Gisèle d'Estoc

écrivaine française (1845-1894)

G. d'Estoc est l'un des noms de plume de Marie-Paule Courbe, écrivaine, journaliste, peintre et sculptrice française, également féministe, duelliste et travestie, née le à Nancy et morte le à Nice.

Gisèle d'Estoc
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 49 ans)
NiceVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Marie-Paule Alice CourbeVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
Gysèle, P. Desbarres, Gyz-El
Nationalité
Activité
sculptrice et peintre, écrivaine, féministe
Œuvres principales
Paysanne lorraine (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Elle a utilisé d'autres identités, comme Gysèle, P. Desbarres ou encore Gyz-El. Le pseudonyme Gisèle d'Estoc lui a été attribué de façon posthume.

Biographie

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Entourage et formation

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Née 2, rue Montesquieu à Nancy, Marie Paule Alice Courbe est la fille de Jean-Pierre Courbe, serrurier, et de Anne Marthe Mienville[1]. Elle étudie la sculpture avec Joseph Kremer.

En 1866, elle noue une relation amicale très forte avec une autre artiste, Marie-Edmée Pau. Les deux jeunes femmes se sentent à l'étroit dans leur identité sexuelle et communient dans le culte de Jeanne d'Arc qu'elles perçoivent comme « l'idéale androgyne ».

Carrière artistique

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Paysanne lorraine vers 1887
Paysanne lorraine vers 1887

Marie-Paule Alice Courbe commence à exposer avec succès dans les Salons de Lorraine et de l’Ecole de Nancy[2] à partir de 1867 puis, par intermittence jusqu'en 1890. Car, dès 1869, elle commence à exposer à Paris, où elle s'installe à la fin du Second Empire[3],

Elle y exposera peintures et sculptures pendant 20 ans : d'abord au Salon de Paris, sous le nom de Courbe jusqu'en 1877, puis au Salon des Artistes Français, sous Desbarres ou Parent-Desbarres (nom de son mari, Paul Joseph Parent Desbarres (1836-1875), un industriel épousé en 1875, mais décédé la même année, ce qui a probablement permis à l'artiste d'être à l'abri du besoin après la mort de son mari). Elle exposera pour la dernière fois au Salon des Artistes Français en 1889. Il est à noter, qu'elle expose au Salon de l'Union des Femmes Peintres et Sculpteurs en 1886, mais une seule fois.

Carrière littéraire

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Dans les années 1880, elle entreprend une carrière littéraire, publiant des nouvelles et des chroniques dans Le Petit Nancéien, Nancy artiste, La Dépêche de Nancy et L'Estafette sous le pseudonyme de Gysèle ou sous son nom de femme mariée, P. Desbarres. Ses thèmes privilégiés sont la justice et la vérité  « Fiat Lux, fiat justicia » est la devise de son éphémère Revue caudine (1887) , valeurs qui forment le socle de son engagement féministe.

Vie personnelle

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Gisèle d'Estoc mène une vie privée tumultueuse, s'octroyant les mêmes libertés que celles dont disposent alors les hommes : Ainsi, elle entame, en 1881, une liaison avec Guy de Maupassant, puis avec Marguerite Eymery dite Rachilde, femme de lettres et travestie comme elle, qu'elle critique plus tard dans un pamphlet  sous le nom de Raclife  dans La Vierge réclame, qu'elle signe G. d'Estoc[4].

Engagement féministe

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En 1890, elle adhère sous le pseudonyme de G. d'Estoc à la Ligue de l'affranchissement des femmes que vient de fonder Marie-Rose Astié de Valsayre. Dans une volonté de neutralisation, le « G » majuscule rend le prénom épicène, tandis que le nom évoque sa pratique de l'escrime. G. d'Estoc contribue à la rédaction des statuts de la Ligue dont le but est de « combattre toutes les injustices dont la femme est victime dans la société ».

En septembre, elle profère un blâme contre la journaliste Séverine qui avait chargé son compagnon de se battre en duel à sa place : pour Marie-Paule Courbe, une femme doit être capable de défendre seule son honneur. Peu après, elle fait une communication sur la femme de lettres, qui aboutit au vote de la résolution suivante : « À capacités égales salaire égal »[5]. Mais sa carrière tourne court : malade, elle se retire à Nice avec son dernier compagnon, Léo d'Arkaï (alias Louis-Joseph Pillard). Cependant, Marie-Rose Astié de Valsayre continue à utiliser le psuedonyme G. d'Estoc, qu'on retrouve dans une liste de candidates aux législatives de 1893, et dans le Groupe des escrimeuses, destiné à servir par l'épée « la cause féminine »[6].

Marie-Paule Courbe meurt à Nice, 136, rue de France, en 1894[7].

