Fernand Grégoire

journaliste français

Fernand Grégoire, né le à La Flèche et mort le à Alger, est un journaliste et homme politique socialiste et antisémite français.

Fernand Grégoire
Fernand Grégoire en 1895.
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Biographie

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Journalisme socialiste

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Fils d'Adélaïde Pinot et de Théodore-Édouard Grégoire, marchand-revendeur, Fernand-Alphonse Grégoire naît à La Flèche, rue Basse, le [1]. Il est tout d'abord apprenti puis ouvrier typographe[2].

Installé très jeune en Algérie, il y fonde en 1885 son propre journal, le Courrier de Blida, dans lequel il attaque vivement la politique du puissant sénateur-maire opportuniste de Blida, Alexandre Mauguin[3]. Il collabore également au Petit colon de Charles Marchal[4] et fonde Le Tocsin : journal socialiste révolutionnaire[5]. Recommandé par son ami Ernest Mallebay à Jules d'Armès, rédacteur en chef du Radical algérien, quotidien républicain intransigeant dirigé par Victor Basset[6], il en devient bientôt le secrétaire de rédaction.

Conversion au socialisme antisémite

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Entre 1888 et 1889, il y travaille avec le guesdiste Duc-Quercy, qu'il suit à Paris. En 1888, il publie La Juiverie algérienne[7], virulent pamphlet dans lequel il se pose comme un ennemi irréductible des juifs d'Algérie, proclamant que « égoïsme et judaïsme son synonymes »[8], et écrivant dans l'introduction :

« L’avouerai-je ? En mettant le pied sur cette belle terre d’Afrique, il y a de cela dix ans, je ne me doutais guère qu’un jour je livrerais au public une brochure anti-sémitique. Élevé dans ces grandes idées de liberté, d’égalité, de justice, qui m’ont jeté dans les rangs de l’armée révolutionnaire, je ne pouvais avoir de ressentiment, de haine, de mépris, pour une catégorie quelconque d’individus, fût-ce même pour les israélites [...] Le bandeau posé sur mes yeux ne devait pas tarder à tomber, me montrant le juif indigène algérien dans toute sa nudité : hypocrite, rapace et voleur, plat devant les forts, insolent avec les faibles, incapable d’une bonne action, si derrière cette bonne action ne se trouve pas une pièce de cent sous [...] Ne nous faisons point d’illusions, le pire ennemi de l’Algérie, c’est le juif. Le juif qui accapare le numéraire et ne produit rien en échange ; le juif qui ne colonise pas, mais, au contraire, nuit à la colonisation par l’usure — véritable ver rongeur. »[8]

Véritable « parasite mortifère », le juif portait selon Grégoire « la décomposition dans notre milieu sociale »[8], se revendiquant par ses critiques de l'héritage d'Alphonse Toussenel[8].

En , Grégoire aide le couple Duc-Quercy à organiser la fuite du nihiliste Stanislas Padlewski, recherché pour l'assassinat du général Seliverstov. Grégoire est encore à Palerme, d'où le fugitif a embarqué pour Malte, quand s'ouvre le procès des complices de cette cavale. Il est par conséquent condamné par défaut à huit mois de prison. De retour en Algérie, où il prononce des conférences en tant que délégué du Parti ouvrier français (POF)[4], Grégoire reprend sa collaboration au Radical algérien et devient le rédacteur en chef du Bônois et du Progrès d'Algérie : organe républicain socialiste.

La bataille politique et électorale

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Caricature d'Assus à propos des élections cantonales de décembre 1893. À gauche (4e circonscription), Grégoire a pour concurrent Serpaggi.

De sensibilité radicale-socialiste puis socialiste révolutionnaire[4], Fernand Grégoire est également un « antijuif » et milite pour le retrait du décret Crémieux[9] ainsi que pour la suppression du code de l'indigénat[10].

