Frank Furness
Frank Heyling Furness ( - ) est un architecte américain majeur de l'ère victorienne. Basé à Philadelphie, il a conçu plus de 600 bâtiments, principalement dans sa région d'origine. Il est reconnu pour son style «musclé», ses jeux d'échelles audacieux et son influence déterminante sur l'architecte Louis Sullivan, faisant de lui l'un des précurseurs du modernisme américain.
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Cimetière de Laurel Hill (en) |
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William Henry Furness (en) |
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American Institute of Architects AIA Philadelphia (d) |
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Captain (en) |
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En dehors de sa carrière artistique, Furness est également un héros de la guerre de Sécession, titulaire de la Medal of Honor pour sa bravoure au combat.
Fils du pasteur abolitionniste William Henry Furness, il appartient à une lignée d'intellectuels de Philadelphie. Bien que son style audacieux soit tombé en disgrâce à la fin de sa vie, entraînant la démolition de plusieurs de ses chefs-d'oeuvre au XXe siècle, son travail a été redécouvert et réhabilité par les critiques et architectes de l'après-guerre, notamment par Robert Venturi. Ses oeuvres subsistantes les plus célèbres incluent la bibliothèque de l'université de Pennsylvanie (aujourd'hui la Fisher Fine Arts Library) et la Pennsylvania Academy of the Fine Arts. Bien que formé par Richard Morris Hunt, pionnier de l'influence de l'Ecole des beaux-arts aux Etats-Unis, Furness s'est rapidement distingué par un rejet de l'académisme européen. Il a développé un langage architectural propre, fusionnant l'esthétique gothique victorienne avec la puissance de la culture industrielle américaine de l'après-guerre de Secession.
Biographie
modifierJeunesse et environnement familial
modifierFrank Furness naît à Philadelphie le 12 novembre 1839. Il grandit au sein d'une famille éminente de l'élite intellectuelle de la ville. Son père, William Henry Furness, est un célèbre pasteur unitarien et un abolitionniste de premier plan. Son frère, Horace Howard Furness, deviendra l'un des plus grands érudits de l'oeuvre de Shakespeare aux Etats-Unis. Ce cadre familial influence son réseau et sa future clientèle, issue principalement de la haute bourgeoisie de Philadelphie.
Apprentissage et influence
modifierContrairement à beaucoup d'architectes fortunés de son époque, Furness ne suit pas de cursus universitaire et ne réalise pas de voyage d'étude en Europe. Il commence sa formation dans les années 1850 au sein de l'agence de John Fraser à Philadelphie.
Entre 1859 et 1861, puis en 1865 après son service militaire, il rejoint l'atelier de Richard Morris Hunt à New York. Hunt, premier Américain diplômé de l'Ecole des beaux-arts de Paris, lui transmet une rigeur technique et une élégance française. Cependant, Furness s'éloigne vite de l'académisme pur pour se passionner pour les écrits du théoricien français Viollet-le-Duc (sur l'honnêteté structurelle) et du critique britannique John Ruskin (sur l'ornementation et l'esthétique gothique). De ce mélange entre rigeur française et romantisme gothique naîtra son style unique.
Service militaire et Medal of honor
modifierDurant la guerre de Sécession, Frank Furness s'engage dans la cavalerie des Rush's Lancers (6th Pennsylvainia Volunteer Cavalry). Il y sert comme capitaine et commandant de la Compagnie F.
Le 12 juin 1864, lors de la bataille de Trevilian Station en Virginie, il accomplit un acte de bravoure exceptionnel. Alors qu'un avant-poste est sur le point de tomber à court de munitions, Furness traverse volontairement à découvert un terrain balayé par le feu nourri de l'ennemi pour leur livrer une caisse de munitions. Grâce à ce ravitaillement, l'avant-poste parvient à tenir sa position. Pour cet acte d'héroisme, il reçoit la Medal of Honor (la plus haute distinction militaire américaine) en 1899.
Vingt-cinq ans plus tard, il concevra lui-même le monument dédié à son régiment sur le champ de bataille de Gettysburg. Le monument est un bloc de granit massif entouré de lance en bronze, capturant une impression de puissance brute et de tension dramatique propre à son style.
