Génocide utilitariste
Le génocide utilitariste est l’une des cinq formes de génocide classées et définies en 1975 par Vahakn Dadrian. Il se distingue des génocides à motivation idéologique tels que l’Holocauste et le génocide cambodgien. Cette forme de génocide a pour objectif un gain matériel, tel que la mainmise sur un territoire afin de prendre le contrôle de ressources économiques en vue de leur exploitation commerciale[1],[2]. Deux exemples concrets sont le génocide des peuples autochtones au Brésil (en) et celui des peuples autochtones au Paraguay (en)[3].
Définition
modifierVahakn Dadrian, pionnier des études sur le génocide, introduit le concept de « génocide utilitariste » dans un article fondateur publié en 1975, intitulé « A Typology of Genocide ». Il identifie cinq « types idéaux » de génocide, en se basant principalement sur l’objectif premier de ceux qui le commettent : le génocide culturel, visant l’assimilation ; le génocide latent, conséquence indirecte de la guerre ; le génocide punitif, sanction localisée ; le génocide utilitariste, visant à s’enrichir et le génocide optimal, visant l’extermination totale »[4].
Le génocide utilitariste est particulièrement observé lors de la colonisation européenne des Amériques, de l'impérialisme occidental en Asie et de la colonisation de l'Afrique. La population autochtone s’effondre sous l’effet combiné des meurtres, de l’esclavage et des maladies (principalement la variole)[5]. Dadrian cite également comme autres exemples de génocide utilitariste les meurtres de Maures et de Juifs pendant l’Inquisition espagnole, ainsi que les meurtres des Cherokees lors de l’expansion vers l’ouest des États-Unis dans le cadre du processus de déportation des Amérindiens[6].
Ce type de génocide se poursuit comme en témoigne le génocide dont sont toujours victimes les tribus autochtones des forêts tropicales d'Amérique du Sud, principalement en raison du progrès industriel et de l'exploitation des ressources sur leurs territoires : à mesure que ces régions sont exploitées à des fins économiques, les peuples autochtones sont considérés comme un « obstacle » et sont déplacés de force ou tués[7],[8].
Notes et références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Utilitarian genocide » (voir la liste des auteurs).
- ↑ Kakar 1997, p. 214.
- ↑ Mertens 2005.
- ↑ Hitchcock et Twedt 2008, p. 547.
- ↑ Markusen Bjørnlund.
- ↑ Grenke 2005, p. 223–224.
- ↑ Smeulers 2011, p. 170.
- ↑ Smith 2000, p. 25.
- ↑ Alvarez 2001, p. 50.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Alex Alvarez, Governments, Citizens, and Genocide: A Comparative and Interdisciplinary Approach, Indiana University Press, (ISBN 978-0-253-33849-5)
- Arthur Grenke, God, Greed, and Genocide: The Holocaust Through the Centuries, New Academia Publishing, (ISBN 978-0976704201)
- Robert K. Hitchcock et Tara M. Twedt, Century of Genocide: Critical Essays and Eyewitness Accounts, Routledge, , 3rd éd., 530–608 p. (ISBN 978-0415990851), « Physical and Cultural Genocide of Indigenous Peoples »
- M. Hassan Kakar, Afghanistan: The Soviet Invasion and the Afghan Response, 1979-1982, University of California Press, (ISBN 978-0520208933)
- Eric Markusen et Matthias Bjørnlund, « Utilitarian Genocide (Genocide and Crimes Against Humanity) », E-Notes
- Allison Mertens, « Genocide definition is crucial: Jonassohn », Concordia, (lire en ligne)
- Alette Smeulers, International Crimes and Other Gross Human Rights Violations: A Multi- And Interdisciplinary Textbook, Martinus Nijhoff, (ISBN 978-9004208049)
- Roger W. Smith, Genocide and the Modern Age: Etiology and Case Studies of Mass Death, Syracuse University Press, , 21–40 p. (ISBN 978-0815628286)