Geraldine Fraser-Moleketi
Geraldine Joslyn Fraser-Moleketi, née le est une personnalité politique sud-africaine et ministre de la Fonction publique et de l'Administration de 1999 à 2008 et ministre de la Protection sociale et du Développement de la population entre 1996 et 1999. Membre du Congrès national africain (ANC), elle siège à l’Assemblée nationale pendant 14 ans, de 1994 à 2008.
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Parallèlement à son parcours au sein de l’ANC, elle exerce des responsabilités importantes au Parti communiste sud-africain (SACP) comme la vice-présidence.
Originaire du Cap, Geraldine Fraser-Moleketi s’engage dans la lutte contre l’apartheid en 1980, rejoignant les rangs de l’ANC et du Parti communiste sud-africain (SACP) alors qu’elle est en exil dans les États de la ligne de front. Elle revient en Afrique du Sud en , au moment des négociations constitutionnelles entamées pour par le Président Frederik de Klerk, juste avant la levée de l'interdiction officielle du SACP dans le pays. Elle travaille ensuite au siège du parti jusqu’aux élections générales de 1994, lors desquelles elle est élue députée ANC au premier Parlement sud-africain élu au suffrage universel depuis 1910.
Moins d’un an après son entrée au Parlement, elle est nommée, en , vice-ministre de la Protection sociale et du Développement de la population dans le gouvernement d’unité nationale dirigé par Nelson Mandela. Elle accède à la tête de ce ministère en , après la fin du gouvernement d'unité nationale.
À la suite des élections générales de 1999, le nouveau président sud-africain Thabo Mbeki confie à Geraldine Fraser-Moleketi le portefeuille de la Fonction publique et de l’Administration, qu’elle dirigera pendant toute la durée de son mandat présidentiel. Elle se fait particulièrement remarquer pour sa fermeté lors des négociations salariales dans la fonction publique, ce qui provoque une montée des tensions sociales et des vagues de grèves dans le secteur en 1999, 2004 et 2007.
Cette position rigide lui vaut l’hostilité de l’aile gauche du Congrès des syndicats sud-africains (COSATU) ainsi que du Parti communiste sud-africain (SACP). Elle siège au comité central du parti de 1990 à 2002, occupant le poste de vice-présidente entre 1998 et 2002. et rejoint le Comité exécutif national de l’ANC de 1997 à 2007.
Le , après la démission du président Thabo Mbeki, Geraldine Fraser-Moleketi quitte le gouvernement ainsi que son siège à l'Assemblée nationale. L'année suivante, elle entame une carrière internationale en tant que directrice de la gouvernance démocratique au sein du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), poste qu'elle occupe jusqu'en 2013.
Elle rejoint ensuite la Banque africaine de développement, où elle occupe le rôle de vice-présidente et envoyée spéciale pour les questions de genre de 2013 à 2016. Elle se represente également plusieurs fois dans le Comité d’experts de l’administration publique des Nations unies. Depuis , elle est chancelière de l’Université Nelson Mandela.
Origines et éducation
modifierGeraldine Fraser-Moleketi naît le à Lansdowne, une banlieue du Cap[1]. En 1978, elle entame des études en éducation à l’Université du Cap-Occidental. Toutefois, son parcours universitaire est interrompu en raison de son implication active dans la lutte contre l'apartheid[2].
Après la fin de l'apartheid, elle obtient une maîtrise en administration publique à l'Université de Pretoria où elle est admise sur la base de la validation des acquis de l'expérience . Elle obtient son diplôme en 2006 avec une thèse sur la réforme de la fonction publique en Afrique du Sud[2].
Débuts en politique
modifierC’est durant sa jeunesse qu’elle commence à s’engager politiquement, notamment en siégeant au conseil représentatif des élèves de son école et en participant à des cercles de lecture marxistes[1],[3].
En 1980, Fraser-Moleketi abandonne sa deuxième année d'université et avec quatre autres femmes, traverse la frontière sud-africaine pour s'exiler dans les États de la ligne de front, où elle rejoint le Congrès national africain (ANC) et le Parti communiste sud-africain (SACP)[1],[3]. Son premier poste est au Zimbabwe, où elle travaille sous la direction de Joe Gqabi. Après l'assassinat de Gqabi en 1981, les autorités zimbabwéennes l'arrêtent et l'interrogent[3]. Elle reçoit une formation militaire auprès d' Umkhonto we Sizwe en Angola[3], et suit ensuite des cours militaires spécialisés en Union soviétique (entre 1982 et 1983) et à Cuba (en 1989)[2]. Cependant, elle passe la majeure partie de son exil en Zambie[1]. De 1986 à 1990, elle se détache auprès de la Fédération luthérienne mondiale[1].
