Gaston Julia
Gaston Julia, né le à Sidi Bel Abbès (Algérie française, département d'Oran)[2], mort le à Paris (7e arrondissement)[3], est un mathématicien français, spécialiste des fonctions d'une variable complexe. Ses résultats de 1917-1918 sur l'itération des fractions rationnelles (obtenus simultanément par Pierre Fatou) ont été remis en lumière dans les années 1970 par le mathématicien français d'origine polonaise Benoît Mandelbrot. Les ensembles de Julia et de Mandelbrot sont étroitement associés.
| Président de l'Académie des sciences | |
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Gaston Maurice Julia |
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Roger Julia (d) |
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Marc Julia Sylvestre Julia (d) |
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Ernest Chausson (beau-père) |
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Il est grièvement blessé au visage lors de la Première Guerre mondiale et devient une « gueule cassée ». Lors de la Seconde Guerre mondiale, il collabore avec l'Allemagne nazie, en particulier sur le plan scientifique.
Biographie
modifierFamille, enfance et études
modifierGaston Maurice François Julia est issu d'une famille modeste de pieds-noirs, originaire de l'Aude et de la province d'Alicante.
Son grand-père, Antoine Julia, né en 1823 à Villasavary (Aude)[4], et charron et s'établit à Sidi Bel Abbès (département d'Oran, actuelle wilaya de Sidi Bel Abbès) où il épouse, en 1853, Josefa Sepulcre, née en 1834 à Novelda (province d'Alicante)[5].
Son père, Joseph Julia, né en 1866 à Sidi-bel-Abbès[6], mort en 1949 à Oran, est forgeron.
Gaston Julia effectue ses études secondaires au lycée Lamoricière d'Oran. En 1910, il est reçu au baccalauréat de mathématiques élémentaires. Il effectue ses études supérieures en classes préparatoires mathématiques et physique au lycée Janson-de-Sailly à Paris (16e arrondissement)[7].
En 1911, il est reçu au sein de la promotion scientifique de l'École normale supérieure et à l'École polytechnique, et opte pour l'École normale[7]. En 1914, il est reçu à l’agrégation de mathématiques[8].
Gaston Julia était un fervent catholique, « d'une foi qui en imposait à tous »[9].
Première Guerre mondiale et premières recherches
modifierDurant la Grande Guerre, Gaston Julia est mobilisé au sein du 57e régiment d'infanterie puis au sein du 144e régiment d'infanterie[10].
Le 25 janvier 1915, alors sous-lieutenant, il est grièvement blessé par balle au visage à la ferme d'Hurtebise. Il devient une « gueule cassée », subit plusieurs opérations et porte en permanence un masque de cuir. En 1917, il épouse à Paris (17e arrondissement) l'une de ses infirmières, Marianne Chausson, fille du compositeur Ernest Chausson[11]. De leur union naissent six enfants.
Pendant la guerre et après sa blessure, il présente son premier mémoire à l'Académie des sciences et obtient le doctorat ès sciences mathématiques devant la faculté des sciences de l'université de Paris en 1917. Il décide de concourir pour le grand prix des sciences mathématiques de l'Académie des sciences de 1918, sur l'itération des fractions rationnelles. Pierre Fatou, qui avait obtenu des résultats importants dans cette théorie, renonce à concourir et Julia est lauréat du prix. Il est chargé du cours Peccot au Collège de France en 1918 et 1920.
Carrière
modifierGaston Julia mène ensuite une double carrière d'enseignant. Il devient répétiteur à l'École polytechnique pour le cours d'analyse de Jacques Hadamard le , poste qu'il occupe dix-sept ans. Il y est ensuite nommé en 1937, à l'âge de 44 ans, professeur de géométrie, puis d'algèbre et géométrie, poste qu'il occupe jusqu'à sa retraite en 1964. Parallèlement à son enseignement à l'École polytechnique, il est nommé maître de conférences de l'École pratique des hautes études à l'École normale supérieure en , chargé de conférences de mécanique analytique à la faculté des sciences de l'université de Paris le (fondation de l'université, suppléance de Paul Painlevé), puis maître de conférences de mathématiques générales (certificat préparatoire) le , professeur sans chaire le , puis professeur titulaire le , à l'âge de 32 ans. En 1926, il reçoit le prix Francœur. En , il succède à Édouard Goursat à la chaire de calcul différentiel et intégral, puis succède en à Jules Drach à la chaire d'applications de l'analyse à la géométrie, poste qu'il occupe durant deux ans avant de succéder en à Ernest Vessiot comme titulaire de la chaire de mécanique analytique et mécanique céleste. Il occupe cette chaire jusqu'en 1941, date à laquelle il est transféré, en remplacement de Jules Drach, dans la chaire d'analyse supérieure et algèbre supérieure qu'il occupe jusqu'à sa retraite en 1964.
Il est également directeur de recherches de la Caisse nationale des sciences, puis membre du comité national du Centre national de la recherche scientifique ainsi que directeur d'études de l'École pratique des hautes études (section des sciences mathématiques) à l'Institut Poincaré. Il y organise de 1933 à 1939, toutes les deux semaines, un séminaire de mathématiques qui prend le nom de « séminaire Julia »[12] en 1938 et dont les membres du groupe Bourbaki sont les participants réguliers.
Il est également membre du jury d'admission à l'École navale de 1920 à 1932.
