La famille van Robais est une famille française d'origine flamande, établie à Abbeville au XVIIe siècle. Issue de milieux protestants liés au commerce et à la fabrication textile, elle est principalement connue pour avoir fondé et dirigé la Manufacture des Rames, manufacture royale de draps fins créée sous le règne de Louis XIV dans le cadre de la politique économique de Jean-Baptiste Colbert.

Famille van Robais
Blasonnement D'argent à une ancre de sable, au chef de gueules chargé de trois roses d'argent
Période XVIIe siècle-XXIe siècle
Origine Courtrai, puis Middelbourg
Allégeance Drapeau du royaume de France : entièrement blanc Royaume de France
Pays France
Demeures Château de Bagatelle
Château de Widehem
Charges Manufacturiers, négociants, banquiers
Alliances Guiguer
de Kalb

La famille appartient à la grande bourgeoisie manufacturière et financière de l'Ancien Régime. Plusieurs de ses membres sont liés à l'histoire industrielle d'Abbeville, aux réseaux protestants du négoce et de la banque, ainsi qu'à des alliances avec des familles françaises, suisses et franco-américaines.

Histoire

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Origines flamandes et installation à Abbeville

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La famille van Robais est originaire de Courtrai, en Flandre, puis établie à Middelbourg, en Zélande. Josse, ou Joost, van Robais, drapier à Middelbourg, est attiré en France dans le contexte de la politique manufacturière conduite par Colbert. Il reçoit en octobre 1665 un privilège royal destiné à établir à Abbeville une manufacture de draps fins capable de concurrencer les productions de Hollande et d'Angleterre[1].

L'entreprise reçoit le statut de manufacture royale. Elle bénéficie de la protection du pouvoir royal, de privilèges économiques et d'une surveillance administrative destinée à garantir la qualité des productions[1]. Les lettres patentes de 1725 renouvellent pour vingt années le privilège accordé aux sieurs Van Robais pour la manufacture de draps et autres étoffes établie à Abbeville[2].

L'installation de Josse van Robais à Abbeville constitue un exemple caractéristique du colbertisme appliqué à l'industrie textile. La manufacture reste dans la famille pendant plus d'un siècle et ses privilèges sont renouvelés jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, même si son monopole régional prend fin en 1768[1].

Manufacture royale des Rames

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La Manufacture royale de draps d'Abbeville, dite Manufacture des Rames, fondée par les Van Robais.

La Manufacture des Rames est établie en 1665 à Abbeville par Josse van Robais. Les bâtiments actuels sont élevés entre 1709 et 1713 par son fils, avec un logis central, des ailes d'ateliers, des magasins, des dépendances, un colombier et un portail d'entrée[3].

La manufacture produit des draps fins et des étoffes de laine. Elle compte trente métiers en 1669, puis environ cent métiers au XVIIIe siècle[3]. Son développement s'inscrit dans l'effort mené par la monarchie française pour renforcer les productions nationales et limiter la dépendance aux draps étrangers, notamment anglais et hollandais[1],[4].

La révocation de l'édit de Nantes fragilise l'environnement religieux des familles protestantes et d'une partie des ouvriers spécialisés, sans interrompre durablement l'activité de la manufacture. L'entreprise demeure active au XVIIIe siècle et continue d'être exploitée par les descendants de Josse van Robais[1],[3].

En 1716, la manufacture est le théâtre d'un conflit du travail étudié comme un épisode significatif des tensions sociales dans les grands établissements manufacturiers de la Régence[5]. En 1790, l'établissement devient la société Van Robais Amelin et Cie[3].

Réseaux économiques et familiaux

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La réussite de la manufacture s'accompagne d'une diversification progressive des activités familiales. Plusieurs membres de la famille s'insèrent dans les milieux du négoce, de la finance et de la banque, notamment à Paris. Pierre van Robais, né en 1694 et mort en 1767, appartient à cette branche financière ; il épouse Suzanne Gastebois, issue d'une famille protestante liée aux milieux du commerce et de la finance[6].

Les alliances de la famille illustrent son insertion dans des réseaux protestants, financiers et internationaux. Judith van Robais épouse en 1713 le banquier suisse-français Louis Guiguer, futur propriétaire du château de Prangins[7]. Anne Élisabeth Émilie van Robais, fille de Pierre van Robais et de Suzanne Gastebois, épouse en 1764 Jean de Kalb, officier d'origine allemande au service de la France, devenu major-général de l'armée continentale pendant la guerre d'indépendance des États-Unis[6].

