Francesco Fava
Francesco Fava, né vers 1562-1563, se dit originaire de Capriola, aux confins de la Ligurie (Italie)[a]. Après avoir commis un vol important à Venise grâce à l’utilisation de faux, il s’enfuit à Paris à l’automne 1607. Alors qu’il tente de revendre ses pierreries, il est arrêté et emprisonné au For-L'Évêque[b] pour vol, escroquerie et autres crimes[1]. Pour échapper au déshonneur du supplice, il se donne la mort par empoisonnement. Malgré cela, son corps est tout de même pendu par les pieds au gibet de Montfaucon, le 24 mars 1608[2].
| Naissance |
Capriola (Italie) |
|---|---|
| Décès | |
| Époque | |
| Nationalité |
Italienne |
| Activité |
médecin, voleur, escroc, falsificateur |
Biographie
modifierAu cours de sa vie, Francesco Fava utilise divers noms — dont celui de Cesare Fiori —, origines et professions, selon les circonstances[3]. Il déclare toutefois en justice que son véritable nom est Francesco Fava, nom retenu pour cet article[4],[5].
1562-1607
modifierFrancesco Fava naît vers 1562-1563. Vers l’âge de 34 ans, il s’établit à Orta, dans le comté de Novare. Utilisant le nom de Cesare Fiori dans le contrat de mariage, soi-disant originaire de Saint-Severin, près de Naples[6], il y épouse Catherine Oliva, fille d’un marchand d’huile [7]. Peu de temps après le mariage, lui et son épouse s’installent à Castelarca, près de Plaisance où il prend le nom de Francesco Fava[8],[9].
1607 — Vol et départ pour la France
modifierEn 1607, invoquant ses difficultés financières, Fava commence une série d’escroqueries et de falsifications[9]. À la fin de l’été de cette même année, il se rend à Padoue, où, habillé en abbé et prétextant être l’évêque de Venafro du royaume de Naples[10],[11], il rencontre l’évêque de Concordia. Ce dernier lui prête assistance et le met en contact avec Antonio Bartoloni, marchand-banquier, demeurant à Venise. Muni de lettres de créance[c] de l’évêque de Concordia, Fava se rend donc à Venise, et se présente à Bartoloni « qui le loge dans sa maison et le traite avec toute la déférence due à un prélat distingué »[12],[13]. Grâce à des lettres et des traites qu’il a falsifiées, il convainc le banquier de lui vendre pour plusieurs milliers de ducats de diamants, perles, chaînes d’or, et autres joyaux[14]. Avant de quitter Venise, Fava crochète également le coffre du banquier et lui vole 400 écus[15],[16]. Après ce vol d’un important lot de joyaux, il passe en France et se rend à Paris avec les objets volés, en compagnie de sa femme, de ses trois enfants ainsi que de ses deux beaux-frères, Octavio Oliva et Giovan Pietro Oliva, au mois de novembre 1607[17],[18].
Ils se logent près de la place Maubert[19]. Fava cherche à vendre ses objets volés. Il s’adresse à un orfèvre[d] nommé Bourgoing. Ce dernier lui propose de servir lui-même de courtier et de lui vendre ses diamants[20]. Fava accepte[21].

Détail d'une enluminure de Jean Fouquet, extraite d'un manuscrit des Grandes Chroniques de France, vers 1460.
Bourgoing contacte ses collègues et, ensemble, ils constatent qu'il s'agit des bijoux volés à Venise. Ils en avisent aussitôt Denis de Quiquebœuf, lieutenant de la grande prévôté de la connétablie de France[22].
1608 — Arrestation et détention
modifierLe 15 janvier 1608, le lieutenant Quiquebœuf se présente sous les traits d’un marchand lors d’un rendez-vous entre Fava et des orfèvres. Fava est ainsi piégé et, bien qu’il affirme avoir acquis ces joyaux en toute légalité, il est aussitôt arrêté par le lieutenant au nom du Roi[23],[17]. Quiquebœuf se rend au domicile de Fava et y saisit le reste des objets volés[23]. Fava est ensuite conduit et incarcéré au For-l'Évêque[24]. Interrogé le jour même, il indique se nommer Francesco Fava, être un docteur en médecine de 45 ou 46 ans originaire de Capriola, et avoir l’habitude de faire du commerce de pierres précieuses[4],[25],[26]. Le lendemain, lors de la poursuite de l’interrogatoire, « Fava passe aux aveux, reconnaît ses vols et ses tromperies, et implore la clémence »[23]. Il fait également état de sa grande maîtrise de la falsification, affirmant être capable de contrefaire cinquante écritures différentes en une heure, sans que quiconque ne puisse distinguer la copie de l'original[27],[28].
Procès, tentatives de suicide et d’évasion
modifierEmprisonné et désespéré, Francesco Fava tente de se suicider une première fois en s’ouvrant les quatre veines avec un canif, dans la nuit du 14 au 15 janvier 1608, mais il est sauvé malgré lui[17]. Le procès s’ouvre. Fava avait avoué le vol commis en Italie en espérant obtenir sa libération, mais les personnes qu’il avait volées à Venise se constituent parties civiles[17]. Fava conçoit alors un projet d’évasion, mais cette tentative échoue également et il est enfermé plus étroitement qu’auparavant[29],[26]. Réintégré dans sa prison et n’espérant plus pouvoir s’échapper, il résout de s’empoisonner avant sa condamnation[17] : la dose se révèle toutefois trop faible pour le tuer[30]. Le samedi 22 mars 1608, le procès se poursuit puis est ajourné au lundi suivant[30],[31]. Sachant son jugement imminent, Fava fait une troisième tentative de suicide : le dimanche, il met de l’arsenic dans une pâte à l’italienne que lui a apportée sa femme le même jour[29]. Il en meurt dans la nuit du 23 au 24 mars 1608.
