Frontière entre la Chine et le Népal

divise les territoires de la Chine et le Népal

La frontière entre la Chine et le Népal est la frontière séparant la région autonome du Tibet, en Chine, et le Népal. Longue de 1 389 km, elle adopte un tracé nord-ouest - sud-est, le long de la chaîne himalayenne, et passe notamment par l'Everest, la plus haute montagne du monde[1]. C'est l'une des deux seules frontières du Népal, l'autre étant la frontière indo-népalaise

Frontière entre la Chine et le Népal
Image illustrative de l’article Frontière entre la Chine et le Népal
Caractéristiques
Délimite Drapeau de la République populaire de Chine Chine
Drapeau du Népal Népal
Longueur totale 1 236 km
Historique
Création

La frontière a considérablement évolué au cours de l'histoire, notamment si l'on considère des événements tels que l'annexion du Tibet par la Chine en 1951. Parmi les changements les plus significatifs du XXe siècle figurent la signature de l'« Accord sur le maintien de relations amicales entre la République populaire de Chine et le Royaume du Népal » signé en 1956 et le traité de paix et d'amitié sino-népalais de 1960. Ces accords reconnaissent formellement le Tibet comme faisant partie intégrante de la Chine et confirment les limites entre Chine et Népal telles qu'elles existent de nos jours[2],[3].

Description

modifier

La frontière débute à l'ouest, près du col de Tinkar (en), dans la province népalaise de Sudurpashchim. L’article 1 du traité frontalier de 1961 définit ce point comme l'endroit « où la ligne de partage des eaux entre la rivière Kali et la rivière Tinkar rencontre la ligne de partage des eaux entre les affluents de la rivière Mapchu (Karnali) d’une part et la rivière Tinkar d’autre part »[4]. Ce point correspond à la tête de vallée du Tinkar, dans la région de Byans (en) située au sein du district de Darchula. La région de Byans faisait historiquement partie du Kumaon (en) et a été divisée entre Inde britannique et le Népal par le traité de Sugauli (1816), les villages de Chhangru et Tinkar étant transférés au Népal[5]. La borne frontière no 1 de la frontière Chine-Népal a été placé à cet endroit.

La frontière se dirige ensuite vers le sud-est jusqu'au col d'Urai, puis vers le nord-est, en empruntant brièvement la rivière Karnali, avant de bifurquer vers le sud-est au col de Lapche. Elle poursuit ensuite dans cette direction générale, traversant plusieurs crêtes de la chaîne himalayenne, notamment l'Everest, le Makalu et le Salasungo (en)[6]. La frontière s'achève par un tripoint oriental avec l'Inde sur le pic Jongsong[6].

Histoire

modifier

Cette région frontalière est historiquement située aux confins de divers royaumes népalais, indiens et tibétains qui se sont succédé dans la région. Un commerce transfrontalier entre Népalais et Tibétains s'y tient depuis des siècles, notamment en ce qui concerne la laine, le thé, les épices et le sel[7],[8]. Bien que divers traités népalo-tibétains ont été signés aux XVIIIe et XIXe siècles, ceux-ci ont concerné la propriété de territoires définis en termes vagues plutôt que la délimitation d'une frontière précise[6].

Dans le secteur occidental de la frontière, les Byangsi (en) de la vallée de Tinkar (en) et de la vallée de Kuthi (en) commerçaient avec la localité tibétaine de Taklakot via le col de Tinkar et Lipulekh (en). Suite à la guerre sino-indienne de 1962, l'Inde a fermé le col de Lipu Lekh et le commerce des Byansi s'est reporté vers le col de Tinkar, côté népalais, jusqu'à ce que Lipu Lekh soit partiellement rouvert en 1992[9].

En 1950-1951, la République populaire de Chine a annexé le Tibet et a hérité d'une situation assez complexe concernant cette frontière[6]. Le 21 mars 1960, un traité frontalier a été signé, reconnaissant la « ligne coutumière traditionnelle ». Cet accord a donné naissance à une commission mixte de délimitation des frontières visant à fixer une limite plus précise entre les deux États[6]. Une fois ces travaux terminés, un traité frontalier définitif a été signé le . La frontière a ensuite été délimitée sur le terrain par des bornes, et un protocole final a été signé le 23 janvier 1963[6].

Le gouvernement népalais tend à nier ou minimiser tout différend territorial avec la Chine par crainte de perdre des avantages économiques[10]. En 2021, le gouvernement népalais a documenté les violations de ses frontières par la Chine, mais a par la suite censuré le rapport[10].

Différends frontaliers

modifier

Le tripoint Chine-Népal-Inde fait lobjet de contestations entre Inde et Népal depuis les années 1990, dans la cadre du contentieux concernant le territoire de Kalapani, administré par l'Inde et revendiqué par le Népal. En 2015, le parlement népalais s'est opposé à un accord Inde - Chine concernant du commerce transfrontalier via le col Lipulekh (en), déclarant que cela « viole la souveraineté népalaise sur ce territoire disputé »[11]. Après que le premier ministre indien Narendra Modi a visité la Chine en 2015, l'Inde et la Chine se sont accordé sur l'ouverture d'un poste-frontière à Lipulekh, ce qui a soulevé des objections au Népal[12],[13].

