Georg John Dibbern est un écrivain, marin et philosophe, auto-déclaré citoyen du monde. Il est né le à Kiel dans l'Empire allemand et mort le .

Georg Dibbern
Biographie
Naissance
Décès
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Biographie

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Premières années

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Son père, capitaine au long cours, Adolph Friedrich Dibbern (1845-1895) et sa mère, Emma Julianne Tantau, se marient en 1875. Georg a deux sœurs aînées : Anna Marie (1877) et Agnes Katharina Dorothea (1879). Son père meurt à l'âge de 50 ans.

Georg souffre d’asthme. Emma emmène ses enfants en Italie, pour profiter du climat. Ils y restent deux ans puis retournent en Allemagne. En 1904, Georg habite chez sa sœur Anni[Qui ?] et son époux Ludwig Schramm, professeur d'école secondaire à Marne et Elmshorn, sur la côte nord de l’Allemagne.

Il passe ses examens finaux et perd sa mère d'un cancer ; il s'engage comme apprenti à bord du gréément carré Pamelia de la ligne Flying P ; le voyage l'amènera à Valparaiso au Chili.

En 1909 il débarque du navire Antuco à Sydney en Australie, travaille brièvement dans la construction du Tunnel Lithgow, puis à l'Hôtel Hydro Majestic dans les Blue Mountains. Il apprend à conduire et à parler anglais. En 1910 il fait un séjour en Nouvelle-Zélande, retourne en Australie, puis en Allemagne par bateau à vapeur[1].

En 1911, il revient à Sydney pour monter une entreprise et vendre des canots de toile. Il échoue : les Australiens ne cherchent pas à s'aventurer dans des eaux infestées de requins.

Il retourne en Nouvelle-Zélande, s'installe parmi les Maoris comme chauffeur. Au début de la Guerre Mondiale, il doit se présenter régulièrement à la police (en tant qu’Allemand, c'est-à-dire ressortissant d'un pays ennemi) ; en , il est incarcéré à l'Île Somes. En , il est rapatrié en Allemagne, à bord du bateau Willochra, avec 900 autres passagers ; parmi eux, le Capitaine Carl Kircheiß et le Comte Felix von Luckner[2].

Après la Première Guerre mondiale

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Cette même année, il fait la connaissance d’Élisabeth Vollbrandt, de 11 ans sa cadette. Ils se marient en . Avec les réparations de guerre anticipées, ils achètent une propriété à Stocksee. Leur fils, Jens Rangi, naît en mai, mais meurt six mois plus tard. Leur fille, Frauke Wahine, naît en 1922, suivie d'Elke Maata en 1924 et Sunke Tai en 1925.

Les années d'inflation effrénée, la dévaluation rapide et extrême des réparations reçues les obligent à vendre leur ferme de Stocksee. Pour faire vivre sa famille, il écrit le récit de ses expériences aux Antipodes ; il le publie, avec l'aide de son ami, le baron Albrecht von Fritsch, dans le journal Vossische Zeitung, suivi d’autres publications. Elisabeth crée, expose et vend des découpages artistiques : ils seront plus tard déclarés « dégénérés » par les Nazis. Georg investit l’argent de la vente de Stocksee dans le chantier Toetsche Moeller près de Kiel ; le chantier fait faillite, ne reste qu'une coque inachevée d’un voilier de 10 mètres. Georg et Elisabeth, inspirés par Vom Kulturreich des Meeres de Kurt von Boeckmann, le nomment Te Rapunga, mot de la langue Maori pour « désir » ou « soleil sombre »[3].

Départ à bord Te Rapunga

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Réduit au workfare, Dibbern doit quitter sa famille et son pays natal, partir en Nouvelle-Zélande pour retrouver Rangi Rangi Paewai, sa mère spirituelle Maori ; elle l'aide à s'établir avant de faire venir sa famille.

Son neveu, Günter Schramm, son ami Albrecht von Fritsch et la sœur de celui-ci, Dorothée Leber von Fritsch, lui servent d’équipage. Te Rapunga prend la mer en . Peu après, Albrecht quitte le groupe[4],[Note 1].

En Méditerranée, Georg fait la connaissance d'autres aventuriers marins : Conor et Katherine O'Brien à bord du Saoirse et un couple suisse, le peintre Charles Hofer et son épouse, artiste et auteure, Cilette Ofaire, de San Luca. Cilette et Georg se considèrent de vraies âmes sœurs et maintiennent une correspondance jusqu'à la mort de Georg en 1962[5],[6]. Le Krokodil, c’est-à-dire le sac à main de Do (Dorothee Leber von Fritsch) en cuir de crocodile, procure des fonds nécessaires. Afin d'augmenter ce revenu minime, Te Rapunga propose des excursions.

