Le Zhonghua Dadian (en chinois : 中华大典), que l'on pourrait traduire en Grande somme canonique de la Chine, est un ouvrage chinois de type leishu (compilation classée par catégories), composé de 408 volumes et constituant le plus vaste projet de recension et d'édition de textes anciens entrepris depuis la fondation de la République populaire de Chine. Conçu au milieu des années 1980 à l'initiative de dix-huit maisons d'édition, le projet reçoit en 1988 le soutien de plus de 300 experts et est officiellement approuvé en 1992 par le Conseil des affaires de l'État, qui en confie la direction à Ren Jiyu (zh), ancien directeur de la Bibliothèque nationale de Chine. Après près de trente ans de travaux, l'ouvrage est achevé fin 2017 et les derniers volumes paraissent en 2019.

Zhonghua Dadian
Auteur Plus d'un millier d'experts et d'universitaires[1]
Pays Drapeau de la République populaire de Chine Chine
Genre Compilation de textes anciens
Éditeur 19 maisons d'édition[1]
Collection 408 volumes
Lieu de parution Chine continentale
Date de parution 1992-2019

Il rassemble, classe et met à disposition sans réécriture des textes préexistants issus de plus de 20 000 ouvrages classiques, couvrant une période allant de l'ère pré-Qin (zh) jusqu'à la révolution de 1911. Avec environ 745 millions de caractères, il s'agit du recueil le plus volumineux parmi les encyclopédies chinoises, dépassant la somme de toutes celles des dynasties passées. Conçue sur le modèle du Gujin Tushu Jicheng, tout en intégrant les méthodes scientifiques contemporaines, il est, aux côtés de ce dernier et de l'Encyclopédie de Yongle, l'un des trois jalons de l'histoire de la compilation encyclopédique chinoise. Ses 24 sections couvrent des disciplines aussi variées que la philosophie, l'histoire, la médecine, les sciences, les transports, l'industrie (en) ou les arts.

Historique et développement

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Ren Jiyu (zh)

Le projet de compilation du Zhonghua Dadian voit le jour au milieu des années 1980 à l'initiative des dirigeants de dix-huit maisons d'édition spécialisées. Ces derniers s'accordent alors sur l'importance de systématiser et de regrouper les œuvres chinoises antiques, jusqu'alors dispersées au sein de divers classiques[2]. En 1988, plus de 300 experts et universitaires de renom, parmi lesquels Qian Zhongshu, Feng Youlan, Ren Jiyu (zh), Qian Xuesen et Ji Xianlin, ainsi que des représentants de diverses maisons d'édition de livres anciens, signent une lettre collective adressée au Conseil des affaires de l'État. Ils demandent l'intégration de ce projet au rang des grands chantiers culturels nationaux. La proposition reçoit une réponse très favorable et l'État apporte un soutien financier majeur au projet[2],[3].

Les travaux préparatoires de compilation sont officiellement engagés en janvier 1989 par le lancement d'une section pilote au sein du collège de médecine traditionnelle chinoise de Chengdu (en)[4]. En 1992, le Conseil des affaires de l'État approuve formellement le classement du Zhonghua Dadian en tant que projet clé national de recension des textes anciens, fixant son cadre général et ses principes de rédaction[5],[6]. Le projet est défini comme le plus grand chantier d'édition culturelle mis en œuvre depuis la fondation de la République populaire de Chine[1]. La direction du comité de rédaction est confiée à Ren Jiyu (zh), ancien directeur de la Bibliothèque nationale de Chine[5],[6]. Le projet est par la suite inscrit en tête de la planification des grands projets d'édition nationaux pour les onzième et douzième plans quinquennaux par l'Administration générale de la presse et de l'édition[7],[8]. Il devient également un projet clé du programme de développement culturel national, bénéficiant du soutien prioritaire du Fonds national des publications[8].

L'achèvement de cette œuvre collective est officiellement proclamé à la fin de l'année 2017, après près de trente ans d'efforts[4]. C'est en 2019 que les derniers volumes sont livrés à l'imprimeur[1]. Tout au long du processus, le comité de rédaction et le comité de travail ont tenu de nombreuses réunions de coordination pour garantir un niveau de qualité élevé et harmoniser les contenus[4]. Les équipes de rédaction, composées d'experts et de jeunes chercheurs, ont profité de ce classement pour corriger de nombreuses erreurs de ponctuation et de vérification qui s'étaient glissées dans les éditions antérieures des livres anciens[3].

