Gouffre de Roc de Cor
Le gouffre de Roc de Cor est une cavité souterraine située à la limite des communes de Montvalent et de Miers, dans le Lot (région Occitanie, France).
| Coordonnées | |
|---|---|
| Pays | |
| Région | |
| Département | |
| Massif | |
| Localité voisine |
Miers et Montvalent |
| Voie d'accès |
D11 |
| Type |
Gouffre |
|---|---|
| Altitude de l'entrée |
235 mètres |
| Longueur connue |
2500 mètres |
| Dénivelé |
102 mètres |
Situation et accès
modifierLe gouffre de Roc de Cor se situe à 3,5 kilomètres à l'ouest-nord-ouest de Miers et à 4,2 kilomètres au sud-est de Montvalent. Il s'ouvre sur le causse de Padirac qui est situé au nord du causse de Gramat.
Le gouffre se situe à l'aval du ruisseau de Cazelles (souvent à sec). Le ruisseau pénètre sous terre au pied de la paroi nord-nord-est du gouffre[1].
Les propriétaires des terrains riverains interdisent les accès par leurs propriétés[2].
Risques
modifierL'accès et le parcours dans la cavité présentent des dangers :
- de chute pour des personnes non formées aux techniques spéléologiques ;
- d'asphyxie au dioxyde de carbone dans les endroits mal ventilés comme le Puits du CO2[3].
Toponymie
modifierLe nom du gouffre de Roc de Cor est quelquefois orthographié Roque de Corn. Il est aussi défini comme un gouffre-goule[1].
Par analogie avec le village de Corn, ce nom pourrait remonter à une racine pré-celtique qui décrit un escarpement, une hauteur défensive et se prononce localement "kor"[4].
Description
modifierDans l'article de Joël Trémoulet publié en 2004 dans l'article la spéléologie en Quercy de la revue Spéléoc, la longueur du gouffre de Roc de Cor est de 2 000 mètres en 2000 et de 2 200 mètres en 2003[5]. Pourtant, la longueur publiée dans l'article dédié au gouffre du Bulletin du CDS 46 de 1978 est de de 2 500 mètres avec une profondeur maximale de 102 mètres[6].
Le gouffre d'entrée
modifierLe gouffre aérien a une forme quasi circulaire de 70 mètres de diamètre pour 35 mètres de profondeur. Le ruisseau de Cazelle s'y jette par temps de crues par une cascade de 10 mètres du côté sud-ouest du gouffre. Les parois nord, est et sud sont verticales ou surplombantes. Des porches obstrués s'ouvrent à mi-hauteur des falaises. Le fond du gouffre aérien est constitué de remblais important que traverse le ruisseau qui rentre sous terre, dans la paroi côté est, par une fente basse, large de 14 mètres par 1,3 mètres de hauteur[6],[3].
Les galeries supérieures semi-actives
modifierLes galeries supérieures se développent sur 400 mètres depuis le gouffre d'entrée puis se divisent en deux tronçons après le siphon Martel. La première partie, large de 5 à 8 mètres mais basse de plafond (environ un mètre), se dirige vers l'est-sud-est sur 150 mètres. Les 70 mètres suivants ont un profil ogival puis la galerie s'abaisse encore au niveau d'un passage noyé par les eaux par temps de crue. Un peu plus loin, une galerie mène au puits du CO2 qui présentait un taux dangereux de 4,5 % mesuré par Dayma le . C'est une perte de la rivière qui vide entièrement ce siphon en quelques heures. La galerie principale prend alors la direction nord sur 200 mètres en s'élargissant jusqu'à 8 mètres avec une hauteur de plafond de 10 mètres. Un dernier tronçon de 50 mètres conduit au siphon Martel qui est une voûte basse qui se franchit aisément en se mettant à l'eau[6].
Juste après le siphon Martel deux courtes galeries mènent aux puits : celle en rive gauche au P1 , celle en rive droite au P2. En continuant la voie principale, 30 mètres après le siphon Martel, la galerie se divise en deux branches. Celle de gauche (ouest) se développe sur 80 mètres, celle de droite (nord-ouest), de même longueur, conduit au puits P3[6].
Les puits
modifierLe puits P1 relie les galeries supérieures à l'étage inférieur actif. Il se compose de trois verticales totalisant une hauteur de 23,5 mètres. Le puits P2 est profond de 33 mètres. Ces deux puits jouent actuellement le rôle de drain principal des eaux de crue du ruisseau principal. Le puits P3 a la même profondeur que le P2 et, comme ce dernier, débouche dans le Bief Inférieur Amont[6].
