Film (cinéma)

séquence d'images qui donnent une impression de mouvement et racontent une histoire ou un événement réel

Un film est une œuvre du cinéma ou de l'audiovisuel, qu'elle soit produite ou reproduite sur support argentique ou sur tout autre support existant (vidéo, numérique). Ce terme (qui vient de l'anglais film qui signifie « couche », « voile ») est employé par métonymie, en référence à la pellicule chargée dans un magasin de caméra argentique, destinée aux prises de vues cinématographiques.

Alexandre Dovjenko dans le lit du Dniepr pendant le tournage d'Ivan (1932).

Origine du mot

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C'est l'inventeur et industriel américain Thomas Edison qui adopte dès 1893 le mot anglais pour désigner les premières œuvres du cinéma que son assistant, William Kennedy Laurie Dickson, le premier réalisateur de l'Histoire du cinéma, tourne à l'aide de la caméra Kinétographe. « Kinétographe (en grec, écriture du mouvement) : caméra de l'Américain Thomas Edison, brevetée le 24 août 1891, employant du film perforé 35 mm et un système d'avance intermittente de la pellicule par « roue à rochet ». »[1]

Après développement, les films sont ensuite présentés individuellement aux spectateurs grâce au kinétoscope. Pour Georges Sadoul, « Les bandes tournées par Dickson sont à proprement parler les premiers films »[2].

« The cinema, as we know it today, began with the invention of the Kinetograph and Kinetoscope. These two instruments represent the first practical method of cinematography. »

— John Barnes[3]

« Le cinéma, tel que nous le connaissons de nos jours, commença avec l’invention du kinétographe et du kinétoscope. Ces deux instruments constituent la première méthode efficiente de prise de vues cinématographique »

La paternité du mot film, attribuée à Edison, est confirmée par William K.L. Dickson, malgré son désaccord et sa brouille avec son ancien employeur au sujet de la projection sur grand écran dont il entrevoyait la nécessité, avant les premières projections des frères Lumière en 1895[4]. Le format 35 mm, avec ses 8 perforations rectangulaires caractéristiques, est mis au point par les deux hommes aidés par William Heise dès 1893. « Edison fit accomplir au cinéma une étape décisive, en créant le film moderne de 35 mm, à quatre paires de perforations par image. »[5]

Mais il ne s’agit pas encore de cinéma selon Laurent Jullier et Martin Barnier qui expliquent qu’il doit y avoir cinq conditions réunies pour que l’on puisse véritablement parler de cinéma, à savoir: fixer l’empreinte des objets du monde, mettre du mouvement dans les images, fixer la trace du mouvement des objets du monde, projeter les images sur un écran, donner un spectacle payant[6]. Si les films de Edison réunissent plusieurs de ces conditions, ils leur en manque une essentielle puisque la visionneuse sur laquelle le spectateur doit regarder ces films, le kinetoscope, ne permet pas la projection sur un écran. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles les films Edison seront éclipsées par d’autres qui seront projetés[7].

Les frères Lumière désigneront par « vues photographiques animées » les films de Louis Lumière sur bande argentique perforée à raison d'une seule perforation ronde de chaque côté des photogrammes, format qui sera vite obsolète et abandonné. Georges Méliès appellera les siens des « tableaux », comme au music-hall qui était sa principale référence.

Les supports du film

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Le support filmique est lié à l’invention d’une pellicule souple. Les plaques de verre ou le métal sur lesquels sont prises les photographies durant les premières années de son invention ne sont pas des supports possibles pour le cinéma qui nécessite la prise de photos successives afin de pouvoir les projeter sur un écran. Les photographies doivent être prises sur un support souple afin de pouvoir rapidement passer dans la caméra[8].

C’est George Eastman qui permettra une avancée significative en se servant du celluloïd, inventé par les frères Hyatt en 1969[9], comme support pour son appareil photo kodak. Ce support photographique sera récupéré par les premiers inventeurs du cinéma, qui l’adopteront.

Malgré de nombreuses qualités, ce support filmique est dangereux :

« La nitrocellulose est une matière particulièrement inflammable et explosive qui peut être le siège de réactions exothermiques allant jusqu’à l’inflammation spontanée favorisée par l’oxygène contenu dans sa molécule. Elle peut s’enflammer en présence d’une source de chaleur, d’une flamme, d’une étincelle ou par échauffement[9]. »

Il faut ajouter que la conservation de ce support inflammable est compliquée en ce qu’elle demande des conditions particulières (température ne dépassant pas les 40 degrés Celsius) qui, même remplies, ne peuvent allonger le temps d’existence qu’à 50 ans[9].

C’est au tournant des années 1950 que le nitrate, interdit, sera remplacé par l’acétate, plus stable, mais présentant d’autres enjeux tel que le «syndrome du vinaigre» décrit par Éric Le Roy dans son livre Cinémathèques et archives du film[9]. Par contre, les conditions de conservation de ce support sont ardues et il faudra attendre l’invention du support polyester en 1955 pour obtenir une véritable stabilité. Il s’agit d’un support propice à l’archivage, résistant davantage aux fluctuations de température et pouvant se conserver environ 300 ans. Ce support ne s’imposera véritablement que durant les années 1980[9].

