Gouvernement Chauveau
| Gouvernement Chauveau | Gouvernement Ouimet | |||||||||||||||||||||||||||||||||
| 1re législature | 2e législature | |||||||||||||||||||||||||||||||||
| 1867 | 1868 | 1869 | 1870 | 1871 | 1872 | 1873 | ||||||||||||||||||||||||||||
Le mandat du gouvernement de Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, premier premier ministre du Québec, s'étend du au . La formation de ce premier gouvernement québécois post-Confédération est orchestrée par George-Étienne Cartier et Hector-Louis Langevin, qui choisissent Chauveau comme candidat de compromis acceptable tant par les catholiques francophones que par la minorité anglo-protestante.
| Premier ministre | Pierre-Joseph-Olivier Chauveau |
|---|---|
| Élection | 1867, 1871 |
| Législature | 1re, 2e |
| Formation | |
| Fin | |
| Durée | 5 ans, 7 mois et 11 jours |
| Parti politique | Parti conservateur |
|---|---|
| Ministres | 6 |
| Femmes | 0 |
| Hommes | 6 |
| Assemblée législative (1867) |
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|---|---|
| Assemblée législative (1871) |
|
Caractéristiques
modifierPlusieurs contemporains accusent le gouvernement Chauveau de n'être qu'une succursale du gouvernement conservateur fédéral. Pour eux, c'est George-Étienne Cartier qui le dirige par personne interposée. La critique ne vient pas seulement du Parti libéral mais également de l'aile ultramontaine du Parti conservateur. Celle-ci, qui désire que l'Église ait la mainmise sur les principales institutions de la société (hôpitaux, écoles), ne voit pas d'un bon œil la création d'un ministère de l'Instruction publique qui pourrait être la première étape d'un contrôle de l'État sur l'éducation.
Chauveau cumule les fonctions de premier ministre, secrétaire provincial et, à partir de 1868, ministre de l'Instruction publique[1],[2]. L'appareil administratif provincial est alors modeste : le service civil ne compte que 92 employés[1].
Le double mandat et la domination fédérale
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Le double mandat permet à un élu de siéger simultanément aux parlements provincial et fédéral. En 1867, 19 des 65 députés québécois, dont Cartier, Langevin et Chauveau lui-même, détiennent les deux mandats[3]. Cette pratique subordonne en partie la scène provinciale aux intérêts fédéraux, Wilfrid Laurier dénonçant la législature provinciale comme « un appendice d'Ottawa ». La question de l'abolition du double mandat, portée par le libéral Félix-Gabriel Marchand, est débattue dès 1868 mais ne sera résolue qu'à la législature suivante, après la démission de Chauveau.
L'éducation et la confessionnalité
modifierChauveau crée le ministère de l'Instruction publique en 1868, le premier du genre au Canada, afin de maintenir la prédominance de l'État en matière scolaire[4]. En 1869, il fait adopter l'« Acte pour amender les lois concernant l'Éducation en cette Province » (32 Vict., ch. 16), qui divise le Conseil de l'instruction publique en deux comités confessionnels, catholique et protestant, avec une répartition proportionnelle du financement et une autonomie administrative pour chaque groupe religieux[1]. Cette réforme répond aux demandes de la minorité protestante qui réclame une reconnaissance et une autonomie administrative, mais elle mécontente une partie des députés francophones qui la jugent excessive[1].
Les chemins de fer et les finances provinciales
modifierLa question des chemins de fer domine les travaux législatifs. Le gouvernement adopte un cadre de subventions offrant l'équivalent de 3 % des coûts de construction sur 20 ans. Les pressions politiques, notamment celles de Joseph-Édouard Cauchon, conduisent toutefois à des concessions considérables : en , 2 700 000 acres de terres de la Couronne sont accordées pour le chemin de fer de la Rive-Nord[1].
La législature est également marquée par le règlement de la dette de l'ancien Canada-Uni : en , un arbitrage fédéral fixe la part du Québec à 5 millions de dollars, un montant que l'Assemblée conteste par des résolutions en [5].