L'Inde soutient que le tripoint se situe au niveau du col de Tinkar (en), conformément à la description du bassin versant entre les rivières Kali et Tinkar annexée au traité de 1961. La carte politique du Népal de 2020 intègre Kalapani, Lipulekh (en) et Limpiyadhura en tant que territoire népalais, ce qui place le tripoint plus au nord-ouest, aux sources de la rivière Kuthi Yankti (en) près de Limpiyathura[14].

En novembre 2020, des personnalités politiques népalaises ont affirmé que la Chine avait annexé plus de 150 hectares de terres népalaises[15]. En septembre 2021, le gouvernement népalais a constitué une commission, sous la direction du secrétaire conjoint du ministère de l'Intérieur, Jaya Narayan Acharya, pour étudier un différend, à Limi (en), situé dans la municipalité rurale de Namkha du district de Humla[16]. L'équipe a présenté un rapport, concluant que l'accusation était vraie. Il a été proposé de créer une équipe conjointe pour le règlement des différends[17]. Il a également été recommandé que les forces de sécurité népalaises soient déployées dans la région pour en assurer la sécurité[18].

Par ailleurs, une équipe dirigée par le parti Congrès népalais (NC) de l'Assemblée provinciale de Karnali (en) et l'ancien ministre Jeevan Bahadur Shahi a remis un rapport sur la question, demandant la restitution des terres népalaises[19],[20],[21]. Ce point de vue a été soutenu par le vice-président du NC et ancien ministre de l'Intérieur, Bimalendra Nidhi, qui était vice-Premier ministre dans le Second cabinet Dahal (en)[22],[23].

Début 2022, le rapport du gouvernement népalais a fuité. Le texte indique que des bâtiments, que l'on croyait auparavant construits à l'intérieur du Népal, se trouvaient du côté chinois de la frontière, mais constatait que la Chine construisait une clôture autour d'une borne frontière et tentait de construire une route sur le sol népalais[24].

Postes-frontière

modifier

En 2012, le Népal et la Chine ont convenu d'ouvrir de nouveaux postes-frontière, portant le nombre de ces infrastructures à six. Trois d'entre-eux permettent le transit international, tandis que trois autres sont uniquement destinés au commerce bilatéral[25].

Le poste frontière entre Zhangmu et Kodari sur la route Lhassa – Katmandou est en service depuis 1968[réf. nécessaire]. En 2014, le poste-frontière de Gyirong a été ouvert au commerce, puis aux ressortissants étrangers à partir de 2017[7],[26]. En outre, ce point de passage frontalier est envisagé pour une future liaison ferroviaire entre les deux pays[27].

D'autres points de passage, tels celui de Burang - Hilsa près du tripoint occidental, bien que peu accessibles, sont utilisés depuis de nombreuses années pour le commerce local entre la Chine et le Népal[28]. Certains sont devenus si importants pour l'économie locale qu'en 2008, lorsque la Chine a renforcé son contrôle frontalier pendant les Jeux olympiques de Pékin, des villages comme Kimathanka ont dû faire face à des pénuries alimentaires en raison de l'impact sur le commerce local[29]. Korala, le dernier point de passage frontalier à ouvrir, fonctionne depuis 2023[30],[31].

Postes-frontières d'après le traité bilatéral de 2012
Nom[25] Ressorts administratifs[25] Statut Transit international Coordonnées Altitude Note
Burang–Yari (Xieerwa) Drapeau du Népal Hilsa, district de Humla

Drapeau de la République populaire de Chine Burang, xian de Burang

en service oui 30° 09′ 12″ N, 81° 20′ 00″ E 3 640 m
Lektse—Nechung (Korala (en)) Drapeau du Népal Lo Mantang, district de Mustang

Yagra, xian de Zhongba

en service non 29° 19′ 24″ N, 83° 59′ 09″ E 4 620 m
Gyirong–Rasuwa Drapeau du Népal fort de Rasuwa, district de Rasuwa

Drapeau de la République populaire de Chine Gyirong, xian de Gyirong

détruit oui 28° 16′ 45″ N, 85° 22′ 43″ E 1 850 m transit interrompu et infrastructures entièrement détruites suite aux inondations de 2026 au Népal et au Tibet.
ZhangmuKodari Drapeau du Népal Tatopani, district de Sindhulpalchok

Drapeau de la République populaire de Chine Zhangmu, xian de Nyalam

en service oui 27° 58′ 24″ N, 85° 57′ 50″ E 1 760 m
Chentang–Kimathanka Drapeau du Népal Kimathanka (en), district de Sankhuwasabha

Drapeau de la République populaire de Chine Zhêntang (en), xian de Dinggyê

à l'état de projet non 27° 51′ 30″ N, 87° 25′ 30″ E 2 248 m Du commerce local existe
Ri'og–Olangchung Gola (Tipta La (en)) Drapeau du Népal Olangchung Gola, district de Taplejung