En 1932, le capitaine décide de traverser l'Atlantique. Au Panama, il rencontre la pilote allemande Elly Beinhorn. Arrivé à Balboa, Georg se sépare de Do et veut se mettre à l'épreuve, seul avec son neveu Günter. La destination prévue est Los Angeles.

Le passage dure plus longtemps que prévu. Ils arrivent après les Jeux Olympiques d'été 1932, et Georg insiste pour continuer jusqu'à San Francisco. Après 101 jours sans avoir touché terre, ils y débarquent le [7].

Te Rapunga atteint Auckland NZ en [8]. Dibbern apprend que Rangi Rangi Paewai est morte. Il accepte de participer à la deuxième course à voile Trans Tasman, Auckland – Melbourne, environ 1 630 miles. Le seul autre concurrent est Ngataki skippé par Johnny Wray (son livre, South Sea Vagabonds, deviendra un classique. Te Rapunga gagne la course (18 jours, 23 heures, 58 minutes), puis celle de Melbourne à Hobart, en Tasmanie, avant de retourner à Auckland[9].

Le drapeau de Dibbern

Drapeau et Passeport

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Le passeport de Dibbern

Quatre ans après le départ de son mari, Élisabeth s’est forgée une vie indépendante, et préfère rester en Allemagne avec ses enfants.

À Auckland, devant un accueil sincère et chaleureux, le capitaine a une idée : utiliser Te Rapunga pour créer un lien d'amitié et de fraternité.

Avec un nouvel équipage Te Rapunga part vers les îles Cook, Hawaii et le Canada. Ils arrivent à Victoria en 1937. Dibbern arbore un drapeau personnel, refusant de hisser le drapeau au svastika obligatoire. En décembre de cette année, le domicile d'Elisabeth est saccagé par la Gestapo.

Au Canada, Dibbern dicte à Gladys Nightingale le manuscrit de son livre phare : Quest. Il fait la connaissance de M. Wylie Blanchet, auteure de The Curve of Time, qui deviendra un classique de la côte ouest du Canada[10]. En 1939, sa demande de permis de séjour est refusée : il devient apatride. Avec Eileen Morris, seule membre de l'équipage de NZ, il part pour San Francisco. Il est invité à New York pour une interview à l'émission We the People. Il laisse son manuscrit chez W.W Norton qui le publiera en 1941 sous le titre Quest.

À San Francisco, Dibbern renonce à la citoyenneté allemande[Note 2]. En 1940, il crée son propre passeport, se déclarant « ami de tous les peuples et citoyen du monde ». Il doit quitter les États-Unis et raccompagne Eileen en Nouvelle-Zélande. En route, Te Rapunga doit faire des réparations à Hawaii : s'y trouvent en même temps des marins tels qu'Éric de Bisshop avec son catamaran Kaimiloa, et le capitaine Harry Pidgeon avec Islander[11].

En raccompagnant Eileen en Nouvelle-Zélande, il voulait mettre à l'épreuve le drapeau représentant ses principes et son passeport de citoyen du monde. Aucun n'est reconnu ; considéré comme ressortissant d'un pays ennemi, il est interné sur l'Île Somes[12]. Son livre Quest est publié en 1941. En 1945, il reçoit une lettre, écrite par l'auteur américain Henry Miller. Commence une amitié par correspondance qui durera jusqu'à la mort de Dibbern.

Après la Deuxième Guerre mondiale

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En 1946, Dibbern est libéré et rejoint Eileen. Leur fille, Michela Lalani Morris, est née en 1947. À bord du Te Rapunga, ils passent trois ans dans les mers et les îles du sud. Ils écrivent des articles pour des revues nautiques et achèvent le manuscrit de Voilier sans Port (Ship without Port) qui restera inédit.

En 1950, Eileen rend visite à sa famille en NZ ; Dibbern passe voir Günter installé en Tasmanie ; il accepte un travail temporaire à Hobart. Un collègue lui offre un billet de loterie Tatts ; il gagne 10 000 £. ; il en donne la moitié à son collègue, et achète deux îles avec le reste. Il conçoit un refuge pour les gens de la cité, comme il l'avait voulu au Canada. Parmi ses amis, se trouvent Reg Ansett, qui va fonder Ansett Airlines, et l'égyptologue, auteure et artiste, Leslie Greener.

