Franco-judaïsme
Le franco-judaïsme, également appelé israélitisme ou modèle israélite, est un ensemble de discours et de croyances propres aux Juifs de France dont l'objectif est de concilier les valeurs du judaïsme et celles de la République française telles que l'égalité des citoyens devant la loi, la liberté religieuse et le respect de la laïcité[1].
Cette idéologie émerge dès la Révolution, elle tire son origine du décret d’émancipation voté en 1791, la France devenant alors la première nation d'Europe à émanciper les Juifs résidant sur son sol, décision reléguant l'identité religieuse à la sphère privée. Le franco-judaïsme prend la forme qu'on lui connait ensuite sous le Premier Empire[1]. En février-, Napoléon Ier suscite la création d'un Grand Sanhédrin réunissant soixante-et-onze rabbins dans le but de définir les principes du culte israélite et de lui donner une institution officielle en France, le consistoire central israélite de France, qui deviendra la principale structure du judaïsme français, assurant la formation de ses rabbins au séminaire israélite de France fondé en 1829[1].
L'Alliance israélite universelle (AIU), créée en 1860, est un élément essentiel du franco-judaïsme dont elle incarne la mission universelle au travers de son réseau d'écoles et ses missions diplomatiques visant à « moderniser » les communautés juives du bassin méditerranéen. Son action se traduit par une importante diffusion de la langue française au sein de ces communautés[1]. Parallèlement, le franco-judaïsme se diffuse aussi en Algérie coloniale, suite au décret Crémieux qui octroie la nationalité française aux Juifs d'Algérie, et à l’extension du modèle consistorial aux départements algériens.
Le franco-judaïsme connait son apogée sous la Troisième République mais est fragilisé par l’Affaire Dreyfus (1894-1906). La Seconde Guerre mondiale, qui conduit à la mise en place des lois sur le statut des Juifs par le régime de Vichy provoque une rupture fondamentale, mettant fin à un siècle et demi d'intégration[1]. Dans l'après-guerre, le modèle est questionné en raison du souvenir de la trahison de Vichy, de l’arrivée des Juifs d’Afrique du Nord, qui provoque importantes évolutions démographiques, religieuses et culturelles au sein de la communauté juive et de la création de l’État d’Israël en 1948 qui suscite une adhésion croissante des Juifs de France au sionisme[1].