Grounia Soukhareva
Grounia Iefimovna Soukhareva (russe : Груня Ефимовна Сухарева), née le à Kiev et morte le à Moscou est une pédopsychiatre et professeur d'université russe d'origine ukrainienne[1].
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Груня Ефимовна Сухарева |
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Maria Jefimovna Sucharevová (d) |
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Ordre de Lénine Ordre de l'Insigne d'honneur Scientifique émérite de la RSFS de Russie (d) |
Soukhareva est une pionnière de la psychiatrie en Russie et en Ukraine, notamment une pionnière de l'exploration des spécificités de la psychiatrie infantile.
Elle est connue pour avoir décrit, dès 1925, les tendances autistiques de six jeunes garçons, ainsi que cinq jeunes filles âgés de 10 à 14 ans qu'elle suivait, tendances maintenant définies comme étant le syndrome d'Asperger. Elle a publié sa description 18 ans avant celle de Leo Kanner (1943), elle-même suivie par celle d’Hans Asperger qui a utilisé la même bibliographie que Grogna Soukhareva dans son article[2].
Biographie
modifierÀ partir de 1917, Soukhareva travaille comme psychiatre à l'hôpital de Kiev et à la clinique de santé mentale de l'Institut des enfants et des adolescents. En 1921, elle s'installe à Moscou où elle organise des services de santé mentale à l’école-sanatorium de l’institut de pédologie où elle accueille des orphelins, des enfants victimes de violences et de famines. Elle se spécialise en psychiatrie infantile autour de l'épilepsie, la schizophrénie et autres traumastismes[3].
En 1933, elle est nommée professeure à Kharkov. En 1935, elle retourne à Moscou à l'Institut central pour l'éducation médicale post-doctorale à Moscou (actuel Académie russe de formation médicale post-diplôme) où elle dirige le département de pédopsychiatrie, crée la chaire de pédopsychiatrie et enseigne pendant plus de 30 ans. En 1938, elle dirige la clinique des psychoses infantiles de l'Institut de psychiatrie d'URSS et préside la section infantile de la Société moscovite de neuropathologie et de psychiatrie[3].
Travaux de recherche
modifierEn 1926[4], Soukhareva publie un de ses premiers articles dans une revue scientifique de langue allemande[3]. Elle décrit onze enfants (six garçons et cinq filles âgés de 10 à 14 ans) dont la personnalité est caractérisée par elle sous le terme « psychopathie schizoïde »[5] (parfois traduit par trouble de la personnalité schizoïde), montrant de grandes similitudes avec ce qui sera nommé plus tard « syndrome d'Asperger », au point que ce texte est proposé comme en étant la première description par Sula Wolff[6], et que d'autres spécialistes tendent à confirmer[2],[7],[8]. Il définit cette pathologie comme un trouble à part entière, distinct de la schizophrénie. En 1959, elle propose le terme de « psychopathies autistiques »[4].
Ce papier de 1926 est pourtant en amont de la carrière de Soukhareva qui a, entre autres, développé une conception évolutionniste et biologique de la maladie mentale. Elle propose la première classification des troubles mentaux de l'enfance et de l'adolescence[2], une nosographie des troubles mentaux pour l'enfant dans son article « Le problème de la classification du retard mental »[9] publié en 1972[10]. En 2009, des chercheurs considèrent que cette classification devrait à quelques amendements près proposés en 1974, servir de base à une future classification internationale[10]. Elle relie le facteur de l'âge et de l'intensité d'origine avec l'impact sur le développement.
En 1927, Soukhareva décrit cinq filles appartenant aux psychopathies schizoïdes présentant des caractéristiques en partie distinctes des garçons et un peu moins prononcée en général. Elle souligne que ces différences filles garçons peuvent entraîner un moins bon repérage de la pathologie, une pensée de la médecine sexuellement différenciée avant-gardiste pour son époque. Cette hypothèse du sous-repérage de l'autisme féminin sera relancée par la pédopsychiatre Lorna Wing en 1981 et confirmée par Catherine Lord en 1982[4].
