Grotte Duruthy
La grotte Duruthy est un abri sous roche à gisement préhistorique, situé dans la commune de Sorde-l'Abbaye, dans le département français des Landes, en Nouvelle-Aquitaine. Occupée au Magdalénien et à l'Azilien, elle est connue notamment pour avoir livré des vestiges humains associés à des dents percées d'ours et de lion. La grotte Duruthy et les abris voisins ont aussi livré du mobilier du Néolithique et de l'Âge du bronze. Elle est classée monument historique depuis le [1].
| Coordonnées | |
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| Pays | |
| Région | |
| Département | |
| Commune | |
| Vallée | |
| Localité voisine |
Lichau / Larroque |
| Voie d'accès |
D 29 |
| Type | |
|---|---|
| Altitude de l'entrée |
~35 m |
| Occupation humaine | |
| Patrimonialité |
Situation
modifierLe site se trouve à la base de la falaise du Pastou[2], sur la rive droite (côté nord) du Gave d'Oloron, à environ 2,5 km en amont de Sorde-l'Abbaye, près de Lichau[3]. La confluence du Gave d'Oloron avec le Gave de Pau se trouve à 2,5 km en aval, à l'ouest[3],[4].
Non loin de la grotte Duruthy se trouve l'oppidum de Larroque.
Les fouilles le long du GR 655 (suivant ici le trajet du GR E9), ancienne voie romaine conduisant en Espagne par le col de Roncevaux (ou col de Cize), ont mis au jour une villa gallo-romaine ornée de mosaïques.
la grotte du Pape (et sa célèbre « Dame à la Capuche ») se trouve à environ 38 km au nord-est, à Brassempouy[5].
Historique
modifierLouis Lartet découvre l'abri Duruthy fin , lorsqu'il explore les abords des abris du Petit Pastou et du Grand Pastou découverts par M. Pottier en [6]. Louis Lartet et Gatien Chaplain-Duparc la fouillent[7] à partir du et 1874.
François-Xavier Chauvière (université de Neuchâtel, Suisse) réétudie une partie du mobilier de Duruthy en 2001[7].
- Falaise du Pastou, vue panoramique annotée
Dessin par Louis Lartet (1874)[n 1]
Description
modifierL'endroit compte quatre sites occupés notamment au Magdalénien et à l'Azilien (Paléolithique supérieur). Ce sont l'abri Dufaure[8], le Grand Pastou[9],[n 2], le Petit Pastou[n 2] et surtout la grotte Duruthy[10], abri sous roche[2],[3] et site majeur de la préhistoire de la Gascogne[11]. Le toit des abris s'est raccourci depuis le Tardiglaciaire à la suite d'éboulements.
Les abris sont creusés dans les marnes et calcaires à nummulites[12],[13] du Lutétien (47,8 à 41,3 Ma) supérieur[14] (« e5b », en orange sur la carte[15]), de 400 m d'épaisseur[16], qui affleure sur le bord sud d'un grand synclinal[14].
Stratigraphie
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La couche la plus profonde, qui repose sur le substrat rocheux, est une terre rouge avec des éclats de silex et des fragments de charbon.
Dans son niveau supérieur se trouve une fine couche de terre noircie par le charbon, remplacée au centre par un limon jaune qui a livré 40 canines d'ours et trois canines de lion perforées[17] (quinze autres canines[7] ont été trouvées plus tard).
Vestiges humains
modifierLe limon jaune vers le bas du remplissage[17] a livré des vestiges humains appartenant à un individu adulte, appelés « Sorde 1 ». Ils sont associés à 55 canines d'Ours des cavernes (Ursus spelaeus) et de Lion des cavernes eurasiatique (Panthera spelaea), certaines percées et/ou gravées[7]. La position de ces canines montre que ce sont les éléments d'un collier. Sur cette couche se trouvait un crâne humain[17]. En 1874 Lartet et Chaplain-Duparc trouvent une sépulture dans la grotte[18]. Ernest-Théodore Hamy publie la même année son étude de ces vestiges humains[19].
Industrie lithique
modifier- Grotte Duruthy, matériel lithique du Paléolithique supérieur. Collections du muséum de Toulouse
Lame retouchée
Objets d'ornement
modifierUne baguette demi-ronde recueillie par R. Arambourou dans la couche 3' (Magdalénien moyen ou supérieur)[20] porte trois gravures, dont celle d'un Léporidé[21],[n 3].
Certaines dents du collier sont incisées :
- Dent d'ours percée - Muséum de Toulouse
- Dent de lion percée - Muséum de Toulouse
- Brochet incisé sur une canine d'ours - Muséum de Toulouse
Phoque incisé sur une canine d'ours des cavernes
Conservation
modifierLes vestiges archéologiques livrés par les fouilles ont été dispersés dans plusieurs musées :
- collection Chaplain-Duparc, au musée de Tessé ? au Mans, inclut 49 pièces[7].
- collection Pottier (silex taillés, ossements brisés et quelques poinçons) est au Musée d'Archéologie nationale à Saint-Germain-en-Laye[22].
- collection Arambourou est au musée de l'abbaye d'Arthous (Landes)[20].
- Muséum de Toulouse.
Protection
modifierLe site est classé monument historique depuis le [1].
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Le dessin par Louis Lartet du panorama sur la falaise de Pastou a été publié dans Matériaux pour l'histoire primitive et naturelle de l'Homme, t. 5, 1874, p. 101-167. Une première version de cette publication, dans les Bulletins et Mémoires de la Société d'Anthropologie de Paris (voir Lartet et Chaplain-Duparc 1874), ne contient pas cette illustration. Elle est reproduite dans
