Incrustation
L'incrustation est une technique d'effets visuels dans le domaine du cinéma, de la télévision et de la photo, qui consiste à intégrer dans une même image des objets filmés séparément ou des objets créés par ordinateur.
| Autre nom | Écran bleu, écran vert |
|---|---|
| Domaine d'application | Effets spéciaux |
| Date de création | 1940 |
| Inventeur(s) | Lawrence W. Butler |
| Premier usage connu | Le Voleur de Bagdad |
| Invention similaire | Procédé à la vapeur de sodium (ou « écran jaune ») |
|---|
Histoire
modifierLa généalogie de cette technique remonte aux spectacles de la lanterne magique réalisés par Henri Robin dans les années 1860, lorsqu'il faisait interagir le reflet d'acteurs cachés dans la fosse et les acteurs présents sur scène[1]. Des procédés de cache mobile existent dès le brevet déposé en 1918 par Frank D. Williams et le procédé Dunning de 1927. Lawrence W. Butler réalise en 1940, pour le tournage du film Le Voleur de Bagdad, le premier cache mobile sur fond bleu en Technicolor, ce qui lui vaut l'Oscar des meilleurs effets spéciaux en 1941[2],[3]. Le procédé est refondu à partir de 1959 par Petro Vlahos, dont le brevet de « photographie couleur composite » fonde la méthode dite de différence de couleur[4],[5]. Cette méthode est distincte du procédé à la vapeur de sodium ou « écran jaune », apparu dans l'industrie britannique à la fin des années 1950 puis perfectionné chez Disney sous la direction d'Ub Iwerks[6].
En 1965, la Stewart Filmscreen Corp reçoit un Oscar technique pour la mise au point de la méthode de l’écran bleu[7].
Technique
modifier
Avec un film chimique (film cinématographique), le procédé de cache/contre-cache, traditionnellement matte ou matting, se déroule de la manière suivante :
- On filme séparément un objet sur fond bleu ou vert et un décor ;
- À partir de l'image de l'objet, on transforme le bleu du fond en un masque noir (chroma key, on a ainsi la silhouette de l'objet en transparent sur fond noir), ainsi qu'un masque complémentaire (on a ainsi la silhouette de l'objet en noir sur fond transparent) ;
- Le premier masque est appliqué à l'objet (on a donc l'objet sur fond noir), le second est appliqué au décor (on a donc la silhouette de l'objet en noir sur le décor) ;
- Cette pellicule est utilisée pour impressionner le négatif ; deux images successives (donc le décor sans l'objet et l'objet sans le décor) impressionnent la même image du négatif.
Sur film argentique, les fonds sont restés bleus, la couche bleue de l'émulsion offrant le grain le plus fin et donc le contour de cache le plus propre[2]. Le passage au vert tient aux capteurs numériques : la matrice de Bayer comporte deux fois plus de photosites verts que rouges ou bleus, si bien que le canal vert est le mieux échantillonné et fournit le cache le plus net[8],[9],[10].

En vidéo, à la télévision et pour les réalisations cinématographiques tournées en numérique, l'incrustation peut être faite en direct ou en post-production au montage. Toutes les parties bleues ou vertes de l'image sont utilisées pour créer un signal de découpe : ce qui est bleu ou vert a une valeur de 1, alors que ce qui ne l'est pas a une valeur de 0. Le signal de découpe représentera donc dans son ensemble une silhouette noire sur un fond blanc. Il permettra de montrer l'arrière-plan à la place du blanc, en incrustant l'image des personnages dans les zones restées noires. Si le signal de découpe a une valeur intermédiaire entre 0 et 1, il permet de superposer les deux images, par exemple pour récupérer une ombre portée. On peut aussi inverser une incrustation.
Le fond bleu se rapproche de la couleur complémentaire de la chair, donc le contraste de chrominance est optimal[8]. Néanmoins, avec la vidéo numérique, le vert est de plus en plus utilisé car c'est la couleur primaire la plus lumineuse en vidéo, elle disposera donc d'un meilleur contraste de luminance vis-à-vis de l'objet à incruster (à cause du codage YUV, le vert est directement rapporté à la luminance). Si l'objet ou le personnage porte du maquillage ou un vêtement bleu, la partie devient « invisible ». Ce type d'effet pour la télévision a été beaucoup utilisé par Jean-Christophe Averty, qui en fait un procédé d'écriture à part entière plutôt qu'un simple trucage[11],[12]. En cinéma, on trouve aussi sa trace dans un film de 1966 qui se nomme Le Fantôme au Bikini invisible.
Les bords de l'objet filmé sur fond bleu posent parfois problème, notamment dans le cas de cheveux, on a alors un artefact appelé « tache bleue » (blue spill)
Notes et références
modifier- ↑ Thierry Lefebvre, « Lanternes éblouissantes, entretien avec Laurent Mannoni », Sociétés & Représentations, , p. 204 (ISSN 1262-2966, lire en ligne).
- 1 2 (en) Richard Rickitt, Special Effects: The History and Technique, New York, Billboard Books, , 2e éd..
- ↑ (en) « The 13th Academy Awards | 1941 », sur www.oscars.org, (consulté le )
- ↑ Vlahos Petro, Composite color photography, (lire en ligne)
- ↑ (en-US) « Petro Valhos, effects pioneer, dies at 96 », sur Variety, (consulté le )
- ↑ (en-US) « From the Sodium Vapor Process to ILM StageCraft », sur The Walt Disney Company, (consulté le )
- ↑ (en) « 37th Academy Awards : Scientific or Technical Awards », sur Academy Awards Acceptance Speech Database, Academy of Motion Picture Arts and Sciences (consulté le ).
- 1 2 (en) Ron Brinkmann, The Art and Science of Digital Compositing: Techniques for Visual Effects, Animation and Motion Graphics, Morgan Kaufmann, , 2e éd. (ISBN 978-0-12-370638-6).
- ↑ (en) Steve Wright, Digital Compositing for Film and Video: Production Workflows and Techniques, Routledge, , 4e éd. (ISBN 978-1-138-24037-7).
- ↑ « Fond vert », sur blankscreen.io (consulté le ).
- ↑ Joris Guibert, « Uscopie électronique. Muabilité & simultanéité », Cinémas, vol. 26, nos 2-3, , p. 73-98 (lire en ligne).
- ↑ François Jost, « Du renoncement à la couleur à une esthétique et à une éthique du noir et blanc : Averty dans ses oeuvres », Cinémas : revue d'études cinématographiques / Cinémas: Journal of Film Studies, Cinémas, vol. 26, nos 2-3, , p. 99–127 (ISSN 1181-6945 et 1705-6500, DOI 10.7202/1039368ar)
