Fania Noël

militante afroféministe, sociologue, écrivaine

Fania Noël, ou Fania Noël-Thomassaint, est une militante afroféministe, sociologue et écrivaine franco-haïtienne. Elle est chercheuse en théorie politique et sociale à New York. Ses travaux portent sur les théories critiques de la race, les études noires et théories féministes.

Fania Noël
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The New School (Doctorat)
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Biographie

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Elle est née en Haïti et a grandi à Cergy (Val-d’Oise), elle est l’aînée d’une fratrie de cinq enfants[1].

Fania Noël est titulaire d'un doctorat en sociologie de The New School for Social Research et d'un master en science politique de la Sorbonne[2]. Elle soutient sa thèse en 2024, celle-ci est titrée Noir in Place. Black Politics, Racialized Gender, and Space in Contemporary France[3], portant sur les organisations noires organisées en non-mixité en France, se concentrant sur les défis liés aux stratégies d'affirmation d'une identité noire épaisse[C'est-à-dire ?] et de négociation de leur place au sein de la gauche en général. En 2024, elle a été professeure invitée au département des sciences sociales et des études culturelles de l'Institut Pratt à New York. Elle est chercheuse invitée[4] en théorie politique et sociale au Center for Place, Culture, and Politics de l'École doctorale de l'université de la ville de New York (CUNY - Graduate Center). En 2025 elle reçoit le prix Feminist Scholar-Activist de la section sexe et genre de l'Association américaine de sociologie[5]

Depuis 2015, Fania Noël est directrice de publication de la revue AssiégéEs[6], qu'elle a cofondée[7].En 2018, elle participe à la publication, aux éditions Syllepse, de l'ouvrage collectif Afrofem. Elle est également directrice de publication de la revue trilingue (créole haïtien, français et anglais) d'anthologie féministe haïtienne ALASO[8] de l’organisation féministe NÈGÈS MAWON. Revue où ont contribué entre autres Yanick Lahens, Edwidge Danticat, Gessica Geneus ou encore Marie-Celie Agnant. En 2023 elle lance en Haïti, un institut francophone, l’Institut Noirs d’Encres – Pour l’éducation populaire et la pensée critique[9].

En 2024, elle publie aux éditions Libertalia l'ouvrage "Dix questions sur les Féminismes Noirs"[10], en 2022, "Et Maintenant le pouvoir : Un horizon politique afroféministe" aux éditions Cambourakis et "Afro-Communautaire : Appartenir à nous-mêmes" aux éditions Syllepse en 2019.

Pensée et influences

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L'afroféminisme radical de Fania Noël s'articule, entre autres, autour de la réflexion selon laquelle même si les personnes noires françaises sont pour la plupart dans la marge, elles sont dans la marge du centre. Les afrodescendants des pays du Sud devraient être au centre de ce que veut dire être afrodescendant. Il faut absolument, selon Fania Noël, penser la marge au sens internationaliste. Il ne s'agirait plus d'observer le peu de personnages noirs présents dans un épisode de la série de TF1, il ne s'agirait plus non plus de se demander s'il y a des noirs au gouvernement français de métropole. Selon elle, les afroféministes françaises doivent lutter pour les questions portées par exemple par les afrodescendantes haïtiennes, martiniquaises, vénézuéliennes et colombiennes telles que les dettes coloniales, le chlordécone, les réparations et l'ingérence. Fania Noël est d'avis que l'afrodescendance avant-gardiste devrait appartenir aux caribéennes, mauriciennes, aux noires non-européennes et non-américaines[11].

Fania Noël milite pour l'abolition du « blantriarcat »[n 1] capitaliste, la libération noire et l'intersectionnalité dans une mouvance matérialiste[11]. Elle se positionne aussi contre la montée du fascisme, les politiques autoritaires et la militarisation de la police[13].

