Farrebique

film sorti en 1947

Farrebique (titre long : Farrebique ou Les Quatre Saisons) est un film français réalisé par Georges Rouquier sorti en 1946.

Farrebique
Réalisation Georges Rouquier
Scénario Georges Rouquier
Pays de production Drapeau de la France France
Genre documentaire-fiction
Durée 90 minutes
Sortie 1946

Série

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.

Liminaire

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Pour le tournage qui s'étale sur 11 mois dans la maison familiale des Rouquier, Jean Painlevé avait prêté sa caméra G.V. Debrie[1], il était prévu qu'il réalise quelques images de plantes et fleurs pour montrer le passage des saisons mais ses occupations de Directeur du cinéma ne lui en ont pas laissé le temps[2], Rouquier raconte qu'en 1946, le film était terminé et il a voulu le montrer à Cannes mais face aux réticences de la profession (surtout celles de Henri Jeanson qui était vraiment contre et très influent dans la commission de sélection). Painlevé qui voyait les rushes à Paris alors que Rouquier ne pouvait pas les voir à Rodez, puis Painlevé a vu le film fini et il "s'est mis en colère", il a écrit l'article : « Une nouvelle bataille d'Hernani, le film qui ne sera pas montré à Cannes : Farrebique[3]. » Puis Painlevé a joué de son influence pour que ce film soit présenté au festival. Et le film est montré hors sélection mais obtient le Grand prix de la critique exæquo avec Brève rencontre de David Lean, attribué par le jury international[1],[4].

Synopsis

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À Farrebique, près de Goutrens, dans l'Aveyron (Massif Central), la vie d'une famille de paysans est filmée au rythme des quatre saisons ponctuant leurs activités et leurs relations. Faut-il agrandir la ferme pour le prochain printemps, installer l'électricité ?[5] Le nom de la ferme semble dériver du verbe ferrar, variante farrar = ferrer, plutôt au présent de l'indicatif qu'à l'impératif, et du mot bica = bique, chèvre, bien que ce nom soit moins répandu en occitan que son homologue français. Les chèvres ne se ferrant pas, ce serait une formation facétieuse. Certains ont pensé que ce nom signifiait « la ferme des chèvres », sans argument linguistique suffisant.

Fiche technique

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Autour du film

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  • Une suite a été tournée en 1983 par le même réalisateur : Biquefarre. sorti en 1983

Accueil

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Accueil public

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Pour le lancement, une grande première est organisée à l'Opéra : l'amicale des Aveyronnais de Paris achète tous les billets, organise un entracte avec danses folkloriques et fait une ovation à la famille des acteurs venus à Paris pour l'évènement[6]. A sa sortie, le film tiendra l'affiche, en exclusivité, pendant 12 semaines[7].

Accueil critique

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Les avis critiques ont facilité la présentation du film au Festival de Cannes où il obtint le grand prix de la critique internationale. D'autres récompense à Paris, Venise et Rome, prouvent l’intérêt que le film suscite. Les universités et les ciné-clubs dans le monde entier ont continué de le projeter[4].

Distinctions

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Analyse de l'œuvre

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Georges Rouquier cite ses influences pour ce film : Chaplin en tant que réalisateur, Flaherty, Eisenstein, les images de La Terre de Dovjenko pour l'enterrement du grand-père, et Alexandre Dumas[9].

Farrebique est un modèle de documentaire, à peine romancé (documentaire-fiction), sur la vie quotidienne de la paysannerie française avant les grandes mutations rurales. Georges Rouquier l'a réalisé en empruntant les méthodes de Robert Flaherty et Jean Rouch. Lui et son équipe ont vécu une année entière dans une ferme du Rouergue, filmant simplement et lyriquement « les travaux et les jours » de ses habitants. Le côté fictif est réduit au minimum ; certains protagonistes s'exprimant même en occitan rouergat. Le réalisateur intègre même des séquences de liaison purement documentaires comme la germination des plantes qui universalisent son propos. Parmi les aspects du film qui sont romancés, on peut citer notamment le fait que Henri, le fils cadet, était déjà marié à l'époque du tournage, alors qu'il est présenté comme célibataire, ce qui permet à Rouquier d'insérer une idylle avec la fille du voisin, ou la mort du grand-père, qui a pu ainsi observer le départ de son cercueil depuis ses fenêtres.

