Feat and fun

format de vidéos de divertissement sur Youtube

Le feat and fun (en français : « des invités et du rire ») est un format de vidéos de divertissement sur le Youtube français caractérisé par la présence de plusieurs youtubeurs en featuring qui multiplient les blagues à un rythme élevé. Il monte en puissance à partir du milieu des années 2010 et devient par la suite dominant chez les principaux vidéastes français. Ce concept est parfois critiqué pour sa faible représentation des youtubeuses et pour son appauvrissement du processus créatif.

Un portrait de Mcfly et Carlito, précurseurs du format feat and fun sur le Youtube français.
Mcfly et Carlito, précurseurs du format feat and fun sur le Youtube français.

Présentation

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Le feat and fun correspond à l'invitation par un youtubeur d'autres vidéastes, notamment lorsque leur communauté d'abonnées est différente de la sienne, afin de créer des vidéos ensemble. Celles-ci se distinguent par un rythme élevé de blagues et de rire et leur montage est souvent particulièrement dynamique. L'objectif est d'augmenter l'audience de la chaîne et d'attirer les abonnés des invités. C'est un système dans lequel tous les acteurs sont gagnants, puisqu'ils profitent de la popularité de leurs collègues[1]. Le terme peut être traduit par « des invités et du rire »[2].

Historique

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Popularisation du format

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Le duo Mcfly et Carlito est depuis le milieu des années 2010 un précurseur du concept qui leur permet de démultiplier leurs audiences. Ils invitent régulièrement des vidéastes dans leurs vidéos, notamment ceux évoluant avec eux chez Webedia comme Squeezie[3]. Les productions de ce dernier, dans lesquelles il invite des confrères et des célébrités, participent elles aussi à la montée en puissance du feat and fun[4].

À partir de 2018 se créent des réseaux de youtubeurs qui institutionnalisent le format. Le premier collectif, la Redbox, réunit Amixem, CYRILmp4, Joyca, Mastu, Neoxi et VodK. La création de vidéos en groupe est facilitée par la proximité géographiques des créateurs installés à Angers. Depuis, d'autres collectifs ont été créés, comme la Team Crouton autour de Michou et d'Inoxtag ou la Maison Grise. Ces groupes sont mouvants et accueillent régulièrement des nouveaux membres[5].

Un portrait du Joueur du Grenier, à l'origine des premières critiques contre le feat and fun.
Joueur du Grenier, à l'origine des premières critiques contre le feat and fun.

Formulation des critiques

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Le , Frédéric Molas, youtubeur et co-créateur de la chaîne Joueur du Grenier, publie une vidéo intitulée « Youtube m'ennuie » dans laquelle il déplore l'évolution de YouTube et la montée en puissance du concept de feat and fun. Il remarque en effet une homogénéisation des créations d'une partie des youtubeurs français autour d'un format de divertissement fondé sur la présence d'invités connus et sur un rythme élevé de blagues et de coupures dans le montage. Cette uniformisation est pour lui symptomatique d'une volonté des vidéastes d'accroître leur public au détriment de la qualité de leurs vidéos, sous la pression de l'algorithme de YouTube et des groupes médias s'occupant de leurs chaînes. Il cite notamment Mcfly et Carlito et Amixem comme des exemples de cette évolution[6]. Dans une diffusion en direct, le , Mcfly et Carlito reconnaissent le constat formulé par le Joueur du Grenier, même s'ils assument un format qui est pour eux une évolution inéluctable[7].

Sophistication du format

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Une forte concurrence existe dans ce format, ce qui oblige certains youtubeurs à le renouveler pour se démarquer non seulement de leurs collègues mais aussi de la télévision. Dans cette logique, la vidéo « Stop the train » de Squeezie s'inscrit dans cette logique. Avec un budget de presque un million d'euro et dix vidéastes réunis, sa réalisation égale certaines émissions de télévision[8].

Caractéristiques

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Uniformité des formats

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Le feat and fun est adopté par une partie importante des youtubeurs, qui remarquent leur efficacité. En 2024, les trois-quarts des vidéos de Squeezie s'inscrivent dans ce format et obtiennent en moyenne 30% de vues en plus que celle sans invités. Le youtubeur Amixem recrute de son côté trois comédiens pour produire systématiquement des vidéos à plusieurs participants[9]. On observe par ailleurs à un appauvrissement de la création au sein du YouTube francophone au détriment de l'originalité[1].

Au contraire, certains créateurs qui n'investissent pas ce format peuvent voir leur nombre de vues diminuer. Le temps nécessaire à la création d'une vidéo d'analyse ou de fiction dépasse celui dédié au tournage d'une interaction entre plusieurs vidéastes. La rentabilité d'une vidéo travaillée diminue ainsi parallèlement à la montée en puissance des vidéos plus rapides à produire[10].

