Forêt classée de l'Anguédédou
La forêt classée de l'Anguédédou, est un massif forestier classé situé dans la commune de Yopougon, à Abidjan, en Côte d'Ivoire, le long de l'autoroute du Nord. Classée en réserve forestière dès 1930, elle constitue l'une des dernières reliques forestières périurbaines de l'agglomération abidjanaise et joue un rôle essentiel dans l'alimentation en eau potable d'une partie de la population de Yopougon et d'Abobo, grâce à la nappe phréatique qu'elle contribue à recharger[2],[3]. Fortement dégradée par l'urbanisation et l'agriculture vivrière, elle a vu ses limites redéfinies par décret en 2023 et fait l'objet, depuis 2025, d'un programme de clôture et de restauration écologique porté par le ministère des Eaux et Forêts[4].
Géographie
modifierLocalisation administrative
modifierLe massif se situe à la sortie d'Abidjan, sur l'autoroute du Nord, à proximité des villages d'Allokoi et d'Ayou Oua, dans la commune de Yopougon[5]. Il est considéré, avec le parc national du Banco, comme l'un des principaux massifs forestiers assurant la protection de la nappe phréatique de l'agglomération abidjanaise[2].
Superficie
modifierLa superficie du massif a fortement varié au fil de son histoire administrative. Une étude universitaire de 2016 lui attribuait 8 447,47 hectares[2], un chiffre proche des 8 501,49 hectares mentionnés par le gouvernement en avril 2023[6]. Un décret de redéfinition des limites adopté la même année a toutefois ramené sa superficie officielle à 6 408 hectares, sur un périmètre de 72 sommets[7] ; les communications gouvernementales plus récentes arrondissent ce chiffre à environ 6 500 hectares[4].
Climat et végétation
modifierLe massif reçoit une pluviométrie moyenne annuelle d'environ 1 440 mm, sous un climat subéquatorial[2]. Une analyse de l'occupation du sol par télédétection montre une dégradation continue de son couvert végétal entre 2000 et 2020 : la part de forêt proprement dite serait passée de 58 % à 35 % de la superficie totale, tandis que les sols nus progressaient de 22 % à 30 % et les cultures vivrières de 9 % à 24 %, la surface occupée par les plantations d'hévéa restant pour sa part stable, autour de 11 %[2].
Histoire
modifierClassement et déclassements successifs (1930-2005)
modifierLa forêt a été érigée en réserve forestière par l'administration coloniale en 1930, puis bornée entre 1943 et 1953[8],[2]. Comme de nombreux massifs classés proches des zones urbaines, elle a fait l'objet de plusieurs déclassements partiels sous la pression démographique croissante de l'agglomération abidjanaise : au total, cinq déclassements successifs lui auraient fait perdre 88 % de sa superficie d'origine[8] ; l'un d'entre eux, en 2005, a retranché à lui seul environ 400 hectares au massif[9].
Redéfinition des limites et clôture du massif (2023-2026)
modifierEn avril 2023, le Conseil des ministres a adopté deux décrets concernant l'Anguédédou : l'un portant sur la construction d'une clôture autour du massif afin de lutter contre les agressions humaines, l'autre redéfinissant ses limites[6]. En novembre de la même année, le ministre des Eaux et Forêts, Laurent Tchagba, a tenu une réunion d'urgence consacrée aux inondations provoquées par les eaux de ruissellement provenant des quartiers précaires voisins et des nouvelles infrastructures routières, phénomène à l'origine d'un ensablement du massif, d'un assèchement partiel de la rivière Banco et de certains arbres sur pied, ainsi que d'une menace directe sur les forages alimentant Yopougon en eau potable, la base-vie de la Société de développement des forêts (SODEFOR) et les pépinières destinées au reboisement[3],[10]. En novembre 2025, en marge de la COP30, un conseiller technique du ministère a annoncé le lancement, à partir du second semestre 2026, de la construction d'une clôture longue de 60 kilomètres autour du massif, assortie d'un projet de transformation du site en espace écotouristique et animalier comparable au parc national du Banco, incluant la réintroduction d'espèces fauniques menacées[4].
Reboisement et mobilisation citoyenne
modifierLe massif a fait l'objet de plusieurs campagnes de reboisement portées par des partenariats publics-privés. En 2018, l'ONG Amistad a réhabilité deux hectares dégradés du massif avec l'appui d'Ecobank, du Programme des Nations unies pour l'environnement et de l'UNESCO[11]. Dans le cadre d'un partenariat conclu en 2016 avec la SODEFOR, portant sur 40 hectares de reboisement à travers le pays, l'opérateur téléphonique Moov Côte d'Ivoire a financé à Anguédédou la plantation d'environ 16 000 plants de Cedrela odorata sur une parcelle de dix hectares[12]. Le 3 novembre 2022, l'entreprise Universelle Industrie y a organisé une journée de plantation dans le cadre de sa politique de responsabilité sociétale d'entreprise[5]. Le 23 juillet 2026, la forêt a accueilli la cérémonie de clôture de la 5ᵉ édition de la Caravane nationale de reboisement populaire, à laquelle ont notamment pris part une centaine de stagiaires volontaires du Centre de service civique de Bimbresso, mobilisés par l'Office du service civique national en partenariat avec la Fondation Yodé et Siro, laquelle avait précédemment accompagné des opérations similaires dans les forêts classées de Mopri (2024) et de N'Ganda-N'Ganda (2025)[13],[14].