L'aspect linguistique est souvent mal compris par les spectateurs. Les grands-parents s'expriment soit en français, avec une difficulté visible, soit en occitan, et il arrive souvent que les membres des jeunes générations leur répondent en français. Il est logique de penser que Roch et Henri ont été élevés en occitan car on ne comprendrait pas sinon que leurs parents s'adressent à eux dans cette langue. Rouquier n'a pas voulu faire un film en occitan, donc entièrement sous-titré, et s'est contenté de laisser quelques témoignages de la langue du pays ; la vraisemblance fait pourtant penser que l'occitan était la langue de communication ordinaire dans cette famille, au moins pour les deux générations les plus âgées. Seules les deux générations plus jeunes peuvent s'exprimer avec aisance dans le français appris à l'école. Dans le film, le petit-fils Raymondou n'utilise l'occitan que pour commander au chien, mais une personne née dans les campagnes aveyronnaises dans les années trente, comme c'est son cas, parle d'ordinaire la langue du pays.

La structure familiale est étudiée avec autant de soin que les travaux agricoles. C'est ce qu'on appelle la famille-souche, analysée comme d'autres types familiaux au XIXe siècle par Frédéric Le Play (1806-1882) et plus récemment par Emmanuel Todd (né en 1951). Elle se caractérise par l'existence d'un héritier unique, ordinairement l'aîné des garçons, la cohabitation de plus de deux générations (trois dans le film, avec les enfants de Roch et de son épouse Berthe), le pouvoir du père ou grand-père, tant qu'il est capable de travailler, sur la famille et l'exploitation entière, ce qui amène ses fils ou filles adultes à demeurer sous son autorité, les enfants qui n'héritent pas ayant la possibilité, soit de rester à la maison s'ils ne se marient pas ou tant qu'ils ne sont pas mariés (cas d'Henri), soit de partir gagner leur vie ailleurs. Georges Rouquier, neveu lui-même des grands-parents, mais né dans le Bas-Languedoc, région d'héritage égalitaire, présente ces usages assez défavorablement, en opposant les capacités d'adaptation à la modernité d'Henri, le fils cadet qui n'héritera pas, et le conservatisme, voire le manque de caractère, de Roch, l'héritier. La scène de « l'arrangement de famille » montre le notaire (joué par un agent d'assurance, aucun tabellion local n'ayant souhaité figurer dans un film) acceptant et proposant un compromis supportable entre les valeurs et les usages coutumiers et la rigueur égalitaire du Code civil. Rouquier laisse cependant ce même notaire théoriser l'utilité sociale de l'héritage inégalitaire en ce qu'il permet aux petites exploitations de subsister, puisqu'un partage les rendrait non viables.

Les problèmes de la paysannerie ne sont qu'entraperçus, et pour contrer le reproche d'archaïsme, l'auteur tournera quarante ans plus tard Biquefarre (1984), en guise d'envers didactique du film précédent[10].

Notes et références

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  1. 1 2 Roxane Hamery, Jean Painlevé : le cinéma au cœur de la vie, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Le Spectaculaire », 2009, 312 p. à la page 177.
  2. Nuits magnétiques - Georges Rouquier : "Biquefarre" et "Farrebique" (1ère diffusion : 05/04/1984), durée  01h30m02s. Par Laure Adler- Avec Georges Rouquier - Réalisation Josette Colin, France Culture, à la minute 39
  3. Publié dans Les étoiles, 24 septembre 1946. Cité par Roxane Hamery
  4. 1 2 3 Nuits magnétiques - Georges Rouquier : "Biquefarre" et "Farrebique" (1ère diffusion : 05/04/1984), durée  01h30m02s. Par Laure Adler- Avec Georges Rouquier - Réalisation Josette Colin, France Culture, à la minute 41
  5. Guy Gauthier, Un siècle de documentaires français : Des tourneurs de manivelle aux voltigeurs du multimédia, Armand Colin, , 236 p. (ISBN 978-2-200-24754-6, lire en ligne), P1949 La question qui agite la famille au début est de savoir si on agrandira la ferme à l’arrivée des beaux jours. Le grand-père pense faire d’abord le partage, sans toucher à l’intégrité du domaine…..Le temps s’écoule, au rythme de la nature…
  6. Nuits magnétiques - Georges Rouquier : "Biquefarre" et "Farrebique" (1ère diffusion : 05/04/1984), durée  01h30m02s. Par Laure Adler- Avec Georges Rouquier - Réalisation Josette Colin, France Culture, à la minute 45.
  7. Nuits magnétiques - Georges Rouquier : "Biquefarre" et "Farrebique" (1ère diffusion : 05/04/1984), durée  01h30m02s. Par Laure Adler- Avec Georges Rouquier - Réalisation Josette Colin, France Culture, à la minute 5.49.
  8. Film-documentaire.fr, « Farrebique », sur www.film-documentaire.fr (consulté le )
  9. Nuits magnétiques - Georges Rouquier : "Biquefarre" et "Farrebique" (1ère diffusion : 05/04/1984), durée  01h30m02s. Par Laure Adler- Avec Georges Rouquier - Réalisation Josette Colin, France Culture, à la minute 1.08.00.
  10. Les Films-clés du cinéma de Claude Beylie, éditions Bordas.

Voir aussi

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