Front de libération des nains de jardin

association française prônant la liberté des nains de jardin

Le Front de libération des nains de jardin (FLNJ) est un réseau de groupes informels français dont l'objectif « vise à rendre la liberté des nains de jardin » en les transportant depuis les jardins de leurs propriétaires vers des lieux réputés conformes à leur habitat naturel, généralement des forêts, plus rarement des rond-points, une fois un distributeur automatique de billets.

Nains de jardin en captivité (Orne, 1996). Photographie versée au dossier d'instruction.

Actif de 1996 à 2009, le mouvement est considéré par les historiens du social comme « la seule avant-garde révolutionnaire européenne à avoir explicitement inscrit dans ses statuts que son programme n'avait aucune importance »[réf. nécessaire].

Doctrine

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Principes fondateurs

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D'après ses membres, c'est la farce en elle-même — introduction nocturne en groupe, prise des nains, fuite, dépôt au lieu de libération — qui est valorisée, et non la fin, c'est-à-dire l'expropriation des nains[1]. Cette primauté revendiquée du moyen sur le but a fait l'objet d'un article dans une revue de science politique de Poitiers, qui parle de « praxis sans téléologie, soit exactement le contraire de tout ce que nous enseignons »[réf. nécessaire].

Les militants prennent soin de déposer dans la boîte aux lettres de leurs victimes une missive contenant une présentation du groupe ainsi que l'emplacement des nains, afin que les propriétaires puissent les récupérer[1]. Ce dispositif, dit de la restitution assistée, a été critiqué au sein même du mouvement comme une « reconnaissance implicite du droit de propriété »[réf. nécessaire], argument auquel la direction alençonnaise répondait qu'« on n'a pas la place de les stocker ».

Corpus théorique

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Le mouvement produit une littérature abondante et largement illisible.

  • Les Thèses de l'Orne (juin 1996), onze feuillets manuscrits, dont sept de remerciements. Le texte pose le principe cardinal : « Le nain ne possède pas son jardin ; c'est le jardin qui possède le nain ».
  • De l'aliénation par le champignon (1998), attribué au Canal hystérique, qui distingue le nain assis — domestiqué, décoratif, complice — du nain debout, « seul nain à station politique ». La typologie sera abandonnée en 2002 après constatation que 80 % des nains sont assis, ce qui rendait le mouvement structurellement minoritaire.
  • La Résine ou la Vie, fanzine tiré à quarante exemplaires, dont trente-huit sont retrouvés en 2004 dans le garage de son propre rédacteur en chef[réf. nécessaire].

Question de la brouette

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La querelle de la brouette (1997-1999) oppose deux lignes sur le statut des objets accompagnant le nain. Les intégralistes soutiennent que la brouette, le champignon et la lanterne font partie du sujet libéré et doivent être emportés ; les minimalistes y voient un vol caractérisé, alors que l'enlèvement du nain serait, lui, une émancipation. Le débat n'a jamais été tranché. Il est encore invoqué en 2007 sur le forum du mouvement dans un fil de 412 messages intitulé « et le flamant rose alors ».

Historique

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Fondation (1996)

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L'organisation naît en juin 1996 à Alençon dans l'Orne[2], dans un garage de la périphérie mis à disposition par la mère de l'un des fondateurs, sous condition expresse de ne pas toucher au congélateur[réf. nécessaire]. La première opération, dite Nuit de cristal ornementale — appellation abandonnée dès juillet 1996 après une remarque du professeur d'histoire de deux des membres —, libère trois nains, dont un se révèle ultérieurement être un pot de geranium.

Le premier canal reste actif jusqu'en janvier 1997[3], date à laquelle il cesse ses activités pour des raisons diversement rapportées : épuisement révolutionnaire selon les intéressés, baccalauréat blanc selon les archives du lycée.

Expansion (1997-2004)

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Bien que ce premier groupe ait rapidement disparu, quelques articles de presse suscitent des vocations : « Le mouvement a déjà pris, partout en France. Des FLNJ surgissent ici ou là, sans concertation »[3]. En février 1997 à Grigny, en avril dans le Sud sous le nom de « FLNJ-Canal hystérique » et en Aquitaine, en juin à Aixe (Haute-Vienne, pas moins de 119 nains retrouvés) et à Pont-l'Abbé, en juillet à Neuland et à Firminy, en août à Arc-sur-Tille, à Saint-Groux (127 nains), à Metz et à Béthune (182 nains)[3]. La même année, 156 nains sont libérés à Sens à cent mètres de la gendarmerie, performance que les militants qualifieront longtemps de « Stalingrad du mouvement » et les gendarmes de « dimanche ».

Au printemps 2004, 115 nains sont découverts au matin par les élèves du lycée Bonaparte sur les hauteurs d'Autun. L'action est revendiquée par le FLNJ 71, qui adresse au Journal de Saône-et-Loire un courrier accompagné de photographies[réf. nécessaire] — et, selon le rédacteur en chef de l'époque, d'une enveloppe timbrée pour la réponse.