En , pendant les négociations pour mettre fin à l'apartheid, elle retourne en Afrique du Sud à la demande du SACP pour préparer la relance nationale du parti, dont l'interdiction avait récemment été levé par le gouvernement sud-africain[1].
Elle est élue au Comité central du SACP plus tard la même année[4]. De cette date jusqu'à la fin de 1992, elle sert comme administratrice nationale du SACP et comme assistante personnelle au bureau du secrétaire général du SACP, d'abord sous Joe Slovo puis sous Chris Hani[1].
Elle a également été membre du comité de gestion de la Convention pour une Afrique du Sud démocratique en tant que soutien technique au secrétaire général du SACP[2].
En , elle est nommée coordinatrice adjointe des élections pour l'ANC en vue des prochaines élections générales d'avril 1994[1].
Présidence de Mandela
modifierBien-être et développement de la population
modifierLors des élections de 1994, les premières en Afrique du Sud au suffrage universel, Fraser-Moleketi est élue pour représenter l'ANC à l' Assemblée nationale, la chambre basse du nouveau Parlement sud-africain[5]. Après moins d'un an en tant que députée d'arrière-ban, elle est nommée au gouvernement d'unité nationale en , par Nelson Mandela au poste de vice-ministre de la protection sociale et du développement de la population[2]. Elle remplace Abe Williams puis Patrick McKenzie, tous deux membres du Parti national .
En , Mandela annonce un remaniement ministériel majeur, qui entrerait en vigueur après le retrait du Parti national du cabinet le . Fraser-Moleketi est nommée pour succéder à McKenzie au poste de ministre de la Protection sociale et du Développement de la population[6]. Elle reste à ce poste jusqu'à la fin de la présidence de Mandela, période durant laquelle elle soutient la campagne interministérielle visant à consolider un salaire social[7].
Alliance tripartite
modifierDurant cette période, Fraser-Moleketi rejoint le Comité exécutif national de l'ANC ; elle est élue pour son premier mandat de cinq ans lors de la 50e Conférence nationale de l'ANC en , classée 17e membre le plus populaire du comité de 60 membres[8]. De manière controversée, le comité la nomme également pour diriger une équipe de travail interne chargée d'enquêter sur les actions de l' aile gauche du SACP lors de la 50eConférence de l'ANC[9]. Parallèlement, elle reste au Comité central du SACP et siège au bureau politique du parti. Le , lors du 10e congrès national du parti, elle a été élue vice-présidente nationale du SACP, sous la direction du président Charles Nqakula et du secrétaire général Blade Nzimande[10]. Elle exerce un seul mandat à ce poste et ne se représente à la réélection ; Dipuo Mvelase est élu pour lui succéder lors du 11e congrès national à Rustenburg le [11].
Présidence de Mbeki
modifierFonction publique et administration
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Après les élections générales de juin 1999, le président nouvellement élu Thabo Mbeki nomme Moleketi à son cabinet en tant que ministre de la Fonction publique et de l'Administration[12]. Elle est reconduite à ce poste au début du second mandat de Mbeki en avril 2004[13].
Selon le Mail & Guardian, son « mandat était clairement de durcir le ton envers les syndicats de la fonction publique », ce qui entraîne des tensions avec le Congrès des syndicats sud-africains, l'ANC et le partenaire de l'Alliance tripartite du SACP, ainsi qu'avec sa propre négociatrice en chef, Neva Makgetla[14]. Peu après sa prise de fonction, son ministère entre en conflit avec les syndicats du secteur public lorsqu'il adopte une ligne dure dans les négociations salariales. Fraser-Moleketi accuse les travailleurs de « poursuivre un syndicalisme étroit au détriment d'une transformation sociale plus large ». Dans leur réticence à accepter une augmentation de salaire de 6,3%[15], trois grands syndicats, le Syndicat national des travailleurs de l'éducation, de la santé et des secteurs connexes, le Syndicat sud-africain des enseignants démocratiques et le Syndicat des droits civiques de la police et des prisons, lancent une grève[16],[17]. Les salaires du secteur public et les relations de travail restent un point de discorde tout au long de son mandat au ministère, et les syndicats du secteur public se mettent de nouveau en grève en 2004 et en 2007[18],[19]. Fraaser-Moleketi était personnellement une figure impopulaire auprès de nombreux syndicalistes et la figure de proue de leur colère contre le gouvernement[20],[21],[22],[23] ; sa position intransigeante suscite également des critiques dans certaines parties du SACP[24].
