Flanger
Le flanger est un effet audio obtenu en additionnant au signal d'origine ce même signal mais légèrement retardé. Ce retard fixe est modulé par un LFO variant périodiquement à une fréquence de quelques hertz (communément entre 0,1 et 20 Hz). Le signal affecté est ensuite réinjecté en entrée[1].
D'un point de vue spectral, le traitement est similaire à un effet de filtrage en peigne balayant.
À l'origine, le flanger était mécanique. Il fallait trois bandes magnétiques : deux jouant en simultané et une enregistrant le son des deux autres ; en ralentissant une des deux premières bandes, on obtient l'effet[1].
Le flanger est également produit de manière analogique et numérique dans des racks, pédales d'effet ou par un plugin audio.
Histoire
modifierLe flanger apparaît avec l'invention de l'enregistrement sur bande magnétique. Le guitariste américain Les Paul aurait découvert l'effet dans les années 1940 ou 1950 dans son studio[2]. Dans les années 1950 et 1960, certains producteurs et ingénieurs du son expérimentent des effets en touchant et ralentissant les bobines des bandes magnétiques. Le premier enregistrement avec un flanger est The Big Hurt de Tony Fisher en 1959[3], où la voix de la chanteuse est doublée sur un autre magnétophone ; par erreur, sa vitesse varie légèrement par rapport au premier et crée un flanger, qui est resté sur l'enregistrement[4].
Le nom de l'effet vient de flange, désignant les bords des bobines d'un magnétophone à bandes[3]. Le nom flanger est inventé en 1966 aux studios Abbey Road lors de l'enregistrement de Revolver par les Beatles[3]. En voulant reproduire le doublage d'une piste audio de manière automatique (automatic double tracking), les techniciens ralentissent et accélèrent une des deux bobines d'un magnétophone et obtiennent un flanger. John Lennon apprécie l'effet et le producteur George Martin lui explique que sa voix a été « flanged » : l'effet prend alors le nom de flanger[3].
En 1967, Eddie Kramer utilise un flanger stéréo sur Bold as Love de Jimi Hendrix[2]. L'année suivante, le producteur Warren Kendrick crée un dispositif pour contrôler plus finement le flanger avec deux enregistreurs à bande Ampex et un tournevis pour décaler la lecture de la bande entre les deux enregistreurs[2].
Flanger artificiel
modifierPrincipe
modifierLe flanger analogique ou numérique est obtenu en appliquant un delay très court (entre 5 et 20 millisecondes) au signal et mélangé au son brut. Un oscillateur basse fréquence (LFO) fait varier la vitesse du delay ; enfin, le signal obtenu est réinjecté en entrée.
Il existe plusieurs méthodes pour arriver à recréer un flanger artificiel.
- la méthode additive, où le son retardé est ajouté tel quel. L'effet dépend du retard appliqué[5]
- la méthode soustractive, où le son ajouté est l'inverse de la courbe du premier[5]
- le flanger Through-Zero, où l'on applique aussi un retard au signal original pour que le signal modulé passe avant. Plus rare, cette méthode permet un effet qui pourra être extrême avec des annulations de fréquences[5].
Contrôles
modifierSur un flanger, on retrouve généralement un contrôle de vitesse (rate ou speed), qui détermine la vitesse du LFO et donc la vitesse de modulation du flanger. On trouve souvent un réglage de profondeur (depth), qui détermine le pourcentage de variation de la vitesse du delay : à 50%, le delay va varier sur la moitié de sa plage totale, à 100% il va varier sur toute la plage disponible ; à zéro, le flanger devient un filtre en peigne fixe et la modulation ne bouge plus, le LFO n'a plus d'effet. Certains modèles possèdent un réglage du temps moyen du delay (delay ou manual[6]), pour choisir le temps autour dukel le LFO va faire varier le delay[2].
Par exemple, sur un flanger dont le delay interne varie entre 5 et 25 millisecondes (soit 20ms d'écart), si la profondeur est à la moitié, la vitesse du delay va bouger sur une plage de 10ms. Le réglage manual détermine la valeur moyenne du delay (par exemple, 15ms) : le flanger va alors évoluer entre 10 et 20ms ; si manual est fixé à 17ms, le flanger bouge entre 12ms et 22ms. Si la profondeur est à zéro, le temps de delay ne bouge pas[2], et le contrôle manual permet de choisir les fréquences de résonance du filtre en peigne[6].
On trouve souvent un réglage de retour (feedback ou regen), qui contrôle la quantité de signal réinjectée en entrée[2]. Poussé au maximum, ce paramètre peut faire entrer le flanger en auto-oscillation.
