Gazette d'Amsterdam

ancien journal hollandais

La Gazette d'Amsterdam, connue également sous les noms de Gazette d’Hollande[1] et de Nouvelles d'Amsterdam, est un ancien journal européen d'informations internationales, édité à Amsterdam. Il fut l'un des journaux les plus importants du siècle des Lumières et une source essentielle d'informations politiques[1],[2]. L'existence de ce journal rédigé en français et paraissant deux fois par semaine, s'étendit de la deuxième moitié du XVIIe siècle jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, sous la république batave.

Gazette d'Amsterdam
Description de cette image, également commentée ci-après
Exemplaire du 8 mars 1672, Bibliothèque Carnegie (Reims).
Pays Drapeau des Pays-Bas Pays-Bas
Langue français

Contexte

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Au XVIIIe siècle, les Provinces-Unies sont plus tolérantes que la plupart de leurs voisins — France, Grande-Bretagne ou états du Saint-Empire romain germanique — en matière de liberté de la presse et de religion. L'ingérence du gouvernement batave est limitée en matière de censure ou de monopoles protégés[3]. Pendant le règne de Louis XIV, de nombreux huguenots y trouvent refuge, et leur nombre augmente encore après la révocation de l'édit de Nantes en 1685. Certains de ces exilés fondent, dans plusieurs villes d’Europe, des journaux en français — leur langue maternelle, mais aussi la lingua franca de la diplomatie européenne. Destinés aux élites, ces titres, que la France surnomme « gazettes étrangères »[3], relatent les nouvelles politiques en France et en Europe.

Histoire

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Il existe une certaine confusion quant à l’année de lancement de la « Gazette d’Amsterdam » : certaines sources mentionnent 1663[4], 1668[5] ou 1691[6],[7]; toutes s’entendent néanmoins pour dire que la « Gazette » a cessé de paraître en 1796[8]. La confusion quant à l’année de fondation pourrait s’expliquer par le fait que de nombreux lecteurs ne faisaient pas la distinction entre les différents titres publiés à Amsterdam (et aux Pays-Bas en général), tous désignés, bien souvent, par le nom de « d’Amsterdam » (d’Amsterdam) ou « d’Hollande » (de Hollande)[6].

Le protestant français Jean-Alexandre de la Font a probablement commencé sa carrière de journaliste à la Gazette d'Amsterdam. Une estampe le montre présentant la première Gazette ordinaire d'Amsterdam: de la main gauche, il tient le numéro du lundi tandis que de la main droite, serrant sa plume d'oie entre le pouce et l'index, il présente le texte[9],[10].

Jean Tronchin Du Breuil (ou Dubreuil) est souvent considéré comme le fondateur du journal et son premier rédacteur en chef, si on retient 1691 comme date de fondation[11],[12],[13]. Ses descendants en ont gardé le contrôle jusqu'à sa disparition à la fin du XVIIIe siècle.

La Gazette d'Amsterdam, comme beaucoup de journaux de l'époque (qui comptaient au nombre des premiers journaux) publiait un mélange d’informations provenant de diverses sources et présentées par ordre de provenance géographique, sans discours unifié ni ligne éditoriale apparente[14]. Cela pouvait prêter à confusion : par exemple, en temps de guerre, les termes « nos armées » ou « l’ennemi » pouvaient désigner le même sujet, selon l’auteur de l’article en question. La plupart des auteurs étaient des émigrés français[14]. Le journal était par ailleurs relativement cher, considéré comme un produit de luxe, et on estime que son tirage n’a jamais dépassé environ 1 250 exemplaires[6],[14]. Il était aussi de petit format: généralement composé de 6 pages, soit des in-six, faisant 12 × 20 cm, divisées en deux colonnes[14].


Elle avait une portée internationale et était diffusée dans toute l’Europe, y compris en France, où elle était généralement tolérée[14]. Elle n’adoptait ni une position excessivement favorable ni une position excessivement hostile à l’égard du gouvernement français, bien qu’elle fût certainement beaucoup plus libérale que la Gazette de France officielle[6]. Cette attitude était tolérée, voire encouragée, par les autorités, qui s’en servaient souvent à leurs propres fins lorsqu’elles souhaitaient diffuser des informations ne pouvant être publiées par les voies officielles[15]. Elle donnait la parole à des institutions qui avaient du mal à se faire publier dans la Gazette de France officielle, comme le Parlement de Paris[16] Son indépendance n'était pas totale ; comme beaucoup d'autres journaux de l'époque, les rédacteurs de la Gazette d'Amsterdam acceptaient d'être censurés, ou du moins de recevoir des « conseils » à de nombreuses reprises de la part des autorités françaises[6],[4].

