Eustache Barbe

1802-06-18;1876-06

Eustache Barbe (1802-1876) est un prêtre catholique français du XIXe siècle. Enseignant de philosophie, il rédige plusieurs livres dans cette matière. Né à Boulogne-sur-Mer, il écrit deux mémoires en histoire visant à prouver l'origine boulonnaise de Godefroy de Bouillon. Il reste sa vie durant un proche de Charles-Augustin Sainte-Beuve, connu pendant l'enfance, avec qui il entretient une correspondance suivie.

Eustache Barbe
Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Française
Domicile
Boulogne-sur-Mer
Activité
Prêtre Enseignant Ecrivain
Père
Jean-Marie-Nicolas Barbe
Mère
Marie-Antoinette-Thérèse-Louise Roger
Autres informations
Religion
Catholique

Biographie

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Eustache (Théodore-Jean-Eustache) Barbe nait à Boulogne-sur-Mer le 29 prairial an X, soit le , fils de Jean-Marie-Nicolas Barbe, négociant et de Marie-Antoinette-Thérèse-Louise Roger. Les témoins sont le grand-père paternel et la grand-mère maternelle qui ne signe pas l'acte de l'état-civil[1]. Il fait partie d'une famille qui compte plusieurs enfants, notamment masculins[2].

Eustache Barbe va vivre toute sa vie dans sa ville natale, il ne la quitte que de manière exceptionnelle et pour une durée la plus courte possible.

Il effectue ses études initiales à Boulogne-sur-Mer à l'Institut Blériot, ancien hôtel des ducs d'Aumont, où il a pour condisciple Charles-Augustin Sainte-Beuve[3].

Il complète sa formation à la pension Haffreingue du nom de Benoît-Agathon Haffreingue[3], en particulier pour améliorer ses connaissances en rhétorique et philosophie[4]. Le prêtre semble apprécier le savoir et le sérieux de son élève[5].

Celui-ci entre dans les ordres, et en 1821, il est admis dans la dite pension en tant que professeur des classes de 7e[3].

Après le séminaire, il est ordonné prêtre et enseignant de philosophie toujours dans la pension Haffreingue[3].

Il rencontre un certain succès dans sa pratique. Son ami Sainte-Beuve le félicite à ce sujet en 1830[6].

En 1835, il va à Paris se faire recevoir bachelier es lettres[7].

Son frère exerce également à la pension Haffreingue en tant que bibliothécaire[8].

L'abbé Barbe, professeur de philosophie, écrit quelques ouvrages, à vocation pédagogique comme son Cours élémentaire datant de 1846[9].

Entre 1856 et 1858, il est membre correspondant du Comité des travaux historiques et scientifiques[10].

Il semble également être, et assez curieusement du fait de l'éloignement géographique, président de la Société d'études scientifiques et archéologiques de Draguignan et du Var[10].

En 1864, il semble avoir cessé d'exercer en tant qu'enseignant de philosophie [11].

Eustache Barbe meurt à Saint-Martin-Boulogne, dans les locaux du petit séminaire, situé rue Maquetra, où il s'était retiré depuis quelques années, le , à l'âge de 74 ans. Sur l'acte d'état-civil, il est précisé qu'il est prêtre et ancien professeur de philosophie[12].

Suite à son décès, à la date du , une notice nécrologique d'Eustache Barbe insérée dans un Recueil historique du Boulonnais évoque une « perte douloureuse pour les lettres boulonnaises »[13] et la grande discrétion du personnage, enclin par sa modestie naturelle à se consacrer à ses devoirs professionnels et à ses études sans se faire remarquer[13].

De son côté, l'Annuaire administratif et statistique du département du Pas-de-Calais, mentionne dans son édition de 1877, au titre des décès de 1876, la mort d'Eustache Barbe[14].

Ami de Sainte-Beuve

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L'amitié d'Eustache Barbe avec Charles-Augustin Sainte-Beuve (1804-1869) date de leur enfance où ils effectuent tous les deux des études à l'Institut Blériot[3].

Lorsqu'ils en ont le loisir, ils effectuent de longues promenades le long des remparts, mais le plus souvent le long de la mer[15]. Leurs échanges portent déjà sur leurs préoccupations métaphysiques. Sainte-Beuve aurait comparé leurs entretiens à ceux de saint Augustin (Augustin d'Hippone) sur la plage d'Ostie. Pour Sainte-Beuve, Eustache Barbe, croyant et pieux, s'avère être un ami qui le raffermit et l'encourage[16].

