Flûtes d'Isturitz
Les flûtes d'Isturitz sont un ensemble de flûtes créées durant le Paléolithique supérieur (vers -35 000 ans avant J.-C. pour la plus ancienne) et découvertes pendant la première moitié du XXe siècle dans la grotte d'Isturitz, située dans les Pyrénées-Atlantiques en France. Elles font partie des plus anciens instruments de musique parvenus à l'époque contemporaine.
| Flûtes d'Isturitz | |||
La grande flûte d'Isturitz | |||
| Matériau | os | ||
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| Fonction | Flûtes | ||
| Période | Paléolithique supérieur | ||
| Culture | Aurignacien Gravettien Magdalénien |
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| Date de découverte | XXe siècle | ||
| Lieu de découverte | Grotte d'Isturitz | ||
| Coordonnées | 43° 21′ 10″ nord, 1° 12′ 22″ ouest | ||
| Conservation | Musée d'Archéologie nationale | ||
| Géolocalisation sur la carte : France
Géolocalisation sur la carte : Pyrénées-Atlantiques
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Deux flûtes se distinguent particulièrement parmi la vingtaine d'artéfacts : la grande flûte d'Isturitz, de par sa taille, et le fragment de flûte aurignacien, de par sa datation plus ancienne et sa localisation dans la grotte.
Description
modifierCréés dans des os creux, les fragments de flûtes d'Isturitz sont ouverts à au moins une extrémité et perforés par un ou plusieurs trous de manière intentionnelle[1]. Le nombre d'orifices par fragment est généralement de 2 mais va de 1 à 4. Leur taille varie de 2 à 8,5 millimètres et leur espacement n'est pas uniforme. Ils sont généralement situés sur les deux faces de l'os[2].
La moitié des flûtes sont ornées de stries. Si elles sont parfois présentes dans le sens longitudinal, elles sont généralement incisées perpendiculairement à la longueur du fragment. Elles sont alors tracées de manière régulière le long de la flûte et parallèles entre elles. Leur largeur et leur longueur sont variables et elles sont parfois réunies[3]. Leur caractère ornemental n'est pas évident car les traits sont parfois presque imperceptibles[4]. Il est parfois supposé qu'ils permettent de faciliter le maintien de la flûte entre les mains, mais leur placement semble invalider cette hypothèse[5].
Les fragments sont polis, peut-être lors de la création des flûtes ou par leur utilisation. Aucune trace de couleur n'a été décelée sur les morceaux découverts. La plupart des brisures des flûtes interviennent au niveau des trous, qui constituent des zones plus fragiles[4].
Grande flûte d'Isturitz
modifierLa grande flûte d'Isturitz est taillée dans un radius de Gypaète barbu durant le Gravettien. Elle mesure 21,1 centimètres de longueur pour 0,8 centimètres de diamètre et est perforée de quatre trous. Elle a été reconstituée par l'assemblage de deux fragments retrouvés dans la grotte. Conservée au Musée d'Archéologie nationale, elle est enregistrée sous les numéros d'inventaire MAN 75 252-A3 et MAN 83 888[6],[7]. Elle est sélectionnée par l'institution comme « objet du mois » en avril 2019 pour son statut de plus grande flûte datant du Gravettien[8].
Fragment de flûte aurignacien
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Un fragment de flûte datant d'il y a environ 37 000 ans est découvert par Emmanuel Passemard en 1921 dans la salle Sud de la grotte, située du côté de la commune de Saint-Martin-d'Arberoue. Créé durant l'Aurignacien dans un radius ou un cubitus de vautour, il mesure 10,9 centimètres de longueur pour environ 1,4 centimètres de diamètre. Le fragment est brisé d'un côté et scié de l'autre. Il est conservé au sein des collections du Musée d'Archéologie nationale sous le numéro d'inventaire MAN 77 142[8],[7].
Il s'agit du plus ancien fragment découvert dans la grotte d'Isturitz et le seul ayant été retrouvé dans la salle Sud, puisque l'ensemble des autres morceaux de flûtes sont issus des fouilles de la salle Nord, située du côté de la commune d'Isturits[9].

Histoire
modifierGrotte d'Isturitz
modifierLa grotte d'Isturitz est occupée à partir du Paléolithique moyen jusqu'au Paléolithique final[6]. Elle est composée de deux principales salles disposées dans un espace de 120 mètres de long et 50 mètres de large, avec une hauteur pouvant atteindre les 20 mètres[7]. La première salle, la salle Nord ou salle d'Isturitz, est ouverte sur l'actuelle commune d'Isturits et accueille un stalagmite décoré avec des images d'animaux. La seconde, la salle Sud ou salle de Saint-Martin, donne désormais sur Saint-Martin-d'Arberoue[9].
Si le site est habité pendant plus de 25 000 ans durant le Paléolithique final, rien ne permet d'affirmer que cette occupation ait été continue. La présence de fragments de flûtes datant de périodes différentes ne correspond donc pas forcément à une tradition ininterrompue de production musicale, mais témoigne plutôt de la disponibilité de ressources nécessaires à la fabrication d'instruments, comme des os de vautours dans ce cas, ou encore d'une acoustique particulière de la grotte[10].