En 1954, il s'inscrit à la course Trans Tasman ; il choisit un équipage féminin. Te Rapunga arrive en dernier, mais réalise une performance historique. Eileen retourne en NZ afin de procurer une vie plus stable à Lani. Georg vend l'île Satellite (Woody Island), écrit à Miller : « Je vais vendre car je veux faire de la voile, c'est ça ma vie ». Il veut amener les jeunes à la vie maritime et leur transmettre ce que la mer enseigne.

En 1957, pour la première fois avec un moteur, il navigue différemment ; et Te Rapunga, avec son équipage inexpérimenté, échoue. Au cours d'un ouragan, Te Rapunga est démâté et doit être remorqué à Auckland par un transporteur cargo japonais, le Tokuwa Maru.

Dibbern réalise : la vieillesse et les problèmes de santé approchent. Il se décide de retourner en Allemagne reformer le cercle familial avec sa femme et ses filles ; avec elles, il avait correspondu pendant les 32 années de son absence.

Le , il meurt d'une crise cardiaque, dans la rue, à Auckland.

Lien avec Henry Miller

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Emil White est un ami de Miller[Note 3] ; il insiste pour que Henry lise Quest. Miller s'identifie tellement avec les sentiments de Dibbern qu'il lui écrit comme « à un frère » ; commence une correspondance sincère entre eux.

Miller essaiera d'accélérer le paiement des droits d'auteur de Dibbern. Il écrit un essai élogieux sur Quest, publié dans le magazine Circle en 1946. Cet essai est inclus dans la collection de Miller intitulé Reste immobile comme un colibri (1962). Il est encore beaucoup lu et amène les lecteurs à se renseigner sur George Dibbern.

Même dans la pauvreté, Miller expédie – et encourage ses amis à faire – des paquets à Élisabeth et ses filles, qui manquent de tout dans les années d’après-guerre. Il essaie d'intéresser son propre agent de publications à placer le manuscrit dans une maison de rédaction.

Après l'échouage de 1957, il lance un appel sur journal grand format pour collecter des fonds. Son essai de 1946 apparaît sur l'avers. Il insiste pour que Quest apparaisse en français et en allemand. Il discute avec Frédéric-Jaques Temple de la possibilité de traduction. Milller rend visite à Élisabeth, veuve, en Allemagne et initie la traduction et la publication de Quest en allemand. Unter eigener Flagge (Sous son propre Drapeau) paraît en 1965.

Notes et références

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  1. ↑ En 1936, Albrecht von Fritsch élit domicile en Angleterre sous le nom de George René Halkett, peintre et écrivain connu pour son livre The Dear Monster (1939), exposé personnel des mouvements Bauhaus et Wandervogel en Allemagne d’avant-guerre.
  2. ↑ ... précédant de huit ans la renonciation à la citoyenneté américaine de Garry Davis
  3. ↑ Il fera don de sa maison, et va fonder la bibliothèque Henry Memorial Library à Big Sur en Californie.

Références

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  1. ↑ (en) Grundmann, Erika, « German George », New Zealand Memories,‎ , p. 42–45
  2. ↑ (en) Jefferson, Sam, The Sea Devil: The Adventures of Count Felix von Luckner, the Last Raider under Sail, Osprey Publishing,
  3. ↑ (en) Dibbern, George, Quest, New York, W. W. Norton,
  4. ↑ (en) Halkett, René, The Dear Monster, London, Jonathan Cape,
  5. ↑ Vibart, Eric, « George Dibbern. Déserteur Céleste », Voiles et Voiliers,‎ , p. 100-105
  6. ↑ Berthoud, Dorette, Cilette Ofaire, Éditions de la Baconnière,
  7. ↑ (en) « Two Gernman Lads Dock Yawl here in 'Round World Cruise », San Francisco Chronicle,‎
  8. ↑ (en) « Two Men. In a German Boat. Te Rapunga Arrives. Roomy World Cruise Yacht », Auckland Star,‎
  9. ↑ (en) Davis, Murray, Australian Ocean Racing, Angus and Robertson,
  10. ↑ (en) Grundmann, Erika, « Galley Bay: A Dream Denied », BoatJournal,‎ nov. 10 - dec. 8 2005, p. 44-48
  11. ↑ (en) Holm, Don[ald], The Circumnavigators: small boat voyagers of modern times, Prentice-Hall, , p. 163-164
  12. ↑ (en) « Long Voyage; Ketch Te Rapunga: Arrival at Napier », Auckland Star,‎

Liens externes

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