Font Estramar
La font Estramar, ou fontaine de Salses, est une exsurgence située au pied des Corbières maritimes sur le territoire de la commune de Salses-le-Château, dans les Pyrénées-Orientales. Elle est l'une des deux exsurgences alimentant l'étang de Leucate.
| Coordonnées | |
|---|---|
| Pays | |
| Région | |
| Département | |
| Massif | |
| Localité voisine |
| Altitude de l'entrée |
0 m |
|---|---|
| Longueur connue |
2 900 m |
| Période de formation | |
| Type de roche | |
| Température |
17 °C |
| Cours d'eau |
Exsurgence (−312 m en 2024) |
La font Estramar est la résurgence la plus profonde explorée en plongée humaine au monde. En 2023, elle est le cinquième plus profond siphon naturel dans le monde[N 1].
Le gouffre se situe sur une propriété privée, il est interdit d'y accéder sans l'accord du propriétaire[1].
Toponymie
modifierSpéléométrie
modifierLa dénivelée de la cavité est de 312 mètres, pour un développement[N 2] de 2 900 mètres[4]. La cavité est totalement noyée et seulement accessible aux plongeurs équipés de scaphandres autonomes et rompus aux techniques de la plongée souterraine.
Géologie
modifierLa cavité s'ouvre dans les calcaires jurassiques.
Une fontaine salée
modifierL'eau a la particularité d'être saumâtre du fait de la régression de la Méditerranée (entre 1 000 et 1 200 m) au Miocène supérieur (Messinien) il y a plus de 5 millions d'années qui entraîna une karstification sous le niveau marin actuel[5],[6][source insuffisante]. Sa température reste constante tout au long de l'année (17-18 °C). Son débit est le plus important de la région avec en moyenne 2,11 m3/s[7].
Exploration
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Entièrement noyé, le réseau est exploré en technique de plongée souterraine. L'apport des recycleurs et des mélanges synthétiques a permis de repousser à −312,1 mètres[8] la profondeur maximum connue, cet exploit a été réalisé en 2024 par le plongeur professionnel Xavier Méniscus. À cette même date, son extension atteint les 2 900 mètres[9].
La construction de l'autoroute A9 exploitée par la société ASF, ainsi que les accidents successifs de plongée ont entraîné d'importantes restrictions d'accès à cette cavité[10].
Historique des explorations
modifierLes explorations ont commencé en 1949 par MM. Dupas et Geroges. Dans les premiers temps, la cavité voit passer quelques grands noms comme Jacques-Yves Cousteau en 1951 et Haroun Tazieff[11],[12]. La profondeur atteinte en 1955 est de 50 mètres, les techniques de l'époque ne permettant pas de descendre plus bas.
Dans les années 1970, Claude Touloumdjian parvient à −90 m [N 3] pour 850 mètres de galeries explorées.
En 1991, l'ARFE (Association de Recherches de Font Estramar) est créée et la profondeur de −164 m est atteinte le par Cyrille Brandt[13].
Pascal Bernabé poursuit jusqu'à −184 m le .
Jordi Yherla, plongeur catalan, descend à −191 m sans trouver de suite au siphon en .
Quelques jours plus tard, Xavier Méniscus trouve la suite et descend à −192 m, au bord d'un puits vertical. Le , Xavier Méniscus, équipé de double recycleur et aidé par une grosse équipe internationale, poursuit l'exploration de la cavité dans le puits du Loukoum géant situé à 513 mètres de l'entrée, jusqu'à la profondeur de −248 mètres, portant le développement de la cavité à environ 2 900 mètres[7],[14].
En , Xavier Méniscus, avec l'aide d'une quinzaine d'équipiers, repousse l'exploration d'une trentaine de mètres à la profondeur de −262 mètres[9].
En , Xavier Méniscus poursuit son exploration sur une distance de 50 m à l'horizontale à la profondeur de 262 mètres pour atteindre la lèvre d'un nouveau puits vertical.