Milieu naturel et occupation
modifierLe massif abrite dix-sept forages qui alimentent le château d'eau desservant la zone industrielle et une large part de la population de Yopougon[5]. Selon le ministère des Eaux et Forêts, la nappe phréatique qu'il contribue à recharger fournit environ 80 % de l'eau potable consommée à Yopougon et 20 % de celle consommée à Abobo[3]. L'occupation du massif reste marquée par une forte pression anthropique : une étude universitaire y distingue des concessions légales portant sur environ 2 185 hectares, des occupations autorisées sur environ 54 hectares et des occupations spontanées estimées à 417 hectares, auxquelles s'ajoutent des dépôts sauvages de déchets et des foyers d'incinération de pneus usagés à l'intérieur même du périmètre classé[8]. Un reportage réalisé en 2022 dans le cadre d'un projet de renforcement du journalisme environnemental documente par ailleurs les menaces pesant sur le massif du fait des activités humaines[15].
Gouvernance et enjeux de gestion
modifierComme l'ensemble du domaine forestier classé de l'État ivoirien, l'Anguédédou relève de la Société de développement des forêts (SODEFOR)[10]. Une étude de gestion publiée en 2023 dans la revue VertigO, fondée sur des entretiens qualitatifs auprès d'acteurs locaux, conclut que la dégradation persistante du massif parfois qualifié de « forêt sacrée » dans la littérature locale s'explique en grande partie par la divergence des intérêts entre les différents acteurs impliqués dans sa gestion[16]. Sur le plan national, le cadre juridique du domaine forestier classé a été profondément renouvelé depuis 2019, avec l'adoption de la loi n° 2019-675 du 23 juillet 2019 portant Code forestier, puis, en septembre 2021, d'un décret fixant un régime de concession de gestion à des opérateurs privés pour un ensemble de forêts classées du domaine forestier privé de l'État[17].
Notes et références
modifier- ↑ « Forêt Classée de l'Anguédédou », sur Mapcarta (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 « Évolution spatio-temporelle de la Forêt classée d'Anguédédou, une des dernières reliques forestières de la ville d'Abidjan dans le Sud-ouest de la Côte d'Ivoire », sur Regards Suds, (consulté le )
- 1 2 3 « Forêt classée de l'Anguededou : Laurent Tchagba tire la sonnette d'alarme sur les impacts des eaux de ruissellement », sur Fraternité Matin, (consulté le )
- 1 2 3 « Restauration du couvert forestier : La forêt classée de l'Anguédédou clôturée dès 2026 », sur CINEWS, (consulté le )
- 1 2 3 « Une industrie organise un planting d'arbres Anguédédou », sur Abidjan.net, (consulté le )
- 1 2 « Environnement : la forêt classée de l'Anguédédou va subir une nouvelle délimitation », sur La Venir.ci, (consulté le )
- ↑ « Décret portant redéfinition des limites de la forêt classée de l'Anguededou », sur African Governance Portal (AfricanLII), (consulté le )
- 1 2 3 Pascal Anogbro, « Dynamique de la forêt classée de l'Anguédédou, ses impacts sur les eaux et le cadre de vie environnant », sur Revues ACAREF (consulté le )
- ↑ « La forêt classée d'Anguédédou amputée de 400 ha », sur AllAfrica, (consulté le )
- 1 2 « Côte d'Ivoire : Forêt classée de l'Anguédedou, vers l'apport des solutions efficaces et concertées pour sa préservation », sur KOACI, (consulté le )
- ↑ « Reboisement : deux hectares de la forêt classée d'Anguédédou réhabilités », sur Eburnie Today, (consulté le )
- ↑ « La forêt classée d'Anguédédou (Autoroute du Nord) va bénéficier d'un reboisement de 10 ha », sur Abidjan.net (consulté le )
- ↑ « Civisme : 100 stagiaires volontaires de l'OSCN apportent leur contribution à la préservation du couvert forestier ivoirien », sur Abidjan.net, (consulté le )
- ↑ « Côte d'Ivoire : De la réinsertion à l'engagement citoyen : 100 stagiaires volontaires de Bimbresso participent à la Caravane nationale de reboisement », sur KOACI, (consulté le )
- ↑ « La Forêt classée d'Anguededou menacée par les activités humaines », sur Eburnie Today, (consulté le )
- ↑ Vincent Kouman Mouroufie Kouassi, Oleh Kam et Thierry Ouattara Kouadio Kra, « Politique de gestion et dégradation persistante des aires naturelles protégées en Côte d'Ivoire : cas de la forêt classée de l'Anguédédou », VertigO, vol. 23, no 1, (DOI 10.4000/vertigo.39616, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Régime et Code forestiers », sur Lex & Terra.ci (consulté le )