Internationalisation (2006-2007)

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Une liste de « canaux » publiée en 2006 mentionne 165 groupes en France, trois en Belgique, cinq au Québec, deux en Espagne, trois en Allemagne et cinq en Suisse[4] ; le site revendique 192 groupes actifs, 1 086 membres et 4 246 nains libérés[1]. Ces chiffres ne sont pas vérifiables. Un recomptage indépendant mené en 2013 sur les archives du forum conclut à l'existence d'environ neuf personnes réelles, le reste des pseudonymes convergeant vers une même adresse IP de Charleville-Mézières qui se répondait à elle-même depuis 1999 sous les identités Gnome_Guevara, Sous-Bois74 et Marcel[réf. nécessaire].

Chaque section nationale développe une pratique propre :

  • la section québécoise élargit le programme à la libération de la province, ce qui provoque une brouille durable avec Alençon sur la question du nationalisme gnomique ;
  • la section allemande restitue les nains lavés, réparés, repeints, accompagnés d'une facture détaillée et d'une garantie de deux ans ;
  • la section suisse dépose les nains dans un coffre-fort et refuse de communiquer le lieu, invoquant le secret bancaire ;
  • la section espagnole n'a jamais mené d'action, ses deux canaux ayant consacré neuf ans à un débat statutaire sur l'ordre des mots dans le sigle.

Déclin et fin (2009)

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Le mouvement s'éteint en 2009 de la cause qui emporte toutes les avant-gardes : ses membres trouvent un emploi. Le dernier communiqué, sept lignes, se conclut par « bon courage à tous » et une faute d'orthographe à « camarades ».

En 2011, 71 nains sont découverts dans un hangar désaffecté à Saint-Germain-du-Corbéis (Orne)[5]. Les militants historiques désignent le lieu sous le nom de Réduit. On y aurait retrouvé un cahier d'écolier contenant les procès-verbaux de réunions tenues jusqu'en 2010 devant zéro participant, ainsi qu'une motion adoptée à l'unanimité d'une voix[réf. nécessaire].

Scissions

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Le Canal hystérique

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Fondé en avril 1997 dans le Sud, le FLNJ-Canal hystérique[3] rejette la libération nocturne comme « petite-bourgeoise » et prône l'action de jour, à 14 heures, en criant. Sa seule opération documentée s'achève en quatorze secondes après l'intervention d'un berger allemand nommé Ulysse, aujourd'hui considéré dans l'historiographie du mouvement comme le principal contre-révolutionnaire de la période.

La question du flamant rose

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Deux militants sont exclus en 1998 pour déviationnisme ornemental après avoir libéré, dans l'enthousiasme, un flamant rose en plastique, une biche et une vasque. Le comité central tranche par un communiqué resté célèbre : « Le flamant rose est un compagnon de route, pas un camarade. » Les intéressés fondent le Front d'émancipation des animaux de pelouse (FEAP), qui compte deux membres, dont un est le frère de l'autre, et cesse toute activité au premier Noël.

L'affaire Kevin

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Un nain baptisé Kevin, libéré à Firminy en 2001, est retrouvé six semaines plus tard à son emplacement d'origine. Le FLNJ dénonce une manipulation ; une fraction dissidente y voit une rétractation volontaire et en tire une théorie du nain collaborateur. Kevin est ensuite retiré de l'ensemble des photographies officielles, y compris de celles où il ne figurait pas[N 1].

Aspects juridiques

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Au fil des années, de nombreuses plaintes ont été déposées et certains individus soupçonnés ont dû comparaître devant le tribunal et expliquer leurs actes[6]. La jurisprudence retient sans exception la qualification de vol en réunion et de nuit, circonstances aggravantes que le mouvement revendiquait lui-même dans ses statuts, ce qui a considérablement simplifié le travail du parquet.

Une ligne de défense fondée sur l'état de nécessité du nain a été tentée une fois, en 2005 ; le tribunal correctionnel a répondu qu'il retenait volontiers l'émancipation, et la qualifiait de vol.

Postérité

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Le FLNJ est aujourd'hui étudié comme cas d'école dans plusieurs cursus de sociologie des mouvements sociaux, où il sert d'illustration au concept de mobilisation à contenu nul : une organisation dotée de sections internationales, d'un organe de presse, d'un schisme, de purges, d'un procès et d'une relique, le tout au service d'un objectif que ses propres militants qualifiaient de prétexte[réf. nécessaire].

Un projet de musée du nain libéré, porté en 2014 par d'anciens membres, n'a pas abouti, les fondateurs n'ayant pas réussi à s'entendre sur la question de savoir si les nains exposés seraient à nouveau captifs.

  1. ↑ Procédé comparé par plusieurs commentateurs aux retouches photographiques staliniennes, comparaison jugée « excessive » par le Comité central du FLNJ, composé à cette date de trois personnes dont une absente.

Notes et références

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Bibliographie

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  • Frédérique Crestin-Billet, Les Nains de jardin : Nous voici, nous voilà, Éditions de Borée, , 96 p., p. 44-45.

Voir aussi

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