Son déclin a commencé dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, lorsque le gouvernement français a facilité la concurrence d'autres publications sur le marché français[6]. La « Gazette » étant considérée comme trop proche de la position officielle du gouvernement français, son lectorat a diminué et elle a été supplantée par la « Gazette de Leyde » (« Nouvelles Extraordinaires de Divers Endroits »), jugée beaucoup plus indépendante[6],[17]. En 1789, elle n'était plus considérée comme un journal européen d'importance[6].

Dans ses prises de position, à la fin du XVIIIe siècle, la Gazette d'Amsterdam était hostile aux orangistes néerlandais, partisans du stathouder, et, en ce qui concerne la France, penchait vers des opinions anti-aristocratiques et pro-révolutionnaires[4].

Bibliographie

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  • (en) Jeremy D Popkin. The Eighteenth-Century French Periodical Press, Eighteenth-Century Studies - Volume 37, Number 3, Spring 2004, p. 483-486
  • Pierre Rétat, La "Gazette d'Amsterdam" : miroir de l'Europe au XVIIIe siècle, Oxford, Voltaire Foundation, coll. « Studies on Voltaire and the eighteenth century » (no 6), , 295 p. (ISBN 978-1-786-94756-7, OCLC 1232511511)

Références

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  1. 1 2 Gazette d’Amsterdam, Voltaire Foundation, Oxford University
  2. ↑ Recent Acquisitions throughout the Library, UCLA Library: News for the faculty, Winter 2006 Below
  3. 1 2 (en) John Christian Laursen, New essays on the political thought of the Huguenots of the Refuge, Brill:Leiden, 1995, (ISBN 9004099867), Google Print, p. 73, 94-5
  4. 1 2 3 Hanna Barker, Simon Burrows, Press, Politics and the Public Sphere in Europe and North America, 1760-1820, Cambridge University Press, 2002; Asa Briggs, Peter Burke, A social history of the media: from Gutenberg to the Internet, Wiley-Blackwell, 2002, (ISBN 0-7456-2375-1), Google Print, p.59,
  5. ↑ Netherlands Press, Media, TV, Radio, Newspapers, Press Reference
  6. 1 2 3 4 5 6 7 8 Jeremy D. Popkin, Review of La Gazette d'Amsterdam: Miroir de l'Europe au XVIIIe siècle by Pierre Rétat, 2009
  7. ↑ François R. Velde, Government Equity and Money: John Law’s System in 1720 France, Federal Reserve Bank of Chicago, 2004
  8. ↑ Accès aux numéros de la Gazette d'Amsterdam :
  9. ↑ "La Gazette d'Amsterdam: miroir de l'Europe au XVIIIe siècle" - Numéro 6 - Page 31, par Pierre Rétat
  10. ↑ Voir l’estampe sur Gallica :
  11. ↑ Georges Bonnant, Le livre genevois sous l'Ancien Régime, Librairie Droz, 1999, (ISBN 2600003061), Google Print, p. 192
  12. ↑ Newspapers / gazettes, Electronic Enlightenment
  13. ↑ (en) Jeremy D Popkin, « The Eighteenth-Century French Periodical Press », Eighteenth-Century Studies - Volume 37, Number 3, Spring 2004, p. 483-486
  14. 1 2 3 4 5 Denis Reynaud, Trévoux, L’année 170, 2004
  15. ↑ Jeremy Popkin2, « The Prerevolutionary Origins of Political Journalism », dans The French Revolution and Intellectual History, The Dorsey Press, de Jack R. Censer (ed.), IOSBN 0256068569, p. 119
  16. ↑ Jeremy Popkin2, "The Prerevolutionary Origins of Political Journalism'", dans The French Revolution and Intellectual History, The Dorsey Press, de Jack R. Censer (ed.), IOSBN 0256068569, p. 118
  17. ↑ Présentation de la Gazette de Leyde

Liens externes

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