Gisela von Poellnitz
Gisela von Poellnitz, née le et morte le à Prague, est une journaliste, communiste et résistante au régime nazi allemande. Sous le Troisième Reich, elle est un membre notable du groupe de résistance antifasciste berlinois constitué autour de Harro Schulze-Boysen[1], que l'Abwehr désignera plus tard sous le nom d'« Rote Kapelle ».
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Gisela von Pöllnitz |
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Von Poellnitz est, durant toute sa vie, atteinte d'une affection pulmonaire, qui s'aggrave progressivement au fil de ses arrestations répétées par la Gestapo. Lors de sa dernière arrestation, elle contracte la tuberculose après cinq mois de détention. Sa médecin, Elfriede Paul, organise son admission dans un sanatorium en Suisse, mais elle ne s'en remet jamais, mourant à l'âge de vingt-huit ans[2].
Biographie
modifierFille de diplomate, von Poellnitz est membre de la Ligue des jeunes communistes d'Allemagne (KJVD) à Hambourg avant 1933[3]. En raison de ses origines aristocratiques et de ses nombreux voyages, elle n'est pas prise au sérieux par ses camarades du groupe communiste. En novembre 1933, elle est arrêtée par la Gestapo, interrogée pour ses activités communistes et sévèrement battue[4]. Pour avoir rendu les coups, elle est incarcérée pendant deux mois à la prison de Fuhlsbüttel[5].
En 1934, de nouveau surveillée, elle est fouillée par un agent de la Gestapo. Celui-ci découvre, dissimulée dans ses sous-vêtements, une brochure de l'organisation interdite Rote Hilfe (Secours rouge), mais la jeune femme parvient à s'en saisir, à la déchirer et à en avaler les morceaux. Elle passe néanmoins deux mois supplémentaires en prison et se voit, à titre de sanction additionnelle, refuser le permis de conduire. La Gestapo conclut bientôt qu'elle n'est pas une militante de gauche fervente ni dogmatique, ses activités au sein du KJVD, puis du Parti communiste d'Allemagne (KPD), ne traduisant qu'une soif d'aventure[4].
Au milieu des années 1930, grâce à l'aide de sa cousine éloignée Libertas Schulze-Boysen, elle trouve un emploi de sténodactylographe à l'agence de presse United Press. Elle devient par la suite journaliste sous la direction de Gösta von Uexküll[6].
Le Groupe Schulze-Boysen
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En 1937, von Poellnitz, devenue militante antifasciste, se lie d'amitié avec l'écrivain et pacifiste Günther Weisenborn. Tous deux participent aux réunions privées qui se tiennent habituellement dans l'appartement de Schulze-Boysen, et parfois dans celui du sculpteur Kurt Schumacher[7]. Rebelle et aventurière, von Poellnitz, tout comme Weisenborn, ne se satisfait pas de ces rencontres en petit comité ni du silence face à la tyrannie hitlérienne[8]. À la même époque, Schulze-Boysen délaisse le nationalisme révolutionnaire allemand pour se rapprocher de l'idéologie communiste[7].
La même année, von Poellnitz reçoit de Schulze-Boysen des informations sur la guerre d'Espagne. Elle rédige alors des tracts sur le conflit, qu'elle remet à Elfriede Paul, laquelle les distribue elle-même dans les boîtes aux lettres de Berlin[9].
Toujours en 1937, Schulze-Boysen a compilé un bref document d'information sur une opération de sabotage préparée à Barcelone par la Wehrmacht — une action du « Sonderstab W » (« état-major spécial W »), organisation créée par le général de la Luftwaffe Helmuth Wilberg afin d'étudier et d'analyser les enseignements tactiques tirés par la légion Kondor durant la guerre d'Espagne[10]. Cette unité dirige également les opérations allemandes de soutien — volontaires, armes et munitions — au parti FET y de las JONS du général Francisco Franco. Les renseignements réunis par Schulze-Boysen comprennent des détails sur les transports allemands ainsi que sur le déploiement des unités et des compagnies engagées[11]. Le groupe ne sait toutefois comment faire parvenir ces informations aux Soviétiques. Von Poellnitz prévoyant de se rendre à l'Exposition internationale des arts et techniques dans la vie moderne, qui se tient à Paris du au [6], le groupe décide de lui confier la lettre à destination de l'ambassade soviétique[6]. Le moment venu, elle accomplit sa mission et dépose la lettre dans la boîte de l'ambassade, près du bois de Boulogne[4]. Mais le bâtiment est surveillé par la Gestapo : von Poellnitz est arrêtée en , sitôt la lettre déposée[11].
À ce propos, l'historien Heinrich Scheel rapportera les paroles d'un commissaire de la Gestapo : « Pendant la guerre d'Espagne, nous avons envoyé certains des nôtres comme espions dans les Brigades internationales. Schulze-Boysen connaissait leurs noms et les a transmis aux rouges. Nos hommes ont alors été fusillés. »
Craignant d'être découvert et arrêté, le groupe de résistance se dissout provisoirement[12]. L'appartement des Schulze-Boysen est perquisitionné et, bien que la Gestapo ait exigé le renvoi de Harro Schulze-Boysen, celui-ci ne reçoit qu'un blâme officiel au ministère de l'Aviation[13].