Dans le cadre d'une tentative de résoudre la grève d'un mois de 2007, Fraser-Moleketi introduit la dispense spécifique à la profession, qui permet des augmentations de salaire différentielles pour les postes nécessitant des compétences rares, bien que la mise en œuvre de la politique ait par la suite été bloquée[25],[26]. D'autres initiatives politiques poursuivies par Fraser-Moleketi comprennent la restructuration et le redimensionnement du secteur public post-apartheid[27],[28] et la poursuite du programme Batho Pele ( en sesotho pour « le peuple d'abord ») pour développer une culture de prestation de services dans la fonction publique[29]. Elle se décrit comme « déterminée »[30], comme « pratique »[31], et, par Ferial Haffajee, comme un « fil conducteur clairement au cœur de l'administration du président Thabo Mbeki », avec un penchant pour le « langage gouvernemental »[32]. Sur la scène internationale, en sa qualité de ministre, elle siège à plusieurs organes consultatifs et de gouvernance, [2] notamment en tant que membre du premier Comité d’experts de l’administration publique des Nations unies (CEPA) à partir de 2002, puis en tant que vice-présidente à partir de 2006[33].
En , Fraser-Moleketi est élue pour un second mandat en tant que membre du Comité exécutif national de l'ANC, classée 14e sur 60 membres[34]. Cependant, lors de la conférence nationale suivante de l'ANC à Polokwane en , elle fait partie des nombreux membres du cabinet qui n'ont pas réussi à se faire réélire[35]. Elle ne cherche pas à revenir au Comité central du SACP[36].
Démission
modifierLe , en réponse à l'annonce que l'ANC avait forcé Mbeki à démissionner de la présidence, Fraser-Moleketi et 10 ministres du cabinet annoncent leur propre démission[37]. Le secrétaire général de l'ANC, Gwede Mantashe, déclare que beaucoup d'entre eux, y compris Fraser-Moleketi, avaient accepté de rester dans le cabinet du successeur de Mbeki, Kgalema Motlanthe ; cependant, le , le porte-parole de Fraser-Moleketi déclar qu'il s'agissait de « désinformation » et que la démission de Fraser-Moleketi, à la fois du cabinet et de l'Assemblée nationale, prendrait effet[38]. Dans une déclaration d'adieu, Fraser-Moleketi affirme qu'elle resterait toujours un « membre engagé de l'ANC »[38]. Richard Baloyi lui succède au poste de ministre de la Fonction publique et de l'Administration[39], et Enoch Godongwana occupe son siège au Parlement[40].
Carrière internationale
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Le , Fraser-Moleketi prend ses fonctions de directrice du programme de gouvernance démocratique au Bureau des politiques de développement du Programme des Nations unies pour le développement[41]. Elle occupe ce poste jusqu'à la fin [42],[43], date à laquelle elle rejoint la Banque africaine de développement en tant que vice-présidente et envoyée spéciale pour le genre jusqu'à la fin de 2016[42],[44]. Elle revient en tant que membre du CEPA de l'ONU de 2018 à 2021[45], et elle acquiert plusieurs sièges au conseil d'administration d'entreprises, notamment en tant qu'administratrice non exécutive de la Standard Bank à partir de [46]. Elle devient aussi administratrice indépendante d' Exxaro en [47]; et succède à Khotso Mokhele, en tant qu'administratrice non exécutive indépendante et présidente de Tiger Brands à partir de [48].
Elle reste active au sein de l'ANC, siégeant depuis 2022 en tant que membre du comité d'appel disciplinaire interne du parti sous la présidence de Johnny de Lange[49],[50]. En 2023, elle est également présidente de la Fondation Thabo Mbeki[51].
Vie privée
modifierEn 1983, à Lusaka, en Zambie, Fraser-Moleketi épouse Jabu Moleketi, qu'elle rencontre dans un camp militaire de l'ANC en Angola. Ils ont trois enfants[52]. Son frère cadet, Arthur Fraser, est un haut fonctionnaire du gouvernement post-apartheid[53].
Distinctions
modifierEn , Fraser-Moleketi est nommée Nouvelle Femme Africaine de l'Année, un prix parrainé par la Banque Africaine de Développement[54]. Elle reçoit des doctorats honorifiques de l' Université Nelson Mandela, en 2017[4], et de l' Université du Nord-Ouest, en 2021[55].
Le , elle prend ses fonctions de Chancelière de l'Université Nelson Mandela, aux côtés de la vice-chancelière Sibongile Muthwa[56]. Elle est nommée pour un second mandat de Chancelière en [57].
Notes et références
modifierNote
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Geraldine Fraser Moleketi » (voir la liste des auteurs).
Références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 « Geraldine Joslyn Fraser-Moleketi » [archive du ], Polity (consulté le )
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