- 1 2 Le Grand Pastou et le Petit Pastou sont découverts par M. Pottier en juillet 1872. Ce sont les premières traces des hommes préhistoriques dans les environs. Le mobilier qu'il y a collecté est au musée des antiquités nationales à Saint-Germain-en-Laye. Voir Lartet et Chaplain-Duparc 1874, p. 516-517.
- ↑ Pour des photos et croquis de la baguette demi-ronde gravée, voir Dachary, Plassard & Haro 2005, paragr. 7.
Références
modifier- 1 2 « Gisement préhistorique dit Grotte Duruthy », notice no PA00084018, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
- 1 2 Lawrence Guy Straus et Jacques Evin, « Datations par le radiocarbone des couches azilienne et magdalénienne de l'abri Dufaure (Sordes-l'Abbaye, les Landes) », Bulletin de la Société préhistorique française, t. 86, no 5, , p. 146-155 (lire en ligne [sur persee]), voir le « Résumé ».
- 1 2 3 « Sorde-l'Abbaye, carte interactive centrée sur Lichau » sur Géoportail. Couches « Cartes IGN classiques » et « Hydrographie » activées. Vous pouvez bouger la carte (cliquer et maintenir, bouger), zoomer (molette de souris ou échelle sur l'écran), moduler la transparence, désactiver ou supprimer les couches (= cartes) avec leurs échelles d'intensité dans l'onglet de "sélection de couches" en haut à droite, et en ajouter depuis l'onglet "Cartes" en haut à gauche. Les distances et surfaces se mesurent avec les outils dans l'onglet "Accéder aux outils cartographiques" (petite clé à molette) sous l'onglet "sélection de couches".
- ↑ « Lichau et Larroque (Sorde-l'Abbaye), carte interactive » sur Géoportail. Couches « Cartes IGN classiques » et « Hydrographie » activées. Vous pouvez bouger la carte (cliquer et maintenir, bouger), zoomer (molette de souris ou échelle sur l'écran), moduler la transparence, désactiver ou supprimer les couches (= cartes) avec leurs échelles d'intensité dans l'onglet de "sélection de couches" en haut à droite, et en ajouter depuis l'onglet "Cartes" en haut à gauche. Les distances et surfaces se mesurent avec les outils dans l'onglet "Accéder aux outils cartographiques" (petite clé à molette) sous l'onglet "sélection de couches".
- ↑ « Trajet et distance Sorde-l'Abbaye / Brassempouy », sur google.fr/maps (consulté en )
- ↑ Lartet et Chaplain-Duparc 1874, p. 517.
- 1 2 3 4 5 Chauvière 2001, Résumé.
- 1 2 3 Jean-Philippe Rigaud (Chef d'équipe de chercheurs), « Aquitaine », Gallia Préhistoire, vol. 29, no 2, , p. 233-258 (lire en ligne [sur persee]). Abri Dufaure : p. 245
- ↑ R. Arambourou, Lawrence Guy Straus et J.-C. Merlet, « Recherches de préhistoire dans les Landes en 1984 », Bulletin de la Société de Borda, no 110, , p. 451-474. Cité dans Straus & Evin 1989, p. 147.
- ↑ Arambourou 1978. Cité dans Straus & Evin 1989, p. 147.
- ↑ Aurélien Simonet, « Robert Arambourou et son musée d'archéologie », Le Festin, no 119 « Parenthèses enchantées », , p. 68-71 (résumé).
- ↑ William Boyd Dawkins, Early man in Britain and his place in the tertiary period [« Premier(s) homme(s) en (Grande-)Bretagne et sa place dans la période Tertiaire »], London, éd. McMillan and Co., , 537 p., sur biodiversitylibrary.org (lire en ligne), chap. 7 (« The Cave-man and the advance in culture »), p. 226.
- ↑ Merlet 2015, paragr. 3
- 1 2 Henry et al. 1989, p. 24.
- ↑ « Lichau et Larroque (Sorde-l'Abbaye), carte interactive » sur Géoportail. Couches « Cartes IGN classiques » et « Géologie » activées. Pour mieux voir l'une ou l'autre carte, modifiez-en la transparence dans l'onglet de "sélection de couches" en haut à droite.
- ↑ Henry et al. 1989, p. 18.
- 1 2 3 Dawkins 1880, p. 227.
- ↑ Lartet et Chaplain-Duparc 1874.
- ↑ Hamy 1874.
- 1 2 Dachary, Plassard & Haro 2005, résumé.
- ↑ Dachary, Plassard & Haro 2005, paragr. 11.
- ↑ Lartet et Chaplain-Duparc 1874, p. 516.
Bibliographie
modifier- Robert Arambourou, Françoise Delpech, Jacques Evin, Pierre Laurent, Marie-Madeleine Paquereau, Max Schvoerer et Claude Thibault, « Le gisement préhistorique de Duruthy à Sorde-l'Abbaye - Bilan des recherches de 1958 à 1975 », Mémoires de la Société Préhistorique Française, t. 13, , p. 451-474 (ISSN 0081-1246, présentation en ligne).
- Robert Arambourou, Lawrence Guy Straus et Jean-Claude Merlet, « Recherches de Préhistoire dans les Landes en 1984 », Bulletin de la Société de Borda, no 110, , p. 451-474.
- (en) Clément Birouste, François-Xavier Chauvière, Frédéric Plassard et Morgane Dachary, « The horse mandibles at Duruthy rockshelter (Sorde-l'Abbaye, Landes, France) and the identification of ontological systems in the Pyrenean Magdalenian » [« Les mandibules de cheval à l'abri sous roche de Duruthy (Sorde-l'Abbaye, Landes, France) et l'identification des systèmes oncologiques dans le Magdalénien pyrénéen »], Quaternary International, no 414, , p. 159-173 (lire en ligne [PDF] sur halshs.archives-ouvertes.fr, consulté en ).
- François-Xavier Chauvière, « La collection Chaplain-Duparc des musées du Mans : nouveaux éléments d'interprétation pour « la sépulture Sorde 1 » de Duruthy (Sorde-l'Abbaye, Landes) », Paléo, no 13, , p. 89-110 (lire en ligne [sur journals.openedition.org], consulté en ).

