Ghazi ben Fayçal al-Hachimi (arabe : ḡāzin, غازي بن فيصل الهاشمي) (né le – mort le ) est le souverain du royaume d'Irak de 1933 à 1939[1]. Fils aîné du roi Fayçal Ier, premier souverain d'Irak[2], il succède à son père à la mort de ce dernier, jusqu'à sa propre mort dans un accident de voiture, six ans plus tard.

Ghazi
(ar) غازي ابن فيصل
Illustration.
Ghazi, roi d'Irak.
Titre
Roi d'Irak
–
(5 ans, 6 mois et 27 jours)
Premier ministre Rachid Ali al-Gillani
Jamil al-Midfai
Ali Jawdat al-Aiyubi (en)
Jamil al-Midfai
Yassin al-Hachimi
Hikmat Sulayman (en)
Jamil al-Midfai
Nuri as-Said
Prédécesseur Fayçal Ier
Successeur Fayçal II
Prince héritier d'Irak
–
(12 ans et 16 jours)
Prédécesseur Titre créé
Successeur Fayçal
Prince héritier de Syrie
–
(4 mois et 6 jours)
Prédécesseur Titre créé
Successeur Fédération syrienne
Biographie
Dynastie Hachémite
Nom de naissance Ghazi ben Fayçal al-Hashimi
Date de naissance
Lieu de naissance La Mecque (Empire ottoman)
Date de décès (à 27 ans)
Sépulture Mausolée royal d'Irak
Père Fayçal Ier
Mère Huzaima bint Nasser
Grand-père paternel Hussein ben Ali
Conjoint Aliya bint Ali
Enfants Fayçal II Souverain
Entourage Abdelilah ben Ali (cousin)
Talal (cousin)
Abdallah Ier (oncle)
Ali ben Hussein (oncle)

Signature de Ghazi  (ar) غازي ابن فيصل

Image illustrative de l’article Ghazi (roi d'Irak)
Monarques d'Irak

Biographie

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Jeunesse

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Il est né à La Mecque à l'époque sous domination ottomane actuellement en Arabie saoudite. Ghazi est le fils aîné du futur roi de Syrie puis d'Irak, Fayçal, alors l'un des fils du chérif de la Mecque, et de Huzaima bint Nasser. Son père est alors en guerre dans la région d'Asir contre Mohammad ibn Ali al-Idrisi, l'émir idrisside local[3], et il est élevé par son grand-père Hussein ben Ali, chérif de La Mecque, qui le surnomme Awn[3].

Lors de la Première Guerre Mondiale, les Britanniques menés par Lawrence d'Arabie aident son grand-père, son père et ses oncles à soulever les populations arabes contre l'empire Ottoman, en leur promettant la création d'un grand royaume arabe sous l'égide des Hachémites ; Fayçal, le père de Ghazi, est l'unique représentant des Arabes à la conférence de Versailles de 1919[4], destinée à négocier les conditions de paix. Pourtant, malgré les promesses des Britanniques, les territoires arabes sont divisés entre possessions françaises et britanniques, et les Hachémites peinent à s'imposer[4]. Fayçal devient successivement roi de Syrie puis, après en avoir été chassé par les Français, devient roi d'Irak. L'oncle de Ghazi, Abdallah, devient quant à lui émir puis roi de Jordanie.

Son grand-père est quant à lui devenu en 1916 roi du Hedjaz, mais il n'est pas reconnu par l'ensemble des puissances européennes et peine à s'imposer face au sultan du Nedjd, qui le chasse de la Mecque en 1924 puis de Médine en 1925[5]. Hussein en fuite, son successeur et fils Ali, un autre oncle de Ghazi laisse le Hedjaz aux forces d'Ibn Saoud après sa défaite à Djeddah, et la dynastie saoudienne est reconnue souverain sur le territoire par les Britanniques en 1927[5], ce qui permet la constitution de l'Arabie saoudite.

Ghazi, alors prince héritier, en Angleterre en 1926

Prince héritier d'Irak

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C'est un jeune homme timide et inexpérimenté qui arrive à Bagdad en 1924, où il est promu prince héritier. Son père estimant qu'il n'est pas encore formé à son futur métier de roi, il part étudier à Harrow School au Royaume-Uni, où il reste pendant deux ans, entre 1927 et 1929, après quoi il rentre en Irak. Il suit alors une formation militaire de 1929 à 1932, l'académie militaire de Bagdad, placée sous le patronage du roi Fayçal, où lui sont également dispensés des cours supplémentaires de géographie, d'arabe et d'histoire de l'islam[6].

