Franco Fontana

photographe italien

Franco Fontana, né le à Cognento, une frazione de Modène (royaume d'Italie) et mort le à Modène, est un photographe italien, connu comme l'un des pionniers de la photographie couleur en Italie.

Franco Fontana
Franco Fontana en 1982.
Biographie
Naissance
Décès
(à 92 ans)
Modène (Italie)
Nationalité
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Mouvement
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Distinction

Autodidacte venu à la photographie au début des années 1960, alors que la pratique d'auteur restait presque entièrement liée au noir et blanc, il fait de la couleur non pas un élément descriptif mais la matière même de l'image. Ses paysages de la Toscane, de l'Émilie, des Pouilles, de Basilicate ou du pourtour méditerranéen réduisent collines, champs et horizons à des bandes chromatiques, des lignes et des surfaces, sans faire disparaître le motif.

Son livre Skyline, paru en 1978, premier livre des éditions Punto e Virgola  fondées par Luigi Ghirri à Modène  dont la version française a été publiée par Claude Nori chez Contrejour, marque une rupture dans la photographie italienne en définissant une nouvelle esthétique de la photographie. À travers les images qu'il a rassemblées dans ce livre, Fontana procède à une relecture du paysage italien et effectue une réinterprétation très personnelle du monde qui l'entoure.

Par la suite, il élargit son travail au paysage urbain, aux piscines, au nu et au fragment de bitume, tout en menant une activité soutenue dans la publicité et la presse magazine.

Ses images sont conservées dans plus de cinquante musées à travers le monde, du Museum of Modern Art de New York au Victoria and Albert Museum de Londres. Il a pris part à plus de quatre cents expositions et publié plus de soixante-dix ouvrages, chez des éditeurs de toute nationalité.

Biographie

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Débuts

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Franco Fontana naît le à Cognento, hameau rattaché à Modène, ville qu'il ne quittera jamais durablement[1],[2].

Il vient à la photographie en amateur au début des années 1960 et fréquente les fotoclub de sa région. Il y mène des recherches esthétiques, dont les plus notables portent sur l'expression abstraite de la couleur, à une époque où l'abstraction photographique passait exclusivement par le noir et blanc[3],[4].

Modène offre alors un milieu artistique, animé par un groupe d'artistes d'orientation conceptuelle parmi lesquels Franco Vaccari (it), Claudio Parmiggiani et Luigi Ghirri. Le travail de Franco Fontana partage avec ce courant la volonté de remettre en cause les codes de représentation hérités du néoréalisme, tout en accordant une attention particulière aux résultats visuels et à la composante esthétique[5].

En 1963, il expose à la troisième Biennale internationale de la couleur de Vienne. L'année suivante, la revue américaine Popular Photography publie pour la première fois un portfolio de son travail[3].

Sa première exposition personnelle a lieu en 1965 à Turin, à la Società Fotografica Subalpina[1],[6]. Celle de 1968 à Modène, à la Galleria della Sala di Cultura, marque un tournant dans sa recherche[1],[7].

Reconnaissance internationale

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En 1970, Franco Fontana consacre son premier livre à sa ville, Modena una città, et expose au palazzo dei Diamanti de Ferrare, où le public découvre la série Paesaggi, réalisée dans les Pouilles et en Basilicate[8],[9].

L'exposition présentée en 1972 à la galerie Die Brücke de Vienne lui vaut une audience internationale, confirmée en 1974 par le prix de la Photokina de Cologne[8].

En 1978 paraît Skyline, ouvrage qui contribue à ouvrir une voie nouvelle à la photographie italienne[10],[8]. L'année suivante, un voyage aux États-Unis l'oriente vers le paysage urbain et vers l'abstraction des mégapoles[8].

Enseignement et dernières années

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Franco Fontana enseigne à l'École polytechnique de Turin et à l'université LUISS de Rome, et collabore avec le musée Solomon R. Guggenheim de New York, le Centre Pompidou ainsi qu'avec les ministères de la Culture japonais et français[11]. En 1999, dans le cadre du programme Learning Through Photography, il enseigne une semaine durant à des élèves d'une école primaire new-yorkaise[10].

En 2006, l'École polytechnique de Turin lui décerne un doctorat honoris causa en design[4].

En 2011, il est invité à la Biennale d'Alexandrie avec le projet Vita Nova et figure au pavillon italien de la Biennale de Venise, dans la sélection de Vittorio Sgarbi[8].

Ses 90 ans donnent lieu à Modène à un colloque, Franco 90. La storia, la fotografia, le collaborazioni, puis, en 2024, à l'exposition Modena dentro, qui confronte ses photographies à des œuvres d'artistes qui lui étaient proches, parmi lesquels Mimmo Rotella, Christo, Jannis Kounellis et Michelangelo Pistoletto[7]. Entre 2024 et 2025, le musée de l'Ara Pacis à Rome lui consacre une rétrospective de plus de deux cents tirages[4],[12].