- Morgane Dachary, Frédéric Plassard et Delphine Haro, « Une figuration inédite de Léporidé dans la couche 3' de l'abri Duruthy (Sorde-L'Abbaye, Landes, France) », Paléo, no 17, , p. 135-144 (lire en ligne [sur journals.openedition.org], consulté en ).

- Françoise Delpech, « Faune du Magdalénien IV du gisement de Duruthy, commune de Sorde-l'Abbaye (Landes) », Quaternaire, vol. 7, no 1, , p. 13-26 (lire en ligne [sur persee]).
- Ernest-Théodore Hamy, « Détermination ethnique et mensuration des crânes néolithiques de Sordes », Bulletins et Mémoires de la Société d'Anthropologie de Paris, no 8, , p. 813-817 (lire en ligne [sur persee]).
- Ernest-Théodore Hamy, « Note sur le squelette humain trouvé dans la grotte de Sorde, avec des dents sculptées d'ours et de lion des cavernes », Bulletins et Mémoires de la Société d'Anthropologie de Paris, no 9, , p. 525-531 (lire en ligne [sur persee]).

- Jacques Henry, G. Zolnaï (introduction, terrains secondaires et tertiaires marins, structure, histoire géologique), Gilbert Le Pochat (terrains tertiaires continentaux, terrains quaternaires, substances utiles) et C. Mondeilh (hydrogéologie), Notice explicative de la carte de géologie au 1/50000e « Orthez » no 1003, Orléans, BRGM, , 55 p. (lire en ligne [PDF] sur ficheinfoterre.brgm.fr).

- Louis Lartet et Gatien Chaplain-Duparc, « Une sépulture des anciens troglodytes des Pyrénées, superposée à un foyer contenant des débris humains associés à des dents sculptées de lion et d'ours », Bulletins et Mémoires de la Société d'Anthropologie de Paris, t. 9, , p. 516-525 (lire en ligne [sur persee]).

- Jean-Claude Merlet (Responsable d'opération), « Sorde-l'Abbaye – Abri du Grand Pastou », Fouille programmée, sur journals.openedition.org, (consulté en ).
