Giulia Farnese

noble italienne de la Renaissance, d'une grande beauté, maîtresse du pape Alexandre Borgia

Giulia Farnese, ou Julie Farnèse (en français), est une noble italienne, née à Canino en 1474 et morte à Rome le .

Giulia Farnese
(francisé en : Julie Farnèse)
Biographie
Naissance
Décès
Famille
Père
Pier Luigi Farnese Seniore (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mère
Giovanna Caetani (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Fratrie
Geromala, Angelo, Paul III
Conjoint
Orsino Orsini (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfants
Laura Orsini (en)
Laura Migliorati (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Blason.
Le Pape en adoration devant la Vierge à l'enfant, copie par Pietro Facchetti d'une fresque de Pinturicchio détruite, où sous les traits de la Vierge Giorgio Vasari identifie Giulia Farnese.

Femme d'une extraordinaire beauté, elle provoqua une telle fascination que ses contemporains la surnommèrent Giulia la Bella. Elle a été une des maîtresses du pape Alexandre VI.

Elle est la sœur de Alexandre Farnèse qui deviendra en 1534 le pape Paul III.

Biographie

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Les origines

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Giulia Farnese naît à Canino en 1474 dans une des propriétés de la famille, elle est la fille de Pierre Louis Farnese et de Giovannella Caetani descendante de la dynastie des Sermoneta à laquelle appartient le pape Boniface VIII. Avant elle, le couple a déjà eu un garçon, Alexandre, qui montera sur le trône pontifical en 1534 sous le nom de Paul III. Suivent une sœur, Gerolama, et un frère, Angelo. Il y peu d'information sur l'enfance de Giulia Farnese ; très probablement a-t-elle grandi dans la propriété de sa famille aux alentours du lac de Bolsena et, comme il est de règle dans l'aristocratie, a-t-elle été éduquée dans un couvent de Rome. En 1487, à l'âge de treize ans, Giulia Farnese perd son père.

Le mariage avec Orsino Orsini

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L'entrée de Giulia Farnese dans le monde aristocratique romain intervient en 1489, quand elle est donnée en mariage à Orso Orsini (dit Orsino) des ducs de Bassanello (aujourd'hui Vasanello), une des familles les plus puissantes du Latium. Orsino, fils de Lodovico et Adriana de Mila, cousine du cardinal espagnol Rodrigo Borgia, est comte de Nola. Il est peu plaisant d'aspect et surnommé Monuculus Orsinus parce que borgne. Les noces sont célébrées à Rome le , dans la demeure du puissant cardinal Borgia qui, quelques années plus tard, sera élu pape sous le nom d'Alexandre VI. À cette époque Giulia Farnese, âgée de 13 ou 14 ans, est la maîtresse du cardinal depuis au moins un an. Au moment de ce mariage, ce dernier est âgé de 58 ans, et a déjà quatre enfants de sa maîtresse Vannozza Cattanei, et d'autres de femmes restées inconnues.

Giulia Farnese, comme son devoir l'exige, suit son mari dans le château de Bassanello. Quand Orsino s'éloigne de sa résidence, Giulia rejoint alors la résidence romaine de la famille de son mari, les Orsini, à Monte Giordano, ou rend visite à sa belle-mère dans le palais romain proche de la basilique Saint-Pierre où Adriana vit avec Lucrèce, la jeune fille de son cousin Rodrigo Borgia.

La relation avec Rodrigo Borgia

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La Dame et la licorne de Luca Longhi, possible portrait de Giulia Farnese.

La rencontre avec Giulia Farnese marque le début de la relation déséquilibrée que le cardinal âgé de presque soixante ans va entretenir avec cette jeune fille mineure. Giulia Farnese qui n'a pas encore quinze ans lui est offerte sur un « plateau d'argent » : un pacte silencieux est scellé entre tous ceux qui en tirent des avantages. Giovannella (sa mère) et Adriana (sa belle-mère) utilisent l'emprise exercée par le cardinal sur Giulia Farnese pour obtenir des honneurs et des privilèges pour leurs fils respectifs Alexandre (frère de Giulia) et Orsino (mari de Giulia).