Patrimoine

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Manufacture des Rames

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La Manufacture des Rames est située à Abbeville, chaussée d'Hocquet. L'ensemble conserve des bâtiments élevés au début du XVIIIe siècle, notamment le logis, les ailes d'ateliers, les magasins, le portail d'entrée, les pavillons et plusieurs éléments liés à l'organisation de la production[3].

L'ancienne manufacture fait l'objet d'une protection au titre des monuments historiques. Plusieurs parties de l'ensemble sont inscrites le , puis classées le [8].

Château de Bagatelle

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Le château de Bagatelle, à Abbeville, est lié à la famille van Robais et à la réussite économique de la manufacture. Il est associé à Abraham van Robais, qui fait édifier cette maison de plaisance au milieu du XVIIIe siècle[9].

Château de Widehem

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Le château ou manoir de Widehem, dans le Pas-de-Calais, est mentionné parmi les demeures liées à la famille. Un historique communal indique que la propriété passe aux Van Robais vers 1900[10].

Personnalités

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  • Josse van Robais (vers 1630-1685), drapier originaire des anciens Pays-Bas, fondateur de la manufacture royale de draps fins d'Abbeville[1].
  • Isaac van Robais (1654-1703), manufacturier à Abbeville.
  • Samuel van Robais (1691-1771), manufacturier de draps à Abbeville.
  • Pierre van Robais (1694-1767), banquier à Paris et manufacturier de draps à Abbeville[6].
  • Abraham van Robais (1698-1779), manufacturier à Abbeville, commanditaire du château de Bagatelle et modèle d'un portrait au pastel de Jean-Baptiste Perronneau[11],[12].
  • Anne Élisabeth Émilie van Robais (1748-1785), fille de Pierre van Robais et de Suzanne Gastebois, épouse de Jean de Kalb[6].
  • Judith van Robais (1694-1748), épouse du banquier suisse-français Louis Guiguer[7].
  • Armand van Robais (1893-1968), artiste peintre, auquel une rétrospective est consacrée au musée Boucher-de-Perthes d'Abbeville en 1971[13].

Filiation simplifiée

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La filiation suivante présente les principaux membres de la famille mentionnés dans les sources et utiles à la compréhension de l'histoire de la manufacture, des alliances et du patrimoine familial. Elle ne constitue pas une généalogie exhaustive.

  • Josse, ou Joost, van Robais (vers 1630-1685), fils d'un tailleur de Courtrai, manufacturier en Zélande, fondateur de la manufacture royale des Rames à Abbeville[1],[3].
    • Isaac van Robais (1654-1703), manufacturier à Abbeville, époux de Marie Robelin[6].
      • Samuel van Robais (1691-1771), manufacturier de draps à Abbeville[6].
      • Pierre van Robais (1694-1767), banquier à Paris et manufacturier de draps à Abbeville, époux de Suzanne Gastebois[6].
        • Rosalie van Robais, née en 1741, épouse en 1759 son cousin germain Théophile van Robais[6].
        • Anne Élisabeth Émilie van Robais (1748-1785), épouse en 1764 Jean de Kalb[6].
      • Abraham van Robais (1698-1779), manufacturier de draps à Abbeville, associé au château de Bagatelle et représenté par Jean-Baptiste Perronneau dans un portrait conservé au musée du Louvre[11],[12].
        • Théophile van Robais (1732-1799), manufacturier à Abbeville, fils d'Abraham van Robais[6].
        • André van Robais, manufacturier à Abbeville, frère de Théophile van Robais[6].
      • Salomon van Robais (1697-1784), manufacturier, négociant et banquier[6].
    • Josse van Robais (1662-1733), manufacturier à Abbeville.
      • Judith van Robais (1694-1748), épouse en 1713 le banquier suisse-français Louis Guiguer[7].

Les armes de la famille van Robais sont blasonnées : d'argent à une ancre de sable, au chef de gueules chargé de trois roses d'argent[14].

Iconographie

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Alliances

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Les alliances documentées de la famille van Robais sont notamment : Robelin, Gastebois, Féray, Guiguer, de Kalb, Harmensen et de Fléchin[6],[7],[15].