Les galeries inférieures des Marmites
modifierA la base du P1 une courte galerie se divise en deux. La branche de droite est appelée Galerie du Marbre et présente de nombreuses et profondes "marmites" (bassin circulaire creusé par un galet). Au bout de 30 mètres, elle conduit à la rivière principale dans le Bief Inférieur Aval. La branche de gauche, de même longueur permet d'accéder au Bassin aux Truites par lequel débute le Bief Inférieur Amont[6].
Le bief inférieur
modifierLe bief inférieur, où coule la rivière pérenne, a une longueur totale de 1 330 mètres[6].
Le Bief Inférieur Amont part vers l'est sur 690 mètres. Il présente quelques coulées de calcite et gours (petit bassin fermé par un barrage de calcite). Vers l'amont, il devient plus aquatique avec sept voûtes basses ou mouillantes. À son extrémité, une coulée de calcite obstrue le passage[6].
Le Bief Inférieur Aval débute à la sortie du siphon du Bassin aux Truites. Il se prolonge sur 690 mètres, vers le nord-ouest sur 300 mètres, puis vers le sud-ouest. Il présente une voûte mouillante : l'ancien siphon ex-terminal du SC Agen[6].
Géologie
modifierSitué au nord du causse de Gramat, le gouffre de Roc de Cor est une cavité du causse de Padirac. Ce causse s'étend sur 16 kilomètres d'est en ouest et 9 kilomètres du nord au sud. Il est délimité à l'est par la vallée d'Autoire, au nord et à l'ouest par la Dordogne et au sud par la faille de Saint-Vincent-du-Pendit. Cette faille se perd au niveau du gouffre de Roc. Elle met en contact les terrains marneux du Lias situés à la base du horst d'Alvignac et les terrains calcaires des couches plus récentes du jurassique. L'ensemble du plateau calcaire présente un léger pendage vers le sud-ouest[6].
La chronologie de la formation des roches autour du gouffre de Roc de cor est la suivante[6] :
- Au Mésozoïque (ère secondaire) : sédimentations marines qui ont accumulé des couches de matériaux organiques au jurassique ;
- À l'Éocène et à l'Oligocène (aire tertiaire) : tectonique pyrénéenne qui plisse et fait émerger les couches sédimentaires précédentes et localement crée la faille de Saint-Vincent-du-Pendit et le horst d'Alvignac ;
- Au Quaternaire, creusement des réseaux souterrains actuels et assèchement des vallées.
Dans le gouffre aérien, les eaux passent à travers les roches du Bathonien inférieur jusqu'à un banc de dolomie qui marque la transition avec les calcaires oolitiques du Bajocien. La galerie d'entrée large et basse est entièrement creusée dans ce banc jusqu'au Siphon Martel[6].
Hydrogéologie
modifierLe gouffre de Roc de Cor s'ouvre dans les calcaires karstifiables du Jurassique[7], c'est une perte de contact entre les roches du Bajocien et du Bathonien[6].
Les galeries constituent le prolongement souterrain du ruisseau de Cazelle. Ce ruisseau circule d'abord sur les terrains du Jurassique inférieur (Lias) du horst d'Alvignac. En aval de la confluence des eaux de la source Salmière, il pénètre dans les terrains du Bajocien sur le tracé d'une faille relativement importante (orientation sud-est - nord-ouest). Ses eaux sont habituellement absorbées par les pertes du moulin de Cazelle, En période de crue, peu après le pont de chemin de fer au nord du camp de Viroulou, le ruisseau franchit la faille de Saint-Vincent-du-Pendit, puis bifurque vers le nord jusqu'au gouffre en suivant la direction du pendage[6].
Guy de Lavaur prouve par coloration le parcours des eaux souterraines. Le gouffre de Roc de Cor draine les eaux vers les résurgences voisines de la fontaine Saint-Georges, aux Lombards et à la Finou sur la commune de Montvalent[8]. La zone fait partie du bassin versant de la Dordogne[9]. Ce réseau constitue un affluent souterrain du réseau de Padirac[10].
Les principaux facteurs ayant contribué à la mise en place de la cavité sont[6] :
- Son appartenance au bassin versant de la Dordogne ;
- Les mouvements tectoniques dus au soulèvement des Pyrénées ;
- Le léger pendage du plateau calcaire vers le sud-ouest.