Il est élu membre de l'Académie des sciences en 1934.
En dépit de sa renommée, ses travaux tombent dans l'oubli[13] jusqu'à ce que Benoît Mandelbrot les mentionne dans les siens, dans les années 1970. Cela leur rend une certaine notoriété, puisque le moteur de recherche Google le mentionne sur sa page d'accueil comme initiateur d'une branche des mathématiques dont l'un des fruits est le PageRank.[réf. souhaitée]
Seconde Guerre mondiale et Collaboration
modifierGaston Julia collabore avec l'Allemagne nazie lors de l'occupation. Il cherche et trouve des collaborateurs français pour la revue Zentralblatt für Mathematik[14]. À la Libération, il est suspendu de ses fonctions universitaires[15],[1]. Cependant, d'après Michèle Audin:
« Cela ne fut suivi d’aucune sanction, le comité d’épuration ayant été (à l’unanimité...) trop impressionné par le fait qu’il était une « gueule cassée » pour donner suite. Il a ensuite repris normalement ses activités, professeur à la Sorbonne et à l’École polytechnique, a été président de l’Académie des sciences en 1950, etc[16] . »
Décorations
modifierIl est nommé chevalier de la Légion d'honneur à titre militaire le , officier à titre militaire en 1925, commandeur à titre militaire en 1932, grand officier en 1950.
Il est commandeur de l'ordre des Palmes académiques en 1959.
Ensembles de Julia
modifierBibliographie
modifier- Gaston Julia, Œuvres de Gaston Julia, édition du Comité Henri Poincaré de la Société amicale des anciens élèves de l'École polytechnique, Paris, Gauthier-Villars, 1968.
- Michèle Audin, Fatou, Julia, Montel, le Grand prix des sciences mathématiques de 1918, et après..., Heidelberg, Springer, 2009 (ISBN 978-3-642-00445-2).
- Henri Béghin et Gaston Julia, Exercices de mécanique, Paris, Gauthier-Villars, (BNF 32293618).
- Daniel Alexander, Felice Iavernaro, Alessandro Rosa: Early days in complex dynamics: a history of complex dynamics in one variable 1906-1940, History of Mathematics 38, American Mathematical Society 2012
Notes et références
modifier- 1 2 Christophe Eckes, « Le double portrait des mathématiciens Gustav Herglotz et Gaston Julia - Dater et historiciser des clichés photographiques en histoire des mathématiques », sur images.math.cnrs.fr, (consulté le ).
- ↑ Archives nationales d'outre-mer, « État civil de Sidi Bel Abbès, registre des naissances de 1893, acte n°121, vue 34 : 274 »
, sur http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr (consulté le ) - ↑ Archives de Paris, « État civil du 7e arrondissement, registre des décès du 3 janvier au 10 avril 1978, acte n°291, vue 26 / 31, 7D 286 »
, sur https://archives.paris.fr (consulté le ) - ↑ Archives départementales de l'Aude, « État civil de Villasavary, naissances mariages et décès de 1822 à 1824, acte n°1, 100NUM/5E418/21 »
, sur https://archivesdepartementales.aude.fr (consulté le ) - ↑ Archives nationales d'outre-mer, « État civil de Sidi bel Abbès, registre des mariages de 1853, acte n°14, vue 15 / 33 »
, sur http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr (consulté le ) - ↑ Archives nationales d'outre-mer, « État civil de Sidi-bel-Abbès, registre des naissances de 1866, acte n°5, vue 4 / 73 »
, sur http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr (consulté le ) - 1 2 Christophe Charle et Eva Telkes, « 66. Julia (Gaston) », Publications de l'Institut national de recherche pédagogique, Institut national de recherche pédagogique, vol. 25, no 1, , p. 169–171 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ André Chervel, « Les agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1960 »
, sur https://rhe.ish-lyon.cnrs.fr, (consulté le ) - ↑ Christophe Charle et Eva Telkes, « 66. Julia (Gaston) », Publications de l'Institut national de recherche pédagogique, vol. 25, no 1, , p. 169–171 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Archives nationales d'outre-mer, « Registre des matricules militaires, bureau de recrutement d'Oran, classe 1913, matricule n°2166 »
, sur http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr (consulté le ) - ↑ Archives de Paris, « État civil du 17e arrondissement, registre des mariages du 27 au 31 décembre 1917, acte n°1852, vue 12 / 15, 17M 378 »
, sur https://archives.paris.fr (consulté le ) - ↑ Michèle Audin, Le Séminaire de mathématiques 1933–1939, centre Mersenne, , 206 p. (DOI 10.5802/mbk.1, lire en ligne)
- ↑ (en) John Milnor, Dynamics in One Complex Variable., Princeton University Press, , p. 40
- ↑ Michèle Audin, PUBLIER SOUS L’OCCUPATION I: AUTOUR DU CAS DE JACQUES FELDBAU ET DE L’ACADEMIE DES SCIENCES, t. 15 : 1, Société Mathématique de France (lire en ligne), p. 27
- ↑ L'université libérée, l'université épurée, 1943-1947 - Claude Singer (lire en ligne), p. 283
- ↑ Michèle Audin, Fatou, Julia, Montel (DOI 10.1007/978-3-642-17854-2, lire en ligne), p. 179
Liens externes
modifier- Ressources relatives à la recherche :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