Contrairement à son père, conscient de la fragilité nationale du territoire, où se côtoient de multiples tribus, ethnies, religions et cultures dans un climat presque constamment tendu[7], Ghazi se montre peu soucieux de l'unité du pays, se montrant ouvertement favorable à la majorité arabe et musulmane. Au début du moins d'août 1933, a lieu le massacre de minorités assyriennes à Simelé, perpétré par l'armée du général Bakr Sidqi. Moins d'un mois avant la mort de son père, qui est épouvanté par l'événement, Ghazi vient lui remettre les distinctions de la victoire militaire aux chefs militaires et tribaux qui ont participé aux massacres et aux pillages[8].

Roi d'Irak

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Portrait officiel de Ghazi.

Le roi Fayçal meurt le 8 septembre 1933, et Ghazi devient roi. Le même jour il est nommé amiral de la marine, maréchal de l'armée royale et maréchal de l'armée de l'air royale irakiennes. Bien qu'intelligent et cultivé, Ghazi semble faire pâle figure à côté de celle de son père, dont il n'a ni le prestige ni la subtilité, et paraît être désintéressé des affaires publiques, ayant plutôt un grand goût pour les divertissements, comme les sports automobiles[9]. Peu après son avènement, le 25 janvier 1934, Ghazi épouse à Bagdad sa cousine, la prince Aliya bint Ali, fille d'Ali, ancien roi du Hedjaz. Ils ont un fils unique, Fayçal, né le 2 mai 1935[10].

Bien que l'Irak soit indépendant depuis 1932, les Britanniques conservent une forte influence dans le pays. Fervent partisan du panarabisme et du nationalisme arabe, Ghazi se montre très hostile à leur contrôle de facto du pays, ou au mieux se montre un partenaire très récalcitrant[9]. D'autant que, lors du règne de Ghazi, des régions entières du pays échappent peu à peu du contrôle du gouvernement central, ce qui amène le pouvoir à chercher à développer l'armée, ce qui déplaît grandement aux Britanniques[11].

Ghazi, roi d'Irak

C'est un homme très populaire, qui souhaite voir naître une nation arabe, sous l'égide d'un Irak libre et indépendant. En 1937, il crée la radio Kasr el Zouhour (Palais des fleurs) qui devient un outil de propagande voué à la cause arabe. Il aide également financièrement les Palestiniens à combattre les colons juifs. Il soutient également les mouvements nationalistes au Koweït et milite pour que le petit pays soit rattaché à l'Irak. Il finit également par acquérir auprès des Britanniques la réputation d'avoir une grande attirance pour les puissance de l'Axe, dont l'Allemagne nazie[9]. Adolf Hitler offre en 1935 au jeune roi une Mercedes-Benz W 24 540K à carrosserie spéciale, un exemplaire quasi unique car il n'en existerait que trois, une autre ayant été offerte à Benito Mussolini par Hitler[12].

Le règne de Ghazi est également marqué par des tensions entre les civils et les militaires, qui veulent prendre le pouvoir. Il soutient, du moins officieusement, le coup d'État du général Bakr Sidqi, qui remplace le gouvernement civil de Yassine al-Hachimi par un gouvernement militaire. C'est le premier coup d'État qui a lieu dans le monde arabe[13]. Bakr Sidqi est cependant assassiné en 1937.

Épave de la voiture du roi après son accident.

Le 4 avril 1939, le gouvernement de Nouri Said annonce que Ghazi s'était tué dans un accident de voiture, dans les jardins du palais, victime de sa passion pour les automobiles. Il aurait percuté un pylône électrique avec sa Buick, peut-être ivre après une nuit de débauche. Certains accusèrent vite le Premier ministre, connu pour ses accointances avec les Britanniques, de l'avoir assassiné[14]. La radio allemande, ainsi que l'ambassadeur d'Allemagne en Irak, Fritz Grobba, très introduit dans les milieux politiques irakiens, reprennent cette accusation ; la mort du roi donne lieu à des manifestations dans tout le pays, et à Mossoul le consul britannique George Monck-Mason est assassiné par une foule en colère[14].

Funérailles du roi Ghazi le 14 avril 1939 à Bagdad.