Dans les mois qui suivent immédiatement le mariage, Giulia Farnese devient la maîtresse officielle de Rodrigo Borgia. Pour s'assurer la proximité de sa favorite, Rodrigo obtient que ses cousins Orsini demeurent dans le palais de Santa Maria in Portico, résidence d'Adriana de Mila. Quant à Orsino, il doit, malgré lui, jouer le rôle de mari consentant avant, quelques années plus tard, d'en tirer finalement lui-même profit.

Giulia Farnese s'établit à Santa Maria in Portico où elle devient amie de Lucrèce Borgia, la fille du cardinal et la nièce d'Adriana à qui elle est confiée pour être éduquée comme une vraie princesse de sang royal. Entre les deux jeunes filles naît une profonde sympathie.

Le pape Alexandre VI.

Le , Giulia Farnese donne naissance à son unique fille, Laura. Depuis un peu plus de trois mois, Rodrigo Borgia est devenu Alexandre VI. L'enfant est officiellement présentée comme la fille légitime d'Orsino. Certaines chroniques de l'époque évoquent une ressemblance entre la petite fille et le cardinal et certaines coïncidences au moment de la conception confirmeraient la thèse. Alexandre VI, dans une de ses lettres à Giulia Farnese nie ces hypothèses. Laura prend le nom des Orsini et devient l'héritière du « borgne ». La naissance de Laura constitue, pour Giulia Farnese, le prétexte à l'éloignement définitif de Bassanello.

La fonction pontificale ne met pas fin à la conduite du Borgia avec Giulia Farnese : ils continuent de se rencontrer. Giulia Farnese passe du statut de maîtresse du cardinal à celui de concubine officielle du pape. Les médisances sur Giulia Farnese prennent de grandes proportions, les Romains l'appellent des petits noms de concubina papae ou sponsa Christi ("concubine papale" ou "fiancée du Christ").

Avec l'accession au trône de Saint-Pierre, Alexandre VI commence à privilégier davantage tous ceux qui entrent dans le cercle des fidèles. Parmi ceux-ci, la famille Farnese, favorisée par ses liens avec Giulia, bénéficie d'avantages politiques conséquents. Par exemple, l'année suivant l'élection de Rodrigo Borgia, Alexandre Farnese, alors âgé d'à peine 25 ans, est nommé cardinal. Certains ne laissent pas échapper l'occasion d'ironiser sur la rapide consécration et surnomment Alexandre Farnese, il cardinale della Gonnella (le cardinal de la jupe) , avec une allusion évidente aux résultats obtenus par les faveurs de sa sœur. Orsino, quant à lui, reçoit une généreuse récompense du pape qui, en 1494, lui fait don du fief de Carbognano.

La fin du concubinage

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À partir de 1493, la vie de Giulia Farnese "la Bella" subit de profonds changements. En juin, Lucrèce Borgia, alors âgée de 13 ans, épouse Giovanni Sforza, seigneur de Pesaro et part dans la ville de son époux. Giulia Farnese la suit comme dame d'honneur, accompagnée de sa belle-mère Adriana de Mila. Le séjour de Giulia Farnese à Pesaro ne se passe pas comme prévu : le pape commence à la réclamer avec force à Rome.

Les troupes du roi Charles VIII de France envahissent l'Italie, se dirigeant directement vers Rome et Alexandre VI, préoccupé pour la sécurité de sa maîtresse, lui ordonne de revenir au Vatican. Un nouveau fait vient perturber les plans du pape : Angelo Farnese, frère de Giulia Farnese, est à l'agonie dans son château de Capodimonte. Défiant le pape, Giulia Farnese se rend immédiatement au chevet d'Angelo qu'elle trouve mort. Elle passe ensuite l'été dans les propriétés de sa famille en compagnie de son frère Alexandre. En automne, les événements se précipitent, en plus des menaces du pape qui exige le retour de Giulia Farnese à Rome, son mari Orsino exige lui aussi que sa femme revienne vers lui à Bassanello. Borgia traite la situation toujours de la même manière, avec une détermination arrogante. Il écrit des mots très durs à Giulia Farnese et Adriana, menace les deux femmes d'excommunication, et s'en prend aussi au cardinal Alexandre Farnese et à Orsino Orsini.