Franco Fontana meurt à Modène le , à l'âge de 92 ans[13],[14].

Récompenses et distinctions

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Décorations

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Doctorats honoris causa

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Le paysage par la couleur

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La manière de Franco Fontana s'affirme dans les années 1970 avec des images réalisées en Toscane, en Basilicate, dans les Pouilles, en Émilie et le long de la Méditerranée. Collines, champs et arbres y deviennent des éléments essentiels : bandes de couleur, lignes, surfaces et points dans l'espace. Le paysage demeure reconnaissable, mais tend vers l'abstraction[3].

Le procédé repose sur une rupture avec l'usage documentaire de la couleur : celle-ci cesse d'être un élément descriptif pour devenir la structure compositionnelle de l'image[11]. Franco Fontana recourt aux contrastes accentués, aux faibles profondeurs de champ et aux prises de vue aériennes[12].

Il résumait sa démarche par une formule reprise dans plusieurs entretiens : « photographier ce qu'il pensait plutôt que ce qu'il voyait  »[5].

Paysages urbains et autres

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Après le voyage américain de 1979, Franco Fontana applique le même traitement aux villes, dont il tire des compositions où les architectures familières deviennent des visions abstraites[16].

Son travail comprend également des assemblages entrepris dans les années 1980, une série consacrée aux piscines dont émergent des fragments de corps, des nus, des portraits et des photographies de mode[12],[16]. À partir des années 2000, il consacre la série Asfalti au microcosme des signes et des fragments de revêtement de la chaussée urbaine[17].

Réception critique

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Préjugé envers la couleur

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Lorsque Franco Fontana commence, la photographie italienne cherche encore à établir son sérieux par le noir et blanc, et la couleur passe pour trop gaie, trop commerciale, trop publicitaire. Son choix apparaît alors comme une transgression esthétique[18]. Le photographe le revendiquait en retournant l'argument : il photographiait en couleurs parce qu'il voyait en couleurs, le noir et blanc étant selon lui une invention pour relire le réel, et celui qui y recourt le premier à ne pas accepter le monde tel qu'il est[19].

Ce scepticisme n'était pas propre à l'Italie. Une génération de photographes — Eliot Porter, Ernst Haas, Saul Leiter, puis William Eggleston et Stephen Shore — s'employait au même moment à établir la validité artistique de la couleur[20].

Critique

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Le critique Achille Bonito Oliva a défini le temps et l'espace comme les coordonnées d'un alphabet nouveau chez Fontana, joué rigoureusement dans les limites de la surface bidimensionnelle de la photographie[5].

La critique d'art Giuliana Scimé lui attribue d'avoir défait les structures et les pratiques établies du médium[21].

Les commentateurs rapprochent régulièrement ses compositions plates et géométriques des peintures à champs colorés de Mark Rothko, Ad Reinhardt et Barnett Newman[21],[3], certains évoquant également Piet Mondrian[18]. Cette proximité a été relevée sans que Fontana ait pour autant fait de la photographie une imitation de la peinture[3].

Une œuvre à contre-courant du document

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Sa carrière a été décrite comme construite contre l'idée de la photographie comme simple document[18]. Ce positionnement le distingue de ses contemporains modénais d'orientation conceptuelle, avec lesquels il partageait pourtant le refus des codes hérités du néoréalisme, mais dont le séparait son attention à la composante esthétique de l'image[5].

Photographie appliquée

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Franco Fontana a signé diverses campagnes publicitaires, notamment pour Fiat, Volkswagen, les Ferrovie dello Stato, Sony, Volvo, Versace, Canon, Kodak, Snam et Robe di Kappa[22].

Il a par ailleurs collaboré à des travaux éditoriaux pour Life, Vogue américain et français, Il Venerdì di Repubblica, Sette du Corriere della Sera, Panorama, Epoca, la Frankfurter Allgemeine Zeitung et le New York Times[11].

Réception en France

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Le travail de Franco Fontana a fait l'objet d'une réception suivie en France. Il a collaboré avec le Centre Pompidou et avec le ministère français de la Culture[11], et participé en 2003 à l'exposition Portrait d'une collection présentée à Arles[8].

Le musée de la photographie Charles-Nègre de Nice, qui conserve plusieurs de ses tirages, lui a consacré en 2018 l'exposition Horizons[17]. L'Institut culturel italien de Strasbourg a présenté un ensemble intitulé Le paysage italien[10].

Plusieurs des ouvrages qui lui ont été consacrés ont paru chez des éditeurs français[11].

Collections

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Les œuvres de Franco Fontana figurent dans plus de cinquante collections publiques, parmi lesquelles le Museum of Modern Art de New York, le Victoria and Albert Museum de Londres, le Kunsthaus de Zurich, le musée Pouchkine de Moscou et la Galerie municipale d'art moderne et contemporain de Turin[7].