Enfin, certains flangers permettent de choisir la forme d'onde (waveform) du LFO (sinusoïdale, triangulaire, carrée…), de régler le mix (niveau de l'effet par rapport au signal brut), ou encore l'écart stéréo[2].
Effets proches
modifierPhaser
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Le flanging est un type particulier de déphasage[7]. Le phaser est un effet dérivé du flanger, à la différence que le signal d'entrée est découpé en plusieurs bandes de fréquences (via des filtres passe-bande), et un delay différent est appliqué à chaque bande. Comme pour le flanger, ce delay est très court, inférieur à 20 millisecondes[8].
Lors du déphasage, le signal passe à travers au moins un filtre passe-tout dont la réponse de phase est non-linéaire, pour être ensuite additionné au signal original. Il en résulte une interférence constructive et destructive variant selon la fréquence, montrant une série de pics et de creux dans la réponse de fréquence du système. La position de ces pics et de ces creux ne constitue généralement pas une série harmonique. Le flanging, pour sa part, additionne un signal à une copie de lui-même décalée dans le temps. Le signal de sortie résultant montre des pics et des creux qui eux constituent une série harmonique. En termes de filtrage en peigne, l'espacement des dents du peigne est régulier pour le flanging et irrégulier pour le déphasage.[réf. nécessaire]
Chorus
modifierLe chorus est un effet proche du flanger, mais qui repose sur des temps de delay plus longs (entre 20 et 50 ms) et n'a pas de réinjection du signal en entrée. Le chorus tente de recréer l'effet d'un chœur ou de plusieurs instruments jouant en même temps en étant légèrement désaccordés entre eux[9]. Les deux effets sont perçus comme étant similaires par les auditeurs[10].
Il est possible de régler un flanger de manière à sonner comme un chorus : c'est le cas d'Andy Summers de The Police sur les morceaux Walking on the Moon ou Message in a Bottle (1979), qui utilise un flanger Electric Mistress d'Electro-Harmonix[11].
Utilisation musicale
modifierPour Claude Fatus, « le flanger est intéressant sur des masses sonores synthétiques pour créer un espace aux contours fluctuants »[12].
Références
modifier- 1 2 Pierre-Louis de Nanteuil, Dictionnaire encyclopédique du son, Dunod, (ISBN 978-2-10-053674-0, lire en ligne), p. 253, 521
- 1 2 3 4 5 6 7 Jean-Michel Réveillac, Les effets sonores musicaux, ISTE Group, (ISBN 978-1-78405-438-0, lire en ligne), p. 142-147
- 1 2 3 4 (en) Joshua D. Reiss et Andrew P. McPherson, Audio Effects: Theory, Implementation and Application, CRC Press, (ISBN 978-1-040-06158-9, lire en ligne), p. 39
- ↑ (en-GB) Andy Jones published, « "I said, 'we've added a double wiflocated sploshing flange.' John laughed and said 'let's flange again then'": George Martin and John Lennon thought they'd invented flanging but the whole debate has now taken an odd turn », sur MusicRadar, (consulté le )
- 1 2 3 (en) « Positive, negative and Through-Zero Flanging: probably more than you e | Mr. Black », sur Mr. Black (consulté le )
- 1 2 (en) Mick Ekers, Zappa Gear: The Unique Guitars, Amplifiers, Effects Units, Keyboards and Studio Equipment, Bloomsbury Publishing USA, (ISBN 978-1-4930-8402-9, lire en ligne), p. 304
- ↑ « Q. What's the difference between phasing and flanging? », sur www.soundonsound.com (consulté le )
- ↑ Jean-Michel Réveillac, Les effets sonores musicaux, ISTE Group, (ISBN 978-1-78405-438-0, lire en ligne), p. 148-149
- ↑ (en) Wessel Oltheten, Mixing with Impact : Learning to Make Musical Choices, Taylor & Francis, , 352 p. (ISBN 978-1-351-62424-4, lire en ligne), p. 162.
- ↑ (en) William L. Martens et Marui, Atsushi, « Categories of Perception for Vibrato, Flange, and Stereo Chorus:Mapping out the Musically Useful Ranges of Modulation Rate and Depth for Delay-based Effects », Proc. of the 9thInt. Conference on Digital Audio Effects (DAFx’06), Montreal, Canada, September 18-20, 2006, (lire en ligne).
- ↑ (en) Chad Johnson, CliffsNotes to Guitar Songs, Hal Leonard, , 160 p. (ISBN 978-1-4803-8467-5, lire en ligne).
- ↑ Claude Fatus, Vocabulaire des nouvelles technologies musicales, Minerve, (ISBN 978-2-86931-073-5, lire en ligne), p. 136