En , alors qu'il est déjà le vice-président d'une « Ligue socialiste des travailleurs » présidée par Émile Morinaud[11], il fonde en 1892 la « Ligue radicale socialiste antijuive », dont il prend la présidence[7]. Cette fondation est saluée par André de Boisandré dans un article de La Libre Parole[10], journal dont le directeur, Édouard Drumont, est nommé président d'honneur de la ligue, de même que le marquis de Morès[12]. Le secrétaire de la ligue est Joseph Martin Saint-Léon (d) (1867-1913), futur collaborateur de La Libre Parole[13] et du Petit Caporal (sous le pseudonyme de « Bois-Gauthier »). L'organisation comptera bientôt entre 50 et 300 adhérents[14].

Grégoire se présente sans succès à plusieurs élections. En , il brigue un siège de conseiller municipal d'Alger. Au second tour, le , il est battu par le restaurateur Marius Jaumon (18..-1922), candidat soutenu par le maire Auguste Guillemin[15]. Le , Grégoire se présente à l'élection cantonale de la 4e circonscription d'Alger[16] mais il est battu par le radical André Serpaggi (d)[17], colistier de Guillemin soutenu par le journal Akhbar[18]. En 1893, Grégoire dirige la rédaction du Combat (puis Combat socialiste antijuif), qu'il relance en 1895 après avoir définitivement quitté le Radical algérien[19].

Décès et commémoration

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Une du supplément illustré de L'Antijuif figurant l'hommage de Drumont et Régis à Grégoire (25 septembre 1898).

Phtisique, Fernand Grégoire meurt à l'âge de 33 ans. Sa tombe, au cimetière de Mustapha, devient quelques années plus tard un lieu de pèlerinage pour l'agitateur antisémite Max Régis - qui le dit « empoisonné par les Juifs » et « martyr de la cause antijuive »[7],[20],[21]. Lui et ses partisans revendiquent l'héritage politique du journaliste[2],[7].

Notes et références

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  1. ↑ Archives de la Sarthe, état civil de La Flèche, acte de naissance no 16 du 28 février 1862 (vue 200 sur 229).
  2. 1 2 Supplément illustré de l'Antijuif, 25 septembre 1898, p. 2.
  3. ↑ Ernest Mallebay, L'Écho d'Alger, 13 mai 1929, p. 2.
  4. 1 2 3 Le Cri social, 26 avril 1891, p. 2.
  5. ↑ Le Turco, 17 mars 1895, p. 2.
  6. ↑ Émile Mermet, Annuaire de la presse française, 1886, p. 557.
  7. 1 2 3 4 Richard Ayoun, « Max Régis : un antijuif au tournant du XXe siècle », Revue d’Histoire de la Shoah, vol. 173, no 3,‎ , p. 137–169 (ISSN 1281-1505, DOI 10.3917/rhsho1.173.0138, lire en ligne, consulté le )
  8. 1 2 3 4 Fernand Grégoire, La juiverie algérienne, Alger, impr. de Torrent, (lire en ligne)
  9. ↑ Fernand Grégoire, La Juiverie algérienne, Alger, 1888, p. 4.
  10. 1 2 La Libre Parole, 21 août 1892, p. 2.
  11. ↑ Le Progrès de l'Algérie, 23 avril 1892, p. 2.
  12. ↑ La Libre Parole, 13 août 1892, p. 2.
  13. ↑ Le Combat socialiste antijuif, 29 mars 1895, p. 3.
  14. ↑ Bertrand Joly, Dictionnaire biographique et géographique du nationalisme français (1880-1900), Paris, Honoré Champion, 2005, p. 666.
  15. ↑ La Libre Parole, 19 octobre 1892, p. 3.
  16. ↑ La Libre Parole, 30 novembre 1893, p. 2.
  17. ↑ Le Constitutionnel, 20 décembre 1893, p. 1.
  18. ↑ Le Tirailleur algérien, 9 décembre 1892, p. 1-2.
  19. ↑ Le Combat socialiste antijuif, 15 mars 1895, p. 1.
  20. ↑ L'Aurore, 8 novembre 1897, p. 2.
  21. ↑ L'Intransigeant, 8 février 1899, p. 1.

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