Elle cite comme influences de sa pensée sa situation de fille aînée qui lui a fait réalisée très tôt l'injustice que vivent les femmes, mais aussi des rencontres militantes, comme sa grand-mère maternelle, qui a lutté contre les expropriations lors de la dictature d'Haïti ou les lectures de féministes noires[13]. Elle cite en particulier Sula de Toni Morrison, La déclaration de la Coordination des Femmes noires, Ne suis-je pas une femme ? de bell hooks, Assata, une autobiographie d'Assata Shakur, Une si longue lettre de Mariama Bâ et Rosalie l'infâme d'Évelyne Trouillot[13].

Ses champs de recherches se situent à la jonction entre la sociologie politique et les études culturelles critiques noires, parmi ses sujets: la formation de l'identité politique noire et la mobilisation en France; les théories féministes noires, la pensée de bell hooks et la représentation du genre et de la race dans la fiction spéculative[14].

Militantisme

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Elle a été adhérente de syndicats étudiants et du parti socialiste, puis au mouvement d’Arnaud Montebourg, et au Front de gauche. Depuis l'été 2015, elle est membre du collectif afro-féministe révolutionnaire panafricain Mwasi.

Camp d'été décolonial

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En 2016, elle organise conjointement avec Sihame Assbague, un « camp d'été décolonial »[15],[16].

Les rencontres, en non-mixité, ont pour objectif d'offrir aux personnes « subissant le racisme d'État en contexte français », un espace de rencontre et de réflexion. Les participants expliquent « préférer un espace où personne ne pourra douter de la véracité de leur ressenti ou le tempérer en le taxant de "victimisation" ou de "paranoïa"[17] ». Hanane Karimi, Françoise Vergès et le porte-parole de la « Brigade anti-négrophobie » Franco Lollia y animent des ateliers de réflexion[18], tout comme Marwan Muhammad président du Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF). Environ 150[16] à 180 personnes[15] se sont inscrites au camp, qui doit durer quatre jours.

Avant sa tenue, ce camp est l'objet d'une polémique nationale concernant sa non-mixité, en excluant de facto les personnes blanches. Lors de la séance des questions au gouvernement du , la ministre de l'Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem condamne fermement l'initiative[19],[20]. De nombreuses personnalités, comme la journaliste Eugénie Bastié, le président de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme Alain Jakubowicz, ainsi que l'association SOS Racisme, prennent publiquement position contre l'évènement et l'homme politique Florian Philippot (alors au Front national) en demande l'interdiction[21],[22],[23],[24]. Le préfet la refuse, estimant « qu'il n'y avait eu ni "expression publique de racisme ou d'exclusion", ni de "trouble à l'ordre public" pouvant justifier l'interdiction de l'événement ».

Fania Noël réagit à ces critiques : « L’autonomie est vue comme un danger par les personnes qui ont des choses à perdre dans l’émancipation. De toute façon, on n'a parlé que de la forme. Les rares qui ont parlé des thématiques ont décrété que c’était de toute façon dérangeant[17] ». Un collectif d'une cinquantaine d'universitaires, militants et artistes prend la défense de l'événement sur un blog de Mediapart[24]. La politologue Audrey Célestine[n 2] considère la polémique comme incarnant parfaitement la difficulté « à avoir une discussion critique non hystérique »[27].

Les organisatrices souhaitent également que les journalistes qui se rendraient au camp soient eux-mêmes « racisés » et qu’ils appartiennent à une rédaction dont le traitement du racisme leur semblait pertinent[17] ; Mediapart accepte la condition à la suite d'un débat interne sur ce choix militant ; en revanche, pour l'hebdomadaire Marianne, il s'agit d'une « censure a priori »[28],[29],[21].

Un deuxième camp décolonial est organisé en 2017 dans un lieu confidentiel.