L'intimidation réussit, Giulia Farnese, sa belle-mère et sa sœur Gerolama reprennent la route vers Rome. À la hauteur de Viterbo, le convoi des dames escorté de trente cavaliers que le pape a envoyés spécialement depuis Rome, est intercepté par l'avant-garde française. Les trente cavaliers d'apparat plus que combattants ne tentent aucune résistance. Les Français, découvrant de qui il s'agit, les séquestrent dans le château de Montefiascone, et demandent au pape une rançon de 3 000 ducats, qu'Alexandre VI paie immédiatement. Après quelques jours passés à Montefiascone, plus comme hôtes que comme prisonnières, les trois femmes reprennent le voyage escortées par une véritable armée. Elles entrent dans Rome le 1er décembre et d'après les récits, Giulia Farnese passe la nuit au Vatican et l'affaire est close.

La fuite de Rome

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La nouvelle de l'avancée de Charles VIII est de plus en plus préoccupante et une peur croissante envahit Rome. Le pape n'a pas l'intention de laisser le Saint-Siège alors que beaucoup le lui suggèrent. Giulia Farnese, rentrée depuis peu, craint pour elle-même et sa fille et souhaite abandonner Rome le plus rapidement possible. Elle demande de l'aide à son frère Alexandre pour organiser son départ de la ville. Deux semaines avant l'arrivée de Charles VIII et de ses soldats, Giulia Farnese quitte Rome sans en avertir le pape.

Le lieu de la fuite de Giulia Farnese n'est pas connu, différentes hypothèses existent ; il est possible qu'elle ait rejoint son mari à Bassanello ou qu'elle se soit réfugiée dans le château de Carbognano.

De Rome à Carbognano

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Après cette fuite, Giulia revient à Rome et reste la maîtresse du pape jusqu'en 1500, année où son époux meurt (il lègue alors ses biens à Laura). La relation entre Rodrigo et Giulia semble s'être arrêtée de façon amicale, sous l'égide de sa belle-mère Adriana de Mila. Le , Alexandre VI meurt et la situation des Borgia commence à décliner. Pour les Farnese, il est temps de confier à d'autres leur fortune et encore une fois, c'est Giulia Farnese qui est la protagoniste d'un des moments clef de leur ascension. Après le bref pontificat de Pie III, qui meurt un mois après son élection, le conclave élit le pape Giuliano della Rovere qui prend le nom de Jules II. Giulia, désormais âgée de trente ans, retourne à Rome pour organiser le mariage de son unique fille Laura. Les Della Rovere sont à leur apogée et Giulia Farnese comprend bien l'opportunité d'un mariage avec cette puissante maison. Les négociations aboutissent et le , Laura Orsini, âgée de treize ans, épouse Niccolò della Rovere, fils d'une sœur du pape. Giulia Farnese, après une série d'amants inconnus, épouse en 1506 Giovanni Capece di Bozzuto, membre désargenté de la petite noblesse napolitaine.

1506 est aussi l'année où Giulia Farnese prend en main Carbognano, le fief que Alexandre VI avait donné à son mari. Elle s'établit dans le château de la petite ville, sur le portail duquel est écrit son nom. Les chroniques du château racontent que Giulia Farnese fut une habile administratrice et sut gérer ses terres d'une main ferme et énergique. En octobre 1517, Giulia Farnese est veuve pour la seconde fois.