Lorsque par la suite, ils ne fréquentent plus le même établissement, ils se retrouvent le jeudi, jour où il n'y a pas classe, et pendant les vacances. Selon Barbe, Sainte-Beuve se montre déjà un causeur brillant pour son âge[4].

Leur séparation arrive assez vite : à 14 ans, Sainte-Beuve part pour Paris afin de compléter sa formation[17]

Lorsque Sainte-Beuve part à Paris, débute leur correspondance qui durera toute leur vie même s'ils ne s'écrivent qu'à des intervalles assez longs[4]. Sainte-Beuve a envoyé à son ami 20 lettres sur une période d'un demi-siècle, mais deux sont perdues.

Les lettres de Sainte-Beuve à son ancien condisciple, pour la période 1818 à 1865, ont été imprimées par François Morand, juge au tribunal civil de Boulogne-sur-Mer en 1872 sous le titre Les jeunes années de C.- A. Sainte-Beuve.

Lorsque Sainte-Beuve écrit à Barbe, il s'adresse à lui en utilisant la formule « Mon cher ami [5] » lorsqu'il est jeune et plus fréquemment « Mon cher Barbe[18] » lorsqu'il devient adulte. Et il signe indifféremment« Sainte-Beuve[2] » ou« Charles Sainte-Beuve [19]» « Ton fidèle ami Sainte-Beuve[5] », « Ton ami Sainte-Beuve [18]».

Le premier courrier de Sainte-Beuve destiné à son ami parait dater de 1818, Eustache Barbe a 16 ans, Sainte-Beuve atteint 14 ans[2]. Le futur critique et écrivain évoque la scolarité qu'il suit alors sur Paris et la famille de son correspondant (ses parents, ses frères)[2].

Une lettre de 1819 montre que les deux camarades se font, malgré la distance, des confidences, Sainte-Beuve évoquant le fait qu'il pouvait confier à ses parents ou à son ami ses chagrins, mais que du fait de son éloignement, il s'en remet à la prière[5].

Il apparait que Barbe joue parfois son rôle d'aîné en donnant le bon exemple et en prodiguant des conseils à Sainte-Beuve[19].

Les deux amis échangent également sur leurs lectures et sur leurs idées, ayant à l'occasion des avis divergents, Barbe se montrant serviteur de Dieu, Sainte-Beuve montrant un esprit plus indépendant[18].

La correspondance se poursuit au fil du temps au gré parfois de longues interruptions. En tout état de cause, l'activité littéraire de Sainte-Beuve et le fait qu'il publie ses premiers ouvrages n'interrompt pas leur relation. Sainte-Beuve tient à cette amitié au point qu'il déclare être affecté par le fait de ne pas avoir de nouvelles d'Eustache Barbe en janvier 1829[20]. Dans la même lettre, il lui confie ses espoirs en un esprit d'apaisement, de réconciliation après la chute du ministère Villele marqué par son conservatisme et sa rigueur.

Dans une lettre en date du , Sainte-Beuve parait vouloir rassurer Barbe sur le fait que ni la dynastie ni la religion ne paraissent menacées à court terme[21].

Dans un courrier du , déjà évoqué, Sainte-Beuve lui confie être revenu, après des questionnements et doutes, à la religion catholique tout en précisant avoir à accorder son mode de vie avec les principes de cette foi. Il se confie également sur ses opinions, sur son mode de vie, mais n'oublie pas de le féliciter pour son ordination et sur ses facultés à exercer un véritable ascendant sur les âmes par ses paroles. Il exprime son souhait de revenir prochainement sur Boulogne sur-Mer, « le désir de te voir serait pour beaucoup dans mon voyage »[6].

En février 1835, plus de trois ans après sa dernière missive, Saint-Beuve renoue le fil en réaffirmant son amitié envers son ancien camarade boulonnais. Il l'informe de ses avancées en matière littéraire lui valant une certaine reconnaissance tout en lui faisant savoir que cela ne lui confère pas pour autant l'aisance matérielle. De ce fait, le coût des déplacements explique en grande partie le peu de voyages qu'il effectue, dont l'absence de retour vers Boulogne-sur-Mer. Il lui annonce encore avoir commencé le travail sur Port-Royal[22].

Cette même année néanmoins, les deux amis peuvent se revoir à l'occasion d'un (rarissime) voyage de Barbe à Paris pour se faire recevoir bachelier es-lettres[7]. L'abbé peut constater que Sainte-Beuve reste en relation avec Chateaubriand mais s'est éloigné de Victor Hugo. En revanche, en 1836, année où Barbe se rend de nouveau dans la capitale, ils n'ont pu se voir, ce dont Sainte-Beuve se dit fort marri[7].