Le , von Poellnitz est libérée après cinq mois aux mains de la Gestapo. À sa sortie, ses camarades la retrouvent émaciée. Malgré la torture, elle n'a rien révélé du motif de son voyage à Paris. Déjà fragile des poumons, elle a contracté la tuberculose en prison[4]. Le , gravement atteinte de tuberculose pulmonaire, elle est transférée dans un sanatorium en Suisse sur les conseils de son médecin, Elfriede Paul. Elle y meurt quelques semaines plus tard[14].
Annexes
modifierBibliographie
modifier- Elfriede Paul et Wera Küchenmeister, Ein Sprechzimmer der Roten Kapelle, Berlin, Militärverlag der Deutschen Demokratischen Republik, , 3rd éd. (ISBN 9783327004210)
- Hans Coppi, Harro Schulze-Boysen - Wege in den Widerstand eine biographische Studie, Technische Universität Berlin (thèse), Koblenz Fölbach, (ISBN 9783923532285, OCLC 1068161156)
- (de) Heinrich Scheel, Vor den Schranken des Reichskriegsgerichts : mein Weg in den Widerstand [« In front of the barriers of the Reichskriegsgericht: My way into the resistance »], Berlin, Ed. q, (ISBN 9783861241478, OCLC 246617412)
- Silke Kettelhake, Erzähl allen, allen von mir Das schöne kurze Leben der Libertas Schulze-Boysen 1913-1942 [« Tell everyone, all of me;The beautiful short life of the Libertas Schulze-Boysen 1913-1942 »], Munich, Droemer, (ISBN 978-3426274378, OCLC 770669492)
- (de) Gert Rosiejka, Die Rote Kapelle : "Landesverrat" als antifaschist. Widerstand, vol. 33, Hamburg, Ergebnisse, coll. « Ergebnisse », (ISBN 9783925622168, OCLC 74741321)
Voir aussi
modifierNotes et références
modifier- ↑ Léopold Trepper, Die Wahrheit: Autobiographie des "Grand Chef" der Roten Kapelle, Ahriman-Verlag GmbH, (ISBN 978-3-89484-554-4, lire en ligne), p. 328
- ↑ Norman Ohler, Tim Mohr et Marshall Yarbrough, The Bohemians : the lovers who led Germany's resistance against the Nazis, Boston, Houghton Mifflin Harcourt, (ISBN 9781328566232), p. 84
- ↑ Wolfgang Benz et Walter H. Pehle, Encyclopedia of German Resistance to the Nazi Movement, Continuum, (ISBN 978-0-8264-0945-4, lire en ligne), p. 308
- 1 2 3 4 (de) Norman Ohler, Harro und Libertas: Eine Geschichte von Liebe und Widerstand, Kiepenheuer & Witsch eBook, (ISBN 978-3-462-31948-4, lire en ligne), p. 157
- ↑ (de) Harro Schulze-Boysen et Hans Coppi, Dieser Tod passt zu mir : Harro Schulze-Boysen - Grenzgänger im Widerstand; Briefe 1915 bis 1942, Berlin, 1st, coll. « AtV, 8093 », (ISBN 9783746680934, OCLC 76430193)
- 1 2 3 Norman Ohler, Harro und Libertas: Eine Geschichte von Liebe und Widerstand, Kiepenheuer & Witsch eBook, (ISBN 978-3-462-31948-4, lire en ligne), p. 157
- 1 2 (de) Heinz Höhne, Der Spiegel, « ptx ruft moskau », Spiegel-Verlag, Fortsetzung, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Heinz Höhne, Codeword: Direktor: the story of the Red Orchestra, Secker and Warburg, (ISBN 9780436200670, lire en ligne), p. 111
- ↑ Michael Mueller, Nazi Spymaster: The Life and Death of Admiral Wilhelm Canaris, Skyhorse, , 3– (ISBN 978-1-5107-1777-0, lire en ligne)
- ↑ John Gooch, Airpower: Theory and Practice, Routledge, (ISBN 978-1-135-20846-2, lire en ligne), p. 73
- 1 2
- ↑ Heinz Höhne, Codeword: Direktor: the story of the Red Orchestra, Secker and Warburg, (ISBN 9780436200670, lire en ligne), p. 112
- ↑ Michael Mueller, Canaris: The Life and Death of Hitler's Spymaster, Frontline Books, (ISBN 978-1-4738-9467-9, lire en ligne), p. 108
- ↑ (de) Hans Teubner et Institut für Marxismus-Leninismus beim ZK der SED, Exilland Schweiz : Dokumentarischer Bericht über den Kampf emigrierter deutscher Kommunisten 1933-1945, Berlin, Dietz, (OCLC 80137028)