Postérité et historiographie

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En 1928, le littérateur Pierre Borel achète les papiers personnels de Marie-Paule Courbe à Léo Pillard d'Arkaï et contrefait sa biographie : il mélange des documents authentiques à des pièces apocryphes, voire fabriquées de sa main[8]. C'est lui qui affuble celle qu'il décrit comme une « folle de sexualité (...) égoïste, ardente et volage »[9] du pseudonyme de Gisèle d'Estoc, qu'elle n'a jamais utilisé, mais sous lequel elle est depuis connue, et qui la trahit. Les fantasmes boréliens contaminent ensuite l'histoire littéraire[10],[11] et continuent à faire saliver[12], bien qu'on sache désormais que Borel a écrit n'importe quoi. L'Américaine Melanie Hawthorne a méthodiquement démonté la tradition misogyne née de ses écrits[13], tandis que Gilles Picq, le premier à avoir identifié Gisèle d'Estoc comme étant Marie-Paule Courbe[14],[15], a écrit sa biographie[4] et publié ses écrits dans la presse nancéienne[16],[17].

Si G. d'Estoc a joué un rôle mineur dans le mouvement féministe, c'est elle qui inspire à la jeune Madeleine Pelletier, qui a croise sa silhouette lors d'une réunion de la Ligue de l'affranchissement des femmes, une « voie lumineuse d'affranchissement », celle du travestissement, fondement essentiel du « féminisme intégral »[6].

Publications

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  • G. d’Estoc, La Vierge réclame, premier volume d’une hypothétique série « Les Gloires malsaines », illustrations de Fernand Fau, Paris Librairie Richelieu, 1887 [lire en ligne]
  • Gyz-El, Noir sur blanc, récits lorrains, Nancy, A. Voirin, 1887.
  • La Revue Caudine, publication littéraire nancéienne, Paris, 1887. Directrice-gérante : Mme Paule P. Desbarres.
  • G.J. d'Estoc, Psychologie de Jeanne d'Arc... [Texte imprimé] / Publication : Paris : J. Strauss, 1891[18].

Notes et références

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  1. « acte de naissance de Marie Paule Alice COURBE », sur site des archives municipales de Nancy, acte n°310 du 28/03/1845 (vue 73)
  2. Astrid Mallick et Sanchez Pierre, Salons de Lorraine et de l’Ecole de Nancy (1833-1950), 3 tomes, Dijon, l'Echelle de Jacob, 2023.
  3. Nicole Cadène, "mon énigme éternel", Marie-Edmée... une jeune fille française sous le Second Empire, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, , 370 p. (ISBN 9782853998505, lire en ligne), chap. IV
  4. 1 2 Gilles Picq, Reflets d'une maupassante, Editions des Commérages, , 235 p. (lire en ligne)
  5. Nicole Cadène, "Estoc G. d'" in Christine Bard et Sylvie Chaperon (dir.), Dictionnaire des féministes. France XVIIIe – XXIe siècle,, Paris, Presses universitaires de France, , p. 522-524
  6. 1 2 Nicole Cadène, "G(isèle) d'Estoc à la Ligue de l'Affranchissement des femmes : identification d'une féministe" in N. Cadène, K. Lambert et Martine Lapied (dir) Genre récits et usages de la transgression, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, coll. "Penser le genre", , 364 p. (ISBN 9791032002810), p. 175-199
  7. « transcription acte de décès à Nancy Paule Courbe », sur archives municipales de Nancy, acte n° 1772 vue 56
  8. Gilles Picq, "G(isèle) d'Estoc, reflets d'une mal(e)passante. On est toujours trop bon avec les hommes... aussi" in N. Cadène, K. Lambert, M. Lapied (dir.), Genre, récits et usages de la transgression, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, , 364 p., p. 175-185
  9. Pierre Borel, Maupassant et l'androgyne, Paris, Editions du livre moderne, , 214 p., p. 46
  10. Armand Lanoux, Maupassant, le Bel Ami, Paris, Fayard,
  11. Jacques Douchin (éd.), Cahier d'amour, Paris, Arléa, coll. "les licencieux", , 109 p.
  12. François Forestier, « Gisèle d’Estoc, la « ninja féministe » qui coupa le souffle à Maupassant », sur L'Obs, (consulté le )
  13. (en) Melanie C. Hawthorne, Finding the Woman Who didn't Exist : the Curious Life of Gisele d'Estoc, Lincoln and London, University of Nebraska, , 204 p. (ISBN 9780803240346)
  14. Gilles Picq, "on déstocke Gisèle ou comment donner de la chair à un ectoplasme" in Les À côtés du siècle, premier colloque des Invalides, Montréal, éditions du Lérot, , 159 p., p. 117-125
  15. Gilles Picq, « "Et encore du nouveau sur Gisèle d'Estoc" », Histoires littéraires, , p. 151
  16. Gilles Picq et Nicole Cadène, Les Chroniques nancéiennes de Gisèle d'Estoc, Paris, éditions des Commérages (lire en ligne)
  17. Gilles Picq et Nicole Cadène (éd.), Les Bannis et autres récits. Contes et nouvelles de Gisèle d'Estoc, Paris, Editions des Commérages (lire en ligne)
  18. Gisèle d' Estoc, Psychologie de Jeanne d'Arc..., J. Strauss, (lire en ligne)

Liens externes

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