Eva Kotchever, également connue aux États-Unis sous les pseudonymes d'Eve Addams et Eve Adams, née Chawa Złoczower le à Mława et assassinée à Auschwitz le , est une écrivaine et militante féministe juive polonaise.
Eva Kotchever
Eva Kotchever (Chawa Złoczower, Eve Adams, Evelyn Adams)
Émigrée aux États-Unis dans les années 1910, son nom est modifié à son arrivée à Ellis Island. Proche d'Emma Goldman[4]—Kotchever participera à la diffusion du journal Mother Earth—, elle s'installe à Chicago où elle ouvre un premier établissement progressiste avec la peintre américaine d'origine suédoise Ruth Norlander, The Gray Cottage[5].
En 1925, elle s'installe à New York, à Manhattan, dans le quartier du Greenwich Village, avec Ruth Norlander. Elle fonde avec elle le Eve's Hangout[6], aussi connu comme Eve Addams’ Tearoom. À l'extérieur, une pancarte indique: Men are admitted but not welcomeen français: « les hommes sont admis, mais pas les bienvenus »[7]. Ce panneau restera célèbre à travers le monde[8] et suivra l'histoire de l'écrivaine, sachant que les travaux universitaires actuels démontrent que ce panneau, tout en renforçant la "légende Kotchever", n'aurait pas existé[9].
L'arrestation, puis l'expulsion des Etats-Unis vers l'Europe
Eva Kotchever est arrêtée et reconnue coupable d'«obscénité»[8], notamment pour la collection de courtes histoires qu'elle écrit, désormais iconique de la culture américaine de l'époque, intitulée Lesbian Love[10].
Son café, le Eve's Hangout est alors fermé définitivement par les autorités new-yorkaises[11].
Eva fait 18 mois de prison, avant d'être expulsée, vers la Pologne, le ,[12] dans une Europe minée par l'ascension du fascisme.
Depuis son pays natal, la Pologne, et devant la montée de l'antisémitisme et du fascisme sur le continent, elle est obligée de retraverser l'Europe pour venir se réfugier et vivre à Paris, ville alors considérée comme un lieu sûr au début des années 1930[12].
Dans la capitale française, elle reprend ses activités littéraires en vendant, entre autres, aux Américains de Montparnasse, des ouvrages censurés aux États-Unis, tels ceux d'Henry Miller et d'Anaïs Nin. Comme beaucoup d'artistes et d'intellectuels étrangers et des membres américains de la Génération perdue, elle est une habituée des célèbres cafés du quartier, tels Le Select, La Rotonde et surtout le Dôme[13].
La déportation depuis la France et la mort à Auschwitz
Sous l'occupation de la France par les nazis et le régime de Vichy, elle doit se réfugier dans la ville de Nice avec sa compagne Hella Soldner. Leur dernière adresse est le 10, rue Alphonse Karr[14].
Elle y est arrêtée le (et Hella Soldner, probablement le même jour). Transférées ensuite au camp de Drancy, en région parisienne, puis déportées le par le convoi no 63 vers Auschwitz, elles y seront assassinées peu après leur arrivée[15].
Le 17 juin 2026, pour les 100 ans de son arrestation par le NYPD, un rassemblement devant l'ancien Eve's Hangout, avec une performance de la comédienne Lisa Kron[22], puis une marche jusqu'à Washington Square, sont organisés.
«Eve Adams’ conviction and deportation is among the most unjust in our city’s history. One hundred years after her arrest and subsequent murder by the Nazis at Auschwitz, we have the obligation and the opportunity to say plainly that she deserved better. I respectfully request Governor Hochul issue a posthumous pardon, and ask the City to acknowledge Eve Adams’s 1926 conviction was unjust and rooted in discriminatory law enforcement. This Pride Month, we should affirm New York City failed her as a pioneer of LGBTQ+ life, as an immigrant, and as a Jewish woman who was ultimately deported to her death.»
—Brad Hoylman-Sigal
«La condamnation et l’expulsion d’Eve Adams figurent parmi les plus injustes de l’histoire de notre ville. Cent ans après son arrestation et son assassinat par les nazis à Auschwitz, nous avons le devoir et l’occasion d’affirmer haut et fort qu’elle méritait mieux. Je demande respectueusement à la gouverneure Hochul de lui accorder une grâce à titre posthume et je prie la Ville de reconnaître que la condamnation d’Eve Adams en 1926 était injuste et résultait d’une application discriminatoire de la loi. En ce Mois des fiertés, nous devons reconnaître que la ville de New York a failli à son égard — elle qui était une pionnière de la communauté LGBTQ+, une immigrée et une femme juive finalement déportée vers la mort.»
L'artiste contemporain polonais Mikołaj Sobczak (1989-), né à Poznań, près de Mława (ville natale d'Eva Kotchever), lui rend de nos jours hommage[33] dans son travail de plasticien[34].
Le documentaire de Clémence Allezard, réalisé par Anne Fleury, «À la recherche d’Eva Kotchever», Une histoire particulière, France Culture, , épisode 1/2, épisode 2/2.