Le Programme catholique et la réélection de 1871
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À la veille des élections de 1871, un groupe d'ultramontains mené par François-Xavier-Anselme Trudel publie le Programme catholique le dans le Journal des Trois-Rivières. Ce manifeste réclame que les électeurs catholiques ne votent que pour des candidats adhérant pleinement aux doctrines catholiques et que les lois soient modifiées selon les demandes des évêques[3]. Soutenu par Mgr Ignace Bourget et Mgr Louis-François Laflèche, le programme suscite l'opposition de Mgr Elzéar-Alexandre Taschereau. Les programmistes n'obtiennent toutefois qu'un succès limité aux urnes : Trudel est le seul élu ouvertement rattaché au programme. Les conservateurs remportent 46 sièges et les libéraux 19, avec 27 députés élus sans opposition[6].
La fin du gouvernement Chauveau
modifierRéélu, Chauveau fait face à une majorité fragilisée par les rivalités régionales opposant notamment Joseph-Édouard Cauchon (Québec), Hector-Louis Langevin (Bas-du-Fleuve) et George-Étienne Cartier (Montréal)[1]. La question ferroviaire continue de dominer les débats : quinze députés siègent aux conseils d'administration de compagnies ferroviaires et trente-cinq y sont autrement liés, faisant de l'Assemblée, selon les critiques, un « gigantesque ring »[1].
Épuisé politiquement et éprouvé par des deuils familiaux, Chauveau démissionne le et accepte la présidence du Sénat du Canada. Gédéon Ouimet lui succède comme premier ministre le [1].
Chronologie
modifier- : entrée en vigueur de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique créant la province de Québec, dotée d'un Parlement bicaméral comprenant une Assemblée législative de 65 députés et un Conseil législatif de 24 membres nommés à vie[3].
- : le cabinet Chauveau prête serment à la résidence officielle du lieutenant-gouverneur Narcisse-Fortunat Belleau.
- : le gouvernement Chauveau remporte les premières élections générales québécoises de la Confédération avec 50 députés sur 65.
- : Chauveau fait connaître les membres du premier Conseil législatif du Québec, dont Charles-Eugène Boucher de Boucherville est le président.
- à : première session de la 1re législature. Christopher Dunkin annonce, pour la période allant du au , des recettes de 2 660 000 $ et des dépenses de 2 000 000 $.
- 1868 : création du ministère de l'Instruction publique, premier du genre au Canada[4].
- : adoption de l'« Acte pour amender les lois concernant l'Éducation en cette Province » (32 Vict., ch. 16), divisant le Conseil de l'instruction publique en un comité catholique et un comité protestant[1].
- : un arbitrage fédéral fixe la part du Québec dans le règlement de la dette de l'ancien Canada-Uni à 5 millions de dollars[5].
- : concession de 2 700 000 acres de terres de la Couronne pour le chemin de fer de la Rive-Nord[1]. La même année, la loi créant la Police provinciale du Québec, ancêtre de la Sûreté du Québec, est adoptée[5].
- : publication du Programme catholique dans le Journal des Trois-Rivières par François-Xavier-Anselme Trudel et un groupe d'ultramontains[3].
- : nouvelles élections générales, remportées par Chauveau avec 46 sièges conservateurs contre 19 libéraux[6].
- : entrée en vigueur du Code municipal de la province de Québec (34 Vict., ch. 68), rassemblant en 1 087 articles l'ensemble des dispositions applicables aux municipalités et corporations de comté[7].
- : ouverture de la première session de la 2e législature.
- : Chauveau démissionne, épuisé politiquement et éprouvé par des deuils familiaux, et accepte la présidence du Sénat à Ottawa[1].
- : Gédéon Ouimet lui succède comme premier ministre.
Lois marquantes
modifier- 1868 : loi créant le ministère de l'Instruction publique, premier du genre au Canada, avec Chauveau comme ministre. Cette loi introduit le principe de la confessionnalité dans le système scolaire[4].
- 1869 : « Acte pour amender les lois concernant l'Éducation en cette Province » (32 Vict., ch. 16), divisant le Conseil de l'instruction publique en deux comités confessionnels et établissant une répartition proportionnelle du financement scolaire[1].
