Thaleichthys pacificus

espèce de poissons
(Redirigé depuis Eulakane)

L'Eulakane (Thaleichthys pacificus) ou Poisson-Chandelle, est une espèce de petits poissons de la famille des Osmeridae. Il vit sur le plateau continental des côtes nord-américaines de l'océan Pacifique de la Californie à L'Alaska où il se nourrit essentiellement de krill. C'est une espèce anadrome qui remonte dans le cours inférieur de certains fleuves de ces régions pour se reproduire. Il a longtemps fait l'objet d'une importante pêche de la part des Amérindiens de la côte pacifique. Ceux-ci le conservent traditionnellement fumé ou salé. C'est un poisson gras, sa graisse extraite donnait lieu à un important commerce entre les peuples de la côte et ceux de l'intérieur. Actuellement, l'eulakane s'est considérablement raréfié et sa pêche, limitée, est réservée aux autochtones[1],[2].

Thaleichthys pacificus
Description de cette image, également commentée ci-après
Eulakane
Classification
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Super-classe Osteichthyes
Classe Actinopterygii
Sous-classe Neopterygii
Infra-classe Teleostei
Super-ordre Protacanthopterygii
Ordre Osmeriformes
Sous-ordre Osmeroidei
Super-famille Osmeroidea
Famille Osmeridae

Genre

Thaleichthys
Girard, 1858

Espèce

Thaleichthys pacificus
(Richardson, 1836)

Statut de conservation UICN

( LC )( LC )
LC  : Préoccupation mineure

Dénomination et classification

modifier

Nom vernaculaire

modifier

Le mot « eulakane » se rencontre sous de nombreuses variantes telles « oulachon » ou « eulachon » ( ces derniers termes se rencontrant en langue anglaise aux côtés d'autres formes telles « ooligan » ou « oolichan » ). Il se retrouve aussi dans de nombreuses langues amérindiennes de la côte du Pacifique-Nord sous des formes proches ou identiques. Il vient du jargon chinook, langue commerciale, mélange de français, d'anglais et de langues autochtones des régions côtières du nord-ouest de l'Amérique à partir du français. la première partie : « eula » signifierait huile tandis que la deuxième partie : « kane  » est rapprochée de cane au sens de tige ou encore de l'abréviation de chandelle. Cette étymologie renvoie à la possibilité d'utiliser le poisson séché comme chandelle grâce à sa richesse en huile. Elle renvoie aussi au surnom de l'animal : « poisson-chandelle »[3],[4],[5],[6].

Nom scientifique

modifier

L'eulakane est désigné sous l'appellation scientifique Thaleichthys pacificus. Le nom de genre Thaleichtys est formé à partir du grec ancien. Thaleia ( Θάλια ) qui signifie riche tandis que ichtys( ιχθυς ) signifie poisson. Ce nom fait référence comme le nom vernaculaire à la richesse en matières grasse du poisson. Enfin le nom d'espèce pacificus renvoie à l'océan Pacifique où on le rencontre[5].

Classification

modifier

L'eulakane est un Téléostéen ou poisson osseux qui appartient à la famille des Osméridés qui regroupe 31 espèces dont les éperlans. L'eulakane serait par ailleurs apparentés aux Galaxiidés et aux Rétropinnidés de l'hémisphère sud[7]. On distingue en Colombie-Britannique trois populations appelées unités désignables qui sont du sud vers le nord celle du fleuve Fraser, celle de la côte Centrale (entre le Fraser et la Skeena) ainsi que celle des fleuves Nass et Skeena,[8].

Description

modifier
Morphologie de l'eulakane.

L'eulakane est un petit poisson de taille adulte comprise entre 16 et 25 cm, ressemblant au saumon. Il fait partie des éperlans dont il se distingue difficilement aux stades juvéniles. Les arcs branchiaux portent de 4 à 6 branchiospines (ou branchicténie) dans leur partie supérieures contre 8 à 14 pour les autres espèces d'osméridés. Le total des branchiospines par arc varie de 17 à 23 À l'âge adulte, des stries concentriques sur l'opercule branchial facilitent l'identification de l'espèce. Le nombre de rayons branchiostège varie de 6 à 8. Il possède des dents sur ses deux mâchoires ainsi que sur la langue mais celles-ci tendent à se résorber lors de la période de reproduction. L'eulakane dispose d'une nageoire adipeuse proéminente et une longue nageoire anale. La nageoire dorsale porte de 10 à 13 rayons, les nageoires pelviennes de 10 à 12 rayons, la nageoire caudale, 19 rayons. L'eulakane compte de 65 à 72 vertèbres et 70 à 78 écailles sur la ligne latérale Il est teinté bicolore : bleuté sur le dessus et argenté sur le dessous, ce qui le rend moins visible dans l'environnement marin[5],[9],[7].

