Fascisme rouge
Le fascisme rouge est un terme politique utilisé au sein de certains courants révolutionnaires, notamment anarchistes et marxistes anti-autoritaires, pour désigner des régimes ou pratiques politiques totalitaire (par exemple le stalinisme) issus du mouvement communiste autoritaire bolcheviks[1].
Origine du terme
modifierL’expression apparaît dans les débats internes au mouvement ouvrier au XXe siècle, en particulier dans le contexte de la montée du stalinisme et des critiques adressées au bolchevisme[2].
Elle est notamment utilisée polémiquement par le théoricien communiste conseilliste Otto Rühle dans son texte Fascisme brun, fascisme rouge (1939), ainsi que par l’anarchiste Voline dans Le fascisme rouge.
Le terme a pu être utilisé pour désigner le stalinisme.
Définition
modifierLe terme « fascisme rouge » désigne une idéologie structurée. Il est employé pour dénoncer des systèmes se réclamant du communisme, mais caractérisés par :
- une centralisation extrême du pouvoir ;
- la domination d’un parti unique ;
- la suppression des oppositions politiques ;
- un appareil répressif étatique ;
- une bureaucratie dominante.
Le qualificatif « rouge » renvoie au mouvement ouvrier et au communisme, tandis que « fascisme » souligne la nature totalitaire attribuée à ces systèmes.
Analyse d’Otto Rühle
modifierDans Fascisme brun, fascisme rouge (1939), Otto Rühle développe l’idée d’une proximité structurelle entre le fascisme et le bolchevisme.
Selon lui :
- les deux systèmes reposent sur une organisation autoritaire ;
- ils instaurent un capitalisme d’État ;
- ils subordonnent les travailleurs à une bureaucratie dirigeante.
Rühle considère ainsi que le stalinisme constitue une forme de domination comparable, dans ses mécanismes, au fascisme.
Rühle dit :
Dans la révolution russe, Lénine a été vainqueur; il a vaincu le féodalisme avec la tactique typique de la classe bourgeoise. C'était en février. En octobre il fut vainqueur de la bourgeoisie à l'aide des Conseils qu'il avait détournés du contrôle des menchéviks. Il avait vaincu deux fois, la première d'une façon bourgeoise, la seconde d'une façon prolétarienne. Mais en détruisant les Conseils après la victoire, la victoire prolétarienne lui échappa et il ne resta historiquement que le vainqueur de la révolution bourgeoise. Rosa Luxembourg a succombé dans la révolution allemande. Mais elle n'a pas succombé parce qu'elle ne se battait pas dans le parti, comme Lénine en Russie. Bien au contraire, elle succomba parce que la tactique du parti, devenue a-historique en Allemagne, a échoué et qu'elle-même ne fut pas capable d'utiliser l'arme des Conseils, qui correspondait à la lutte révolutionnaire de la classe prolétarienne. Si elle avait mené le prolétariat allemand dans la lutte sous le signe du système des Conseils, elle aurait vraisemblablement connu la victoire. Ainsi, c'est la social-démocratie qui l'emporta, elle qui ne voulait que réaliser la démocratie bourgeoise à l'aide du parti. Et quand le délai imparti à cette démocratie fut passé, sa victoire s'est transformée en une défaite qui amena finalement Hitler au pouvoir. En Russie, le bolchévisme connut le même sort. La victoire du parti de Lénine suffit pour instaurer le capitalisme, mais non pour réaliser le socialisme. Et le capitalisme, non pas au vieux sens du terme, mais conformément à son développement général, le capitalisme d'Etat. Le fascisme russe, sous la forme de la dictature stalinienne, s'est montré totalement adapté à cette nécessité économique[1].
Analyse de Voline
modifierL’anarchiste Voline utilise également l’expression dans Le fascisme rouge pour critiquer la trajectoire de la révolution russe récupérée par les bolcheviks.
Il y dénonce :
- la confiscation du pouvoir par un parti ;
- la destruction des formes d’auto-organisation populaire ;
- l’établissement d’un État autoritaire au nom de la révolution.
Pour Voline, le bolchevisme a transformé une révolution émancipatrice en un système oppressif.
Usage et portée
modifierLe terme est principalement utilisé par certains penseurs au sein :
- des courants anarchistes ;
- du communisme de conseils ;
- de certaines critiques anti-léninistes.
Il sert à exprimer l’idée que des régimes se réclamant du socialisme peuvent reproduire des formes de domination similaires à celles qu’ils prétendent combattre.
Références
modifier- 1 2 « Otto Rühle: Fascisme Brun, Fascisme Rouge », sur marxists.org (consulté le )
- ↑ « Le fascisme rouge », sur Bibliothèque Anarchiste (consulté le )
- Otto Rühle, Fascisme brun, fascisme rouge, 1939.
- Voline, Le fascisme rouge.
- Textes disponibles sur Marxists Internet Archive et Anarchist Library.