Pour cet art lié à la science et la technique, la question de la conservation du film comme support est un enjeu important de par sa durée de vie restreinte. Cette question s’étend également aux endroits de préservation des œuvres comme le souligne David Bordwell : « In the silent era, there were no libraries or archives to preserve films. The great majority of films from the first decade of the cinema are lost or incomplete, and even those that survive are often difficult to identify[10]. »

Ainsi, l’instabilité chimique du support qui a notamment entraîné plusieurs feux faisant disparaître de nombreux films, l’absence de lieux adéquats de préservation et l’absence de normes strictes d’identification des œuvres ont participé à la disparition de tout un pan du cinéma des premiers temps[11].

Déclinaisons du mot

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On parle de :

Un film culte est un film adulé dès son apparition sur le marché, ou après son exploitation, voire quelques décennies plus tard, par une partie du public, qui estime que cette œuvre mérite une place exceptionnellement importante dans l’histoire du cinéma, et cela parfois en opposition avec sa réception par la critique de cinéma ou les résultats de son box-office.

Un téléfilm peut développer à peu près les mêmes thèmes que les films de cinéma, mais sa production le destine au départ pour une exploitation sur les réseaux de télévision, publics ou privés. Sous forme de séries, les téléfilms ont apporté un nouveau souffle à la création scénaristique.

Une filmographie est la liste des films qui concernent un artiste (réalisateur, scénariste, technicien, comédien) ou un personnage de fiction.

Un film de poche est un film tourné, monté et le plus souvent diffusé à partir d’un téléphone mobile.

Cinéma numérique

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En 2000, la première projection publique de cinéma numérique d'Europe, réalisée par Philippe Binant, abandonne le film 35 mm[12]. L'année suivante, le tournage de Vidocq en numérique, par Pitof, conduit à l'abandon du film négatif 35 mm. Avec la disparition du 35 mm, le cinéma numérique permet la diffusion des films sur les plateformes numériques[13] : Netflix, Amazon Prime Video, Groupe Canal+, OCS Go.

C’est en 2005 que le passage de l’argentique au numérique se concrétise alors qu’est signé le digital cinema package à l’initiative du Digital Cinema Initiative, un groupe de six majors comprenant The Walt Disney Company, 20th Century Fox, Paramount Pictures, Sony Pictures Entertainment, Universal Pictures et Warner Bros. Entertainment. Dans ce package sont stipulées les normes et spécifications des films numériques[14]. Cette standardisation et cette institutionnalisation du format se prolongent par une numérisation des salles de cinéma partout dans le monde afin qu'elles puissent projeter les films[15].

D’un point de vue théorique, cette transition ne se fait pas sans susciter des débats sur la mort du cinéma. Pour certains, l’aspect matériel du film, c’est-à-dire sa pellicule, qu’on nomme justement film, est nécessaire à cet art. Pour Cherchi Usai, le cinéma n’existe que dans sa projection qui fait disparaître de fois en fois la pellicule de par l’usure. Pour d’autres, par exemple André Gaudreault et Philippe Marion, le cinéma reste tout à fait vivant, le numérique en renouvelle même les supports et les écrans de projection[15]. Pour sa part, Jean-Michel Frodon pense que le passage au cinéma numérique ne remet pas en question la nature de cet art lié à la technologie, au collectif (les films ne peuvent se faire individuellement, ils demandent toujours une équipe) et à une représentation du réel. Certes, cette représentation ne se fait plus sur pellicule, mais elle demeure présente. Le cinéma n’est pas réductible à son support et chaque époque le fait évoluer avec elle[16].

Le rôle du film dans la culture

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Mona Zaki, vedette du cinéma égyptien, ses films ont influencé à la fois la culture égyptienne et la culture africaine[17],[18]

Le film est utilisé dans un éventail d'objectifs, y compris l'éducation et la propagande en raison de sa capacité à dialoguer efficacement entre les cultures[19]. Lorsque l'objectif est principalement éducatif, un film est appelé un "film éducatif"[20]. Le film peut être de la propagande[21], en totalité ou en partie, comme les films réalisés par Leni Riefenstahl en Allemagne nazie, les bandes-annonces de films de guerre américains pendant la Seconde Guerre mondiale, ou les films artistiques réalisés sous Staline par Sergueï Eisenstein[22]. Ils peuvent également être des œuvres de protestation politique[23],[24], comme dans les films d'Andrzej Wajda, ou plus subtilement, les films d'Andreï Tarkovski. Le même film peut être considéré comme éducatif par certains et comme de la propagande par d'autres, car la catégorisation d'un film peut être subjective[25].