Caractéristiques et comparaison encyclopédique

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Depuis la fondation de la République populaire de Chine, le Zhonghua Dadian représente le projet de recension culturelle et d'édition de textes anciens le plus ambitieux jamais entrepris[1]. Contrairement aux encyclopédies occidentales modernes qui s'appuient sur des articles originaux rédigés par leurs auteurs, le Zhonghua Dadian s'inscrit dans la pure tradition des leishu chinois. Sa valeur fondamentale réside dans la compilation, le regroupement et la mise à disposition de textes préexistants sans réécriture[4], offrant une classification raisonnée pour surmonter le caractère incomplet ou dispersé des leishu du passé[3].

Conçu en prenant pour modèle l'ouvrage en 10 000 rouleaux du Gujin Tushu Jicheng[4], l'organisation de l'œuvre combine la richesse des répertoires traditionnels avec les méthodes de classification des disciplines scientifiques contemporaines. Salué comme « la somme canonique des classiques chinois anciens », il constitue, aux côtés de l'Encyclopédie de Yongle (dynastie Ming) et du Gujin Tushu Jicheng (dynastie Qing), l'un des trois jalons majeurs de l'histoire de la compilation encyclopédique en Chine[9]. Son ampleur textuelle surpasse de loin celle de tous les projets des dynasties passées réunis :

  • L'Encyclopédie de Yongle compte environ 370 millions de caractères[10] ;
  • Le Gujin Tushu Jicheng compte près de 160 millions de caractères[11] ;
  • Le Zhonghua Dadian totalise environ 745 millions, ce qui le rend deux fois plus volumineux que l'Encyclopédie de Yongle et quatre fois plus grand que le Gujin Tushu Jicheng.

Structure de l'œuvre et contenus

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La publication de la collection est assurée par une répartition de l'impression entre 19 maisons d'édition. L'ouvrage est structuré en 408 volumes et s'organise autour de 24 grandes sections thématiques, elles-mêmes divisées en 116 sous-sections[4], alors que les plans initiaux en prévoyaient 114[1].

Pour organiser cette masse documentaire de manière rigoureuse et systématique, le projet adapte la classification traditionnelle chinoise pour bâtir une architecture de connaissances imbriquée à six niveaux :

  • La section (dian / 典)
  • La sous-section (fendian / 分典)
  • Le grand pôle (zongbu / 总部)
  • Le département (bu / 部)
  • Le sous-département (fenbu / 分部)
  • Le thème spécifique (zhuanti / 专题)[3]

Ces six niveaux verticaux sont croisés avec plusieurs catégories méthodologiques structurelles horizontales appelées weimu (纬目). Afin d'éviter la perte d'informations, lorsque des documents différents rapportent des données identiques ou similaires, celles-ci sont généralement conservées malgré la répétition[7]. Pour résoudre les recoupements inévitables entre les sections, le comité a soit tracé des frontières strictes (en attribuant par exemple les principes scientifiques abstraits à la section des Sciences et les données factuelles concrètes à la Géographie historique), soit établi un ordre de priorité (principale et secondaire) permettant des inclusions multiples si nécessaire[4].

Les 24 grandes sections couvrent l'ensemble des branches du savoir de la Chine ancienne : philosophie, littérature, histoire, géographie, économie, droit, éducation, linguistique et écriture, mathématiques, astronomie, sciences de la terre, biologie, agriculture, médecine et santé publique, industrie (en), affaires militaires, arts[9], transports[4], bibliographie et répertoires documentaires[3].

Sections thématiques notables

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Ge Jianxiong (en)

Transports (交通运输典)

Cette section a été compilée sous la direction du professeur Ge Jianxiong (en) de l'Institut de géographie historique de l'université Fudan et publiée par les éditions de l'université Jiao-tong de Shanghai. Composée de 10 millions de caractères, elle rassemble et segmente les textes historiques selon des thématiques précises : routes et distances, relais de poste, moyens de transport et infrastructures. Elle intègre des documents d'archives inédits, comme les dossiers du ministère des Postes et des Communications de la dynastie Qing sur le chemin de fer de Woosung (en), détaillant la dimension des quais, les effectifs et les salaires du personnel[4].

Géographie historique (历史地理典)

Co-dirigée par les professeurs Zou Yilin (en) et Ge Jianxiong, cette section a été achevée en septembre 2016 et publiée en juin 2017 par la maison d'édition Xishe Print Society, avant son lancement officiel à Hangzhou le . Fruit d'une collaboration étendue entre l'université Fudan, l'université du Zhejiang et d'autres institutions, certains chapitres ont été révisés jusqu'à sept fois. Elle totalise 30,92 millions de caractères répartis en 15 volumes et 4 sous-sections : Territoires extérieurs (域外分典, 3 volumes), Dispositions générales (总论分典, 3 volumes), Divisions administratives (政区分典, 7 volumes), et Montagnes et Cours d'eau (山川分典, 2 volumes)[8].