Après ces quatre explorations, le Xavier Méniscus descend jusqu'à −286 mètres dans les entrailles de Font Estramar, à une distance de 1 020 m de l'entrée[15],[16], lors d'une plongée de 11 h. Il bat ainsi le record du monde de plongée souterraine jusque là détenu par Nuno Gomes (−283 m à Boesmansgat).
Le , le plongeur marseillais Frédéric Swierczynski atteint la profondeur de −308 mètres au cours d'une plongée de 8 heures[17]. Il s'arrête devant le vide après avoir tiré 70 mètres supplémentaires de fil d'Ariane[18].
Le , le plongeur Xavier Méniscus retourne une 6e fois explorer le gouffre de Font Estramar pour atteindre la profondeur de −312,10 m sur un fond sablonneux[19],[20].
Accidents de plongée
modifierL'accident mortel de Jean-Claude Guiter en 1955 provoque une interdiction temporaire de plongée. Le plongeur n'ayant pas été retrouvé, la portion de galerie où son corps est supposé reposer est obstruée. Quelque temps plus tard, le corps est cependant retrouvé, coincé dans une cheminée[11].
Un autre plongeur meurt dans Font Estramar en [21].
Le , un spécialiste du lieu, le Gruissanais Jean-Luc Armengaud y perd également la vie[22],[23].
Le , un plongeur sétois d'une cinquantaine d'années décède dans le gouffre.
Le c'est un finlandais de 44 ans qui meurt à son tour[24].
Le cascadeur belge Marc Sluszny disparaît dans un accident de plongée le ; le suivant, Laurent Rouchette, plongeur-spéléologue du Spéléo Secours Français, décède pendant la recherche du corps[25],[26].
Le , un plongeur expérimenté originaire du Puy-de-Dôme perd la vie en regagnant la surface. Il était âgé de 63 ans[27].
Le , un plongeur spéléologue de 45 ans disparaît à nouveau[28],[29], portant à neuf le nombre d'accidents mortels de plongée dans le gouffre.
Bibliographie
modifier- « Source de Font Estramar », Inventaire national du patrimoine naturel
- Henri Salvayre, Fédération française de spéléologie, « Le karst des Corbières d'Opoul - Données récentes sur un karst méditerranéen actif », Spelunca, Paris, Fédération française de spéléologie, no 85, , p. 43-49 (ISSN 0249-0544, lire en ligne, consulté le ).
- Cyrille Brandt, « Observation in situ des hétérogénéités thermiques dans le réseau noyé de Font Estramar », , p. 23-30
- Jean Nicod, « Sur quelques sources littorales et sous-marines autour de la méditerranée », Études de Géographie Physique, no 36, , p. 10-13 (lire en ligne, consulté le )
- Xavier Méniscus, « Font Estamar : une plongée souterraine à -286 m. L'histoire d'un record du monde de plongée », Spéléo magazine, Corenc, Spéléo magazine, no 110, , p. 6-11 (ISSN 1629-1573).
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ En 2019, les six plus profonds siphons naturels ont été mesurés par sondage et seulement plongés partiellement jusqu'à une profondeur intermédiaire par un être humain.
- ↑ En spéléologie, le développement est la longueur cumulée des galeries et salles interconnectées qui composent un réseau souterrain.
- ↑ En spéléologie, les mesures négatives ou positives se définissent par rapport à un point de référence qui est l'entrée du réseau, connue, la plus élevée en altitude.
Références
modifier- ↑ « Article 226-4-3 du Code pénal », sur legifrance.gouv.fr (consulté le ).
- ↑ Bigot Jean-Yves, Vocabulaire français et dialectal des cavités et phénomènes karstiques, Paris, Spéléo-club de Paris, SCP - CAF édit., coll. « Mémoires du Spéléo-club de Paris » (no 25), , 184 p. (ISBN 2-910783-14-6, lire en ligne)
- ↑ « Salses-le-Château », sur Pyrénées-Orientales.com (consulté le ).
- ↑ Jean-Yves Bigot, Spéléométrie de la France. Cavités classées par département, par dénivellation et développement. Situation au 31 décembre 2000., Lyon, Fédération française de spéléologie, coll. « Spelunca Mémoires » (no 27), , 160 p. (ISBN 2-7417-0291-8, ISSN 0249-0544), p. 85-86.