Condamnation post-mortem
modifierLe lundi 24 mars 1608, les juges assemblés pour le jugement du procès sont informés par le grand prévôt de la Connétablie du décès de Fava[32],[33]. La sentence déclare Francesco Fava « dûment atteint et convaincu » d’avoir indûment pris, dérobé et volé à Ange Bossa par usurpation de nom et usage de faux, neuf mille trois cent cinquante-six ducats et douze gros en monnaie de Venise[e], ainsi que de tentatives de suicide et de mort par poison en prison[32]. « Pour réparation de ces crimes, il est ordonné que son corps sera traîné la face contre terre jusqu’à la voirie […] et y sera pendu par les pieds à une potence dressée à cet effet. »[32]. La sentence est exécutée le jour même au gibet de Montfaucon[34],[17].
Disposition des biens
modifierTous ses biens sont confisqués : « la somme de neuf mille trois cent cinquante-six ducats et douze gros en monnaie de Venise, ainsi que tous les dépens, dommages et intérêts d’Ange Bossa ; à cette fin, et sous réserve du parfait paiement de cette somme, seront rendus à Ange Bossa ou à son procureur les diamants, perles, chaînes d’or et sequins dont François Fava a été trouvé saisi. Prononcé et exécuté à Paris le même jour, le 24 mars 1608. »[32].
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Selon Pierre l’Estoile, dans le Supplément au Journal du règne de Henri IV, Roi de France et de Navarre p. 135, Fava serait issu d’une famille honorable de Finale, près de Gênes.
- ↑ Le For-L'Évesque était la prison des évêques de Paris de 1222 à 1674.
- ↑ Dans le domaine commercial ou civil, une lettre de créance (souvent appelée lettre de crédit ou lettre d'accréditation) est un document écrit par lequel une personne (ou un organisme) recommande une autre personne auprès d'un tiers — comme un banquier — en lui accordant sa confiance ou sa garantie.
- ↑ Au XVIIᵉ siècle, la corporation des orfèvres parisiens comprend le travail des métaux précieux ainsi que le négoce des pierres précieuses. Outre la fabrication, les orfèvres exercent fréquemment des activités d’estimation, de courtage et de revente de bijoux et de pierreries.
- ↑ Cette somme représente la valeur totale des biens dérobés, comprenant à la fois des bijoux (diamants, perles, chaînes d'or) et du comptant sous forme de sequins d'or.
Références
modifier- ↑ L'Estoile 1736, p. 135.
- ↑ Maillard 1863, p. 62.
- ↑ Lacroix 1864, p. 1209-1210.
- 1 2 Le Mercure François 1611, p. 283-recto.
- ↑ Bourg 1834, p. 40.
- ↑ Fournier 1855, p. 76.
- ↑ L'Estoile 1736, p. 136.
- ↑ Bourg 1834, p. 41.
- 1 2 Fournier 1855, p. 77.
- ↑ Bourg 1834, p. 43.
- ↑ Fournier 1855, p. 80.
- ↑ Bourg 1834, p. 45.
- ↑ Fournier 1855, p. 82.
- ↑ L'Estoile 1736, p. 138.
- ↑ Bourg 1834, p. 47.
- ↑ Fournier 1855, p. 96.
- 1 2 3 4 5 6 Lacroix 1864, p. 1210.
- ↑ Le Mercure François 1611, p. 281-verso.
- ↑ Fournier 1855, p. 99.
- ↑ Le Mercure François 1611, p. 282-recto.
- ↑ Bourg 1834, p. 49-50.
- ↑ Bourg 1834, p. 50.
- 1 2 3 L'Estoile 1736, p. 139.
- ↑ Le Mercure François 1611, p. 283-verso.
- ↑ Fournier 1855, p. 103.
- 1 2 Maillard 1863, p. 63.
- ↑ Bourg 1834, p. 53.
- ↑ Fournier 1855, p. 108.
- 1 2 Le Mercure François 1611, p. 284-recto.
- 1 2 Bourg 1834, p. 55.
- ↑ Fournier 1855, p. 114.
- 1 2 3 4 Le Mercure François 1611, p. 284-verso.
- ↑ Bourg 1834, p. 56.
- ↑ Maillard 1863, p. 62-64.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Bourg, Répertoire général des causes célèbres anciennes et modernes, vol. 1,4, Paris, Louis Rosier, , 483 p. (lire en ligne), p. 40-63
- Fournier, « Histoire des insignes faussetez et suppositions de Francesco Fava, medecin italien », dans Variétés historiques et littéraires, vol. 2, Paris, P. Jannet, , 75-119 p.
- Lacroix, « Histoire des insignes faulsetez et suppositions de Francesco Fava, médecin italien. Extraicte du procez qui luy a esté faict par monsieur le grand Prévost de la Connestablie de France », Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire, Paris, Giraud-Badin, vol. 16, , p. 543
- « Le Mercure François », Le Mercure François, Paris, Jean Richer, vol. 1, , p. 277-288 (lire en ligne, consulté le )
- L'Estoile, Supplément au Journal du règne de Henri IV, Roi de France et de Navarre : Depuis le 2. Août 1589 jusques au mois de Juin 1610 : Tiré sur un Manuscrit du tems, vol. 2, La Haye, [s.n.],
- Firmin Maillard, Le gibet de Montfaucon (étude sur le vieux Paris) : Gibets — Échelles — Piloris — Marques de haute justice. Droit d’asile — Les fourches patibulaires de Montfaucon — Documents historiques. Description — La légende des suppliciés. Scènes de la dernière heure, Paris, Auguste Aubry, , 106 p. (lire en ligne)