Industrie (工业典)

Cette section inclut notamment la sous-section de l'industrie agroalimentaire (食品工业分典), réalisée individuellement par le professeur Liu Jianli et publiée en décembre 2015. Représentant près de 4 millions de caractères en deux volumes, elle s'articule autour de trois pôles : la transformation des aliments, le brassage/la fermentation et la cuisine/la préparation culinaire. Un département complet consacré à l'alimentation générale y a été adjoint pour traiter les données transversales[7].

Ses choix éditoriaux suivent la règle « d'exhaustivité pour l'Antiquité, de sélectivité pour l'ère moderne » : pour la période antérieure aux dynasties Wei, Jin, Sui et Tang, l'intégralité des textes à valeur historique est intégrée (y compris les données sur les minorités et régions périphériques) ; à partir des époques Song, Yuan et Qing, la sélection se restreint strictement aux processus de fabrication et de production[7].

Bibliographie et répertoires documentaires (文献目录典)

Publiée par les éditions de l'université normale du Guangxi, cette section est le premier grand ouvrage de référence chinois à proposer un classement thématique complet des catalogues et de la bibliographie ancienne de l'Antiquité à la fin de la dynastie Qing. Elle se divise en deux sous-sections principales : la Bibliographie (文献学分典) qui compile les théories, terminologies et méthodes des érudits du passé concernant la collation, l'annotation, la détection des faux et la collecte de textes perdus, et les Catalogues de livres anciens (古籍目录分典) qui recensent de manière exhaustive tous les catalogues de livres chinois produits avant 1911, qu'ils soient publics ou privés, et que les œuvres soient encore préservées ou aujourd'hui perdues, agissant comme un répertoire analytique global[3].

Période couverte et sources

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Les documents rassemblés dans le Zhonghua Dadian couvrent une vaste période historique allant de l'ère pré-Qin (zh) jusqu'à la révolution de 1911, s'appuyant rigoureusement sur les textes originaux des classiques chinois préservés à travers les âges[12].

Au total, l'encyclopédie réunit des matériaux textuels issus de plus de 20 000 ouvrages anciens[4]. L'ampleur des sources varie selon les disciplines : la sous-section de l'industrie agroalimentaire s'appuie à elle seule sur un catalogue de 1 700 ouvrages de référence[7], tandis que la section Bibliographie et répertoires documentaires réalise un recensement systématique de plus de 14 000 types de documents différents, incluant les écrits transmis par les dynasties, les textes excavés lors de fouilles archéologiques et les manuscrits chinois conservés à l'étranger[3].

Voir aussi

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Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 « 我国最大类书《中华大典》全面完成编纂出版工作,包括《中华大典·艺术典·服饰艺术分典》《中华大典·工业典·纺织与服装工业分典》 » [archive du ] (consulté le )
  2. 1 2 « 中华大典 | 2012年出版的书籍 » [archive du ] (consulté le )
  3. 1 2 3 4 5 6 7 « 广西师大社《中华大典·文献目录典数据库》正式上线 », sur China Book Business Report, (consulté le )
  4. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 « 专访|葛剑雄:古代中国“开而不放、传而不播” », sur Chinese Thought, (consulté le )
  5. 1 2 « 《中华大典》:鸿篇巨制展春秋 » [archive du ] (consulté le )
  6. 1 2 « 《中华大典》工程回顾——访著名学者任继愈(原载人民日报1999年2月13日第五版) » [archive du 2021年9月29日] (consulté le )
  7. 1 2 3 4 5 « 中华大典·工业典·食品工业分典》出版 », sur Université normale du Nord-Ouest (en), (consulté le )
  8. 1 2 3 « 西泠印社出版社《中华大典·历史地理典》首发 », sur hangzhou.com.cn, (consulté le )
  9. 1 2 « 《中华大典·数学典》:留存弘扬中国的数学基因 », sur China Science Daily (zh), (consulté le )
  10. « 文明探源丨六百年永乐大典:墨色深沉 朱线灿然 », sur CCTV, (consulté le )
  11. « 【《古今图书集成》】 », sur Musée du palais impérial (consulté le )
  12. « 中华大典:一项伟大的文化工程 » [archive du ], 人民网 (consulté le )