  • Le fonds Franco-Fontana, constitué à partir d'une donation faite par le photographe à la ville de Modène en 1991 puis enrichi année après année, réunit plusieurs milliers de photographies, les siennes comme celles d'autres photographes italiens et étrangers[1].
Liste non exhaustive

Expositions

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  • En 2011, Franco Fontana est invité à la Biennale d'Alexandrie avec le projet Vita Nova et figure au pavillon italien de la Biennale de Venise, dans la sélection de Vittorio Sgarbi[8].
  • À l'occasion de ses 90 ans a lieu à Modène un colloque, Franco 90. La storia, la fotografia, le collaborazioni, puis, en 2024, à l'exposition Modena dentro, qui confronte ses photographies à des œuvres d'artistes qui lui étaient proches, parmi lesquels Mimmo Rotella, Christo, Jannis Kounellis et Michelangelo Pistoletto[7].
  • Entre 2024 et 2025, Franco Fontana : Rétrospective, première grande exposition rétrospective qui retrace toute la carrière artistique du photographe de Modène, présentant plus de 200 photographies de ce pionnier de la photographie en couleur, considéré comme un précurseur dans un monde photographique en noir et blanc, musée de l'Ara Pacis, Rome, du au [23],[24]

Publications

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  • (it) Franco Fontana, Modena una città, .
  • 1978 : Skyline, éditions Contrejour / Punto e Virgola

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 (it) « È morto il fotografo Franco Fontana », sur Gazzetta di Modena, (consulté le ).
  2. (it) « È morto Franco Fontana : addio a uno dei più grandi maestri italiani della fotografia », sur Il Resto del Carlino, (consulté le ).
  3. 1 2 3 4 5 (it) « Morto Franco Fontana, il fotografo che trasformò il colore in un linguaggio », sur Il Giornale, (consulté le ).
  4. 1 2 3 4 (it) « È morto Franco Fontana, il grande fotografo modenese che reinventò il colore », sur 24Emilia, (consulté le ).
  5. 1 2 3 4 (it) Fausto Raschiatore, « Franco Fontana », sur Agorà di Cult, Federazione Italiana Associazioni Fotografiche, (consulté le ).
  6. (en) « Franco Fontana », sur Artsper (consulté le ).
  7. 1 2 3 4 (it) « Si è spento a 92 anni il fotografo Franco Fontana, maestro indiscusso del colore », sur ModenaToday, (consulté le ).
  8. 1 2 3 4 5 6 7 « Fontana Franco », sur Grands photographes du XXe siècle (consulté le ).
  9. « Photo : 5 choses à savoir sur Franco Fontana », sur Gralon, (consulté le ).
  10. 1 2 3 « Franco Fontana. Le paysage italien. Photographies », sur Institut culturel italien de Strasbourg (consulté le ).
  11. 1 2 3 4 5 (it) Antonio Giovannini, « Morto Franco Fontana, maestro della fotografia e del colore », sur ANSA, (consulté le ).
  12. 1 2 3 « Rétrospective Franco Fontana : itinéraire d'un photographe prolifique et influent », sur Lepetitjournal.com Rome, (consulté le ).
  13. (it) « Franco Fontana, addio al fotografo maestro del colore: aveva 92 anni », sur Corriere della Sera, (consulté le ).
  14. (it) Michele Smargiassi, « È morto Franco Fontana, il fotografo domatore dell’arcobaleno », sur la Repubblica, (consulté le ).
  15. (it) « Fontana Sig. Franco. Commendatore Ordine al Merito della Repubblica Italiana », sur Presidenza della Repubblica Italiana, .
  16. 1 2 « Franco Fontana, maître de la couleur urbaine », sur Acumen, (consulté le ).
  17. 1 2 « Franco Fontana, Horizons », sur Musée de la Photographie Charles Nègre, Ville de Nice (consulté le ).
  18. 1 2 3 (it) « Franco Fontana, il fotografo per cui il mondo era un quadro astratto a colori », sur Editorialedomani.it, (consulté le ).
  19. (it) « Franco Fontana : una metafisica a colori », sur Il Fatto Quotidiano, (consulté le ).
  20. (it) « Franco Fontana : colore e paesaggio », sur Tuttomondo News, (consulté le ).
  21. 1 2 (it) « Franco Fontana — notice biographique », sur 1stDibs (consulté le ).
  22. (it) « Morto a Modena Franco Fontana, maestro della fotografia e del colore », sur ANSA, (consulté le ).
  23. (it) Présentation de l'exposition sur le site du musée
  24. Jean-Luc Monterosso, Museo dell’Ara Pacis : Franco Fontana : Rétrospective, in L'Œil de la Photographie, 10 janvier 2025

Voir aussi

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