Gendarmerie zaïroise
La gendarmerie nationale (GDN[1]) est une force paramilitaire chargé du maintien de l'ordre public au Zaïre de 1972 à 1997.
Historique
modifier
À l'époque coloniale, la Force publique fait office à la fois de force armée et de force de maintien de l'ordre du Congo belge. À partir de 1958-1959, certaines unités de la Force publique prennent officiellement le nom de gendarmerie[2],[3],[4]. En parallèle existe une police territoriale chargée du maintien de l'ordre local, sous le contrôle des autorités administratives coloniales[3]. Lorsque le Congo belge devient indépendant l'année suivante sous le nom de République du Congo, les bataillons de gendarmerie continuent de mener leurs missions[5].
Pendant la crise congolaise post-indépendance, la gendarmerie est soutenue par les Nations Unies, et reçoit des instructeurs nigérians et des fonds américains[6].
À partir de l'indépendance, les gouverneurs locaux forment de nouvelles forces de police, pour leur service particulier. En 1966, Mobutu rassemble toutes ces polices dans une police nationale, forte de 25 000 hommes[6] et placée sous l'autorité du ministère de l'intérieur[3],[7].
La gendarmerie zaïroise est créée par ordonnance-loi du président Mobutu Sese Seko du 31 juillet 1972[8], à partir de la police nationale et de la gendarmerie restée sous contrôle militaire[7],[9],[10],[11]. Toutes les forces de maintien de l'ordre sont maintenant rattachées au ministère de la défense, ce qui renforce le contrôle du président sur l'ordre public[11].
La gendarmerie est dissoute en juin 1997 par le président Laurent-Désiré Kabila, après sa victoire militaire sur Mobutu et sa prise du pouvoir[12].
Missions
modifierLes missions de la gendarmerie se confondent parfois de facto avec celles du reste des forces armées zaïroises, qui sont régulièrement déployées dans des rôles de sécurité intérieure. En 1984, la création de la Garde civile doublonne une seconde fois les missions de la gendarmerie[13]. En pratique, les gendarmes agissent surtout par leurs extorsions d'argent sur les civils, et plus largement par leurs exactions[14],[15].
Le maintien de l'ordre public au quotidien est souvent suppléé par d'autres organisations, en particulier le corps des activistes pour la défense de la Révolution (CADER), formé par la jeunesse du mouvement populaire de la révolution (JMPR), le parti unique zaïrois[16].
La gendarmerie est sous-entraînée et sous-équipée, comme le reste des forces armées zaïroises[17]. Comme ceux des autres institutions zaïroises, les cadres supérieurs de la gendarmerie zaïroise sont changés quasiment tous les ans, afin d'éviter l'apparition d'un contre-pouvoir face à Mobutu[18].
Les estimations de la taille de la gendarmerie sont les suivantes :
| Ouvrage | Library of Congress Country Studies (en) (1979)[4], Historical dictionary of the Democratic Republic of the Congo[6] (2010) | Central Intelligence Agency (1973)[10] | Library of Congress Country Studies (en) (1979)[19] | World Police and Paramilitary forces (1985)[20] | Library of Congress Country Studies (en) (1994)[21] |
|---|---|---|---|---|---|
| Année | 1960 | 1972 | 1978 | 1985 | 1993 |
| Effectif | 3 000 | 30 000 | 20 000 | 35 000 | 21 000 |
Références
modifier- ↑ Schatzberg 1991, p. xi.
- ↑ Kakudji Mbavu 2002, p. 55-56.
- 1 2 3 Rosemblum 1990, p. 208-209.
- 1 2 McDonald et Kaplan 1979, p. 269.
- ↑ Abbott 2014, p. 9-10.
- 1 2 3 Kisangani et Bobb 2010, p. 427.
- 1 2 Schatzberg 1991, p. 51.
- ↑ « Ordonnance-loi no 72/031 du 31 juillet 1972 portant institution d'une gendarmerie nationale pour la République du Zaïre », Journal officiel de la République démocratique du Congo, no 15, , p. 460-461 (lire en ligne)
- ↑ (en) Colin D. Robinson, « A forgotten decade? Politicking and war for the ANC/FAZ 1967-1977 », Small Wars & Insurgencies, vol. 32, no 7, , p. 1117–1137 (ISSN 0959-2318 et 1743-9558, DOI 10.1080/09592318.2021.1895589, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 (en) Central Intelligence Agency, Zaire, April 1973, coll. « National Intelligence Survey » (lire en ligne), p. 14
- 1 2 McDonald et Kaplan 1979, p. 271-272.
- ↑ Kisangani et Bobb 2010, p. 199-200.
- ↑ Kakudji Mbavu 2002, p. 75.
- ↑ Kakudji Mbavu 2002, p. 86-88.
- ↑ Rosemblum 1990, p. 219-221.
- ↑ Kakudji Mbavu 2002, p. 74.
- ↑ Meditz et Merrill 1994, p. 303-304.
- ↑ Kakudji Mbavu 2002, p. 69-71.
- ↑ McDonald et Kaplan 1979.
- ↑ (en) John Andrade, « Zaïre », dans World Police & Paramilitary Forces, Palgrave Macmillan UK, (ISBN 978-1-349-07784-7, DOI 10.1007/978-1-349-07782-3_187, lire en ligne), p. 237
- ↑ Meditz et Merrill 1994, p. 277.
Bibliographie
modifier- (en) Gordon C. McDonald et Irving Kaplan, Zaïre, a country study, Dept. of Defense, Dept. of the Army, coll. « Area handbook series », (lire en ligne).
- (en) Michael G. Schatzberg, The Dialectics of Oppression in Zaire, Indiana University Press, (ISBN 978-0-253-20694-7, lire en ligne).
- (en) Emizet F. Kisangani et F. Scott Bobb, Historical dictionary of the Democratic Republic of the Congo, Scarecrow Press, coll. « Historical dictionaries of Africa » (no 112), , 3e éd. (ISBN 978-0-8108-5761-2 et 978-0-8108-6325-5).
- (en) Sandra W. Meditz et Tim Merrill, Zaire: a country study, coll. « Area handbook series », (ISBN 978-0-8444-0795-1, lire en ligne).
- Edmond Kakudji Mbavu, « La police et le maintien de l'ordre public au Congo-Kinshasa (1965--1997) », DOI.org, (DOI 10.20381/RUOR-17729, lire en ligne, consulté le ).
- (en) Peter Rosenblum, chap. 8 « Constructing the Authoritarian State: Zaire », dans Third World Legal Studies, vol. 9 : Police, Security Forces, and Human Rights in the Third World, (lire en ligne), p. 205-232.
- (en) Peter Abbott, Modern African Wars (4) : The Congo 1960–2002, Osprey Publishing, , 48 p. (ISBN 978-1-78200-076-1).