Manque de représentativité

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Création d'un entre-soi

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L'écosystème du feat and fun inclut un nombre limité de youtubeurs, qui s'invitent alternativement sur leurs chaînes. Cette situation est à l'origine d'un certain entre-soi, qui se distingue par une faible représentativité[3].

Un portrait de Maghla, une des youtubeuses les plus invitées dans les formats de feat and fun.
Maghla, une des youtubeuses les plus invitées dans les formats de feat and fun[11].

Exclusion des youtubeuses

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Les femmes sont souvent exclues des principales chaînes Youtube de feat and fun, exclusivement masculines. En 2024, à l'exception de Tibo inShape, les vidéastes français les plus importants invitent moins de 30 % de femmes dans les vidéos de ce format. Le risque de harcèlement de leurs invitées est mis en avant par certains youtubeurs pour justifier le manque de représentativité[12]. Des vagues d'insultes et de critiques suivent ainsi plusieurs apparitions de femmes dans des vidéos de leurs collègues masculins, qui reconnaissent le problème[11].

Le nombre peu important de femmes parmi les vidéastes les plus suivis sur YouTube, ainsi que la spécificité des thèmes de leur chaîne, généralement tournées vers le lifestyle et non vers le divertissement, expliquent aussi leur faible participation aux formats de feat and fun[11].

L'existence d'un groupe de youtubeurs déjà établis s'invitant à tour de rôle limite la possibilité pour des femmes de profiter du gain d'abonnés lié au feat and fun, créant une forme de cercle vicieux. Pour mettre en avant les youtubeuses, la plateforme lance en 2016 le podcast « Elles font Youtube » où elles sont invitées pour partager leur expérience[13].

Outil de publicité

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Le feat and fun est parfois utilisé comme un outil pour améliorer l'efficacité d'une publicité, en brouillant sa frontière avec le divertissement. Une certaine ambiguïté est ainsi cultivée, au détriment de la transparence envers les personnes regardant la vidéo[14].

Notes et références

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  1. 1 2 Baptiste Brossillon, chap. 6 « Stratégies et nouveaux modèles de divertissement par le sport », dans Michel Desbordes, Marketing international du sport, Louvain-la-Neuve, De Boeck Supérieur, , 244 p. (ISBN 978-2-807-33909-5, lire en ligne), p. 197-198.
  2. Soliane Colas, « YouTube. Douze vidéos françaises qui ont marqué l’année 2021 », Ouest-France, (lire en ligne Accès libre).
  3. 1 2 Augustin Lassaussois, « 20 ans de YouTube : McFly et Carlito, précurseurs du "feat" et du "fun" », Libération, (lire en ligne Accès payant).
  4. Carla Plomb, « "Il n’est pas le premier Youtubeur de France!' : derrière Squeezie et Tibo Inshape, la bataille de deux communautés de fans », Le Figaro, (lire en ligne Accès libre).
  5. Clément Rodriguez, « YouTube : Faut-il se regrouper en tribus pour devenir une star du Net ? », 20 Minutes, (lire en ligne Accès libre).
  6. Guillaume Guilbert, « "Feat and fun": le youtubeur "Joueur de Grenier" déplore le formatage de Youtube », RTBF, (lire en ligne Accès libre).
  7. Cyril Pomathiod, « McFly et Carlito répondent au coup de gueule du Joueur du Grenier », Dexerto, (lire en ligne Accès libre).
  8. Corentin Parbaud, « “Stop the train” : Squeezie joue la débauche de moyens pour un résultat proche du jeu télé », Télérama, (lire en ligne Accès libre).
  9. Benjamin Moisset, « Sur YouTube, on ne rit quasiment qu’entre mecs (et on le revendique) », Le Nouvel Obs, (lire en ligne Accès payant).
  10. David-Julien Rahmil, « Panique sur YouTube ! Pourquoi les vidéastes historiques perdent leurs vues ? », L'ADN, (lire en ligne Accès libre).
  11. 1 2 3 « "Elles savent qu’elles vont être critiquées derrière" : pourquoi les youtubeurs invitent si peu de femmes dans leurs vidéos ? », Franceinfo, (lire en ligne Accès libre).
  12. Loris Guémart, « Si peu de femmes dans les "feat and fun" des poids lourds de YouTube », Arrêt sur images, (lire en ligne Accès payant).
  13. Augustin Lassaussois, « 20 ans de YouTube : des années plus tard, les femmes toujours à l’écart. », Libération, (lire en ligne Accès payant).
  14. David-Julien Rahmil, « Sur YouTube, la pub devient un divertissement comme les autres », L'ADN, (lire en ligne Accès libre).

Voir aussi

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