Claude-Marie-Louis-Emmanuel Carbon de Flins Des Oliviers
Claude-Marie-Louis-Emmanuel Carbon de Flins Des Oliviers, né le à Reims et mort le à Vervins, est un homme de lettres et dramaturge français.
Biographie
modifierNé d'un père nommé Carbon, il a fait ses études au Collège de l'université de sa ville, il a ajouté successivement à son nom ceux de Flins et des Oliviers, ce qui, à un moment où il accumulait les échecs poétiques, lui a valu ce distique de Lebrun :
« Carbon-de-Flins-des-Oliviers
A plus de noms que de lauriers[1]. »
Il débute très jeune dans la carrière littéraire par une Ode sur le sacre de Louis XVI. Venu à Paris, il compose des poésies pour l’Almanach des Muses et d'autres recueils. Il se fait remarquer, lors de son arrivée à Paris en 1778, par une pièce insérée dans le Journal des Spectacles, où il s'élève contre les poètes accablant Voltaire. Il enchaîne, l'année suivante, avec un poème intitulé Voltaire, où l'on crut déceler les prémisses d'un beau talent. Ainsi encouragé, il concourt chaque année pour le prix de poésie de l'Académie française, sans jamais l'emporter. En 1789, il fonde avec Louis de Fontanes le Journal de la Ville et des Provinces, ou le Modérateur, mais l'avènement de la Révolution le ruine, lui faisant perdre sa charge de conseiller à la Cour des monnaies[2].
Il se lance alors dans le théâtre avec une pièce en un acte, Le Réveil d'Épiménide à Paris, représentée pour la première fois le au Théâtre-Français avec Talma et Mlle Lange. Le suivant, la représentation de la pièce est interrompue par Mirabeau-Tonneau, réclamant bruyamment que l'on joue Charles IX de Chénier[3]. Talma, malgré ses réticences, a dû s'exécuter. En dépit de cet incident, qui a fait grand bruit dans Paris, la pièce a eu du succès. La troisième pièce de Carbon, une comédie en trois actes imitée de La Locandiera de Goldoni et intitulée La Jeune Hôtesse, a eu un succès plus grand encore, cela en grande partie grâce à Julie Candeille et à Grandmesnil qui en tenaient les rôles principaux.
Chateaubriand, qui fit la connaissance de Carbon de Flins à Paris, brossa de lui ce portrait :
« Fils d'un maître des eaux et forêts de Reims, Flins avait reçu une éducation négligée ; au demeurant, homme d'esprit et parfois de talent. On ne pouvait voir quelque chose de plus laid : court et bouffi, de gros yeux saillants, des cheveux hérissés, des dents sales, et malgré cela l'air pas trop ignoble. Son genre de vie, qui était celui de presque tous les gens de lettres de Paris à cette époque, mérite d'être raconté. Flins occupait un appartement rue Mazarine, assez près de La Harpe, qui demeurait rue Guénégaud. Deux Savoyards, travestis en laquais par la vertu d'une casaque de livrée, le servaient ; le soir, ils le suivaient, et introduisaient les visites chez lui le matin. [...] Flins, qui n'avait qu'une petite pension de sa famille, vivait de crédit. Vers les vacances du Parlement, il mettait en gage les livrées de ses Savoyards, ses deux montres, ses bagues et son linge, payait avec le prêt ce qu'il devait, partait pour Reims, y passait trois mois, revenait à Paris, retirait, au moyen de l'argent que lui donnait son père, ce qu'il avait déposé au mont-de-piété, et recommençait le cercle de cette vie, toujours gai et bien reçu[4]. »
Carbon de Flins est mort à l'âge de 49 ans à Vervins, où il était devenu commissaire impérial près le tribunal de cette ville[5].
Publications
modifier- Théâtre
- Le Réveil d'Épiménide à Paris, comédie en un acte, en vers, Paris, Théâtre de la Nation, 1 janvier 1790, lire en ligne sur Gallica.
- Le Mari directeur, ou le Déménagement du couvent, comédie en un acte, en vers libres, Paris, Théâtre de la Nation, 25 février 1791, lire en ligne sur Gallica.
- La Jeune Hôtesse, comédie en trois actes, en vers, imitée de Goldoni, Paris, Théâtre de la République, 24 décembre 1791, lire en ligne sur Gallica.
- Varia
- Voltaire, poème, 1779, 1re édition sur Gallica, 2e édition revue et corrigée sur Gallica.
- Les Voyages de l'opinion dans les quatre parties du monde, 1789.
- Dialogue entre l'auteur et un frondeur, sur les ennemis des lettres & les faiseurs de libelles anonymes, suivi d'un Préservatif, 179?, lire en ligne sur Gallica.
- Choix de poésies de Nicolas Thomas Barthe et de Carbon de Flins, 1810.
Notes et références
modifier- ↑ Cité entre autres pas Philippe Le Bas, L'Univers. France : dictionnaire encyclopédique, Firmin Didot, Paris, t. 4, 1841, p. 144.
- ↑ Paul d'Estrée, Le Théâtre sous la Terreur (Théâtre de la peur), 1793-1794, Émile-Paul frères, Paris, 1913, p. 172.
- ↑ Arthur Pougin, La Comédie française et la Révolution, scènes, récits et notices, Gaultier, Magnier et Cie, Paris, 1902, p. 15-17.
- ↑ François-René de Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, Garnier, Paris, t. 1, 1910, p. 219-221.
- ↑ H. Nicolle, Répertoire général du Théâtre Français. Théâtre du second ordre. Comédies en vers, t. XVII, Paris, (lire en ligne sur Gallica), p. 221.
Sources biographiques
modifier- Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, vol. VIII, 1872, p. 485.
Liens externes
modifier- Ressources relatives au spectacle :
- Ressource relative à la musique :