Dix-huit ans plus tard, Leo Kanner et Hans Asperger décrivent des symptômes proches de ceux de Soukhareva sans la citer explicitement tout d'abord et sans jamais lui attribuer la maternité de l'étude[4]. Hans Asperger dans son article de 1944 utilise la même bibliographie que Grogna Soukhareva dans son article[2],[3].
En 1996, son article original est traduit en anglais par S. Wolff dans la revue European Child & Adolescent Psychiatry[3].
Publications
modifier- 1926 : « Les psychopathies schizoïdes dans l'enfance »[11].
- 1937 : « Clinique de la schizophrénie chez les enfants et les adolescents », en russe : «Клиника шизофрении у детей и подростков».
- 1940, 1955, 1959 et 1965 : « Clinique de psychiatrie de l'enfance », en russe : «Клинические лекции по психиатрии детского возраста».
- 1974 : « Conférences sur la psychiatrie de l'enfance » (certains chapitres), en russe : «Лекции по психиатрии детского возраста (избранные главы)».
Livres
modifierRéférences
modifier- ↑ D'après Roslova LG dans Manuels d'enseignement sur la psychiatrie (en russe : Учебно-методическое пособие по психиатрии) (source utilisée : traduction de cette page).
- 1 2 3 4 Adeline Lacroix, « Filles et femmes autistes, de l'ombre à la lumière (chapitre : Recherche médicale: où sont les femmes…? positionner le curseur : 4:06 / 40:04.) », (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 Anne Andronikof et Patrick Fontan, « Grounia Efimovna Soukhareva : la première description du syndrome dit d’Asperger », Neuropsychiatrie de l'Enfance et de l'Adolescence, (lire en ligne
). - 1 2 3 4 Adeline Lacroix, « Historique et définitions », dans Autisme au féminin : Approches historique et scientifique, regards cliniques, UGA Éditions, coll. « Carrefours des idées », , 25–58 p. (ISBN 978-2-37747-419-6, lire en ligne).
- ↑ Die schizoiden Psychopathien im Kindesalter par le Dr. G.E. Ssucharewa, paru en 1926 dans Monatsschrift für Psychiatrie und Neurologie 60:235-261. (en) Télécharger une traduction en anglais[PDF].
- ↑ qui l'évoque en 1995 dans (en) Sula Wolff, Loners the life path of unusual children, Londres et New York, Routledge, (ISBN 0-203-35939-9), p. 19-20 et soulève plus précisément l'idée dans un article en 1996 : The first account of the syndrome Asperger described?.
- ↑ Tony Attwood (source utilisée p. 33-34 de la traduction : Le Syndrome d'Asperger : Guide complet (ISBN 978-2804153335)).
- ↑ Gillberg, C, M.D., Ph.D., The Journal of Developmental and Learning Disorders, 5, 79-94. lien web.
- ↑ (en) Suhareva, G. E., « The problem of the classification of mental retardation », sur psycnet.apa.org, (consulté le ).
- 1 2 (en) David Ariel Sher et Jenny L. Gibson, « Pioneering, prodigious and perspicacious: Grunya Efimovna Sukhareva’s life and contribution to conceptualising autism and schizophrenia », European Child & Adolescent Psychiatry, vol. 32, no 3, , p. 475–490 (ISSN 1018-8827 et 1435-165X, PMID 34562153, PMCID PMC10038965, DOI 10.1007/s00787-021-01875-7, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ G. E. Ssucharewa et S. Wolff, « The first account of the syndrome Asperger described? Translation of a paper entitled "Die schizoiden Psychopathien im Kindesalter" by Dr. G.E. Ssucharewa; scientific assistant, which appeared in 1926 in the Monatsschrift für Psychiatrie und Neurologie 60:235-261 », European Child & Adolescent Psychiatry, vol. 5, no 3, , p. 119–132 (ISSN 1018-8827, PMID 8908418, DOI 10.1007/BF00571671, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Rebecchi Kevin, Les enfants autistes - Grunya Efimovna Sukhareva, Kindle Publishing, , 136 p. (ISBN 979-8785942325).
Liens externes
modifier- (en) « Резидуально-органические состояния », sur livejournal.com (consulté le )
- http://www.springerlink.com/content/r010758608181413/fulltext.pdf