- ↑ Paul Courbon, « La régression messinienne », .
- ↑ Paul Courbon, « Fontaine de Vaucluse », ANAR Bull', Lyon, Association nationale des anciens responsables de la Fédération française de spéléologie (ANAR-FFS), no 51, , p. 2-3 (lire en ligne)
- 1 2 Xavier Méniscus, « Exploration de la résurgence de Font Estramar à –248m » (consulté le ).
- ↑ (en-US) InDEPTH, « Diving Beyond 250 Meters: The Deepest Cave Dives Today Compared to the Nineties », sur InDepth, (consulté le ).
- 1 2 « -262 m pour Font Estramar », spéléo magazine, Corenc, Spéléo magazine, no 91, , p. 4 (ISSN 1629-1573).
- ↑ « Résurgence de Font Estramar > L'ARFE communique », sur plongeesout.com (consulté le ).
- 1 2 « Résurgence de Font Estramar > Historique des plongées dans Font Estramar, 1951 - 1957 », sur plongeesout.com (consulté le ).
- ↑ « FONT ESTRAMAR explorée par Maurice PIOVANO, l’un des premiers de plongée », sur plongee-infos. (consulté le ).
- ↑ Cyrille Brandt, « Observation in situ des hétérogénéités thermiques dans le réseau noyé de Font Estramar », , p. 23-30.
- ↑ Francis Le Guen, « Record du monde de plongée souterraine à Font Estramar ! ».
- ↑ « Record mondial de plongée souterraine dans les Pyrénées-Orientales – Un exploit technique et scientifique », sur madeinperpignan.com, Site d'information en ligne, .
- ↑ « P.-O. : Xavier Méniscus bat le record du monde plongée souterraine à - 286 m », sur Journal Midi Libre (consulté le ).
- ↑ Emilien Vicens, « Près de Perpignan. Il raconte sa plongée record à Font Estramar : "C'est vraiment majestueux" », sur actu Perpignan, .
- ↑ Frédéric Swierczynski et Patrick Le Guen, « Record du monde de plongée souterraine à Font Estramar ! », sur blog.francis-leguen.com le Bloguen, (consulté le ).
- ↑ « Xavier Meniscus, l'homme recordman qui repousse les limites de la plongée sout », sur diveavenue.com, (consulté le )
- ↑ (it) scintilena, « Xavier Meniscus stabilisce il nuovo straordinario record mondiale di immersione in grotta alla Font Estramar : -312,10 mètres », (consulté le ).
- ↑ « Opération de secours-Font Estramar (Salse le Chateau – 66)-Communiqué officiel du Spéléo Secours Français. ».
- ↑ Thierry Bouldoire, « Plongée fatale au célèbre Font Estramar », L'Indépendant, (lire en ligne)
- ↑ Un Gruissanais trouve la mort en plongée dans la Font Estramar
- ↑ « Un plongeur spéléo meurt dans les Pyrénées-Orientales », sur francebleu.fr, (consulté le ).
- ↑ « Un spéléologue meurt dans un gouffre des Pyrénées-Orientales », sur lefigaro.fr site du journal Le Figaro, (consulté le ).
- ↑ « Opération de secours-Font Estramar (Salse le Chateau – 66)-Communiqué officiel du Spéléo Secours Français. ».
- ↑ « Encore un accident mortel de plongée au gouffre de Font-Estramar, dans les Pyrénées-Orientales » (consulté le ).
- ↑ « Un plongeur spéléologue porté disparu à Font-Estramar malgré trois jours de recherches », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Il était porté disparu depuis cinq jours : le spéléologue retrouvé par des plongeurs locaux au fond du gouffre qu'il tentait d'explorer », sur France 3 Occitanie (consulté le ).
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- « Font-Estramar », sur ffessmpm.fr
- « Font-Estramar, la mer d'eau douce enfouie sous les Corbieres. », sur Ladepeche.fr (consulté le )