Publications

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  • Fania Noël-Thomassaint, Afro-communautaire : Appartenir à nous-mêmes, Éditions Syllepse, coll. « Arguments et mouvements », , 93 p. (ISBN 2849507482, OCLC 1122732027)
  • Fania Noël, Et maintenant le pouvoir. Un horizon politique afroféministe, Éditions Cambourakis, coll. « Collection Sorcières », , 128 p. (ISBN 978-2-36624-638-4)
  • Fania Noël, Dix questions sur les Féminismes Noirs, Libertalia,

Préface et Postface

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Articles

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  • “Fear of Black Feminist Planet.” The Funambulist 29, 20-23. 2020
  • "On the Very Political Depoliticization of Reparations." Theorizing the Contemporary, Fieldsights, 2022[33]
  • "Cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques : désir d’appartenance, instrumentalisation et paillettes", Manifesto XXI, 2024[34]

Articles scientifiques

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  • “Partner, not comrade: blackness, cross-racial coalition, and power in France.” Ethnic and Racial Studies (2025): 1-18[35].
  • “Descolonizar ! Conceptos, retos y horizontes políticos” La colección Passerelle, Avril 2023
  • “Alice Diop’s Saint Omer and its Lexicons of Shadows ” ASAP Journal Publication Mars 2023[36]
  • “La fabrique de l’absence: la pensée féministe décoloniale et négrophobie. Entretien avec Selamawit D. Terrefe”. Passerelle,  Mars 2023 p.160 -168
  • “Paris Is Burning: Intersectionality, Localization, and Circulation in France”. Kohl: a Journal for Body and Gender Research . Vol. 9 No. 1 (24 January 2023): pp. 184-200[37].
  • ““Y’all Celebrating Black Men in Prison”: Black Feminist Abolitionists and Intracommunal Violence.” Palimpsest: A Journal on Women, Gender, and the Black International 12(2), 82-85[38].
  • "Intersectionnalité”. dans Feu! Abécédaire des féminismes présents , dir. Elsa Dorlin, Ed Libertalia, 2021[39]

Participation à des ouvrages collectifs

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  • Collectif Mwasi, Afrofem, Éditions Syllepse, coll. « Nouvelles questions féministes », (ISBN 978-2-84950-697-4, OCLC 1054922090)
  • « Sommes-nous dans Black Mirror ? Joie, Capitalisme tardif et Radicalité », dans Kiyémis (Dir), Pour la joie, Les Liens qui Libèrent, , 160 p. (ISBN 979-10-209-2241-0), p. 113-125

Chroniques

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Notes et références

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  1. Un mot-valise désignant la domination masculine et blanche[12].
  2. Audrey Célestine, Docteure en science politique de l’IEP de Paris[25], est maître de conférences à l’université Lille 3 et chercheuse au CECILLE et à l’Institut des Sciences Sociales du Politique (Nanterre)[26].