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 Georges Espinas, « Courtecuisse (M.) — La manufacture de draps fins Vanrobais aux XVIIe et XVIIIe siècles, 1920 », Revue du Nord, t. 7, no 28, , p. 319-330 (lire en ligne, consulté le ).
  2. « Lettres patentes qui continuent pendant vingt années, à commencer du 1er octobre 1725, le privilège accordé aux sieurs Van Robais, de la manufacture des draps et autres étoffes établie à Abbeville », sur Gallica, Bibliothèque nationale de France (consulté le ).
  3. 1 2 3 4 5 6 « Tissage de draps fins, filature de laine dit Manufacture des Rames, puis Sté Van Robais Amelin et Cie », sur POP : la plateforme ouverte du patrimoine, Ministère de la Culture (consulté le ).
  4. Philippe Sagnac, « L'industrie et le commerce de la draperie en France à la fin du XVIIe siècle et au commencement du XVIIIe », Revue d'histoire moderne et contemporaine, t. 9, no 1, , p. 24-40 (DOI 10.3406/rhmc.1907.4538, lire en ligne, consulté le ).
  5. Laurent Lemarchand, « Un événement-type de la Régence : le conflit du travail dans la manufacture Van Robais en 1716 », Revue du Nord, vol. 93, no 389, , p. 59-87 (DOI 10.3917/rdn.389.0059, lire en ligne, consulté le ).
  6. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 Xavier Soulange-Teissier, « À propos du fonds Kalb : contribution à l'histoire familiale » [PDF], (consulté le ).
  7. 1 2 3 4 Anne-Lise Head-König, « Guiguer, Louis », sur Dictionnaire historique de la Suisse (consulté le ).
  8. « Ancienne manufacture des Rames », sur POP : la plateforme ouverte du patrimoine, Ministère de la Culture (consulté le ).
  9. « Histoire », sur Château de Bagatelle (consulté le ).
  10. « Petite histoire du village » [PDF], sur Commune de Widehem (consulté le ).
  11. 1 2 « Portrait d'Abraham van Robais (1698-1779) », sur Collections du Louvre, Musée du Louvre (consulté le ).
  12. 1 2 « Abraham van Robais », sur AGORHA, Institut national d'histoire de l'art (consulté le ).
  13. Collectif, Van Robais. Rétrospective 1927-1968, Abbeville, Musée Boucher-de-Perthes, .
  14. Johannes Baptist Rietstap, Armorial général : précédé d'un dictionnaire des termes du blason, vol. 2, Gouda, G. B. van Goor Zonen, (lire en ligne).
  15. Jean-Marie Wiscart, « Les manufacturiers protestants en Picardie au XIXe siècle », Revue du Nord, no 395, , p. 389-410 (DOI 10.3917/rdn.395.0389, lire en ligne, consulté le ).

Voir aussi

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Bibliographie

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  • Collectif, Van Robais. Rétrospective 1927-1968, Abbeville, musée Boucher-de-Perthes, 1971.
  • M. Courtecuisse, La manufacture de draps fins Van Robais aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, A. Picard, 1920, 148 p.
  • Georges Espinas, « Courtecuisse (M.) — La manufacture de draps fins Vanrobais aux XVIIe et XVIIIe siècles, 1920 », Revue du Nord, t. 7, no 28, 1921, p. 319-330, [lire en ligne].
  • M. Harel, La manufacture de draps fins Van Robais à Abbeville aux XVIIe et XVIIIe siècles, thèse de droit, Paris II-Cujas, 1971.
  • Laurent Lemarchand, « Un événement-type de la Régence : le conflit du travail dans la manufacture Van Robais en 1716 », Revue du Nord, vol. 93, no 389, 2011, p. 59-87, DOI 10.3917/rdn.389.0059.
  • Léo Noyer-Duplaix et Margaux Trouvé, « La manufacture royale Van Robais, dite des Rames à Abbeville (Somme) », Profils : revue de l'Association d'histoire de l'architecture, no 3, 2022, p. 29-39.
  • Philippe Sagnac, « L'industrie et le commerce de la draperie en France à la fin du XVIIe siècle et au commencement du XVIIIe », Revue d'histoire moderne et contemporaine, t. 9, no 1, 1907, p. 24-40, DOI 10.3406/rhmc.1907.4538, [lire en ligne].

Articles connexes

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Liens externes

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