Grève des tramways de Barcelone de 1951
La grève des tramways de Barcelone de 1951 est le début d'un mouvement de grève initié dans la ville de Barcelone le 1er mars 1951, en prélude à une grève générale convoquée pour le 12 mars, qui a été suivie par une partie des travailleurs. Elle a consisté en un boycott de la compagnie de tramways par les citoyens de Barcelone, et a été considérée comme la dernière bataille de la génération qui a perdu la guerre.

Importance historique
modifierC'est la première fois, depuis la guerre civile espagnole, que se produit une grève, activité interdite par le régime et motif d'aversion pour Francisco Franco qui considérait la grève comme la loi de la jungle de sociétés primitives. Elle a représenté l'une des premières manifestations massives contre le franquisme.
À Barcelone, dès le mois de février, ont commencé à circuler des consignes pour ne pas utiliser les tramways, en protestation contre l'augmentation du prix du billet, qui constituait une injustice par rapport à Madrid — qui avait annoncé l'augmentation et l'avait annulée —, ce qui venait s'ajouter au profond malaise de la population face aux conditions de vie très dures de la plupart de la population depuis la fin de la guerre civile. Des posters ont été affichés appelant au boycott, et des tracts distribués, avec des slogans tels que "Sois un bon citoyen, fais preuve de courage. À partir du 1er mars, va au travail à pied"[1].
Plus importante encore que la grève elle-même fut la publicité qu'elle véhiculait à l'encontre du régime, en particulier à l'étranger.
Contenu et soutien
modifierPendant deux semaines, la population a refusé massivement d'utiliser le transport public, se déplaçant à pied et participant à de nombreuses manifestations de protestation, accompagnées parfois d'actes de violence avec l'incendie d'un tramway[2].
Bien que certains auteurs considèrent que la grève fut le fruit d'un mouvement spontané, d'autres estiment qu'elle procédait de la grande tradition libertaire de la ville, étant donné qu'elle fut ensuite soutenue par des militants de CNT, FNC, FNEC et d'autress; le dirigeant du PSUC Gregorio López Raimundo fut même arrêté.
« ...Lorsqu'est arrivé le jour du boycott, le 1er mars, les tramways ont parcouru à vide les rues de la ville, alors que se produisaient parallèlement des incidents sur les marchés - environ 300 personnes, parmi lesquels beaucoup de phalangistes, ont descendu la Via Layetana en criant "Vive Franco!" et "À mort le gouverneur!". Celui-ci a ordonné la concentration rapide des phalangistes tout en demandant au Syndicat (syndicat vertical, le seul autorisé) de rester discret, affirmant que la classe ouvrière était restée calme et qu'il valait mieux ne pas y toucher. »
— Antonio Cazorla Sánchez, Las políticas de la victoria: la consolidación del Nuevo Estado franquista(2000)
Le gouverneur civil, Eduardo Baeza Alegría, qui le 1er mars avait ordonné à la Garde civile d'obliger les citoyens de Barcelone à faire usage du tramway pour leurs déplacements, a su alors que beaucoup de phalangistes avaient agi avec les grèvistes, au point d'utiliser leurs propres véhicules pour transporter les piétons qui soutenaient le boycott. Face à cette insubordinación, il a tenté de monter le parti contre la population, mais les phalangistes ont refusé d'obéir, les 3, 4 et 5 mars, les ordres de leur chef provincial théorique.
Conséquences
modifierLe conflit s'étend à Madrid le 2 avril, mais la Journée Nationale de Protestation organisée pour le 20 mai a été un échec.
Le Gouvernement de l'Espagne avait décidé d'adopter une conduite modérée en ce qui concerne la répression des grèves, tout en attribuant celles-ci, devant l'opinion publique, à la manipulation d'éléments communistes, qui ayant échoué dans la lutte armée, avaient changé la tactique en essayant d'utiliser en sa faveur le mécontentement existant dans la classe ouvrière par la suite des sacrifices consentis depuis 1939, dont on ne voyait pas clairement la fin.
Les durs affrontements avec la Garde civile ont fait des centaines de détenus, des dizaines de blessés, et le décès d'une personne suite à un tir de la police. Le 18 mars, aussi bien le gouverneur Baeza que le maire de Barcelone, José María de Albert Despujol, ont été destitués, et l'augmentation de prix a été annulée.
Références
modifier- ↑ (en) « 1951: Barcelona general strike » (consulté le )
- ↑ (en) « Barcelona citizens general strike for democracy and economic justice, 1951 » (consulté le )