Lors des funérailles de Ghazi, inhumé au mausolée royal, des foules massives en deuil se pressent à Bagdad[15]. Son fils Fayçal II lui succède. Le nouveau roi n'ayant que 4 ans, le conseil des Ministres confie la régence, selon une volonté de Ghazi confirmée par sa veuve la reine Aliya, à l'oncle de Fayçal II, Abdelilah ben Ali el-Hachemi, cousin et beau-frère de Ghazi.

Théories relatives à sa mort

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La théorie de l'assassinat politique de Ghazi a eu une grande postérité. En effet, de nombreuses preuves tendent à affirmer qu'il s'agit d'un assassinat, les médecins légistes ayant refusé de signer le document qui confirmerait la mort par accident de voiture.[réf. nécessaire]Le frère du médecin[Lequel ?] confirme un peu plus tard qu'il s'agissait de masquer les causes réelles de la mort.

Timbre de 1949 avec le profil de Ghazi.

Les mobiles potentiels de cet assassinat plausible sont multiples. Pour Charles Saint-Prot, les Britanniques seraient les auteurs de l'assassinat de ce roi qu'ils jugeaient trop nationaliste[16]. D'autres pistes évoquent un complot familial mené par son épouse, sœur du futur régent : elle aurait voulu se venger de Ghazi, après avoir découvert que ce dernier avait un amant parmi les serviteurs du palais. Le serviteur en question était mort accidentellement en 1938 après un tir accidentel de son revolver ; les diplomates britanniques estimaient que les « partisans » de la reine Aliya l'avait assassiné, et qu'après cela Ghazi craignait pour sa vie[17].

Cependant la réalité de la mort de Ghazi reste encore aujourd'hui un mystère[18].

Bibliographie

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  • Charles Saint-Prot, Histoire de l'Irak, Paris, éd. Ellipses, 1999
  • Rémi Kauffer, la saga des Hachémites, Paris, éd. Stock, 1999

Notes et références

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  1. ↑ Il est parfois appelle Ghazi Ier, bien qu'il n'y ait pas eu d'autre roi d'Irak portant ce nom.
  2. ↑ (ar) Sébastien Kulemann, Le Sens de l'Histoire, Éditions Douro, (ISBN 978-2-38406-197-6, lire en ligne)
  3. 1 2 (ar) Mohammad Hossein al-Zobeidi, الملك غازي ومرافقوه (King Ghazi and his Companions),‎
  4. 1 2 « Hussein et la famille Hachémite », sur www.lesclesdumoyenorient.com (consulté le )
  5. 1 2 « Ibn Sa’oud », sur www.lesclesdumoyenorient.com (consulté le )
  6. ↑ (ar) جلال, « الگاردينيا - مجلة ثقافية عامة - استعراض ملخص لتاريخ الكلية العسكرية الملكية منذ تأسيسها لغاية عام ١٩٤٨ » [archive du ], sur algardenia.com (consulté le )
  7. ↑ Christian Destremau, Le Moyen-Orient pendant la Seconde Guerre mondiale, Paris, Perrin, , 630 p. (ISBN 978-2-262-04914-0, lire en ligne), p. 82-83
  8. ↑ (en) R. S. Stafford, The Tragedy of the Assyrian Minority in Iraq, Routledge, (ISBN 978-1-136-19612-6, lire en ligne), p. 188
  9. 1 2 3 Destremau, p.84
  10. ↑ « The Hashemite Royal Family » [archive du ], sur www.kinghussein.gov.jo (consulté le )
  11. ↑ (en) وئام شاكر غني, « Attitudes The King Ghazi Direction British Policy In Iraq 1933-1939 », Journal of the College of Education for Women, vol. 26, no 1,‎ (ISSN 2663-547X, lire en ligne, consulté le )
  12. ↑ « La famille royale irakienne à l'honneur », sur www.cnews.fr, (consulté le )
  13. ↑ « Bakr Sidqi ou le premier coup d’État arabe », sur Ici Beyrouth (consulté le )
  14. 1 2 Destreameau, p.85
  15. ↑ (en) TIME, « IRAQ: YOUNG KING », sur TIME, (consulté le )
  16. ↑ Dans son Histoire de l'Irak parue aux éditions Ellipses en 1999.
  17. ↑ The National Archives, "1938, FO 406/76, telegram n° 31"
  18. ↑ (en) « The death of king Ghazi: Iraqi politics, Britain and Kuwait in 1939: Contemporary British History: Vol 10 , No 3 - Get Access », Contemporary British History,‎ (DOI 10.1080/13619469608581405, lire en ligne, consulté le )

Liens externes

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