L'immense majorité des fragments de flûtes proviennent du Gravettien et sont similaires dans les matériaux utilisés et dans leur technique de fabrication. Leur âge exact ne peut être affirmé et ils sont peut-être les témoins d'une production sur le long terme d'instruments[11].
Création
modifierLes flûtes sont toutes taillées dans des radius et des ulnas de rapaces, généralement adultes, sur lesquels étaient insérées les rémiges secondaires des oiseaux. Par leur forme rectiligne, creuse et légère, ces os sont propices à la création de flûtes[6],[1]. Le Gypaète barbu, le Vautour moine et le Vautour fauve font probablement partie des espèces dont les os ont été utilisés[12].

Pour fabriquer les flûtes, les êtres humains du Paléolithique préparent la diaphyse des os en les raclant à l'aide de silex ou de grès pour en retirer la chair et en abraser les tubercules. Des stries apparaissent ainsi sur la longueur des morceaux d'os, débarrassés des épiphyses qui sont sciées[12]. La paroi externe est ensuite progressivement entaillée puis incisée pour créer les trous, qui sont parfois régularisés en effectuant une rotation dans l'orifice. Les canaux nourriciers sont des fois utilisés pour faciliter la perforation[13]. Des stries sont tracées sur certaines flûtes par la suite pour créer un décor[14].
La découverte d'une épiphyse sciée dans la grotte laisse supposer qu'il s'agissait bien du lieu de fabrication des flûtes[5].
Découverte
modifierEn 1895, la grotte d'Isturitz est exploitée pour en extraire des sédiments vendus comme engrais phosphaté. Plusieurs artéfacts paléolithiques sont extraits et transférés à des sociétés savantes, qui s'intéressent alors au site. Le préhistorien Emmanuel Passemard dirige une fouille de la grotte entre 1912 et 1923 et y trouve six ou sept fragments de flûtes. Il n'établit de manière certaine leur usage et suppose notamment qu'il s'agit de « boîtes à aiguilles ou à poudres d'ocre » ou bien de « d'appeaux destinés à la chasse ou de quelques instruments de musique primitifs »[6],[15].

René de Saint-Périer et Suzanne de Saint-Périer poursuivent les recherches entre 1928 et 1959 et découvrent seize pièces, portant le total à vingt-deux fragments[6],[15]. Ils publient une monographie sur le sujet en 1952[16].
En tout, une vingtaine de flûtes sont découvertes dans la grotte d'Isturitz, datant de l'Aurignacien, comme du Gravettien et du Magdalénien[6].
Étude
modifierDans les années 1980, le préhistorien Dominique Buisson reconstitue la grande flûte d'Isturitz à partir de deux fragments trouvés sur des couches stratigraphiques différentes et à plusieurs années d'écart par Emmanuel Passemard et René et Suzanne de Saint-Périer[15].
Plusieurs études sont consacrées à ces fragments durant les années 1990. Le décompte des fragments est parfois partiel et contradictoire entre les auteurs. De même, la datation des artéfacts diffère en fonction de l'analyse des couches stratigraphiques[16]. En tout, l'ensemble compte entre une vingtaine et une trentaine fragments, dont une partie ne comportent pas de trous et n'ont donc pas été inclus par certains chercheurs et dont d'autres ont été assemblés pour former des pièces plus grandes[17].
Des flûtes découvertes dans la grotte d'Isturitz ont été reproduites afin de mieux comprendre leur fonctionnement. Le son produit dépend de la position de la bouche sur l'instrument et de la force du souffle du musicien. Les flûtes peuvent être utilisées en les tenant droites ou penchées[6].
Comparaisons
modifierCes flûtes font partie des plus anciens spécimens connues à ce jour, aux côtés des instruments trouvés dans l'abri de Geißenklösterle et dans la grotte de Hohle Fels en Allemagne, qui datent de l’Aurignacien et qui constituent respectivement la seule flûte taillée dans de l'ivoire de mammouth et la plus grande flûte paléolithique[6],[8].
- Flûte de l'abri de Geißenklösterle.
- Flûte de la grotte de Hohle Fels.
Notes et références
modifier- 1 2 Buisson 1990, p. 422.
- ↑ Buisson 1990, p. 427.
- ↑ Buisson 1990, p. 427-428.
- 1 2 Buisson 1990, p. 429.
- 1 2 Morley 2013, p. 87.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Catherine Schwab, « La grande flûte gravettienne d’Isturitz », sur Musée d'Archéologie nationale
- 1 2 3 Buisson 1990, p. 420.
- 1 2 3 Catherine Schwab, « La grande flûte gravettienne d'Isturitz » [PDF], sur Musée d'Archéologie nationale,
- 1 2 Morley 2013, p. 53.
- ↑ Morley 2013, p. 53-54.
- ↑ Morley 2013, p. 54.
- 1 2 Buisson 1990, p. 424.
- ↑ Buisson 1990, p. 425-427.
- ↑ Buisson 1990, p. 428.
- 1 2 3 Buisson 1990, p. 421.
- 1 2 Morley 2013, p. 51.
- ↑ Morley 2013, p. 76.
Liens externes
modifierBibliographie
modifier- Dominique Buisson, « Les flûtes paléolithiques d'Isturitz (Pyrénées-Atlantiques) », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 87, nos 10-12, , p. 420-433 (lire en ligne).
- (en) Iain Morley, The Prehistory of Music, Oxford, Oxford University Press, , 447 p. (ISBN 978-0-199-23408-0), p. 51-88.