- 1869 : « Acte concernant les enquêtes sur les affaires publiques » (32 Vict.), première loi permettant aux commissions parlementaires d'enquêter sur les affaires publiques[8].
- 1870 : loi créant la Police provinciale du Québec, ancêtre de la Sûreté du Québec[5].
- 1871 : Code municipal de la province de Québec (34 Vict., ch. 68), entré en vigueur le , rassemblant en 1 087 articles l'ensemble des dispositions applicables aux municipalités et corporations de comté, à l'exception de certaines cités incorporées par acte spécial comme Québec et Montréal. Il remplace l'« Acte municipal du Bas-Canada » de 1860 et demeure la loi générale en matière municipale jusqu'en 1916[7].
Composition
modifierCabinet Chauveau (1867-1871)
modifierLe premier cabinet du Québec est composé du premier ministre Chauveau et de six autres ministres. Chauveau et quatre ministres sont membres de l'Assemblée législative, tandis que deux siègent au Conseil législatif. Chauveau cumule plusieurs ministères en plus d'être premier ministre.
- Premier ministre et président du Conseil exécutif : Pierre-Joseph-Olivier Chauveau
- Agriculture et travaux publics : Louis Archambeault[Note 1]
- Procureur général : Gédéon Ouimet
- Terres de la Couronne : Joseph-Octave Beaubien[Note 1]
- Instruction publique : Pierre-Joseph-Olivier Chauveau
- Secrétaire et registraire : Pierre-Joseph-Olivier Chauveau
- Solliciteur général : George Irvine
- Orateur du Conseil législatif : Charles-Eugène Boucher de Boucherville[Note 1]
- Trésorier : Christopher Dunkin (1867-1869), Joseph Gibb Robertson (1869-1871)
Cabinet Chauveau (1871-1873)
modifierÀ la suite des élections de 1871, Chauveau conserve essentiellement la même composition ministérielle. Chauveau et quatre ministres sont membres de l'Assemblée législative, tandis que trois siègent au Conseil législatif.
- Premier ministre et président du Conseil exécutif : Pierre-Joseph-Olivier Chauveau
- Agriculture et travaux publics : Louis Archambeault[Note 1]
- Procureur général : Gédéon Ouimet
- Terres de la Couronne : Joseph-Octave Beaubien[Note 1]
- Instruction publique : Pierre-Joseph-Olivier Chauveau
- Secrétaire et registraire : Pierre-Joseph-Olivier Chauveau
- Solliciteur général : George Irvine
- Orateur du Conseil législatif : Charles-Eugène Boucher de Boucherville[Note 1]
- Trésorier : Joseph Gibb Robertson
Notes et références
modifierNotes
modifierRéférences
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 « CHAUVEAU, PIERRE-JOSEPH-OLIVIER », sur Dictionnaire biographique du Canada (consulté le )
- ↑ « Chauveau, Pierre-Joseph-Olivier », sur Répertoire du patrimoine culturel du Québec, Ministère de la Culture et des Communications du Québec (consulté le )
- 1 2 3 4 « Pouvoir et démocratie depuis 1867 », sur Par ici la démocratie (consulté le )
- 1 2 3 « Le Québec après la Confédération, 1867-1960 », sur Bibliothèque de l'Assemblée nationale du Québec (consulté le )
- 1 2 3 4 « Ligne du temps : 1870 », sur Grand Québec (consulté le )
- 1 2 « Élection générale de 1871 », sur Bibliothèque de l'Assemblée nationale du Québec (consulté le )
- 1 2 « Code municipal de la province de Québec (avant 1972) », sur Association des évaluateurs municipaux du Québec (consulté le )
- ↑ « Chronologie parlementaire 1867-1871 », sur Assemblée nationale du Québec (consulté le )
Bibliographie
modifier- Jacques Lacoursière, Histoire populaire du Québec, t. III, Septentrion, .
- Paul-André Linteau, René Durocher et Jean-Claude Robert, Histoire du Québec contemporain, t. I, Boréal Express, .
- Robert Rumilly, Histoire de la province de Québec.