001-6), p. 132-133
  10. Bernard Wittmann, Jean Keppi, 1888-1967 : Une histoire de l'autonomisme alsacien, Fouesnant, Yoran Embanner, , 439 p. (ISBN 978-2-36747-001-6), p. 140-156
  11. Bernard Wittmann, Jean Keppi, 1888-1967 : Une histoire de l'autonomisme alsacien, Fouesnant, Yoran Embanner, , 439 p. (ISBN 978-2-36747-001-6), p. 364

Voir aussi

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Bibliographie

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Liens externes

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