Citation de la Medal of Honor : «Le président des Etats-Unis d'Amérique, au nom du Congrès, a le plaisir de remettre la Médal of Honor au Capitaine Frank Furness, de l'armée des Etats-Unis, pour son héroisme extraordinaire le 12 juin 1864 [...]. Le Capitaine Furness a transporté volontairement une caisse de munitions à travers un espace ouvert balayé par le feu ennemi pour secourir un avant-poste dont les munitions étaient presque épuisées, ce qui lui a permis de maintenir sa position cruciale.»[1].
Carrière
modifierLa première commande de Furness, l'église unitarienne de Germantown (1866-1867), est un effort en solo. En 1867, il s'associe à John Fraser, son ancien maître, et Georges Hewitt. Ensemble, ils réalisent des projets d'envergure comme la synagogue Rodef Shalom (1868-1869,démolie) ou l'église luthérienne de la Sainte-Communion (1870-1875,démolie). En 1897, Furness conçoit une extension pour le bâtiment de 1869 de la Philadelphia Savings Fund Society (PSFS), aujourd'hui intégrée au complexe d'appartement de luxe de The St.James dans le quartier de Washington Square[2].
A la suite du départ de Fraser pour Washington D.C., où il devient architecte superviseur pour le département du Trésor des Etats-Unis, les deux plus jeunes associés (Furness et Hewitt) forment un nouveau partenariat en 1871. Ils remportent rapidement le concours pour la Pennsylvania Academy of the Fine Arts (1871-1876). Louis Sullivan travailla brièvement comme dessinateur pour l'agence Furness and Hewitt (juin-novembre 1873), et son utilisation ultérieure de motifs décoratifs organiques peut être retracée, du moins en partie, à l'influence de Furness.
Au début de l'année 1876, Furness rompt son association avec Hewitt et le cabinet ne porte que son nom. Hewitt et son frère William fondent alors leur propre agence, G.W and W.D Hewitt, devenant les principaux concurrents de Furness. En 1881, Furness promeut son dessinateur en chef, Allen Evans, au rang d'associé (Furness and Evans). En 1886, il fait de même pour quatre autres employés de longue date. Le cabinet continue d'exercer sous le nom de Furness, Evans and Company jusqu'en 1932, soit deux décennies après la mort de son fondateur[3].
Furness est l'un des architectes les mieux payés de son époque et l'un des fondateurs du chapitre de Philadelphie de l'American Institute of Architecture (AIA). Au cours de ses 45 ans de carrière, il conçoit plus de 600 bâtiments, dont des banques, des immeubles de bureaux, des églises et des synagogues.
Près d'un tiers de ses commandes proviennent de compagnies ferroviaires. En tant qu'architecte en chef du Reading Railroad, il conçoit environ 130 gares et bâtiments industriels. Pour la Pennsylvania Railroad, il réalise plus de 20 structures, dont la monumentale Broad Street Station (démolie en 1953) à Philadelphie. Ses 40 gares pour le Baltimore and Ohio Railroad incluent l'ingénieuse 24th Street Station (démolie en 1963). Ses réalisations résidentielles comprennent de nombreux manoirs à Philadelphie et dans sa banlieue (Notamment la Main Line), ainsi que des maisons de villégiature sur la cote du New Jersey, à Newport, Bar Harbor, Washington D.C., dans l'Etat de New York et à Chicago.
Furness rompt avec l'adhésion dogmatique aux tendances européennes et juxtapose les styles et les éléments de manière vigoureuse. Sa forte volonté architecturale s'exprime dans la manière peu orthodoxe dont il combine les matériaux, souvent par des méthodes innovantes ou technologiquement avancées, reflète la culture industriel-réaliste de Philadelphie durant la période de l'après-guerre de Sécession.
Beaucoup de ses bâtiments, considérés comme démodés, ont été détruits au XXe siècle. Il est un des représentants les plus célèbres de l'éclectisme en architecture, et a influencé des pionniers du mouvement moderne comme H. Sullivan.
Design d'intérieur et mobilier
modifierFrank Furness concevait lui-même le mobilier sur mesure pour un grand nombre de ses premières résidences et bâtiments. L'une de ses commandes les plus remarquables fut, en 1870-71, le réaménagement intérieur de la maison de son frère aîné, Horace Howard Furness, à Philadelphie.