Le creusement des galeries du gouffre s'est produit à l'époque quaternaire et s'est accompagné d'un assèchement des vallées. Le creusement initial a été réalisé par un ruisseau indépendant de celui de Cazelle, probablement celui de Lavallade. Le ruisseau de Cazelle n'a participé qu'au creusement du seul Bief Aval[6].
Explorations
modifierPremière exploration documentée du XIXe siècle
modifier
La première exploration signalée date du . Elle fut réalisée en deux heures par Édouard-Alfred Martel, Gabriel Gaupillat, Louis Armand et Émile Foulquier. Ils explorent les premiers 400 mètres de la galerie d'entrée et s'arrêtent devant un plan d'eau qui est appelé depuis le Siphon Martel. Dans son livre Les Abîmes, Martel suppose à raison que les eaux qui s'engouffrent à Roc de Cor sont en relation avec la résurgence de la Fontaine Saint-Georges à Montvalent, à 5 kilomètres de distance[3].
À cent mètres de l'entrée, Les explorateurs tentent de descendre dans un petit puits latéral, profond de quelques mètres seulement. Armand, voulant explorer cette cavité, demande une lampe de mineur car sa bougie ne veut plus brûler. Gaupillat le met alors en garde contre l'acide carbonique : Le CO2 est un gaz inodore et incolore appelé maintenant dioxyde de carbone. Il est toxique à concentration élevée (hypercapnie)[11]. Ils font descendre dans le petit puits une bougie attachée au bout d'une ficelle. La flamme s'amincit puis s'éteint. Ils font un autre avec du magnésium qui brûle difficilement, crépite et donne une lueur jaune. Un éclairage électrique ne leur aurait pas permis de découvrir ce danger, qui aurait pu asphyxier Armand, sans possibilité de le retirer de la poche de CO2 et l'aurait conduit à la mort[3].
Le , M. Lalande fait la même constatation à cet endroit qui depuis est baptisé Puits du CO2[3].
Reprise des explorations au XXe siècle
modifierEn 1950, Robert Lacroux effectue une série d'explorations dans le gouffre de Roc de Cor. Lacroux décrit dans un article des Annales de spéléologie la totalité des étages supérieurs ainsi que la rivière inférieure, en aval jusqu'au siphon ex-terminal et en amont sur 150 mètres environ jusqu'à une voûte mouillante que H. Silvert tente de franchir en apnée en 1952. Lacroux réalise une cartographie des étages supérieurs et du bief inférieur aval[12].
En 1964, Benchimoule, Vioni et Vivos du Spéléo Club d'Agen explorent l'amont sur plus de 600 mètres et s’arrêtent sur un siphon, mais leur découverte n'a jamais été publiée. En 1976, Jean-Claude Coustou et Patrick Péjout du Groupe Spéléologique de Gramat avec Guy Marchou du Spéléo-Club de Saint-Céré mesurent les 680 mètres des galeries amonts découvertes par le SC Agen. En 1977, Serge Dayma, accompagné de Bergues et Beix, plongent le siphon sur 15 mètres à une profondeur de 4 mètres[6].
En 1976, Serge Dayma et Guy Marchou franchissent le petit siphon tenté par Sivert en 1952. Ils découvrent 450 mètres de galerie exondée jusqu'à un nouveau siphon qu'ils dépassent en 1977 (profondeur 3 mètres, longueur 10 mètres avec une visibilité nulle). Ils plongent un dernier siphon de profondeur 4 mètres et remontent dans une grande cloche d'air. C'est le Terminus Aval Saint-Céré, point bas de la cavité à 102 mètres sous la surface du sol. La galerie noyée se prolonge vers l'aval[6]. En 1979, Une équipe composée de Gaillard, Lebihan, Laureau, Verlhac et Marchou dépassent le Terminus Aval Saint-Céré. Il reconnaissent 10 mètres de siphon supplémentaire à la profondeur de 8 mètres et débouchent dans une cloche d'air sans continuation évidente car l'eau est très turbide, En 1994, Jean-Pierre Stefanato et Jean-Luc Siriex poursuivent dans le siphon et atteignent un terminus à 10 mètres de profondeur. Ils sont bloqués par un laminoir remontant (passage large, mais très bas)[13].
