Divers membres du groupe Ez Dok Amairu posant aux côtés du chanteur Atahualpa Yupanqui (3e en partant de gauche) : José Antón Artze (2e par la gauche), Benito Lertxundi (4e), Mikel Laboa (6e), Jose Angel Irigarai (7e), Xabier Lete (à genoux, 1er en partant de gauche) et Lourdes Iriondo. Le dernier à droite est Paco Ibáñez.

Ez Dok Amairu (« Il n'y a pas treize » en basque )est le nom d'un mouvement culturel basque né au milieu des années 1960 et actif de 1966 à 1972, qui participa au renouveau de la culture et de la langue basques en récupérant et en réinterprétant notamment des éléments de la culture traditionnelle[1]. Le mouvement réunissait des chanteurs, des poètes, des artistes et des musiciens et s'inscrivait dans le développement de la nouvelle chanson basque (Euskal Kantagintza Berria), la chanson constituant alors un important moyen de communication et d'expression culturelle[1]. À travers la chanson, ses membres cherchaient notamment à affirmer une identité collective, à dénoncer les injustices et les atteintes aux libertés, à transmettre l'espoir, à défendre l'euskara et à rapprocher la littérature populaire du public[1]. Le mouvement accordait également une place importante à la récupération et à la modernisation des chants traditionnels ainsi qu'à l'ouverture de nouvelles voies musicales[1]. En 1970, le spectacle Baga, biga, higa... Sentikaria élargit cette démarche à une conception plus globale de l'art, associant notamment poésie, musique, danse, théâtre et arts plastiques[1]. Le mouvement prit fin en 1972[2],[3].

Au caractère culturel s'ajoutait également une dimension politique et sociale, dans le contexte de la dictature franquiste[4]. Cette dimension rapprochait Ez Dok Amairu d'autres mouvements de la chanson engagée apparus dans différentes régions d'Espagne durant le franquisme, notamment Els Setze Jutges en Catalogne, dont l'activité contribua également à la défense de la langue et de la culture catalanes[4]. Le Manifiesto Canción del Sur, apparu en Andalousie à la fin des années 1960, s'inscrivait lui aussi dans le contexte de la chanson engagée sous le franquisme[5].

Le nom du mouvement fut proposé par Jorge Oteiza en 1965, en référence au conte populaire basque San Martinen estutasuna, recueilli par Resurrección María de Azkue, dont la dernière phrase est « Ez dok amairu »[6]. L'expression, littéralement « il n'y a pas treize », prend dans le conte le sens d'une rupture du maléfice associé au nombre treize ; Oteiza entendait ainsi symboliquement mettre fin au « maléfice » qui pesait sur la culture basque. Son projet dépassait le seul domaine de la chanson : il envisageait un mouvement intégrant les arts plastiques, la musique, la danse et d'autres disciplines artistiques, dans le but de contribuer au renouveau de la culture basque[7],[8].

Le mouvement se dissout en 1972, dans le contexte encore marqué par la dictature franquiste[9]. Ses membres poursuivent ensuite individuellement leurs activités artistiques et plusieurs d'entre eux deviennent des figures importantes de la musique et de la culture basques[9]. En 2003, la 13e édition de la Korrika rend hommage au mouvement Ez Dok Amairu et, plus largement, à la génération qui contribua au renouveau de la culture basque dans les années 1960 et 1970[10]. L'édition, organisée du 4 au 13 avril 2003 entre Mauléon et Pampelune, avait pour chanson officielle Gero bat gaurdanik, interprétée par Mikel Laboa et Ruper Ordorika, sur une musique de Bingen Mendizabal et des paroles d'Igor Elortza[11].

Membres

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Références

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  1. 1 2 3 4 5 (eu) Auritz Aurtenetxe Zalbidea, « Ez dok amairu tradizioa eta modernitatea, nortasunaren bila », Jentilbaratz, vol. 12,‎ , p. 135-157 (ISSN 1137-859X, lire en ligne, consulté le )
  2. ↑ (eu) Eusko Jaurlaritza, Kultura eta Hizkuntza Politika Saila, « Ez Dok Amairu », Eusko Jaurlaritza (consulté le )
  3. ↑ Introduction au mouvement culturel Ez dok amairu, en espagnol sur Euskonews.
  4. 1 2 (es) Agnès Toda i Bonet, « La Nova Cançó i Ez dok amairu: la lluita per la pervivència de les cultures catalana i basca enmig de la repressió del franquisme », Un mundo, muchas miradas, no 1,‎ (lire en ligne, consulté le )
  5. ↑ (es) San Telmo Museoa, « Tiempo de silencio », Donostia-San Sebastián, San Telmo Museoa (consulté le )
  6. ↑ (es) Auñamendi Eusko Entziklopedia, Ez Dok Amairu, Eusko Ikaskuntza (lire en ligne)
  7. ↑ (es) Auñamendi Eusko Entziklopedia, Nueva Canción Vasca. 1960-1985, Eusko Ikaskuntza (lire en ligne)
  8. ↑ Euskaltzaindia repasse en images l'histoire du mouvement culturel Ez dok amairu, Gara, 27 mars 2007 (es)
  9. 1 2 Institut culturel basque, « En Pays Basque sud », Institut culturel basque (consulté le )
  10. ↑ (eu) « Denboraren lekukoa », Berria,‎ (lire en ligne, consulté le )
  11. ↑ (eu) AEK, « Korrikaren historia », AEK (consulté le )

Liens externes

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