En 1838, Sainte-Beuve dédie une épître incluse dans ses Pensées d'août à son ami : « À l'Abbé Eustache B... »[23],[24].

En mai 1844, Sainte-Beuve répond à son ami qui l'a félicité pour son élection à l'Académie française[8].

En 1865, Eustache Barbe ne manque pas de féliciter Sainte-Beuve pour sa nomination au Sénat, ce dont le récipiendaire le remercie. Il lui envoie également son nouvel ouvrage publié en 1864[11].

Œuvres

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Eustache Barbe a écrit plusieurs ouvrages de philosophie, souvent recommandés par l'épiscopat et de ce fait ayant fait l'objet de plusieurs rééditions, et de traductions en portugais, dont au moins une pour le Brésil, ainsi qu'en espagnol[3].

Il est également l'auteur de de deux mémoires en histoire visant à démontrer que Godefroy de Bouillon, héros de la première croisade est bien originaire de Boulogne-sur-Mer.

  • Résumé de l'histoire de la philosophie, 1845[13].
  • Cours élémentaire de philosophie, à l'usage des établissements d'éducation, mis en rapport avec les questions du programme universitaire pour l'examen du baccalauréat es-lettres et comprenant l'histoire de la philosophie, par Mr. l'abbé Barbe, professeur de philosophie, Paris, Lecoffre, 1846[9].
  • Du Lieu de naissance de Godefroi de Bouillon, à propos du projet de lui élever un monument dans la ville de Boulogne-sur-mer (1855).
  • Nouveaux éclaircissements sur la question du lieu de naissance de Godefroi de Bouillon en réponse à une notice de M. le recteur de l'Université de Louvain sur le même sujet (1858).
  • De l'Immortalité de l'Âme, par Mr. l'abbé Barbe, ancien professeur de philosophie, Paris, Lecoffre, 1864[10]. Ce livre aurait été celui dont l'abbé Barbe était le plus fier[13].
  • Œuvres philosophiques de François de Fénelon, avec une Introduction et des notes, 1866

Eustache Barbe a également été éditeur scientifique du « Traité de l'existence de Dieu » (1713) de François de Fénelon[10].

Il laisse inédit un traité consacré, face au matérialisme contemporain, à la défense de l'existence et de la spiritualité de l'âme[13] : Examen philosophique de quelques assertions émises ou reproduites dans ces derniers temps au sujet de Dieu et de l'äme[25].

Notes et références

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  1. « Registre de l'état-civil, naissance de Boulogne-sur-mer, an X. », sur Archives départementales du Pas-de-Calais. Ressources numérisées., Vue 382.
  2. 1 2 3 4 Morand 1872, p. 1-3.
  3. 1 2 3 4 5 6 Vaucelles 1951.
  4. 1 2 3 Morand 1872, p. VII de la notice préliminaire.
  5. 1 2 3 4 Morand 1872, p. 4-7.
  6. 1 2 Morand 1872, p. 28-32.
  7. 1 2 3 Morand 1872, p. 42-45.
  8. 1 2 Morand 1872, p. 51-54.
  9. 1 2 Morand 1872, p. 58-59.
  10. 1 2 3 4 « CTHS - BARBE Théodore-Jean-Eustache, abbé », sur cths.fr (consulté le )
  11. 1 2 Morand 1872, p. 64-65.
  12. « Etat-civil de la ville de Saint-Martin-Boulogne. Année 1876. Décès », Vue 360.
  13. 1 2 3 4 5 Daniel Haigneré 1900, p. 220.
  14. Annuaire administratif et statistique du département du Pas-de-Calais, E. Lefranc., (lire en ligne)
  15. Paul-Gabriel d'Haussonville 1875, p. 12.
  16. Paul-Gabriel d'Haussonville 1875, p. 13.
  17. Paul-Gabriel d'Haussonville 1875, p. 15.
  18. 1 2 3 Morand 1872, p. 9-15.
  19. 1 2 Morand 1872, p. 8.
  20. Morand 1872, p. 16-23.
  21. Morand 1872, p. 24-27.
  22. Morand 1872, p. 37-41.
  23. « Pensées d’août/À l’abbé Eustache B… - Wikisource », sur fr.wikisource.org (consulté le )
  24. Marie Blain-Pinel, La mer, miroir d'infini, Rennes, Presses universitaires de Rennes, (lire en ligne), Paragraphe 4
  25. « Polybiblion : revue bibliographique universelle », , p. 174

Voir aussi

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Bibliographie

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Articles connexes

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