Drapeau de la République populaire de Chine Ri'og (en), xian de Dinggyê

à l'état de projet non 27° 49′ 00″ N, 87° 44′ 00″ E 5 095 m Du commerce local existe

Galleries

modifier

Cartographie de la zone frontalière, d'ouest en est, à partir de carte du milieu/fin du XXe siècle :

Annexes

modifier

Bibliographie

modifier

Références

modifier
  1. « Nepal » [archive du ], CIA World Factbook (consulté le )
  2. Gerry Van Tronder, Sino-Indian War: Border Clash: October–November 1962, Pen and Sword Military, (ISBN 9781526728388, lire en ligne)
  3. Adhikari, « Between the Dragon and the Elephant: Nepal's Neutrality Conundrum », Indian Journal of Asian Affairs, vol. 25, nos 1/2, , p. 85 (JSTOR 41950522)
  4. Boundary treaty between the Kingdom of Nepal and the People's Republic of China, (texte sur Wikimedia Commons)
  5. Edwin Thomas Atkinson, The Himalayan Gazetteer, Volume II, Part II, Cosmo Publications, , 679–680 p. (lire en ligne)
  6. 1 2 3 4 5 6 Office of the Geographer, International Boundary Study - China – Nepal Boundary, Bureau of Intelligence and Research, US Department of State, (lire en ligne [archive du ])
  7. 1 2 Murton, « A Himalayan Border Trilogy: The Political Economies of Transport Infrastructure and Disaster Relief between China and Nepal », Cross-Currents E-Journal, (ISSN 2158-9674, lire en ligne [archive du ], consulté le )
  8. Eede, « Nomads of Dolpo » [archive du ], National Geographic Voices, National Geographic, (consulté le )
  9. Cowan, « The Gorkha War and its aftermath » [archive du ], The Record, (consulté le )
  10. 1 2 (en-US) Hannah Beech, Bhadra, « China's 'New Great Wall' Casts a Shadow on Nepal », The New York Times, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  11. (en) « Nepal objects to India-China trade pact via Lipu-Lekh Pass », The Economic Times, (lire en ligne)
  12. (en) « Resolve Lipu-Lekh Pass dispute: House panel to govt », My Republica, (lire en ligne)
  13. (en) « Lipulekh dispute: UCPN (M) writes to PM Koirala, Indian PM Modi & Chinese Prez Xi », The Kathmandu Post, (lire en ligne)
  14. « Nepal approves new map including Lipulekh, Kalapani, Limpiyadhura amidst border row with India » [archive du ], The Hindu, (consulté le )
  15. Wang, « Foreign Ministry Spokesperson Wang Wenbin's Regular Press Conference on November 3, 2020 » [archive du ], sur Ministère des Affaires étrangères de la République populaire de Chine, (consulté le )
  16. (en) « Government team to visit Humla to study Nepal-China border dispute » [archive du ], kathmandupost.com (consulté le )
  17. (ne) « संयुक्त संयन्‍त्रमार्फत हुम्लाको नेपाल-चीन सीमा समस्या समाधान गर्न सुझाव » [archive du ], ekantipur.com (consulté le )
  18. Bristow, « China encroaching along Nepal border - report » [archive du ], BBC News, (consulté le )
  19. (en) « China responsible if anything happens to me: Nepal politician who accused Beijing of encroaching territory » [archive du ], Times Now, (consulté le )
  20. (en) Sureis, « NC lawmaker-led team reports Chinese encroachment in Humla » [archive du ], The Himalayan Times, (consulté le )
  21. (en) « NC leader Shahi asks China to produce evidence to prove it has not encroached upon Nepali territory », My Republica, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  22. Prashanna Pokharel, « Nidhi slams Deuba for not including MCC and border dispute with China in common minimum program » [archive du ], Setopati (consulté le )
  23. (en) « Border dispute issue with China raised at Congress senior leaders' meeting » [archive du ], kathmandupost.com (consulté le )
  24. Bristow, « China encroaching along Nepal border - report » [archive du ], BBC News, (consulté le )
  25. 1 2 3 (zh) « 中华人民共和国政府和尼泊尔政府关于边境口岸及其管理制度的协定 » [archive du ], Chinese Embassy in Nepal, (consulté le ) Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : le nom « mfa » est défini plusieurs fois avec des contenus différents.
  26. Lobsang, « Tibet Nepal Border Closed » [archive du ], The Land of Snows, (consulté le )
  27. « China Wants To Stretch Rail Network All The Way To Touch Bihar: Report » [archive du ], NDTV, (consulté le ) : « A cross-border railroad link to the Rasuwagadhi area in Nepal has already been discussed between the two countries. »
  28. Prithvi Man Shrestha et Jaya Bahadur Rokaya, « Nepal, China rush to open Hilsa border » [archive du ], Kathmandu Post, (consulté le )
  29. Budhathoki, « China seals border, villages on Nepali side face starvation » [archive du ], The Himalayan Times, (consulté le )
  30. « Beijing to reopen fourth border point with Nepal », Kathmandu Post, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  31. « Korala check point opens for all Mustang folks », The Himalayan Times, (lire en ligne [archive du ], consulté le )

Voir aussi

modifier