Le travail réalisé pour la bibliothèque d'Horace comprenait des bibliothèques élaborées de style Néo-Grec, un reliquaire pour un masque mortuaire (présumé) de William Shakespeare, ainsi qu'un bureau Néo-Grec aujourd'hui exposé au Philadelphia Museum of Art. Ces pièces sont documentées par des dessins dans les carnets de croquis de Furness et par une lettre de son frère précisant: «Ces bibliothèques ont été mises en place ce jour même, le 18 février 1871. Elles ont été conçues par le Capitaine Frank Furness et fabriquées par Daniel Pabst...»[4].
En 1873, Furness conçoit les intérieurs et le mobilier de la maison de Theodore Roosevelt Sr. à Manhattan (père du futur président). Bien que la maison ait été démolie, une partie du mobilier Furness/Pabst a survécu et est conservée au Metropolitan Museum of Art de New York ainsi qu'au High Museum of Art d'Atlanta[5].
Il a également dessiné les bibliothèques, une suite de tables et des fauteuils pour la salle du conseil de la Pennsylvania Academy of the Fine Arts, dont la fabrication est également attribuée à Pabst. L'un de ces fauteils est aujourd'hui conservé au Victoria and Albert Museum à Londres[6].
Redécouverte et Héritage
modifierAprès des décennies de négligence, durant lesquelles bon nombre de ses bâtiments les plus importants furent démolis, un regain d'intérêt pour l'oeuvre de Furness apparaît au milieu du XXe siècle. Le critique Lewis Mumford, retraçant les forces créatrices ayant influencé Louis Sullivan et Frank Lloyd Wright, écrit dès 1931 dans The Brown Decades: «Frank Furness était le créateur d'une architecture audacieuse, sans complexe, laide et pourtant, d'une certaine manière, sainement féconde.»[7].
L'historien de l'architecture Henry-Russell Hitchcock, dans son étude de 1963, voit de la beauté dans cette «laideur»: «D'une qualité exceptionnelle est l'oeuvre intensément personnelle de Frank Furness [...] La vitalité et l'originalité de Furness signifiaient plus pour Sullivan que ce qu'on lui enseignait au MIT ou, plus tard, à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris.»
L'influence sur le postmodernisme
modifierL'architecte et théoricien Robert Venturi, dans son ouvrage fondateur Complexité et contradiction en architecture (1966), analyse avec admiration la Banque Nationale de la République (aujourd'hui démolie): «La façade sur rue peut offrir un type de contradiction juxtaposée essentiellement bidimensionnelle.[...] C'est une nouvelle presque démente d'un château au milieu d'une rue de ville.»
L'indépendance de Furness et son style «gothique victorien moderniste» ont profondément inspiré les architectes du XXe siècle basés à Philadelphie, comme Louis Kahn et Robert Venturi, qui visitaient régulièrement ses bâtiments subsistants pour y puiser des leçons de conception.
Hommages posthumes
modifierEn 1969, à l'occasion de son centenaire, le chapitre de Philadelphie de l'American Institute of Architects (AIA) a rendu hommage à Furness en le qualifiant de «grand architecte du passé», saluant son courage à concevoir des bâtiments libres de l'académisme victorien et sa capacité à façonner le fer et le béton avec une compréhension sensible unique pour son époque.
Réalisations
modifierNotes et références
modifier- ↑ (en-US) « Frank Furness », sur Hall of Valor: Medal of Honor, Silver Star, U.S. Military Awards (consulté le )
- ↑ (en) « Philadelphia to Get Its Tallest Apartment Building », The New York Times, (lire en ligne [archive du ]
, consulté le ) - ↑ James F. O'Gorman, George E. Thomas & Hyman Myers, The Architecture of Frank Furness (Philadelphia Museum of Art, 1973), pp. 200–03.
- ↑ Quoted in David Hanks, "Daniel Pabst," Nineteenth Century Furniture: Innovation, Revival, and Reform (New York: Art & Antiques, 1982), p. 43.
- ↑ « http://www.high.org/Art/Permanent-Collection/CollectionDetails.aspx?deptName=Decorative%20Arts%20and%20Design&objNum=1983.198&pageNumber=1#.VJOZBqc4 » [archive du ], sur www.high.org (consulté le )
- ↑ Frank Furness, Armchair, 1871-1876 (lire en ligne)
- ↑ Lewis Mumford, The Brown Decades: A Study of Arts in America 1865–1895 (New York: 1931), p. 144.