Giovanni Abrignani
Giovanni Abrignani, né le à Marsala et mort en à Trapani, est un artiste italien rattaché à l'art brut. Maçon itinérant originaire de Sicile, il est interné en 1964 à l'hôpital psychiatrique de Trapani, où il réalise l'essentiel de son œuvre. Ses dessins, exécutés au stylo-bille et rehaussés de crayons de couleur, représentent des scènes de transport et de vie quotidienne. Découverts par le sculpteur suisse Robert Müller, ils sont conservés dans la Collection de l'art brut à Lausanne et dans plusieurs musées européens.
Biographie
modifierGiovanni Abrignani naît le à Marsala. Il fréquente l'école primaire jusqu'à la cinquième année, puis exerce le métier de maçon itinérant, voyageant à travers plusieurs pays du bassin méditerranéen. Durant un séjour en Afrique, il développe une bronchite qui nécessite son rapatriement en Sicile, où il est pris en charge dans un établissement de soins pour personnes âgées[1].
Le , Giovanni Abrignani est interné à l'hôpital psychiatrique de Trapani[2] pour s'être querellé sans motif avec un autre patient de la maison de repos[3]. Il y demeure jusqu'en avant de regagner la maison de repos. Deux années plus tard, il est de nouveau hospitalisé en psychiatrie, en proie à des idées paranoïaques : il soupçonne une religieuse de l'établissement de vouloir l'empoisonner. Son comportement devient apathique et engourdi. Très gourmand, il s'alimente de manière excessive malgré les recommandations médicales. Pour obtenir davantage de tabac et de nourriture, il développe une stratégie de séduction, proposant ses dessins en échange de cigarettes ou de sucreries[4].
Il meurt en d'une thrombose cérébrale et d'un arrêt cardiaque.
C'est le sculpteur Robert Müller, interné pendant ses vacances pour un court séjour suite à un épisode psychotique, qui découvre les dessins d'Abrignani. Il achète la totalité de sa production et en remet une vingtaine[5] à la Collection de l'art brut à Lausanne. Il décrit Abrignani comme un homme corpulent, sociable et jovial. C'est grâce à lui et au Dr Ignazio Sergio Aldo Scarpitta, qui avait exercé dans cet hôpital, que les détails de la vie d'Abrignani nous sont parvenus[6].
Son œuvre est présente dans de nombreuses collections publiques et privées : Collection de l'art brut à Lausanne, Musée de la Création Franche à Bègles, Open Art Museum à Saint-Gall, Musée d'art brut de Montpellier[7], Musée du Docteur Guislain à Gand, collections Treger Saint-Silvestre au Portugal, collection Eternod-Mermod à Lausanne, Collection Charlotte Zander à Bönnigheim[8], et collection de Korine et Max E. Ammann à Berne[9].
Œuvre
modifierSes dessins évoquent les souvenirs de sa vie passée et de ses voyages. Il compose ses dessins de manière ordonnée au stylo-bille[10] en s'aidant d'une règle et d'un compas, puis les colorie au crayon. La plupart ont un caractère narratif : il y intègre des épisodes successifs, son mariage avec l'arrivée du couple en voiture de luxe, la cérémonie et le départ du voyage de noce en calèche. Comme dans la peinture médiévale, il représente à la fois l'aspect extérieur et intérieur des bâtiments. Il dessine aussi des scènes du quotidien : balade des parents avec l'enfant en landau, scène de chasse, arrivée du Tour d'Italie. On y retrouve aussi la Sicile et ses troupeaux de moutons. La représentation récurrente d'une séance de tribunal semble indiquer qu'il aurait eu maille à partir avec la justice[11]. Ses dessins, du même format, sont faits sur des papiers simples ou sur le dos des feuilles de dossier médicaux ou d'observation de l'hôpital psychiatrique.
Expositions
modifier- 2022 : Eine Künstlerfamilie zwischen Insider and Outsider Art: Robert, Miriam, Manuel, Gilda Müller & Giovanni Abrignani, Open Art Museum, Saint-Gall.
- 2015 : Galerie du Marché, Lausanne, Brut de Brut.
- 2015 : MIAM, Musée International des arts modestes, Sète, auto, moto, vélo, train, avion et bateau.
- 2013 : Véhicules, Collection de l'art brut, Lausanne.
- 2012 : LaM, collectionneur de mondes, œuvres d'art brut de la collection de Korine et Max E. Ammann[12].
- 2011 : Amicalement brut, collection Eternod-Mermod, LaM – Lille Métropole, musée d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut, Lille-Villeneuve-d'Ascq.
- 2011 : Weltensammler, Kunstmuseum Thurgau.
- 2003 : L'ESPAL, Le Mans, Lisières.
- 2001 : Solitärer. Sarlingskonst fran Samling Eternod - Mermod, Waldemarsudde Museum, Stockholm[13].
- 2000 : Kunstmuseum Malmö, Solitärer. Sarlingskonst fran Samling Eternod - Mermod, Malmö[14].
Notes et références
modifier- ↑ (su) Geneviève Roulinn, Solitärer, Särlingerkonst fram samling Eternod-Mermod, Lausanne, Malmö, Malmö Konstmuseum, , 112 p., p. 26
- ↑ (it) DI STEFANO, Eva, Irregolari. Art Brut e Outsider Art in Sicilia, (ISBN 9788889224595), p. 145
- ↑ « Abrignani, Giovanni Italy, 1899 - 1977 », sur Treger Saint-Silvestre
- ↑ (de) « Giovanni Abrignani »
, sur open art museum (consulté le ) - ↑ « Abrignani, Giovanni », sur collection de l'art brut (consulté le )
- ↑ (en + it) Eternity has no door of escape, Lugano, Fondazione Gottardo, , 280 p., p. 13
- ↑ « Plus qu'une collection... », sur musée d'art brut de Montpellier (consulté le )
- ↑ (en) « Sammlung Zander », sur /sammlung-zander.de (consulté le )
- ↑ Jennifer Lauren, « meet the collectors », sur JENNIFER LAUREN GALLERY (consulté le )
- ↑ « Abrignani, Giovanni », sur artbrut.ch (consulté le )
- ↑ Michel Thévoz, Giovanni Abrignani, Lausanne, collection de l'art brut, , p. 103
- ↑ « exposition Collectionneur de mondes », sur LaM (consulté le )
- ↑ (sv) « Tidigare utställningar », sur https://waldemarsudde.se (consulté le )
- ↑ (sv) « Solitärer särlingskonst från samling Eternod-Mermod, Lausanne », sur stockholms stadsbibliotek
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
modifier- « Giovanni Abrignani », sur Collection de l'art brut