La mort

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Giulia Farnese reste à Carbognano jusqu'en 1522. Elle quitte le château et fait son retour à Rome où elle passe les deux dernières années de son existence. Le , dans le grand palais du cardinal Alexandre Farnese, futur Paul III, Giulia Farnese meurt pour une raison inconnue à l'âge de 50 ans. Neuf jours avant de mourir, elle avait rédigé son testament : elle fait des legs pieux et des dons généreux pour l'établissement de jeunes filles pauvres, ainsi qu'à plusieurs personnalités féminines de son entourage. Elle lègue à sa fille Laura le château de Carbognano. À son frère, elle laisse un lit, un matelas et des draps, considérant peut-être qu'elle lui avait suffisamment offert ainsi qu'aux autres hommes de sa famille de son vivant (seuls 3 hommes sont cités dans ses dernières volontés).

Descendance

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Sa fille Laura donne naissance à trois enfants durant son mariage. Ils héritent des possessions des Orsini. Un de ceux-ci, Elena, épouse Stefano Colonna, l'un des princes de Palestrina.

La beauté de Giulia

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Le visage de la Madonna col Bambino leggente, peinte par Pinturicchio, dans la Salle des Saints des appartements Borgia au Vatican.

Giulia est décrite comme une femme d'une taille moyenne, bien proportionnée, avec de grand yeux noirs, un visage rond et gracieux et une très belle chevelure.

Sa description physique nous est arrivée grâce à des fragments de lettres écrites par ses contemporains, par exemple, une correspondance entre Cesare Borgia de la cour de Pesaro qui parle de niger oculos. Lorenzo Pucci, mari de sa sœur Gerolama écrit à son frère : « elle a la plus belle chevelure que l'on puisse imaginer ». Ses dames de cour racontent que pour mettre en évidence sa peau claire, elle dort avec des draps noirs.

De la beauté légendaire de Giulia Farnese, dont on parla tant de son temps et sur laquelle on écrit aujourd'hui encore, il n'existe que peu de témoignages et beaucoup de suppositions ; un des personnages de la transfiguration de Raphaël aurait ainsi les traits de « Giulia la Bella[1]. »

Giorgio Vasari dans ses Vite, identifie Giulia sous les traits de la Vierge dans la Madonna col Bambino leggente, peinte par Pinturicchio, et qui se trouve dans la salle des Saints des appartements Borgia au Vatican. Ce pourrait être l'hypothèse la plus plausible, d'autant plus que Lucrèce Borgia, fille du pape et grande amie de Giulia serait également représentée dans cette salle. Certains attribuent à Paul III l'absence de portraits de Giulia, qu'il aurait fait disparaître en raison de l'embarras provoqué.

Dans la culture populaire

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Notes et références

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  • Casanova Cesarina. Vannozza Catanei et Giulia la Bella à la cour de Rodrigo Borgia – Alexandre VI. In: Maîtresses et favorites dans les coulisses du pouvoir du Moyen Âge à l’Époque moderne. St Etienne : Presses universitaires de Saint-Étienne (PUSE), 2019. pp. 241-253. (L’École du genre, 13) : www.persee.fr/doc/ecoge_1952-2568_2019_act_13_1_1212

Bibliographie

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  • Cesarina Casanova, « Vannozza Catanei et Giulia la Bella à la cour de Rodrigo Borgia – Alexandre VI », dans Juliette Dor, Marie-Élisabeth Henneau et Alain Marchandisse, Maîtresses et favorites dans les coulisses du pouvoir du Moyen Âge à l'Époque moderne, Saint-Étienne, Publications de l'Université de Saint-Étienne, coll. « L’École du genre », (ISBN 9782862726946, lire en ligne), p. 241-253.
  • (it) Antonio Spinosa, La saga dei Borgia, Mondadori - Milan, 1999 (ISBN 88-04-48662-7).
  • Manuel Vázquez Montalbán, Ou César ou rien, Édition du Seuil Collection Points, 1999.
  • (it) Edoardo del Vecchio, I Farnese, Istituto di studi romani editore, Rome, 1972.

Voir aussi

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Liens internes

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