Notes et références

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  1. ↑ Laurent Mannoni, "Lexique", in Libération numéro spécial, supplément au no 4306 du 22 mars 1995, célébrant le 22 mars 1895, année française de l'invention du cinéma, page 3.
  2. ↑ Georges Sadoul, Histoire du cinéma mondial, des origines à nos jours, Paris, Flammarion, , 719 p., p. 16.
  3. ↑ (en) John Barnes (dir.), The Beginnings of the cinema in England : 1894-1901, vol. 1 : 1894-1896, Exeter (Devon), University of Exeter Press, (1re éd. 1976), 294 p. (ISBN 978-0-85989-954-3), préface.
  4. ↑ (en) William Kennedy Laurie Dickson et Antonia Dickson (préf. Thomas Edison), History of the Kinetograph, Kinetoscope and Kineto-Phonograph (facsimile), New York, Museum of Modern Art, , 55 p. (ISBN 0-87070-038-3, lire en ligne)
  5. ↑ Sadoul 1968, p. 11.
  6. ↑ Martin Barnier et Laurent Jullier, Une brève histoire du cinéma: 1895-2015, Pluriel, (ISBN 978-2-8185-0481-9), p.18-23
  7. ↑ Kristin Thompson et David Bordwell, Film history: an introduction, McGraw-Hill, (ISBN 978-0-07-006449-2 et 978-0-07-006445-4), p.8
  8. ↑ Kristin Thompson et David Bordwell, Film history: an introduction, McGraw-Hill, (ISBN 978-0-07-006449-2 et 978-0-07-006445-4), p.4-5
  9. 1 2 3 4 5 Eric Le Roy, Cinémathèques et archives du film, Armand Colin, coll. « Cinéma/arts visuels », (ISBN 978-2-200-27673-7)
  10. ↑ Kristin Thompson et David Bordwell, Film history: an introduction, McGraw-Hill, (ISBN 978-0-07-006449-2 et 978-0-07-006445-4), p.24
  11. ↑ Eric Le Roy, Cinémathèques et archives du film, Armand Colin, coll. « Cinéma/arts visuels », (ISBN 978-2-200-27673-7)
  12. ↑ Nicolas Lacaze, Le Cours de Culture Générale en Prépa, Éditions Ellipses, 2017, p. 217.
  13. ↑ Cf.Roma, Lion d'or à la Mostra de Venise en 2018 sorti sur Netflix
  14. ↑ Exposing the Film Apparatus: Global Laboratory Perspectives, Amsterdam University Press, coll. « Framing Film », (ISBN 978-90-485-6827-7, 978-1-003-69387-1 et 978-90-485-7475-9, DOI 10.5117/9789048568260)
  15. 1 2 Monise Nicodemos, « Le cinéma argentique au XXIe siècle: obsolescence et réinvention », BnF ISBN, Presses universitaires de Provence, arts,‎ (ISBN 979-10-320-0423-4, lire en ligne, consulté le )
  16. ↑ Jean-Michel Frodon, Horizon cinéma: l'art de cinéma dans le monde contemporain á l'âge du numérique et la mondalisation, Cahiers du cinéma, coll. « 21e siècle », (ISBN 978-2-86642-449-7)
  17. ↑ (en-GB) « Mona Zaki on Her Career's Future and Defending Women's Rights », sur Vogue Arabia, (consulté le )
  18. ↑ (en) « Actress Mona Zaki and key national authorities mark "The Egyptian Girl Celebration" with UNICEF during Gouna Film Festival », sur www.unicef.org (consulté le )
  19. ↑ (en) United States Political Science Documents, University Center for International Studies, University of Pittsburgh., , 171 p. (lire en ligne)
  20. ↑ (da) Dominique Brégent-Heald, Northern Getaway: Film, Tourism, and the Canadian Vacation, McGill-Queen's Press - MQUP, (ISBN 978-0-2280-1487-4, lire en ligne)
  21. ↑ (en) Garth S. Jowett et Victoria O′Donnell, Propaganda & Persuasion, SAGE Publications, (ISBN 978-1-5063-7133-7, lire en ligne)
  22. ↑ How people greet each other in TV series and dubbing: Veronica Bonsignori, Silvia Bruti, Peter Lang, (ISBN 978-3-0343-1646-0, DOI 10.3726/978-3-0351-0809-5/13, lire en ligne [archive du ])
  23. ↑ (en) Bob Navarro, 101 Thought-Provoking Films, Lulu.com, (ISBN 978-0-359-71636-4, lire en ligne)
  24. ↑ (vi) « motchill », sur Motchill TV (consulté le )
  25. ↑ (en) Nichola Tooke et Michael Baker, « Seeing is believing: the effect of film on visitor numbers to screened locations », Tourism Management, vol. 17, no 2,‎ , p. 87–94 (ISSN 0261-5177, DOI 10.1016/0261-5177(95)00111-5, lire en ligne [archive du ], consulté le )

Articles connexes

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Liens externes

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