Répartition et habitat

modifier

L'eulakane se rencontre du nord de la Californie où il fraye dans le fleuve Kalmath et les petits fleuves côtiers Mad et Redwood, jusqu'à la péninsule de l'Alaska. Il est absent sur les côtes sibériennes du détroit de Béring. On considérait en fonction d'observation issues des prises accessoires de la pêche qu'à l'âge adulte, l'eulakane peuple les fonds du plateau continental entre 50 et 200 m. Toutefois les études récentes (2026), fondées sur la mesure de l'ADN environnemental remettent en cause cette distribution. D'une part, l'eulakane serait présent à toute les profondeurs mais surtout en surface, en lien avec l'abondance du krill et des températures supérieures à 11°C. D'autre part l'aire de répartition s'étendrait plus au sud qu'attendu : jusqu'à hauteur de la baie de San Francisco en 2019 et jusqu'à la pointe Conception au nord de Los Angeles en 2021. De plus Lors de la maturité sexuelle, il remonte certains fleuves sur des distances généralement courtes, ne dépassant que faiblement la limite de salinité sauf sur les grands fleuves, la Skeena, le Fraser ou la Columbia, où il peut atteindre les affluents de la partie terminale ou de l'estuaire du fleuve. Les cours d'eau concernés disposent d'une alimentation glaciaire ou nivale importante responsable d'une crue printanière. Il est ainsi absent des fleuves des îles de Vancouver ou Haïda Gwaï [10],[11],[12].

Nutrition

modifier

Les eulakanes se nourrissent principalement de krill que l'on retrouve dans leur contenu stomacaux. Les études menées grâce à l'ADN environnemental montrent une corrélation entre la présence des eulakanes et du krill dans les mers côtières américaine du Pacifique-Nord. Du point de vue anatomique l'eulakane possède une dentition bien développée en accord avec une capture active des proies. À l'inverse, les branchiospines sont relativement peu nombreuses qui suggère que ce poisson ne se nourrit pas par filtrage[13],[10].

Reproduction

modifier

L'eulakane adulte comme le saumon vit en milieu marin et se reproduit en eau douce, l'espèce est dite anadrome ou encore thalassotoque. Il ne se reproduit qu'une seule fois et meurt après le frai, il est dit sémelpare. L'âge de la reproduction de l'eulakane augmente avec la latitude. Ainsi, il se reproduit dès sa deuxième année dans le fleuve Columbia (Orégon et Washington, États-Unis), lors de sa troisième année dans les fleuves de Colombie-Britannique (Canada) mais seulement la quatrième année pour le fleuve Copper (Alaska, États-Unis)[14].

Bac de fermentation d'eulakanes chez les Nuxalks de Bella Coola (Colombie-Britannique, Canada; avril 1935).

La graisse d'eulakane jouait d'ailleurs un rôle très important dans la vie des Premières Nations de la région, outre son rôle d'aliment, elle était également utilisée pour la conservation des fruits, la confection de baumes médicaux ou encore pour la lubrification d'outils. Il fit l'objet d'un commerce important entre les peuples côtiers et ceux de l'intérieur des terres par l'intermédiaire des pistes de la Graisse qui permettaient de franchir les chaînes côtières du Pacifique.

Références

modifier
  1. Page sur l'eulakane sur le site web de Pêches et Océans Canada - Région du Pacifique (gouvernement du Canada)
  2. Étude MPO,2006. Eulakane du fleuve Fraser (Thaleichthys pacificus) - Évaluation de la population en 2006 et recommandations concernant l'exploitation pour 2007. Secr. can. de consult. sci. du MPO, avis sci.2006/039 (format PDF) disponible en ligne sur le site web de Pêches et Océans Canada - Région du Pacifique (gouvernement du Canada)
  3. (en) D. Hay et P. B. Mac Carter, Status of the Eulachon Thaleichtys pacificus in Canada, Ottawa (Canada), Pêches et Océans Canada, , 92 p. (ISSN 1480-4883, lire en ligne [PDF]), p. 10
  4. « La graisse d’eulakane, un pont entre les générations, les cultures et la science de pointe », sur uOttawa, Université d'Ottawa, (consulté le )
  5. 1 2 3 (en) « Eulachon : overview », sur NOAA Fisheries (consulté le )
  6. « Eulakane (Thaleichthys pacificus), Population du fleuve Fraser : Résumé de l’espèce », sur Gouvernement du Canada (consulté le )
  7. 1 2 Hay & Moody 2011, p. 7
  8. Hay & Moody 2011, p. 8-17
  9. Hay & Moody 2011, p. iv-v
  10. 1 2 (en) Owen R. Liu, Andrew O. Shelton, Ana Ramon-Laca et al., « Mapping the marine distribution of eulachon (Thaleichthys pacificus) in the Northeast Pacific using environmental DNA », Communications biology, vol. 9, , p. 2, article no 465 (DOI 10.1038/s42003-026-09733-5, lire en ligne)
  11. (en) Hay 2000, p. 11-14
  12. Hay & Moody 2011, p. iv-v et 20-24
  13. Hay & Moody 2011, p. 35
  14. Hay & Moody 2011, p. 31-34

Bibliographie

modifier
  • (en) D. Hay et P. B. Mac Carter, Status of the Eulachon Thaleichtys pacificus in Canada, Ottawa (Canada), Pêches et Océans Canada, , 92 p. (ISSN 1480-4883, lire en ligne [PDF]). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • D. E. Hay et Megan F. Moody, COPESAC, Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur L'eulakane Thaleichtys pacificus : Population centrale de la côte du Pacifique, Population du fleuve Fraser, Population des rivières Nass et Skeena au Canada, Ottawa, Gouvernement du Canada, , xvii + 98 (ISBN 978-1-100-97412-5, lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Liens externes

modifier
Genre Thaleichthys
Espèce Thaleichthys pacificus

Sur les autres projets Wikimedia :