Le , Dayma et Marchou pénètrent dans le réseau par temps de crue pour étudier la circulation des eaux dans la cavité et son éventuelle relation avec la perte de Lavallade voisine. Ils franchissent deux siphons qui se sont amorcés avant le Siphon Martel qui est lui aussi rempli. Le puits P1 est impraticable car emprunté par la rivière en crue. Le puits P3 leur permet d'accéder à l'étage inférieur. Au bas du P1, il mesurent un débit de 800 litres par seconde à la lucarne du Bassin aux Truites. Les capteurs posés restent négatifs et montre que la fluorescéine injectée à Lavallade ne passe pas à Roc de Cor[6].
Voies d'escalade
modifierDans les années 1980, des passionnés d'escalade ont ouvert dans le gouffre aérien 53 voies de difficultés difficile à expert, allant jusqu'au niveau de cotation du 6b au 8b+, de hauteur variant de 12 à 40 mètres réparties en deux secteurs[14],[15]:
- Sur le premier : de longues lignes techniques et exigeantes au sud-ouest ;
- Sur le second : d'autres voies plus courtes, en dévers et physiques au sud-est.
Notes et références
modifier- 1 2 Jean Taisne, Contribution à un inventaire spéléologique du Département du Lot : coordonnées et situation de plus de 1300 cavités, Labastide-Murat, Comité Départemental de Spéléologie du Lot (CDS46), , 365 p. (ISBN 2-9509260-1-0), p. 48
- ↑ « CAVITES PARTICULIERES - CDS46 », sur CDS46 - Les spéléologues fédérés du Lot, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 Les abîmes : les eaux souterraines, les cavernes, les sources, la spélæologie : explorations souterraines effectuées de 1888 à 1893 en France, Belgique, Autriche et Grèce, Paris, Librairie Ch. Delagrave, , 578 p. (lire en ligne), chap. XVII (« Le Causse de Gramat - Les Goules »), p. 288-291.
- ↑ Gaston Bazalgues, « Les noms des communes du Parc », Les cahiers scientifiques du Parc naturel régional des Causses du Quercy, vol. 1, , p. 114 (lire en ligne)
- ↑ Joël Trémoulet, « Spéléologie en Quercy », Spéléoc, no 101, 1er trimestre 2004, p. 11 (lire en ligne [PDF])
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 Serge Dayma, Guy Marchou et Michel Durand, « Le gouffre de Roque de Cor », Bulletin du Comité Départemental de Spéléologie du Lot (CDS46), no 4, , p. 4-15
- ↑ Hydrogéologie du département du Lot et des Causses du Quercy - Carte au 1/100000e avec fond topographique de l'IGN - Dressée par J.C. Soulé, J. Astruc et R. Vernet - Éditions BRGM
- ↑ Guy de Lavaur, « Hydrologie souterraine du Causse de Gramat (Lot) et Applications à des considérations générales sur la circulation des eaux souterraines », Congrès international de Spéléologie - Communication, vol. 2, no 1, , p. 87-90 (lire en ligne
[PDF]) - ↑ Jean-Noël Salomon, « Le causse de Gramat et ses alentours : les atouts du paysage karstique », Karstologia, no 35, , p. 1-12 (lire en ligne)
- ↑ Bernard Collignon, « La rivière souterraine de Padirac dans son contexte hydrogéologique », dans Fédération Française de Spéléologie, L'autre PADIRAC, La Ravoire, Éditions GAP, coll. « Spelunca Mémoires » (no 20), , 231 p. (ISBN 2-7417-0112-1, ISSN 0242-1771), p. 63
- ↑ « 320.1 - À propos du CO2 dans les cavités - Union spéléologique de l'agglomération nancéienne », sur usan.ffspeleo.fr (consulté le )
- ↑ Robert Lacroux, « Le gouffre de Roque de Corn », Annales de spéléologie. Spelunca 3ème série « Tome 7 », no 2, , p. 85-90
- ↑ Émeric Beaucheron, « Plongées dans le complexe hydrospéléologique de Padirac », Bulletin du Comité Départemental de Spéléologie du Lot (CDS46), no 9, , p. 62
- ↑ « Les sentiers de la grimpe..: Roque de Cor, histoire d'un gouffre oublié (article régulièrement mis à jour avec l'ajout supplémentaire de contenus) », sur Les sentiers de la grimpe.., (consulté le )
- ↑ Oblyk Community, « Roque de Cor, escalade en Lot », sur Oblyk - Climbing Community (consulté le )