Références

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  1. Dounia Hadni, « Fania Noël : le combat entre soi », Libération, (consulté le ).
  2. « En sol majeur - Fania Noël », sur RFI, (consulté le )
  3. (en) Fania Noël, « NOIR IN PLACE Black Politics, Racialized Gender, and Space in Contemporary France » Accès limité [PDF], sur Proquest, (consulté le )
  4. (en) « The Center for Place, Culture, and Politics »
  5. (en) « American Sociological Association »
  6. « Assiégées », sur Editions Syllepse (consulté le )
  7. « AssiégéEs », sur xn--assig-e-s-e4ab.com, Site officiel (consulté le ).
  8. « Recherche », sur Editions Syllepse (consulté le )
  9. « Site Institut Noirs d'Encres », sur Institut Noirs d'Encres
  10. « Fania Noël : « Le champ politique, quel qu’il soit, a un problème à adresser la question du racisme » », sur Bondy Blog, (consulté le )
  11. 1 2 Marie-Julie Chalu, « Fania Noël, Afro-communautaire », sur afropea.net, (consulté le ).
  12. Pierre Sorgue, « Ne nous libérez pas, on s’en charge : le cri des afroféministes », Le Monde, .
  13. 1 2 3 « Le déclic féministe de l'autrice Fania Noël », sur terrafemina.com (consulté le )
  14. (en-US) « Fania Noel », sur Pratt Institute (consulté le )
  15. 1 2 « Camp d'été "décolonial" à Reims : la polémique enfle », sur francetvinfo.fr, (consulté le ).
  16. 1 2 Catherine Daudenhan, « Le « camp d’été décolonial » gère la polémique », sur estrepublicain.fr, .
  17. 1 2 3 Faïza Zerouala, « Au camp d'été décolonial, les « racisés » plaident pour l'autonomie », sur Mediapart, .
  18. « France : à Reims, un camp de formation à l’antiracisme fait grincer quelques dents » Jeune Afrique, 26 août 2016.
  19. Vallaud-Belkacem face au "camp d'été" interdit aux blancs Challenges, 28 avril 2016
  20. « Belkacem condamne le camp d’été décolonial », Le Figaro, (lire en ligne).
  21. 1 2 Jack Dion, « Quand Mediapart blanchit la censure chère au Camp d'été décolonial" », sur marianne.net, .
  22. Yvan Droumaguet, « Point de vue : Ne tolérer aucun racisme dans la République », sur ouest-france.fr, .
  23. Eugénie Bastié, « Un camp d'été « décolonial » interdit aux blancs », sur lefigaro.fr,
  24. 1 2 Maxime Bourdier, « Le camp d'été "décolonial" à Reims ne sera pas interdit », sur huffingtonpost.fr,
  25. « Fiche A. Célestine », sur cecille.recherche.univ-lille3.fr
  26. « Audrey Célestine », sur laviedesidees.fr
  27. Iris Deroeux, « Nacira Guénif: "On ne peut pas parler de racisme sans parler de race" », sur Mediapart, (consulté le )
  28. « Camp d'été décolonial : Mediapart explique sa présence », sur liberation.fr, .
  29. Juliette Gramaglia, « Polémique autour d'une journaliste envoyée au "camp décolonial" : Raphaël Enthoven et Marianne attaquent. Mediapart se défend », sur arretsurimage.net, .
  30. Octavia E. Butler, Fania Noël, Jessica Shapiro et Marion Mazauric, L'aube, Au diable Vauvert, coll. « Cycle Xenogenesis », (ISBN 979-10-307-0506-5)
  31. bell hooks, Noémie Grunenwald et Fania Noël, Cultiver l'appartenance, Cambourakis, coll. « Sorcières », (ISBN 978-2-36624-822-7)
  32. bell hooks (trad. Pauline Tardieu-Collinet, Louise Cabannes, Leslie Talaga, préf. Fania Noël), Culture insurgée. Résister à l'hégémonie culturelle, décoloniser nos imaginaires Outlaw Culture »], Payot, Payot, , 400 p. (ISBN 978-2-228-93952-2) :
    « Préface. Hors-les-murs : une manière de voir selon bell hooks »
  33. (en) Fania Noël, « On the Very Political Depoliticization of Reparations », sur Society for Cultural Anthropology, (consulté le )
  34. Fania Noël, « Cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques : désir d’appartenance, instrumentalisation et paillettes », sur Manifesto XXI, (consulté le )
  35. (en) Fania Noël, « Partner, not comrade: blackness, cross-racial coalition, and power in France », Ethnic and Racial Studies, vol. 0, no 0, , p. 1–18 (ISSN 0141-9870, DOI 10.1080/01419870.2025.2519805, lire en ligne Accès limité, consulté le )
  36. (en-US) Fania Noël, « Alice Diop’s Saint Omer and its Lexicons of Shadows / Fania Noël », sur ASAP/Review, (consulté le )
  37. (en) « Paris Is Burning: Intersectionality, Localization, and Circulation in France », sur kohljournal.press, (consulté le )
  38. (en) Fania Noel, « “Y’all Celebrating Black Men in Prison”: Black Feminist Abolitionists and Intracommunal Violence », Palimpsest: A Journal on Women, Gender, and the Black International, vol. 12, no 2, , p. 82–85 (ISSN 2165-1612, DOI 10.1353/pal.2023.a919610, lire en ligne, consulté le )
  39. le-studio-americain.com, « Feu ! (Coordonné par Elsa Dorlin) // Les éditions Libertalia », sur www.editionslibertalia.com (consulté le )
  40. « Fania Noël, auteur/autrice sur Manifesto XXI », sur Manifesto XXI, (consulté le )

Annexes

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Articles connexes

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Liens externes

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