Françoise Gange
Françoise Gange, née Monique Françoise Antoinette Lieutier le à Le Cannet et morte le à Forcalquier[1], est une philosophe et écrivaine française.
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Nom de naissance |
Monique Françoise Antoinette Lieutier |
| Nationalité | |
| Activités |
Biographie
modifierNée au Cannet en 1944, Françoise Lieutier est philosophe de formation, diplômée de la faculté de Nice. Elle est d'abord enseignante en philosophie dans le sud de la France, puis en Afrique de l’Ouest où elle enseigne pendant sept ans aux lycées français de Ouagadougou (Haute-Volta) et d'Abidjan (Côte d'Ivoire). Elle rentre en France pour enseigner au lycée Clemenceau, à Nantes. C'est ici qu'elle mettra un terme à sa carrière d'enseignante en 1982, une grave maladie l'incitant à quitter l'enseignement pour se consacrer à sa vraie passion, l'écriture, sous le nom de Françoise Gange.
Egalement titulaire d’une maîtrise de sociologie obtenue à l'Université Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan, Françoise Gange a travaillé pour le ministère du Plan et du Développement Ivoirien, au projet d’implantation de « Villages-centres » et à différentes enquêtes concernant les attitudes des paysans ivoiriens face au développement.
Son premier roman, Amina (1984)[2] retrace l'itinéraire d'une jeune fille peule confrontée, en milieu urbain, à la violence sociale et à la perte de ses repères traditionnels.
Son second roman, La ville plus basse que la mer (1988), reprend le mythe de la ville d'Ys. Françoise Gange y relate la conquête chrétienne de la Bretagne par Guénolé, conquête nécessitant l'effacement et la diabolisation des us et coutumes de la ville basse d'Ys sur laquelle règne la déesse Malgven, figure féminine de l'Autre Monde. À travers son roman, Gange aborde la manière dont l'église entretient la phobie du corps vivant, par opposition aux anciens cultes païens qui le magnifient. Ce roman constituera l'amorce de ses essais ultérieurs consacrés au renversement historique des représentations du féminin, passant d'une figure sacralisée de la Déesse-Mère à une figure progressivement démonisée sous l'ordre patriarcal.
Réceptions et contributions académiques
modifierLa thèse de Françoise Gange sur l'occultation historique d'un ordre matriarcal originel, développée dans Les Dieux menteurs (1998), a été reprise par les hellénistes Marie-Ange Bartholomot et Patrice Cambronne dans leur article universitaire « Une Mémoire brouillée : des Érinyes aux Euménides », parue dans l'ouvrage collectif Le Temps de la mémoire : le flux, la rupture, l'empreinte (Presses universitaires de Bordeaux, 2006)[3]. Les auteurs s'appuient sur le travail de recherche de Françoise Gange — associée à celui de Régis Boyer sur la Grande Déesse nordique — pour analyser, dans L'Orestie d'Eschyle, la transformation des Érinyes, figures vengeresses liées à la lignée maternelle, en Euménides, divinités intégrées à l'ordre patriarcal de la cité athénienne.
Françoise Gange a contribué à l'ouvrage collectif bilingue franco-espagnol, La femme existe-t-elle ? ¿Existe la mujer?, dirigé par la chercheuse Michèle Ramond et publié avec le concours du Conseil scientifique de l'Université de Paris 8 et de l'équipe de recherche EA 3055 TRAVERSES. Son article, « L'inversion des représentations du féminin à travers les mythes »[4], y ouvre la première partie et reprend la thèse développée dans Les Dieux menteurs (1998). S'appuyant principalement sur les mythes de Sumer, Gange analyse la manière dont des récits tels que la Descente d'Inanna aux Enfers ou l’Épopée de Gilgamesh comportent des strates rédactionnelles superposées : une strate originelle valorisant la Déesse, recouverte par une strate patriarcale postérieure qui la transforme en figure menaçante à vaincre. Elle décrit un schéma récurrent selon lequel la Déesse, initialement unique souveraine du panthéon, devient successivement « Mère des Dieux », puis « sœur », puis « épouse », puis « fille » des dieux masculins, avant de disparaître — aboutissement qu'elle voit accompli dans le monothéisme biblique.
Publications
modifier- 1984 : Amina, roman, éditions Denoël, Paris, 176 pages (ISBN 978-2-207-23029-9)
- 1988 : La ville plus basse que la mer, roman, éditions Flammarion, Paris, 253 pages (ISBN 978-2-08-066120-3)
- 1992 : Le goût du rhum blanc, roman, éditions Flammarion, Paris, 283 pages (ISBN 978-2-08-066573-7)
- 1998 : Les Dieux menteurs. Notre mémoire ensevelie : l'humanité aux temps de la Déesse, essai, éditions Indigo & Côté-Femmes, Paris, 412 pages (ISBN 978-2-911571-38-1)
- 2001 : Jésus et les femmes, essai, éditions La Renaissance du livre, Tournai, 436 pages (ISBN 978-2-8046-0460-8)
- 2002 : Les Dieux menteurs. Notre mémoire ensevelie : l'humanité aux temps de la Déesse, essai, éditions La Renaissance du livre, Tournai, 492 pages (réédition) (ISBN 978-2-8046-0594-0)
- 2004 : Le Mythe d'Europe dans la grande histoire. Du mythe au continent, essai, éditions La Renaissance du livre, Tournai, 215 pages
- 2005 : Jésus et les femmes, essai, éditions Alphée, Monaco, 363 pages (réédition) (ISBN 978-2-7538-0059-5)
- 2006 : Avant les Dieux, la Mère universelle, essai, éditions Alphée, Monaco, 442 pages (ISBN 978-2-7538-0176-9)
- 2007 : Le viol d'Europe, ou le féminin bafoué, essai, éditions Alphée, Monaco, 232 pages (édition revue et augmentée de l'édition 2004) (ISBN 978-2-7538-0208-7)
Notes et références
modifier- ↑ matchID Fichier des décès , sur deces.matchid.io
- ↑ Amina de Françoise Gange, sur persee.fr
- ↑ Marie-Ange Bartholomot, « Le Temps de la mémoire : le flux, la rupture, l’empreinte », Presses Universitaires de Bordeaux, publié sur openedition books le 16 juin 2020 (publication en 2006), p. 35-66 (lire en ligne)
- ↑ Françoise Gange, « L’inversion des représentations du féminin à travers les mythes. (dans Première partie : Spoliée, stéréotypée, renaissante) », dans Michèle Ramond, La femme existe-t-elle ? ¿Existe la mujer?, México, París, RILMA 2, , 381 p. (ISBN 970-94583-3-7, lire en ligne), p. 21-30
Liens externes
modifier- Élaine Audet, « Françoise Gange et la mémoire ensevelie des femmes », sisyphe.org, 2006.
- [vidéo] Entretien avec Edmond Blattchen pour l'émission Noms de Dieux diffusée en 2007 sur La Trois (Belgique).
